Roger Dachez
Roger Dachez

Roger Dachez interviewé à propos de la Nouvelle histoire des francs-maçons en France

Par Géplu dans Interviews

Le dernier livre d’Alain Bauer et Roger Dachez, la « Nouvelle histoire des francs-maçons en France » est un livre important, qui devrait rester pour de nombreuses années une référence en la matière. Philippe Foussier, ancien Grand-Maître du GODF en a fait une fort complète recension publiée dans le numéro 322 de février 2019 d’Humanisme, la revue des francs-maçons du Grand Orient de France, et qu’il nous a autorisé à reproduire. Vous la trouverez dans l’article voisin. Pour ma part, j’ai posé quelques questions à Roger Dachez sur l’écriture de ce livre. Voici ses réponses.
Géplu

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Géplu : Roger, pourquoi le livre s’appelle-t-il la nouvelle histoire des francs-maçons et pas de la franc-maçonnerie ?
Roger Dachez : Parce que l’histoire de la franc-maçonnerie est celle des hommes qui l’ont façonnée, avant d’être celle d’une institution.

Il faut bien réaliser qu’il y a eu des francs-maçons avant qu’il y ait des loges, et des loges provisoires avant qu’il y ait eu des obédiences.

Il faut bien réaliser qu’il y a eu des francs-maçons avant qu’il y ait des loges, et des loges provisoires avant qu’il y ait eu des obédiences. D’où l’accent mis, dans ce livre, sur les premiers francs-maçons obscurs des premières loges françaises, et aussi sur la vie globale de ceux qui ont le plus compté dans l’histoire de la maçonnerie : ils ne faisaient pas que de la maçonnerie, et leur vie « profane » éclaire souvent bien des choses. Bref, un décentrement par rapport à l’institution, un point de vue nouveau sur son histoire.

N’existe-y-il pas déjà de nombreux livres sur ce sujet ?
Sur une histoire globale et réfléchie, documentée et à jour des connaissances actuelles sur trois siècles d’histoire maçonnique française, non, il n’y en a pas vraiment été publié depuis pas mal de temps. C’est précisément ce qui nous a donné l’idée de ce travail.

Pourquoi écrire celui-ci, qu’apporte-t-il de nouveau ?
Outre une perspective différente du récit, comme je l’ai dit précédemment, nous avons essayé d’apporter au moins deux choses nouvelles :

Il est clair que les premiers francs-maçons en France ne venaient pas de la lune : ils avaient une préhistoire et il nous a paru nécessaire de revenir sur cette question complexe

– d’abord une sorte de long prélude qui tente de faire le point sur ce que l’on sait aujourd’hui des origines de la maçonnerie spéculative. Il est clair que les premiers francs-maçons en France ne venaient pas de la lune : ils avaient une préhistoire et il nous a paru nécessaire de revenir sur cette question complexe et, du reste, encore incomplètement résolue ; cela nous a paru nécessaire pour comprendre le contexte de fondation de la maçonnerie en France ;
– ensuite nous avons choisi, en moins de 700 pages, ce qui nécessite de faire des choix, de traiter plus complètement que d’ordinaire certains des moments clés de l’histoire maçonnique en France, par exemple : la fondation de la première Grande Loge de France, le rôle des francs-maçons pendant la Révolution, l’évolution sociologique et intellectuelles des loges au milieu du XIXe siècle, ou encore le contexte délétère de l’actualité française avant la dernière guerre.
Sur tous ces sujets nous reproduisons aussi beaucoup de textes souvent peu connus.

Pourquoi ne consacrer que 4 pages au convent de 1877 du GODF supprimant l’obligation de l’invocation du Grand Architecte, événement que tu appelles « l’affaire de 1877 » alors que beaucoup au GO le considèrent comme une date majeure ?
Sans doute parce que ce ne fut que la fin logique et attendue d’une évolution amorcée depuis des années. Le GODF ne s’est pas réveillé un beau matin hostile à Dieu ! Il avait profondément changé en une trentaine d’années, sur le plan sociologique et intellectuel. Le Convent de 1877 n’en fut que le point d’orgue. Du reste cela n’a suscité aucun soulèvement interne : dans la plupart des loges, la question était réglée depuis déjà pas mal de temps, en tout cas bien avant 1877.
A mon avis, la vraie mutation que connut alors le Grand Orient n’est pas celle-là : c’est plutôt celle qui suivit immédiatement et qui le fit entrer définitivement dans l’arène politique, pour le meilleur et pour pire…

Comment écrit-on un livre à deux, comment vous êtes-vous partagés le travail Alain et toi ?
Nous le disons dans l’introduction : nous nous sommes distribué les époques. J’ai tout traité jusqu’au Second Empire et Alain Bauer s’est penché sur la IIIe République. Pour l’après-guerre, nous avons avancé ensemble. Cela suppose simplement de nombreux aller-retours des textes…

Qui de vous deux a eu l’idée du livre, et pourquoi travailler ensemble ?
Nous avons des points de vue différents sur de nombreux sujets, mais une amitié intellectuelle solide nous permet d’en faire quelque chose de positif. En fait, cela faisait des années que nous en parlions. Il fallait juste trouver le bon moment !

Combien de temps cela prend-il d’écrire un livre comme celui-là ?
A peu près deux ans de rédaction et près de six mois intenses de rédaction finale. Mais c’est en fait, du moins en ce qui me concerne, le produit de vingt années de recherches et de réflexions sur ce sujet…

Qu’est-ce qui t’a procuré le plus de plaisir dans son écriture ?

Je ne sais pas si c’est réussi, mais j’ai éprouvé une grande satisfaction à fournir aux futurs lecteurs de vrais éléments pour leur permettre de comprendre ce qui s’est passé.

Tenter de rendre un peu plus claires certaines périodes troubles de l’histoire maçonnique, celles qu’une historiographie approximative avait malheureusement souvent rendues illisibles. Je ne sais pas si c’est réussi, mais j’ai éprouvé une grande satisfaction à fournir aux futurs lecteurs de vrais éléments pour leur permettre de comprendre ce qui s’est passé.
Depuis une trentaine d’années que je travaille sur l’histoire générale de la maçonnerie, j’ai acquis la conviction que tous les francs-maçons devraient, à un moment ou un autre de leur parcours, y consacrer du temps pour mieux approcher la nature profonde d’un phénomène très complexe.
J’espère que ce livre les y aidera.

dimanche 26 mai 2019 2 commentaires
  • 2
    Désap. 4 juin 2019 à 19:25 / Répondre

    Avant de se prosterner devant l’oeuvre de Roger Dachez, il serait utile de lire les Constitutions de 1723 et la version de 1784 qui est une mise à jour expurgée des erreurs des éditions de 1756 et 1767, notamment des compléments fait par Anderson en 1738 et non approuvés par la GL lors de leur présentation.
    Par exemple, exception faite (peut-être) de l’arrangement strictement matériel de la loge, on ne pourra qu’être dubitatif face à l’héritage écossais dont on nous rabat les oreilles.
    Ce que propose Anderson en 1723 est autrement plus élevé.

  • 1
    ABIBALA 3 juin 2019 à 10:11 / Répondre

    BRAVO pour cette œuvre, maintenant, vous pouvez, pour ravir ceux qui ont le temps de lire, commencer après la nouvelle histoire, le livre de » l’histoire de la pensée M.°. »

    Je sais que vous n’aspirez pas au repos.

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