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Philippe Foussier réagit à la clause anti francs-maçons italienne

Par Géplu dans Anti-maçonnerie, Dans la presse

Philippe Foussier, Grand Maître du Grand Orient de France a été interrogé par le site conspiracywatch.info à propos de la délirante proposition anti francs-maçons que la coalition populiste/Extrême-droite en passe de prendre le pouvoir en Italie s’apprête à mettre en œuvre.

Voici le texte de l’interview qu’il a accordé au site :

Alors que la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S) doivent présenter ce lundi 21 mai la composition du prochain gouvernement italien, une règle interdisant toute charge ministérielle aux francs-maçons, inscrite dans le programme établi entre les deux formations, a fait réagir le Grand Orient d’Italie. Dans un communiqué, la plus ancienne obédience maçonnique italienne a dénoncé une « clause anti-francs-maçons […] contraire aux principes constitutionnels [et rappelant] les lois fascistes ». Pour y voir plus clair, Philippe Foussier, Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), a accepté de répondre à nos questions.

Conspiracy Watch : Le Grand Orient d’Italie a fait part de son inquiétude quant à la clause anti-francs-maçons présente dans le pacte de gouvernement entre la Lega et le M5S. Quelle réaction cela vous inspire-t-il ?

Philippe Foussier : Nous savions depuis un certain temps que divers courants politiques italiens stigmatisaient la franc-maçonnerie. Nous exprimons bien sûr notre solidarité à l’égard des francs-maçons italiens. J’ai eu l’occasion de le faire directement en échangeant avec le Grand Maître de la Grande Loge d’Italie il y a quelques semaines et j’ai aussi incité l’Alliance maçonnique européenne à s’exprimer sur ce point, notamment en direction des institutions de l’UE. J’espère que l’Union européenne (UE), de manière plus générale, saura se montrer aussi ferme à l’égard des gouvernements qui sortent des clous démocratiques qu’elle le fut dans la dernière décennie à l’égard de la Grèce lorsqu’elle s’éloignait des canons budgétaires. Je suis d’un optimisme mesuré car l’UE semble de nos jours plus préoccupée par la finance et le commerce que par les droits de l’homme et les libertés démocratiques. Le Grand Orient de France, première obédience de la maçonnerie adogmatique et libérale du monde, au regard de son histoire et de ses combats, est conscient de ses devoirs et de son rôle sur le scène maçonnique mondiale. Il les assumera, comme de coutume.

CW : Quel est l’objectif d’une telle mesure selon vous ?

P. F. : L’objectif s’inscrit dans une série de mesures plus globale qui nous renvoie à des idéologies en vogue au début et au milieu du siècle dernier. La xénophobie les caractérise et l’antimaçonnisme n’est jamais très loin. Il s’agit de dénoncer des boucs émissaires dans la vieille tradition maurrassienne qui a inspiré plusieurs doctrines politiques en Europe. Etaient alors visés par le théoricien du nationalisme intégral les francs-maçons, les juifs, les métèques et les protestants.

Il faut hélas constater que la prolifération sur tout le continent de structures autoproclamées maçonniques mais qui n’en ont que le nom rendent un bien mauvais service à la franc-maçonnerie en se montrant peu regardantes sur les profils de ses membres. Il faut aussi admettre qu’une partie de la franc-maçonnerie italienne a parfois prêté le flanc en se montrant indulgente avec quelques-uns de ses initiés peu recommandables.

CW : Existe-t-il un précédent de ce genre de mesure dans un pays démocratique depuis 1945 ?

P. F. : A ma connaissance non. La liberté dont peut bénéficier la franc-maçonnerie en dit souvent très long sur la nature démocratique d’un régime. Partout où la franc-maçonnerie est interdite règnent des dictatures ou des pouvoirs autoritaires et/ou théocratiques. Mais au-delà des francs-maçons, car nous n’avons pas une approche « corporatiste », nous sommes solidaires de tous les Italiens qui récusent une telle orientation pour leur pays et qui se réfèrent pour beaucoup d’entre eux à l’un des pères de la nation, Giuseppe Garibaldi, franc-maçon revendiqué qui fut combattu sans relâche par tout ce que son pays comptait comme réactionnaires et cléricaux. Nous n’oublions pas toutes les autres mesures qui figurent dans le contrat de gouvernement des deux partis majoritaires, comme par exemple assurer la gratuité des crèches pour les seuls enfants italiens. La « préférence nationale » en actes…

CW : Cette volonté de mettre les francs-maçons à l’écart du pouvoir s’inscrit dans une résurgence de l’antimaçonnisme. A quoi l’attribuez-vous ?

P. F. : Les causes sont multiples et cet antimaçonnisme s’exprime bien sûr en Europe mais aussi en Afrique, avec une intensité toute particulière. Nous avons eu l’occasion d’échanger sur ce point début mai avec les Obédiences africaines réunies au siège du Grand Orient de France en présence de nombreuses Obédiences européennes. En France, il est incontestable que la mobilisation autour de la « Manif pour tous » en 2013 a constitué un signal fort. Nous avions d’ailleurs consacré une série de conférences publiques à l’antimaçonnisme en 2014 et nous prenons ces phénomènes au sérieux car nous connaissons l’histoire, notre histoire, que nous ne voulons pas être condamnés à revivre. Le complotisme qui irrigue les réseaux sociaux est bien sûr un vecteur puissant de cet antimaçonnisme.

