Une Défense de la Maçonnerie

Publié par Pierre Noël

Ce pamphlet anonyme est une réponse au « Masonry Dissected » de Samuel Prichard (publié en octobre 1730). Il fut annoncé dans le Daily Post du 15 décembre 1730 (mais il porte la date 1731 sur la page de garde). Il fut réédité dans l’édition de 1738 des Constitutions d’Anderson (pp 216-226), édition officiellement approuvée le 25 janvier 1738. Il fut aussi édité dans la seconde édition (1738) du « Pocket Companion for Free-Masons » de W. Smith. Le Rev. Oliver croyait que Anderson en était l’auteur ; Gould pensait plutôt que c’était Martin Clare qui fut DGM en 1741 (et F.R.S. en 1735).

Il s’intitule : A Defense of Masonry, Occasion’d by a Pamphlet called Masonry Dissected.
(Les deux lignes suivantes manquent dans Anderson, 1738.) :
Rarus  Sermo illis, & magna Libido Tascendi (Juv. Sat. 2.)
(London : Printed for J. Roberts, near the Oxford-Arms, in Warwick Lane, MDCCXXXI)

Le pamphlet comprend 4 chapitres de longueurs différentes.

A défaut de Martin Clare, un portrait de Martin Folkes, lui aussi DGM du duc de Richmond et Lennox, (GM 1724). Réputé pour son athéisme.

Le Chapitre I est légèrement ironique, s’extasiant devant la révélation d’un secret qui avait si longtemps résisté aux tentations de beaucoup, au besoin d’argent d’autres, à la faim et la soif qui auraient dû pousser un tailleur de pierre à alléger sa conscience d’un tel secret. Le but de la divulgation n’était autre que de montrer au monde que jamais il n’y eut de plus scandaleux et de ridicule que cette Société, et d’ainsi empêcher le public innocent d’être attiré dans ses griffes pernicieuses.  Nonobstant, l’auteur fait remarquer que furent attirés dans la Société bien des gens de qualité, honorables et de distinction qui n’y sont pas allés pour des raisons sordides ou intéressées, mais pour d’autres parfaitement honorables que l’auteur se propose d’exposer à des lecteurs sensés et impartiaux.

Le Chapitre II examine le Serment et admire qu’il ait été pris par autant de personnes de grande piété, de conscience stricte et de caractère sans taches, bien qu’il ait été pris sous peine de châtiments terribles, aussi monstrueux qu’étonnants, alors qu’il ne porte que sur des vétilles insignifiantes.

Pour répondre à cette objection, l’auteur fait remarquer que le but, la morale et le dessein de la maçonnerie sont loin d’être à ce point futiles. L’objet de la maçonnerie, d’après les termes mêmes du pamphlet (Masonry Dissected), est de soumettre nos passions, de ne pas céder à nos volontés, et de faire des progrès journaliers dans un art aussi louable (« to subdue our Passions, not to do our own Will, to make daily Progress in a laudable Art »), de promouvoir la Moralité, la Charité, la Camaraderie et l’Humanité.

Quant aux termes empruntés à l’architecture, à la géométrie et aux mathématiques présents dans la « Dissection », il serait étrange qu’une Société nommée comme elle l’est ne les utilisent pas, bien qu’ils semblent (à l’auteur) plutôt techniques et formels, sans doute plus dépendant d’une longue tradition que réellement essentiels au « Grand Dessein » (great Design). Après tout les hommes ont coutume de se grouper en Sociétés dont le but est d’améliorer leur habileté et leurs connaissances, pour améliorer la Bienfaisance, les Vertus Sociales, la vie en société  … et tout cela sous le sceau d’une solennelle obligation ou d’un serment  avec la forme, les restrictions secrètes et les cérémonies innocentes qu’ils estiment à propos. Cette liberté, toutes les Sociétés corporatives en disposent. L’Apprenti est tenu de garder les secrets de son Maître. Un « Freeman » est obligé de prendre en compte les intérêts de sa Compagnie et de ne pas prostituer les Mystères de son Métier. Les Comités et Conseils-Privés promettent solennellement de ne pas divulguer leurs délibérations. Toutes les Sociétés de toutes religions sont tenues par une espèce de ciment virtuel, engagements et lois qui leur sont particuliers.  Il y a de cela dans tous les Clubs, du plus prestigieux au plus modeste. Il y a un peu de cela dans la Maçonnerie. Les serments y sont pris solennellement, devant un Maître, deux Surveillants et un certain nombre d’assistants pour faire ce que le « Dissecteur » appelle une loge « parfaite ». Comme dans les Compagnies « à livrée », il y a des apprentis, des fellows of the craft (maîtres de leur métier) et un Maître (ou Maître de la Compagnie).

