le General Comte Fernig
le Général Comte Fernig

Le général de Fernig, officier et franc-maçon.

Par Pierre Noël dans Contributions

La bibliothèque royale de Belgique, à Bruxelles, possède un volumineux dossier appartenant au général de Fernig. Une copie m’en fut communiquée par mon regretté frère et ami, Christian Balister, trop tôt décédé. Ce dossier comporte des pièces diverses, énumérées en annexe, qui ne sont pas sans intérêt pour l’histoire du Suprême Conseil de France.
Notons que Fernig a donné son nom à une rue et un collège dans sa ville natale de Mortagne, à une rue à Valenciennes et à une place à Lille.
Pierre Noël.

L’officier

Jean-Louis-Joseph-César Fernig naquit à Mortagne [1] (département du Nord) le 12 août 1772, de Louis Fernig, ancien bas-officier de l’armée royale, et d’Adrienne Basse, fille d’un cultivateur des environs, greffier de la justice seigneuriale du lieu. Engagé au 12° régiment d’infanterie en 1792, il fit campagne à l’armée du Nord. Blessé devant Menin, il se distingua à Valmy, combattit à Jemmapes, fut fait capitaine sur le champ de bataille d’Anderlecht et entra dans l’état-major de Dumouriez. Promu lieutenant-colonel après Neerwinden où il se distingua tout particulièrement, il suivit Dumouriez dans la dissidence.

Ayant erré dans différents pays d’Europe, il ne revint en France qu’en 1797. Inscrit sur la liste des immigrés, il se fit admettre comme volontaire sans solde dans l’armée du général Hatry [2] puis dans celle du général Moreau. Il servit ensuite sous Macdonald en Italie. Rayé de la liste des immigrés, il commanda les places de Coire puis de Saint-Gall, en Suisse. En 1802, le premier consul le nomma chef de bataillon au 112° de ligne et membre de la légion d’honneur (26 mars).

En 1809, il fit partie de l’armée levée par Fouché pour reconquérir l’île de Walcheren. Nommé colonel provisoire, il fut envoyé en Espagne avant de rejoindre l’état-major impérial comme adjudant commandant puis sous-chef d’état-major. Il fit la campagne de Russie, où il se distingua à Borodino et au passage de la Bérézina, ce qui lui valut d’être fait officier de la légion d’honneur par l’empereur. Après les batailles de Lützen et de Bautzen, il fut promu au grade de général de brigade le 14 juin 1813. Commandant de la place de Strasbourg, il y resta jusqu’à la fin des hostilités en 1814.

Louis XVIII créa Fernig baron le 31 décembre 1814 et lui remit la croix de Saint-Louis le 24 octobre, ce qui ne l’empêcha pas de se rallier à Napoléon durant les cent-jours. Après Waterloo, il fut mis en disponibilité. Il commanda à nouveau une brigade durant la guerre d’Espagne (1823) où il obtint d’être fait commandeur de la légion d’honneur et chevalier de Saint-Ferdinand. Gouverneur militaire de Barcelone jusqu’en 1826, il fut à nouveau mis en disponibilité, liberté dont il usa pour parcourir l’Orient, les Balkans, l’Italie, l’Autriche-Hongrie. Appelé par Louis-Philippe dans les cadres de l’état-major dès 1830, il fut fait grand-officier de la légion d’honneur le 8 mai 1835 et admis définitivement à la retraite le 11 juin 1835.

En 1847, il accompagna son ami, le F∴ Anselme de Rothschild en Egypte. Atteint de dysenterie, il mourut sur le Nil, dans le bateau qui le ramenait à Alexandrie, le 24 août de cette année [3].

Le franc-maçon

Fernig fut initié le 16 janvier 1804 [4] (il était alors chef de bataillon au 112° régiment d’infanterie) dans la loge Les Amis Philanthropes [5], constituée à Bruxelles le 29 Pluviôse de l’an VI de la République française (17 février 1798), sous l’obédience du Grand Orient de France. J’ignore quelles furent ses activités maçonniques sous l’Empire mais on imagine aisément qu’elles durent être limitées au vu de ses états de service. En tout cas, il n’apparaît sur aucun des tableaux du Suprême Conseil de France de l’époque et aucun auteur, à ma connaissance, ne fait état de sa participation aux travaux du Grand-Orient. Marc Bédarride écrit qu’il fut reçu du 4° au 18° degré à Grenoble en 1808, du 19° au 32° degré en Espagne en 1811.

Il apparaît dans le sillage de Grasse-Tilly après Waterloo. Reçu au 33° degré en 1815, par Grasse-Tilly selon ses dires, il joua un rôle important au sein du Suprême Conseil d’Amérique où il occupa les fonctions de lieutenant Grand Commandeur « ad vitam » en même temps qu’il était vénérable de la loge Les Propagateurs de la Tolérance [6], créée par cette obédience le 24 octobre 1818.

