Eric Saunier

Eric Saunier nous présente « l’IDERM »

Publié par Géplu

Beaucoup connaissent le nom de l’IDERM, l’Institut d’Études et de Recherches Maçonniques, mais peu savent exactement ce qu’il fait. J’ai demandé à Eric Saunier, qui en est le directeur depuis 2015 (fonction où il a succédé à André Combes qui l’occupait depuis sa fondation en 1974), de répondre à quelques questions sur l’Institut.
Géplu.

Géplu : Eric, peux-tu tout d’abord nous présenter l’IDERM et nous rappeler son histoire ?

Eric Saunier : L’Institut des Etudes et de Recherches Maçonniques a été créé par une décision du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France en 1974, à l’initiative du Grand Maître Jean-Pierre Prouteau. Il devait se diviser en 3 sections, l’une historique, l’autre économique, la troisième scientifique. Seule la section historique a vu le jour et fut la continuation de la Commission d’histoire de l’époque, dans le but de créer une interface entre le monde de la recherche historique universitaire, qui était d’ailleurs encore balbutiante à l’époque, et celle que pouvaient faire des francs-maçons intéressés mais amateurs dans leurs loges.

Cette création est à remettre dans le contexte de l’époque, les années 1970, et des efforts faits depuis l’après-guerre par le Grand Orient pour développer un peu la recherche historique à partir de ses archives déposées à la BNF. Il a fallu un peu de temps pour qu’elle se mette en place. Elle est née, est-ce un hasard, dans le sillage des travaux pionniers du regretté Maurice Agulhon qui s’est intéressé à la même époque à la franc-maçonnerie et à sa sociabilité en Provence. Le Grand Orient a donc été aussi pionnier dans cet engagement. Aujourd’hui toutes les grandes obédiences se sont engagées dans ce processus, mais s’y sont lancées un peu plus tard.

Quelle est ta vision de l’IDERM, quels sont tes objectifs et tes priorités ?

L’objet et l’objectif restent les mêmes. C’est toujours d’opérer la symbiose entre le monde de la recherche universitaire et le monde de la recherche maçonnique. Mais il y a quand même deux évolutions notables depuis 2015. La première est une diversification de l’action de l’IDERM. L’Institut était surtout connu par les conférences qu’il organisait qui avaient lieu un jeudi soir par mois rue Cadet, et par quelques colloques ponctuels. J’ai essayé d’adapter cette organisation en accordant une place plus grande à l’extériorisation et à l’association des initiatives maçonniques et universitaires, par le biais notamment d’une journée d’étude annuelle autour d’une thématique permettant de s’adresser à un public plus large. Et de mieux contextualiser scientifiquement la recherche maçonnique, comme c’est le cas avec le colloque qui aura lieu cette année à Caen le 4 juin sur la franc-maçonnerie et les colonies (De l’Atlantique à l’Océan Indien, la franc-maçonnerie et les colonies (XVIIIe-XXe siècle) : un état de la recherche). On est là sur un objet d’étude historique, qui intéresse la franc-maçonnerie, et qui fait participer à la fois des chercheurs universitaires et francs-maçons. Dans une autre perspective, j’essaie de faire participer l’IDERM à des initiatives d’extériorisation dirigées vers la province, parce qu’il y a aussi des antennes de l’IDERM à Nancy, à Lille, dans le Jura, à Rouen, à Toulouse…

Par exemple l’an dernier j’ai organisé au Havre une exposition qui s’appelle « Le Havre, les francs-maçons et la mer ». Cela a donné une idée plus juste de la franc-maçonnerie auprès d’un large public car l’exposition a duré cinq mois et qu’il y a eu des centaines de personnes venues la voir. C’est un moyen de faire connaître à la fois la franc-maçonnerie et l’IDERM, tout en donnant une image de la franc-maçonnerie moins caricaturale que celle que donnent les médias. Il y a encore la création en 2016 du prix de la recherche maçonnique. Il est délivré par l’IDERM tous les deux ans. Ce sera le troisième cette année, après ceux de 2016 et de 2018. Il y a un prix de thèse et un prix de Master. Ils seront décernés le 4 juin, à l’issue de la journée de Caen sur la franc-maçonnerie et les colonies. Grâce à cette pluralité d’initiatives, les travaux de l’IDERM, ses conférences comme ses colloques, peuvent alimenter régulièrement la revue historique publiée par le Grand Orient chez Conform éditions : les « Chroniques d’histoire maçonnique ».

Une autre action à initialiser, ou à reprendre eu égard à la plateforme programmatique de 1974, mais qui prendra plus de temps, est de faire en sorte que l’IDERM ait une action qui ne concerne pas seulement la recherche en histoire. Qu’il soit pluridisciplinaire.

Comment as-tu succédé à André Combes à la direction de l’IDERM ?

Il y a eu la conjonction de trois choses. D’abord mon parcours personnel dans la recherche maçonnique m’y prédisposait. J’ai fait une thèse sur la franc-maçonnerie en Normandie qui a été publiée il y a 20 ans, puis j’ai dirigé l’écriture de l’encyclopédie de la franc-maçonnerie chez Hachette, et je suis enseignant-chercheur en histoire à l’université de Normandie. Une deuxième chose est qu’André Combes m’avait parlé de la nécessité de continuer le travail engagé sous sa direction depuis quelques années. Enfin, ce qui a été un peu l’élément déclencheur en 2015, est l’organisation d’une expo au musée de la franc-maçonnerie, « les francs-maçons et la mer ». Cela m’a permis de mieux connaître le cadre de travail.

vendredi 21 février 2020
  • 3
    Désap.
    24 février 2020 à 09:20 / Répondre

    Je serais très heureux que notre frère Eric Saunier nous donne son avis sur la valeur qu’il estime des divulgations du XVIIIè siècle, sont-elles à même de nous renseigner valablement sur les usages maçonniques et décrivent-elles ce que les maçons comprenaient de l’Art ?
    Egalement, l’IDERM effectue-t-il des recherches sur la relation Royal Society / création de la GL 1717 et sur les causes de ce que j’estime être une continuité d’esprit et d’objectif qui ont conduit les maçons acceptés à choisir les maçonneries écossaise et anglaise comme modèle spéculatif de leurs pratiques et pourquoi ?
    Mes remerciements par avance.

  • 2
    Michel HERMAND
    23 février 2020 à 10:16 / Répondre

    Mea culpa, mea maxima culpa: « créés »

  • 1
    Michel HERMAND
    23 février 2020 à 09:43 / Répondre

    Ce qu’Eric ne dit pas, c’est qu’il est un des principaux à avoir exploité l’extraordinaire richesse du Fonds Gaborria, mis assez récemment en ligne par la Bibliothèque d’Alençon, et contenant, entre bien d’autres choses, des documents fondamentaux pour l’étude des Amis Philanthropes, première Loge et premier Chapitre crée à Bruxelles après l’annexion de la « Belgique » à la France en 1795.

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