A cela, il est répliqué que, si le but de la Maçonnerie est louable (ou du moins innocent), il pourrait être poursuivi de même sans le recours à un serment abominable comprenant des châtiments odieux. A quoi je (l’auteur) répliquerai que la question n‘est pas de savoir si le but de l’ordre peut être atteint sans ce serment, mais de savoir si ce serment est légal et pris en toute bonne conscience. J’(id) aurai recours à l’avis d’un casuiste célèbre (l’évêque Sanderson) : « Si quelqu’action, fait ou geste n’est pas déclaré permis ou interdit (que ce soit par un édit humain ou divin), tout homme peut hic et nunc faire ou ne pas faire ladite action, selon son choix ou selon ce qu’il estime expédient » (Let him do what he will, he sinneth not I Cor 7. 36).

Bref un serment maçonnique est à la fois justifiable et contraignant. Quant à l’horreur du châtiment, le profane (« the world ») est dans l’erreur. La solennité du serment n’ajoute rien à l‘obligation ; en d’autres termes, le serment est également contraignant sans châtiment. Le casuiste ajoute : « L’obligation d’un serment provient précisément de ce que Dieu est invoqué en témoin et en juge par la prononciation des mots qui le composent, et non par un mouvement du corps ou un signe concomitant. »

Si le serment pris lors de son admission est enfreint par le récipiendaire, soit qu’il le considère futile ou sans importances, l’auteur souhaite que celui concerné démissionne à temps pour ne pas devenir parjure. Un Serment volontaire est d’autant plus contraignant qu’il est volontaire, car il n’est pas d’obligation qui engage plus que celle que nous prenons volontairement et en toute connaissance de cause.  

Le Chapitre III envisage le reproche fait à la Société : les principes de l’ordre sont si légers et ridicules qu’ils ne s’adressent qu’à des gens de peu de compréhension (Men of Least Understanding). Les esprits forts en prennent pour preuve l’amas de propositions inintelligibles et de jargon de la « Dissection ».

L’auteur est d’un autre avis, tout en reconnaissant qu’il peut y avoir des exceptions. Le texte n’est pas suffisamment clair pout être compris du premier coup, surtout si on se contente du sens littéral des mots. Pour ce qu’il en connaît, le système enseigné dans les loges « régulières » peut présenter des redondances et des défauts, souvent dûs au laisser-aller et à la négligence de vieux membres. Ce n’est que normal si on considère les siècles d’obscurité et d’ignorance que cet enseignement a traversés. Il a été conservé au cours des siècles, dans des pays différents, de langues différentes, de religions différentes.  C’est déjà un miracle qu’il nous soit parvenu.

En clair, je (c’est l’auteur qui parle !) crois que ma Maçonnerie telle qu’elle nous est expliquée a dévié de sa pureté originelle Elle s’est égarée dans des ruisseaux bourbeux, comme souterrains. Mais malgré la rouille qu’elle a accumulée, beaucoup de l’ancien tissu subsiste. Les fondations sont intactes, les piliers du bâtiment peuvent être découverts parmi les immondices, les superstructures en sont couvertes de mousse et de lierre, les pierres purent en être disjointes par le temps. Comme le buste du héros peut garder sa valeur pour les curieux malgré qu’il ait perdu un œil, le nez ou la main droite, de même la Maçonnerie avec ses taches et ses défauts doit être reçue avec candeur et vénération pour son antiquité.

L’auteur se dit extrêmement heureux que le théâtre originel de la Maçonnerie se trouve en Orient, dans un pays à jamais fameux pour son enseignement symbolique recouvert du sceau du secret. Il ne peut s’empêcher de penser aux Egyptiens qui ont caché les Mystères de leur Religion sous les signes et les symboles. Il avaient un tel respect pour le silence et le secret qu’ils avaient une divinité nommée Harpocrate qu’ils avaient en particulière vénération. Sa statue portait la main droite sur le coeur couvert par une peau ornée d’yeux et d’oreilles. Pythagore fut instruit dans les Mystères de la Nation et fonda sur eux son enseignement symbolique. Les auteurs[1]  qui ont cité le philosophe et décrit sa secte et ses institutions l’ont convaincu (l’auteur, pas moi) que la Franc-Maçonnerie, telle que publiée par la « Dissection » est très proche de l’antique discipline pythagoricienne et qu’elle en descend. Il donne quelques exemples :
– Lors de son admission, le disciple est lié par un serment solennel de cacher les Mystères aux non-initiés. Le principal de leur doctrine n’était pas écrit mais confié à la mémoire des adeptes.
– Ils conversaient par signes et mots particuliers qu’ils avaient reçus à leur admission.
– Les pythagoriciens avaient une grande considération pour ce que la « Dissection » appelle les 4 principes de la franc-maçonnerie, le point, la line, la superficie et le solide. Ils avaient en grande considération le carré, emblème de l’Essence Divine
– Les dieux, auteurs de toutes choses, établirent la Sagesse, la Force et la Beauté, que peut représenter le carré.