En Europe, l’antimaçonnisme fleurit à la faveur des succès de l’extrême droite et depuis la fin du 18e siècle moult exemples l’attestent. C’est aussi à l’intégrisme religieux qu’on doit invariablement cette obsession contre la franc-maçonnerie. Il est partout en progression, cela n’a échappé à l’attention de personne. Mais il y a aussi un air du temps caractérisé par le retour du religieux – souvent dans des expressions fondamentalistes – dans toutes les sphères de la vie sociale et civique, que nombre de nos dirigeants accompagnent plus souvent qu’ils ne cherchent à le contenir. Parfois par conviction, parfois par clientélisme.

La franc-maçonnerie, depuis trois siècles, promeut la liberté absolue de conscience et combat les dogmes, elle vise à détruire les murs et les séparations entre les hommes à la différence de l’ensemble de ces courants. Tout le sens de notre combat, qui retrouve aujourd’hui une grande pertinence, consiste à desserrer l’étau des idéologies différentialistes et essentialistes, incarné par l’extrême droite d’un côté et les intégrismes religieux de l’autre, pour faire prévaloir cet humanisme universaliste des Lumières auquel nous demeurons inlassablement attachés. Il fait écho à l’idéal d’émancipation individuelle et collective qui est constitutif de nos principes.

lundi 21 mai 2018 10 commentaires
  • 10
    Peter Bu 28 mai 2018 à 15:11 / Répondre

    Excusez-moi, mais je suis consterné par la légèreté avec laquelle certains débatteurs traitent ce sujet. Les uns chipotent sur la question de savoir si ce début de la persécution des francs-maçons relève du fascisme, du populisme, du nazisme, les autres affirment que cela n’a rien à voir et se demandent si, en fait, cet empêchement, pour les francs-maçons, de faire partie du gouvernement ou de la magistrature ne serait pas justifié !
    Pour prendre mesure de l’ampleur du problème (il ne s’agit pas que de l’Italie, la moitié de l’Europe commence à être gangrénée), lisez l’article et surtout le débat https://www.hiram.be/blog/2018/05/24/italie-une-reaction-de-lalliance-maconnique-europeenne/
    Si je dois m’abaisser à discuter si « l’incompatibilité maçonnerie/magistrature » peut se justifier, est-ce qu’un juge catholique peut être objectif face à un accusé catholique, un juge communiste face à un accusé communiste, sans parler de la situation où les deux pourraient se sentir solidaires parce qu’ils sont musulmans ? Pourquoi alors les magistrats catholiques, communistes, musulmans ne doivent-ils pas déclarer leur convictions religieuses, politiques ou philosophiques? Pourquoi ne devraient pas être, eux aussi, interdits de la magistrature ou du gouvernement? Enfin, comment un juge qui est conscient d’être surveillé en tant que franc-maçon peut-il travailler avec sérénité ? Pour éviter des soupçons, ne sera-t-il pas porté à être plus sévère avec des accusés francs-maçons ? A la fin, pour rire : que se passerait-il si le juge et l’accusé appartiennent à deux obédiences qi se regardent en chiens de faïence ?
    De tels mesures profitent juste à quelques ordures qui se débarrassent des concurrents et, surtout, à des partis politiques extrémistes qui rameutent ainsi des foules sous leur bannière. La persécution des francs-maçons a toujours relevé du fascisme, du nazisme, du communisme, souvent manipulés en sous-main par l’église catholique.

  • 7
    écho 27 mai 2018 à 18:56 / Répondre

    Bonjour
    Il me semble que le GM du GO répond un peu facilement en accusant le fascisme, les anti-lumières etc voire l’intégrisme religieux.

    Il serait utile de s’interroger sur au moins deux précédents :

    – l’un en Italie, qui n’émane pas des « populistes »: en 1993, le Haut conseil de la magistrature a décidé que l’appartenance maçonnique est incompatible avec l’appartenance à la magistrature (certes 1993, c’est la première arrivée au pouvoir de Berlusconi, sauf erreur – mais j’ai dans l’idée que la mesure était plutôt dirigée contre les soutiens de Berlusconi et de ses semblables).

    – L’autre en Grande-Bretagne , où tout magistrat franc-maçon doit déclarer son appartenance (certes ce n’est pas une interdiction).

    Réfléchir sur ce qui a conduit à ces précédents me semble plus intelligent que de rabâcher les accusations sur le fascisme, l’intégrisme etc.

    A noter que cette proposition d’ « interdiction  » italienne ne viendrait pas de la Ligue, mais du mouvement 5 étoiles…

    A noter aussi que la Ligue s’est incontestablement (extrême) droitisée avec Salvini, mais que le fascisme n’est pas dans son ADN. Lorsqu’elle a commencé à engranger des succès, vers 1990, le parti Alliance nationale (issu de la dédiabolisation du MSI) , parti post fasciste , étatiste et quasiment « jacobin », avait pris pour slogan : La lega, me la sega
    (La ligue je m’en branle)
    En effet, la ligue était fédéraliste voire séparatiste, économiquement anti-étatiste, bref le contraire du fascisme historique.