Lors du réveil ou plutôt de la réorganisation du Suprême Conseil de France (celui de 1804 !) [7], réveil dont il fut un des promoteurs les plus actifs [8], il devint secrétaire du Saint-Empire [9], fonction qu’il occupa jusqu’en 1838, lorsque le duc Decazes, Souverain Grand Commandeur, l’appela à la dignité de lieutenant Grand Commandeur, fonction qu’il occupa jusqu’à son décès.

Sa mort fut commémorée lors d’une tenue funèbre célébrée, le 23 janvier 1848, par la loge écossaise n° 78, Les Amis de l’Ordre, Or∴ de Niort.

Maçon actif, à l’inverse de nombre de ces célébrités impériales qui n’eurent de maçon que le nom et les titres, Fernig joua un rôle essentiel dans l’administration et le développement du Rite Ecossais, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières nationales. Le dossier que nous présentons ci-dessous en est la preuve.

Pierre Noël

Téléchargez le texte complet de l’article avec le dossier : Général de Fernig

___________________________
[1] Située à la frontière belge, entre Valenciennes et Tournai, à la confluence de la Scarpe et de l’Escaut.
[2] Jacques Maurice Hatry, né à Strasbourg le 12 février 1742 et décédé à Paris le 30 novembre 1802, est un général français de la Révolution et de l’Empire. Il commandait l’armée de Mayence en 1797 (celles où servait la célèbre 66° demi-brigade d’infanterie).
[3] Je remercie Jean-Paul Minssier, qui a obtenu ces renseignements biographiques auprès du service historique de l’armée de terre et me les a aimablement communiqués.
[4] R.Desmed. 1972, p.33.
[5] Et non les « Zélés Philanthropes », loge imaginaire, comme le prétend le dictionnaire de Ligou !
[6] Ce fut la première loge de REAA dépendant directement d’un Suprême Conseil.
[7] Ce Suprême Conseil ne s’était plus réuni depuis six ans ! Il n’existait que par quelques archives conservées par Thory. Il n’eut aucune activité durant toutes ces années.
[8] « Ce fut à la persévérance des efforts que fit M. de Fernig que le Sup∴ Cons∴ de France dut de recouvrer en, 1821 son activité et sa puissance ». (Fête funèbre en mémoire du général Comte de Fernig, lieu∴ Gr∴ Com∴ – tenue le 22 janvier 1848 en la loge écossaise n° 18, Les Amis de l’Ordre, Or∴ de Niort).
[9] Et orateur de la Loge de la Grande Commanderie.

lundi 26 août 2019 5 commentaires
  • 5
    pierre noel 30 août 2019 à 19:20 / Répondre

    Fernig était VM de la Loge Les Propagateurs de la Tolérance, créée en octobre 1818 par le SC d’Amérique (dont il était lieutenant Grand-Commandeur sous l’autorité d’Elie Decases, SGC).
    Cette loge se réunissait au n° 39 de la rue Neuve-des-petits-Champs.
    Le 1° Surveillant en était jean-Bernard Jusderetz et l’orateur en fut Chemin-Dupontès, le « pape » de la théophilanthropie (membre par ailleurs des « Trinosophes » du GODF) .
    Sa création fut annoncée dans le premier numéro du périodique « La Bibliothèque Maçonnique » , éditée par le Fr :. Joly, orateur de la loge. Quelques pages plus loin, relatant la séance du 19 novembre de la chambre symbolique du Suprême Conseil, le secrétaire-général du Saint-Empire précisait le rôle de cette loge.

    « …la Gr\ loge écossaise des propagateurs de la tolérance, et son Souv \ Chap \, la Resp\L\ des Chevaliers de la Palestine, et son Souv\ Chap\, le Souv\ Chap \ enfin de la Rose du parfait silence, se présentent à vos esprits entourés du prestige imposant d’une antique renommée et d’une existence nouvelle … Tous les Ill\ FF\, qui composent le Sup\ Conseil du 33° degré sont membres nés de la Resp \ L\ des propagateurs de la tolérance : elle doit à cette mesure, dont vous apprécierez quelque jour la sagesse, et à quelques circonstances qui ont entouré son berceau, le nom de Grande Loge écossaise. En le prenant, elle s’est investie de toutes les attributions qui répondent à ce titre ; elle a déclaré qu’elle possède tous les pouvoirs que ce nom rappelle, et qu’elle devient par sa formation même le conservateur né de tous les droits de l’Ecossisme dans cet Or\
    Représentant de la Grande Loge générale Écossaise de France du rite ancien accepté, héritière de ses droits, forte de son courage et sur-tout de son exemple, elle sera peut-être appelée à souscrire un nouvel acte d’union avec les corps maç\ qui l’entourent, ou si ses vœux ne sont pas écoutés, si ses désirs ne sont pas remplis, elle saura toujours maintenir ses libertés, repousser toute suprématie, défendre son indépendance. »