Finalement ils avaient les « faux frères » en horreur, ce dont témoigne le sort d’Hipparque qui les trahit et son serment. La honte de son geste l’amena à se trancher la gorge et il fut enterré sous le sable de la mer.

La fin du chapitre traite des Esséniens, des Cabbalistes et des Druides. Là aussi, les comparaisons sont nombreuses, portant sur la blancheur des vêtements, l’insistance sur les Vertus, le jeu sur les lettres mais aussi l’organisation de l’agape en commun (comme chez Astérix !).

Enfin le chapitre IV est pour moi (pas pour l’auteur !) le plus attachant. L’auteur remarque en introduction qu’il a colligé de nombreux rites, principes, usages et qu’il a été frappé de leur concordance avec ceux de la Maçonnerie. L’homme de goût, normalement instruit ne peut que se réjouir de la rémanence d’antiques usages et d’enseignements préservés par la Maçonnerie sans qu’il soit besoin de livres ou d’écrits puisque la tradition orale suffit. Il donne alors quelques exemples :
– L’importance du nombre Trois. IL est mentionné dans la « Dissection ». Il est fréquent chez les Anciens, aussi bien avant qu’après l’avènement du christianisme. Il contient le commencement, l’achèvement et la fin ; la trinité ou la triade ; les Cieux, la Terre et l’Enfer (Hadès)
– Le serment tel que mentionné par un auteur ancien ; à genou sur les deux genoux nus, portant une épée nue sur la gorge, invoquant le Soleil, la Lune et les Etoiles qu’ils soient les témoins de la sincérité du serment.
– Un passage du catéchisme a donné lieu à bien des plaisanteries sur le ridicule des termes utilisés, en particulier « la boîte d’os » et le « câble de remorquage », il suffit pourtant de lire le dernier chapitre du livre de l’Ecclésiaste pour retrouver toutes ces expressions

3 In the day when the keepers of the house shall tremble, and the strong men shall bow themselves, and the grinders cease because they are few, and those that look out of the windows be darkened,

4 And the doors shall be shut in the streets, when the sound of the grinding is low, and he shall rise up at the voice of the bird, and all the daughters of musick shall be brought low;

5 Also when they shall be afraid of that which is high, and fears shall be in the way, and the almond tree shall flourish, and the grasshopper shall be a burden, and desire shall fail: because man goeth to his long home, and the mourners go about the streets:

6 Or ever the silver cord be loosed, or the golden bowl be broken, or the pitcher be broken at the fountain, or the wheel broken at the cistern.

Ce passage, un des plus beaux de la bible à mon sens, exprime à merveille, sans fard ni jérémiade, le constat de la décrépitude inéluctable qui accompagne la fin de la vie.

La poignée de main. Il n’y a pas signe plus significatif de l’amour, de l’amitié de la fidélité, de la sincérité que la poignée de la main droite, dit peut-être naïvement l’auteur. S’il avait su qu’elle devait être replacée par la tri-bizze banalisée dans la vie actuelle, qu’en aurait-il pensé ?

L’allusion hiramique. Le geste inopiné qui permit la découverte du corps d’Hiram fait allusion au superbe passage du 6° livre de l’Enéide de Virgile. Après la mort de son père, Anchise, le héros Troyen consulte la Sybille de Cumes et lui demande le moyen d’aller dans l’Hadès consulter l’ombre de son père. Celle-ci lui répond qu’il doit pour cela aller dans un certain endroit où il pourra cueillir un rameau d’or. Muni de ce rameau, il trouvera son chemin.

