Sur l’expression actuelle « séparatisme »

Publié par Charles Coutel

Le terme « séparatisme » peut prêter à bien des confusions.

Il est classiquement défini comme « une attitude, une tendance, à sortir d’un ensemble national et à former une entité politique distincte de l’État d’origine » (Dictionnaire Larousse). Il désigne donc bien une volonté de certaines communautés à vivre et à se développer en dehors des lois de la République. Cela correspond à l’affirmation que les « lois de Dieu » seraient au-dessus des lois de la République. Ce danger caractérise tout intégrisme, notamment religieux ; point n’est besoin d’entretenir l’idée que seul l’islam nous ferait courir ce risque. Dans l’histoire, quand le séparatisme est voulu par un État, il justifie une politique catastrophique d’apartheid, qu’a connu l’Afrique du Sud. On comprend que le danger séparatiste soit fermement dénoncé et sanctionné par la loi.

Mais la confusion se développe si l’on oublie que l’idée de séparation peut aussi renvoyer à une volonté de se développer librement, quand un individu entend rompre avec sa communauté de départ. Citons Denis de Rougemont : « L’individu libre, c’est l’homme qui s’arrache au sacré sombre, à la terreur de la tribu, en profanant les tabous par un acte de raison anti-social ». Dans ce sens très précis, la séparation voulue peut rompre avec le séparatisme subi (il faut soutenir les ruptures individuelles au sein des communautés repliées sur elles-mêmes).

Enfin, n’oublions pas que l’idée de séparation inspire la loi de 1905 (séparation du religieux et du politique) ; en ce sens l’idée bien comprise de séparation est le cœur de la laïcité républicaine.

Ce travail de clarification est donc nécessaire car, tout en dénonçant le communautarisme, notamment islamiste, il ne faudrait pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » et opposer à ce séparatisme toxique une unification trop fusionnelle du corps social et politique qui dévaloriserait l’idée de liberté individuelle, récemment défendue par le Président Macron au Panthéon. C’est pourquoi il serait redoutable de privilégier le très confus « vivre-ensemble », comme remède miracle contre le séparatisme. Attention, ce « vivre-ensemble » pourrait paradoxalement constituer lui-même une réponse communautariste prétendant s’opposer au séparatisme communautariste. Ce débat sur le séparatisme peut nous donner l’occasion de laïciser notre vocabulaire politique quotidien.

Là encore, l’unité de notre devise républicaine, « liberté, égalité, fraternité », resituée dans la dynamique de la Révolution française et des Lumières, peut affirmer ensemble la liberté des individus et l’unité de la République.

Charles Coutel

vendredi 25 septembre 2020
  • 1
    Peter Bu
    25 septembre 2020 à 12:35 / Répondre

    Il est sans doute utile de rappeler la définition du séparatisme dont on parle tellement aujourd’hui, « classiquement défini comme ‘une attitude, une tendance, à sortir d’un ensemble national et à former une entité politique distincte de l’État d’origine’ (Dictionnaire Larousse) ».
    Par contre, je trouve surprenant d’insinuer que « vivre-ensemble » pourrait glisser vers un « séparatisme ».
    « Vivre-ensemble » est fondé sur la nécessité d’agir ensemble, et non chacun pour soi. L’homme ne sais pas survivre seul, dans l’isolation. Pour un franc-maçon, cela signifie aussi l’acceptation des différences, la conscience que tout humain a la même valeur. (Sa réalisation pleine et entière dépend des circonstances, mais c’est un autre débat.) Cela s’appelle la « fraternité ».
    Il y a des personnes qui ne peuvent pas accepter cette vision et se séparent de la société, mais ce n’est pas les tenant du « Vivre-ensemble »qui les chassent (comme le font les « communautaristes » se débarrassent de ceux qui ne se soumettent pas à leurs conceptions).

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