    • 8
      Géplu 27 mai 2018 à 19:38 / Répondre

      Attention, Echo.
      Comme le rappelle cet article : https://www.hiram.be/blog/2015/07/24/encore-une-demande-anglaise-dobligation-de-devoilement-des-magistrats-francs-macons/
      « en Angleterre, en 1998, les nouveaux magistrats et les fonctionnaires de police étaient tenus de déclarer leur appartenance à la franc-maçonnerie avant leur prise de fonction. Un jugement de 2007 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre l’Italie avait contraint le gouvernement britannique à revenir sur cette obligation en 2009. En effet, une loi adoptée en 2006 par une région italienne imposait à chaque candidat à un poste public de déclarer son appartenance à la maçonnerie, ce que le jugement de la Cour Européenne de 2007 avait jugé discriminatoire. Et c’est heureux. »

      • 9
        écho 27 mai 2018 à 21:02 / Répondre

        Merci GEPLU
        J’avais en effet l’impression que ls choses avaient un peu évolué.
        Mais la décision CEDH de 2007 (que je vais essayer de retrouver )visait une obligation de déclarer son appartenance à la FM édictée par une région italienne pour tous les fonctionnaires. Il ne semble pas que son invalidation a modifié l’incompatibilité maçonnerie/magistrature posée en 1993par le hut conseil de la magistrature italienne.

  • 5
    réboussié 23 mai 2018 à 09:07 / Répondre

    second tour de la présidentielle chez nous ? le jour ou il y aura un candidat de gauche crédible , laïque , humaniste , pour la justice sociale ….la démocratie chez nous aujourd’hui ? qui fait la différence entre démocratie et ploutocratie ? Les frères élus …..vous les entendez beaucoup ? le GO ? votez macron ? faut faire barrage ? barrage ? avec des mots éculés ou avec un programme ? La Marine ? l’extrême droite ou carrément un gag ? oui , on a été noyauté , même si le mot est inexact par des socialistes …..sont ce ou étaient ce des gens de gauche , cad liberté égalité fraternité laïcité solidarité justice ? ça me rappelle la blague aux USA ou le Parti communiste a été dissous , car ne restaient que les infiltrés de la CIA ou du FBI …le vote FN ? des martiens ? d’Orion ? de la galaxie voisine ? non bien sur , des fachos de chez nous ???? mais il n’y a plus que quelque % de guignols pour y croire encore … hélas …mais Michel Onfray parle mieux que moi de toutes ces choses ….et Alain Finkielkraut de l’identité française , vous savez ? alors choisissez , Alain Finkielkraut ou la Marine ……mais choisir ? entre oui et oui ? celui qui est libre ; c’est celui qui peut dire NON ….

  • 4
    Revauger 22 mai 2018 à 21:06 / Répondre

    L’explication est que les mouvements populistes ont toujours été dangereux pour la démocratie. Philippe Foussier le dit clairement, et avec raison. Chaque fois qu’un régime a interdit la franc-maçonnerie, il s’agissait d’une régime anti démocratique voire fasciste ou nazi. Autrefois le Vatican avait lui aussi interdit la franc-maçonnerie: c’était du temps de l’Inquisition. N’ayons pas la mémoire courte! Autre exemple, Staline…

    • 6
      Aumont 23 mai 2018 à 09:50 / Répondre

      Le sot regarde son doigt alors qu’il montre la lune.

  • 3
    Peter Bu 22 mai 2018 à 17:16 / Répondre

    Quelle est l’explication?
    Pas besoin d’aller jusqu’en Italie pour se poser cette question. Regardez la vidé délirante https://www.hiram.be/blog/2018/05/22/une-procession-troublee-par-des-manifestants-anti-francs-macons/
    Hitler a été élu démocratiquement. Je crois que mêmes les Allemands n’en ont pas trouvé l’explication. Encore que la merde où ils se trouvaient après la première guerre mondiale donnent quelques indices.
    Les Italiens d’aujourd’hui, ou les crétins de Tréguier n’ont même pas une telle circonstances atténuante.

  • 1
    michel 21 mai 2018 à 22:27 / Répondre

    En préambule, je signale que je connais peu l’Italie.
    Mais quand je lis que cette coalition a obtenu 69% des voix (avant que le parti de Berlusconi se retire dans une neutralité bienveillante)
    Que faut-il comprendre avec un tel score ? (scrutin à un seul tour)
    Quel message veut faire passer le peuple italien?
    Je ne lis aucune réponse concrète dans cette interview…
    Renzi que l’on a comparé souvent à Macron finit vers 10%…
    Vous rajoutez un peu de démocratie-chrétienne…
    Le score de la gauche italienne semble très faible…
    Quelles sont les explications devant un tel échec ?

    • 2
      Blazing star 22 mai 2018 à 09:49 / Répondre

      @michel : quelle est l’explication, il y en a bien une.

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