Enéide, livre VI (traduction abbé Delille) :
« Écoute mes leçons : dans la nuit ténébreuse
Dont un bois vaste entoure une vallée ombreuse,
D’un rameau précieux se cache le trésor ;
L’or brille sur sa tige, et son feuillage est d’or,
Là préside des dieux l’auguste souveraine ;
Mais nul ne peut percer cette nuit souterraine,
Qu’il n’ait de ce rameau cueilli le riche don
Que demande en tribut l’épouse de Pluton.
On a beau l’arracher au tronc qui le possède,
Soudain un rameau d’or au rameau d’or succède,
Et, toujours reproduit, le précieux métal
Rend à l’arbre immortel son luxe végétal.
Toi donc, perçant des bois la nuit silencieuse,
Va chercher, va cueillir la branche précieuse :
Si dans les sombres lieux t’appelle le Destin,
Docile, d’elle-même elle suivra ta main :
Autrement, aucune arme, aucune main mortelle
Ne pourrait triompher de sa tige rebelle. »

La tombe d’Hiram est découverte lorsqu’un des cherchants cueille sans difficulté un rameau d’acacia. Enée consulte son père pour en connaître les secrets du destin. Les cherchants lancés à la recherche de la tombe d’Hiram cherchent le Mot secret de la Maçonnerie

Mais une autre histoire dans Virgile est encore plus proche de celle d’Hiram. Priam, roi de Troie, envoie son fils Polydore, muni d’une forte somme d’or, au roi de Thrace. Celui-ci le tue (pour l’or, bien sûr) et l’enterre. Enée arrivant dans ce pays, cueille par inadvertance un rameau au bord d’une colline et découvre ainsi le cadavre de Polydore

Livre III :
J’aperçois une tombe, où de leur chevelure
Le cornouiller, le myrte étalent la verdure :
Mes mains les destinaient aux autels de mes dieux,
Lorsqu’un soudain prodige est offert à mes yeux.
Du premier arbrisseau que mon effort détache
Un suc affreux jaillit sous la main qui l’arrache,
Et rougit, en tombant, le sol ensanglanté.
Un froid soudain saisit mon coeur épouvanté ;
Je tressaille d’horreur ; mais ma main téméraire
De ce prodige affreux veut sonder le mystère :
Je tente d’arracher un second arbrisseau,
Un nouveau sang jaillit d’un arbuste nouveau.
Tremblant, j’offre mes voeux aux nymphes des bocages,
Au fier dieu des combats ; et mes pieux hommages
Sollicitent des dieux un présage plus doux ;
Et déjà, sur la tombe appuyant mes genoux,
Luttant contre la terre, et redoublant de force,
D’un troisième arbrisseau ma main pressait l’écorce,
Quand du fond du tombeau (j’en tremble encor d’effroi)
Une voix lamentable arrive jusqu’à moi :
«Fils d’Anchise, pourquoi, souillant des mains si pures,
Viens-tu troubler mon ombre, et rouvrir mes blessures ?
Hélas ! respecte au moins l’asile du trépas :
D’un insensible bois ce sang ne coule pas.
Cette contrée a vu terminer ma misère ;
Mais celle où tu naquis ne m’est point étrangère :
Épargne donc ma cendre, ô généreux Troyen !
Ma patrie est la tienne, et ce sang est le mien.
Ah! fuis ces lieux cruels, fuis cette terre avare :
J’y péris immolé par un tyran barbare.
Polydore est mon nom ; ces arbustes sanglants
Furent autant de traits qui percèrent mes flancs.

Le rameau d’acacia fait bien entendu allusion à cette coutume orientale d’embaumer les morts.

Quelques remarques.

Cette « Défense » fut publiée dans le « Nouveau livre des Constitutions », publié et signé par J. Anderson, avec l’approbation officielle de la « Première » Grande Loge et de son grand Maître, Lord Carnarvon.

Une « Défense de la maçonnerie » occasionnée par « Masonry Dissected » fut publiée en fin de volume (elle ne se retrouve pas dans les éditions suivantes de Entick et de Noorthouck). Son auteur n’est pas formellement connu et le texte n’est pas signé. Il est vraisemblable que c’était un proche de la direction de la Grande Loge de l’époque.

Ce qui frappe d’abord, c’est le ton conciliant, voire complice de la défense. Jamais Prichard n’y est traité comme un faussaire, un traitre, un renégat méritant d’avoir la gorge tranchée et d’être enseveli sous les sables de l’estran.

Le début est un brin ironique, laissant entendre que la divulgation est bien partielle et que les véritables secrets sont encore à découvrir.