    Le programme était clair. La Grande loge écossaise, héritière de la Grande Loge générale de 1804, se proposait de rassembler tous les Grands Inspecteurs Généraux, 33° degré ‘le SC « de France », celui de 1804, était en sommeil depuis 1815) et se voyait investie de tous les pouvoirs de l’Ecossisme à Paris et en France (il ne contrôlait pourtant que trois loges, trois chapitres, un aréopage et un consistoire).
    la loge avait 19 membres honoraires (tous grands noms du régime qu’on ne vit jamais et qui ne donnèrent pas un sou à la loge) et 94 membres « ordinaires » (selon tous les sens du mot).
    Le plus célèbre est Jean-Baptiste Chemin-Dupontès (1767-1850) qui fut d’abord libraire avant d’être enseignant. Républicain engagé, il fut incarcéré sous la Terreur et libéré par Thermidor. En 1796, il créa la Théophilanthropie, religion a-dogmatique, d’inspiration rousseauiste, limitée à des discours de morale et des hymnes à l’Etre Suprême. Elle fut Interdite le 4 octobre 1801 par le Premier Consul. De 1797 à 1801, il publia divers ouvrages sur la théophilanthropie et la religion naturelle.
    Il s’affilia à la loge écossaise, bien que membre du GODF (loge Les Trinosophes) et en devint l’orateur.
    la loge se réunit 15 fois entre octobre 1818 et août 1819, dont cinq fois pour une initiation et une fois pour une tenue d’adoption. les PV en sont signés de la main de Fernig et Judesretz.
    Elle disparut sans doute pour des raisons d’argent qui faisait cruellement défaut.
    A. Combes (1998, p.58) reconnaît à demi-mot que le SCDF ne dut son réveil (en 1821) qu’aux efforts de Fernig et de Muraire (ce que n’admettent que du bout des lèvres les commentateurs du SCDF).

  • 4
    pierre noel 28 août 2019 à 17:43 / Répondre

    Le général de Fernig est surtout connu par ses deux sœurs, Marie-Françoise-Théophile-Robertine (1775- 1819) et Marie-Félicité-Louise (1770-1841).
    Elles étaient âgées l’une de seize ans et l’autre de treize, lorsqu’elles firent le coup de feu avec la garde nationale de Mortagne contre les Autrichiens en 1792, s’attirant les honneurs de la Convention. Ce fut de courte durée car comme leur frère, elles s’attachèrent à Dumouriez et le suivirent dans la dissidence.
    Elles reprirent leur habit féminin après cet épisode guerrier. Toutes deux étaient, paraît-il, très belles. Nées à proximité de Valenciennes, elles décédèrent à Bruxelles.
    Une correspondance inédite (XXXIII lettres de 1795 à 1803) de Théophile de Fernig, « aide de camp du général Dumouriez » fut publiée en 1873 (librairie de Firmin Dodot, Paris). Elle mourut sans descendance.
    Sa sœur, Marie-Félicité-Louise épousa en 1798 un capitaine belge, François Van der Wallen (1774-1829), habitant Bruxelles (une de ses descendantes épousa George Moens qui fut Commissaire de l’exposition universelle à Bruxelles (1958) et autorisé en 1934 à porter le nom Moens de Fernig).
    Malheureusement, aucune de ses vaillantes combattantes ne fut maçonne. En revanche, Marie-Adrienne (1777-1837), sœur cadette des deux combattantes, épousa le général comte Guilleminot qui devint 33° du Suprême Conseil de France, avec son beau-frère et ami.
    On parle peu du comte de Fernig (il n’a droit à aucune mention dans l’index de l’Histoire de La Franc-Maçonnerie Française de Pierre Chevallier), pourtant il fut un maçon exemplaire, actif, dévoué, bien différent de tous ces noms illustres qui n’ont de maçon que le nom et qui n’ont souvent jamais remis les pieds dans une loge après leur initiation. L’engagement de Fernig pour la question juive dans la maçonnerie allemande (dont témoignent les lettres qu’il a écrites pour les défendre) fait plaisir à lire.

  • 3
    Augustin1813 27 août 2019 à 11:16 / Répondre

    Merci à vous deux, Pierre et Michel, pour vos brillantes et intéressantes interventions relatives à l’histoire maçonnique.

  • 2
    pierre noel 27 août 2019 à 10:34 / Répondre

    Michel Hermand pour notre bonheur à tous fait une analyse exhaustive des travaux du chapitre (pas de la loge) des AP pendant ses premières années (quand il était chapitre attaché au GODF, donc « de rite français »). J’attends avec impatience ses conclusions.
    Il nous donne les dates de réception de Fernig aux 3 premiers Ordres.
    Il se pourrait donc que L' »illustre » Bédarride, imaginatif s’il en est, n’ait pas tort quand il situe son R+ en 1808.

  • 1
    Michel Hermand 27 août 2019 à 09:20 / Répondre

    Initié aux Amis Philanthropes le 16 janvier 1804, il fut reçu Elu le 23 octobre 1804 et Ecossais le 29 mars 1805, portant à trois (avec Rostollant et Chameau) le nombre, parmi les membres du Souverain Chapitre des Amis Philanthropes, de « refondateurs » du Suprême Conseil de France en 1821. Le 6 juin 1805, le Chapitre décide, qu’étant en partance, le grade de Chevalier d’Orient lui soit communiqué au moment de son départ.

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