La discussion du serment ne manque pas d’intérêt dont il ressort qu’il est à la fois légal (donc permis) et contraignant, avec ou sans les pénalités qui l’accompagnent dont on pourrait se passer (ce que font les maçons rectifiés depuis 1778 et les maçons belges depuis 1885, sans que rien ne soit changé au sérieux de leur engagement). La remarque du « casuiste » mérite d’être retenue ; ce n’est pas tel ou tel geste du corps ou mouvement du bras, mais l’appel à témoin de la divinité qui donne sa valeur au serment.

Il est remarquable de voir apparaître dans ce texte, peut-être pour la première fois l’injonction stoïcienne (vaincre ses passions, soumettre ses volontés …) qui ne se trouve pas dans les rituels britanniques actuels. Intéressante est l’allusion aux société et compagnies humaines, privée et publiques, dont la franc-maçonnerie est un exemple.

Le chapitre III insiste sur l’ancienneté de l’ordre (qui fut sans doute de ce fait dévié de sa pureté) et sur son origine orientale, en particulier en Egypte où se seraient instruits les philosophes grecs. On n’y parle pas de la terre d’Israël, ce qui ne peut que plaire à d’aucuns.

Je suis particulièrement sensible à l’évocation d’Harpocrate (c’est la statue de cette divinité qui est découverte dans les loges suédoises au terme du voyage dans les ténèbres et le monde souterrain qui fait suite au 3ème degré)

Le IV° chapitre est celui qui me touche le plus. D’abord parce qu’il fait allusion à l’Ecclesiaste, texte sublime que ne peuvent comprendre que ceux qui arrivent à la fin du chemin. Il est lu lors d’un moment critique des loges écossaises au 3ème degré. Il est ouvert, au 3ème degré toujours, dans nombre de loges américaines. Mais ce chapitre fait aussi appel au souvenir de l’Enéide, dans deux de ces passages les plus significatifs. Il démontre que la légende d’Hiram était bien comprise et assimilée dans les loges anglaises.

Ma conclusion ne peut être que supposition. L’accueil finalement très positif du pamphlet de Prichard par les autorités de la Grande Loge, malgré quelques réactions épidermiques en Grande Loge laisse supposer que la manœuvre de l’anonyme SP devait être connue en GL et tolérée parce qu’apportant aux FF ce dont ils avaient besoin, un aide-mémoire fiable ! Ses nombreuses réimpressions jusqu’à la fin du siècle en sont la preuve. Je crois, sans me tromper beaucoup, que personne un peu au fait de ces choses ne met encore en doute la fiabilité des exposures importantes de des années-là

Pierre Noël

[1] Jamblique, Porphyre, Laërte, Clément d’Alexandrie.

mercredi 29 janvier 2020
  • 24
    Désap.
    2 février 2020 à 14:05 / Répondre

    Il n’est pas question de laisser prospérer l’erreur ou la propagande.
    En conséquence de quoi, je propose de consulter ce lien du Centre de Recherche Français à Jérusalem à propos de l’inexistence absolue de tout antisémitisme de la part des Grecs anciens.
    https://journals.openedition.org/bcrfj/5988

  • 14
    de Flup
    1 février 2020 à 15:11 / Répondre

    12: Giovanini n’est qu’un exemple. L’existense d’un antijudaïsme païen et antique n’est pas contesté .Voyez e.g. P.Casier, C.Lévy, J.N. Sevenster, B.Isaac, C.Lancu, P. Schäfer, Z. Javitz et les auteurs mentionnés p.65 de « The three Religions » edi. N. Cohen. Exemples grecs antiques: Hécatée d’Abdère, Lysimaque, Démocrite, et surtout Posidonius d’Apamée,qui proposait… l’ Endlösung…

    • 20
      Désap.
      1 février 2020 à 21:43 / Répondre

      14 – Le fait que les chrétiens aient détruit pratiquement la totalité de la culture grecque et une partie non moins importante de celle de Rome, tu le reconnais au moins ou même ça tu le contestes ?

  • 11
    Jean Mabuse
    1 février 2020 à 01:00 / Répondre

    existe t-il une traduction exhaustive du texte ?

    • 15
      pierre noel
      1 février 2020 à 18:31 / Répondre

      Si vous parlez de la « Défense », je ne crois pas qu’une traduction française existe. Les Constitutions de 1738 (dont la « Défense » fait partie en annexe) na pas, que je sache, été traduite (mais je peux me tromper, bien sûr).

      • 18
        William
        1 février 2020 à 19:16 / Répondre

        Sauf erreur, « Les Constitutions d’Anderson. Traductions sur les textes de 1723 et 1738, » par Georges Lamoine. 1995. Je ne saurai dire si la défense est incluse dans la traduction.

        • 19
          Désap.
          1 février 2020 à 21:23 / Répondre

          Oui, en fait tu ne sais rien précisément, sauf manipuler la réthorique à l’excès et dévoiler ce qui ne devrait pas l’être et qui me concerne, une vulgarité crasse en somme, qui semble te rassurer.
          On fait avec ses armes.

          • 21
            William
            1 février 2020 à 22:57 / Répondre

            Prend un petit verre, respire, ça va bien se passer 😂 Contrairement à toi, quand je n’ai pas pu un livre je ne prétends pas l’avoir fait après avoir lu un vague résumé sur Wikipedia.

            Et pour le dévoilement, je ne sais pas de quoi tu parles puisque tu t’épanches partout depuis des années.

  • 7
    de Flup
    31 janvier 2020 à 14:27 / Répondre

    6: ai je bien lu « respect parfait »? Quid alors des émeutes et combats entre Grecs et Juifs d’Alexandrie de l’an 40? L’ antijudaïsme grec a d’ailleurs commencé au II e siècle avant J.C. A.Giovaninni écrit dans son article »Les origines de l’antijudaïsme dans le monde grec »…une haine croissante des Grecs…qui trouve son paroxysme dans l’affaire d’Alexandrie sous le règne de Caligula. » Mais Désap préfère voire un faute des Chrétiens avant même leur existence…

    • 8
      Désap.
      31 janvier 2020 à 16:57 / Répondre

      7 – Quel démagogie !
      Il s’agit de réactions très minoritaires d’une infime partie de la population, réduite à un quartier d’Alexandrie, le préfet Flaccus qui a mené la répression et fait bruler les juifs sous Caligula (38) est arrêté, condamné à l’exil et ses biens saisis.
      Isidôros, à Rome, intente un procès à Aggripa 1er.
      Wikipédia : En 41, Claude condamne Isidôros à mort et ordonne son exécution. Il adresse aux Alexandrins une lettre qu’il fait afficher dans la cité :
      « Je vous dirai donc simplement que, si vous ne mettez pas fin à ces détestables fureurs mutuelles, je serai forcé de vous montrer de quoi est capable un prince bienveillant quand il est pris d’une juste colère. »
      Je n’ai aucune connaissance de ce qu’avance A. Giovaninni (que je ne connais pas), je n’en ai jamais vu trace dans l’historiographie, j’ai lu exactement le contraire.
      A l’exception des soldats juifs employés par les Perses. Il s’agissait de mercenaires, donc d’affaires militaires, rien à voir avec un quelconque antisémitisme Grec.

    • 9
      pierre noel
      31 janvier 2020 à 19:32 / Répondre

      Pour qui cela intéresse :

      Les origines de l’antijudaïsme dans le monde grec – Persée
      de A Giovannini – ‎1995 -(consultable sur le web)

      • 12
        Désap.
        1 février 2020 à 08:18 / Répondre

        9 – Je comprend le décalage.
        Je me situe du point de vue intellectuel, pas de celui de la population.
        Philosophes grecs et théologiens juifs échangent, s’opposent, partagent dans un respect mutuel.
        Les textes juifs sont dans la bibliothèque d’Alexandrie.
        D’autre part, il y a beaucoup mieux que cet article de Giovanini rempli de conditionnels.
        Les historiens conjuguent leurs travaux au présent, ils se fondent sur des sources historiques, et lorsqu’ils supposent ou suggèrent, c’est à l’appui de raisonnements solides et développés, pas sur des affirmations péremptoires.

        • 16
          William
          1 février 2020 à 19:06 / Répondre

          Desap est magique…

          « Les historiens conjuguent leurs travaux au présent ». Mieux vaut en rire ! Les universités de Fribourg, d’Heidelberg et de Genève vont être heureuses d’apprendre qu’elles ont hébergé pendant des dizaines d’années un usurpateur qui conjugue mal l’histoire de l’antiquité. Faut oser. On te reconnaît bien à ça !

          On attend tes sources au présent du coup ! Pour l’instant à part Wikipedia…

    • 10
      William
      31 janvier 2020 à 22:10 / Répondre

      Merci pour la référence de ce très interessant travail de Giovaninni !

      Autre registre mais qui est lié, le travail de Gilles Dorival « Grecs, Romains, Juifs, chrétiens en interaction ». Il y fait également référence aux travaux de Pierre Hadot sur la philosophie grecque de l’époque hellénistique (et sa « méthode exégétique fondée sur une révélation »).

      C’est certes un peu plus long à lire que quelques bouts de phrase sur Wikipedia…

      • 13
        Désap.
        1 février 2020 à 08:43 / Répondre

        10 – 🙂 🙂 Mais il s’agit pas d’une révélation de type religieux, il s’agit de ce que révèle la philosophie.
        Comme le précise Hadot :
        elle (la philosophie grecque) est d’abord ce que nous appelons « métaphysique », c’est-à-dire discours rationnel au sujet du réel dans son ensemble – le « monde » (cosmos) pour Héraclite, le « tout » (to pan) pour Épicure… . »
        Ou encore Giordano Bruno 1548-1600, brûlé vif par l’Inquisition :
        « le retour à l’ancienne philosophie veut être un retour au rapport qui existait, dans l’Antiquité, entre l’homme et la nature, par-delà le christianisme qui l’a occulté »
        On est loin des bondieuseries.

        • 17
          Willim
          1 février 2020 à 19:09 / Répondre

          Qui a parlé de révélation religieuse ? On parle de méthode. Sors donc de tes lubie de temps en temps, ça te reposera. Et les autres avec.

        • 22
          William
          2 février 2020 à 02:00 / Répondre

          Encore une belle démonstration d’approximation : la citation que notre comique commentateur attribue à Pierre Hadon. est en réalité de Marcel Conche, dans la revue critique qu’il fait d’un recueil de contributions de Pierre Hadon. Il faudrait peut être commencer par être capable de lire correctement un résumé d’une page, avant de prétendre être un exégète des documents maçonniques et de se gargariser de méthode universitaire…tu n’as pas dû y être très assidu !

          • 23
            Désap.
            2 février 2020 à 09:04 / Répondre

            22 – Malveillance doublée d’imbécilité de la remarque, le fait que ce soit la poule qui crie qui ait fait l’oeuf se confirme cruellement pour l’auteur.
            Je ne réponds définitivement plus à ce pauvre en esprit,
            Maçon, je ne suis l’ami que de ceux qui sont vertueux.
            Serviteur

  • 6
    Désap.
    31 janvier 2020 à 09:07 / Répondre

    Plus qu’une défense de la Maçonnerie, c’est l’exposé de sa source et de son objectif.
    Sa source tout d’abord, exclusivement l’initiation antique, par là aucunement biblique et mon encore évangélique, celle qui se décline plus particulièrement en Egypte, en Grèce et à Rome, conformément à l’article qui traite du sujet dans la partie « historique » des Constitutions Moderns. On constatera la seule référence au judaïsme, l’Ecclesiaste, texte au demeurant remarquable tant il est irrigué de la philosophie grecque.
    Oui, Grecs et Juifs entretiennent des échanges d’une grande richesse à Alexandrie, dans une harmonie et un respect parfait, avant que les chrétiens ne détruisent tout cela. Le point positif, ceci déclenchera la réaction des néoplatoniciens, une critique et une déconstruction très précise démontrant le caractère fantasmatique du christianisme qui nous permet de ne plus en être dupes.
    L’objectif, il se matérialise par des serments pris vis à vis de soi-même sans qu’il soit besoin de les valider par un quelconque livre saint. C’est la Responsabilité, celle de nos faits et gestes. Le Maçon est un homme responsable qui n’a aucunement besoin de s’en remettre à des postulats religieux pour régler sa conduite, c’est un homme libre, ami du pauvre comme du riche, s’ils sont vertueux.

  • 5
    Eppie max-jaures Oddy
    31 janvier 2020 à 00:06 / Répondre

    Super,tres instruitif… Mon respect pour vous!

  • 4
    pierre noel
    30 janvier 2020 à 20:03 / Répondre

    Martin Clare (décédé en 1751) était un homme de son temps. Maître d’école et juge de paix (à Londres), il avait écrit un essai sur les « Mouvements des fluides, naturels et artificiels » qui eut un succès certain (édité en 1735, plusieurs fois réédités jusqu’en 1803). Il lui valut son élection à la Royal Society l’année de sa publication. On ne sait trop quand il fut initié mais il occupa des positions importantes à la Grande Loge (Grand Steward en 1734, Junior Grand Warden en 1735, Deputy Grand Master en 1741). Il présenta de nombreux discours (nous dirions « des planches ») tant dans des loges privées à Londres et à Lincoln) qu’en Grande Loge (qu’il présida plusieurs fois en l’absence du GM). C’est cet homme qui écrivit la « Défense … », après plusieurs autres « addresses ».
    La plus célèbre de ces planches (Martin Clare’s address, 1735, in K, J&H, Early Masonic Pamphlets, 1978, pp. 327-332) fut présentée à la Grand Stewards’Lodge et ensuite à la Grande Loge en 1735.
    Il y traite des plaisirs de la compagnie et de la conversation aimable et courtoise qui doit régner dans les assemblées de francs-maçons dont elles sont le ciment. On sait que leur harmonie peut être aisément brisée quand s’y introduisent les défauts qu’éviteront toujours des gentlemen unis par les liens de la fraternité. Les manières extérieures et la civilité sont nécessaires, mais bien plus encore la tolérance des opinions d’autrui qui conduit à ne jamais l’offenser jusqu’à ce qu’il s’en sente mal à l’aise ou blessé.
    Il cite quatre points qu’il estime inacceptables dans une société de gens bien-élevés (Well-Bred) car source inévitable de confits. Sous le discours policé, la détermination est sensible
    – La grossièreté dans les propos, dépourvus de toute déférence ou de respect de l’autre et de ses opinions.
    – Le mépris, incompatible avec la bonne éducation. Perceptible dans les mots, les gestes, les regards, il ne peut qu’amener la gêne et le malaise.
    – L’inclination à trouver des défauts dans tout ce que dit l’autre et à les exposer sans aucune attention à son éventuelle susceptibilité.
    – Enfin la raillerie ! Manière plus raffinée, plus spirituelle parfois, moins agressive en apparence, d’exposer le ridicule de la victime aux yeux des assistants parfois bien disposés à l‘accepter. Mais le moindre dérapage du discours risque de causer un mal irréparable
    – La contradiction est bonne en soi. On ne peut pas laisser dire n’importe quoi, des opinions infondées, d’autres insensées (et parfois des conneries). Mais il faut toujours le faire avec sincérité et charité, pour garder l’harmonie de nos assemblées.
    – Il faut enfin garder à l’esprit la règle essentielle qu’il ne faut jamais interrompre celui qui parle. Cette règle doit être sévèrement respectée dans nos assemblées et c’est le rôle du président de la faire respecter avec le plus grand soin bien que ce soit la tâche la plus difficile (on croirait entendre le Speaker de la Chambre des Communes ! pn)
    Voila qui donne à méditer ! Je ne suis pas certain de m’être toujours conformé à ces conseils d’une autre époque et je ne peux qu’en être marri. J’espère faire mieux dans une autre vie.

  • 3
    pierre noel
    30 janvier 2020 à 15:08 / Répondre

    SANDERSON ( Robert ), théologien casuiste, né à Sheffield dans le comté d’York, en 1587, mort en 1662, devint chapelain de Charles I, souffrit beaucoup pendant les guerres civiles d’Angleterre ; mais peu de temps après le rétablissement de Charles II, il obtint l’évêché de Lincoln. … « Il savait l’histoire de sa nation, était bon antiquaire, et passait surtout pour un excellent casuiste ».

  • 2
    pierre noel
    29 janvier 2020 à 18:16 / Répondre

    La “Défense” est suivie d’un ‘Lettre du Frère Euclide à l’auteur sur ses ergotages » (Anderson, 1738, pp 226-228). Il commence par louer son impartialité, mais ne peut s’empêcher de remarquer qu’elle est sans doute excessive au vu de la hargne et de la mauvaise foi des adversaires de la Maçonnerie qui n‘hésitent pas à l’accuser de commerce avec le diable, de pratique de la sorcellerie, de mépris du Beau Sexe … Le comble veut que malgré une déclaration d’intention toute contraire, ils sont bien peu religieux et pas du tout dévots. Les critiques montent ainsi leur profonde incompréhension de l’Ordre, incapables qu’ils sont de comprendre que la Fraternité n‘est pas une école de théologie, mais de moralité et d’amitié fréquentée par des gentlemen courtois et bien élevés. La diatribe, on le voit, ne vise pas le pamphlet de Prichard qui ne dit rien de tel.
    La « Lettre … » est dite provenir d’un Frère de la loge »The Horn », une des quatre fondatrices et la plus prestigieuse.

  • 1
    pierre noel
    29 janvier 2020 à 12:57 / Répondre

    La citation latine en-tête de l’article signifie : « Ils parlent rarement et ont la manie de se taire ». Cet extrait vient d’une Saturnale de Juvénal où il parle des Stoïciens. Elle fait sans doute allusion au secret que cultiveraient les Francs-Maçons de Prichard.

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