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Guillaume Trichard, un retour assumé, une polarisation immédiate

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Publié par Jiri Pragman

L’analyse que fait Jiri Pragman sur son site Antimaçonnisme(s) par Jiri Pragman de la haineuse campagne de dénigrement que subit Guillaume Trichard depuis sa réélection à la tête du Grand Orient de France.

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Élu le 28 août 2026 à Bordeaux lors du 161ᵉ Convent, Guillaume Trichard retrouve la Grande Maîtrise qu’il avait exercée en 2023-2024. Ce retour d’un ancien Grand Maître, inédit depuis trente-sept ans, s’accompagne d’une stratégie de visibilité publique que ses premières sorties ont rendue immédiatement conflictuelle.¹

Le juriste, âgé de cinquante ans et ancien secrétaire général adjoint de l’Unsa, a été porté à la tête de l’obédience, qui revendique environ 54 000 membres et 1 400 loges.² Plusieurs sources secondaires lui attribuent 31 voix, sur les 36 membres du Conseil de l’Ordre présents (un était absent pour raisons familiales).³ Dès son discours d’installation, il dresse un diagnostic sombre : « Ce qui vacille, ce n’est pas un texte constitutionnel, c’est le lien qui nous tient ensemble. » Il fixe le cap d’une obédience « engagée » face à ce qu’il décrit comme une crise du pacte républicain.⁴

Les premières sorties : un enchaînement calculé

Trois interventions structurantes se succèdent en quelques jours.

D’abord l’entretien publié par Le Figaro le 29 août. Trichard assume un rôle historique de l’obédience « face à la montée des populismes ». Il annonce un document de propositions pour « la France, l’Europe et le monde » début 2027, à l’approche de la présidentielle, et une offensive sur l’école : « Les écoles privées hors contrat n’ont pas leur place dans la République. »⁵ Le GODF prépare un livre blanc sur « l’école de la République » et demande à ses loges de poser des actes publics, y compris en milieu scolaire ou universitaire.⁶

Ensuite, le 30 août, la tribune « L’heure du combat est revenue » dans La Tribune Dimanche. Trichard y développe le thème de l’érosion lente des démocraties par concessions successives, identitarismes et « nouvelles vérités » des réseaux. Il appelle à réaffirmer l’universalisme et reprend le principe d’une mobilisation publique des loges. La formule finale donne la tonalité : « Oui, l’heure des guetteurs est revenue, l’heure du courage est revenue, l’heure du combat est revenue. »⁷

Enfin, le même 30 août à 18 heures, sous l’Arc de Triomphe, Trichard ravive la Flamme du Soldat inconnu et dépose une gerbe au nom du GODF — une première dans l’histoire de l’obédience.⁸ Le site Le Rempart affirme que cette participation aurait été personnellement autorisée par Emmanuel Macron en sa qualité de chef des Armées. Aucune source institutionnelle retrouvée ne permet cependant de confirmer cette intervention présidentielle. Le ravivage est organisé quotidiennement par le Comité de la Flamme et ouvert, selon un calendrier établi, à des associations dont le civisme est reconnu.⁹

L’hommage est rendu « à toutes celles et tous ceux qui se sont battus, jusqu’au sacrifice de leur vie, pour défendre les valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité ». Guillaume Trichard précise avoir été entouré d’« obédiences maçonniques amies » et mentionne la présence d’un colonel commandant des forces de l’opération Sentinelle.¹⁰ Son post X du 1ᵉʳ septembre connaît une diffusion inhabituelle : les différentes indexations consultées montrent une progression de 48 000 à plus de 400 000 vues en quelques jours.¹¹

Deux lectures antagonistes

Les communiqués officiels et plusieurs médias maçonniques présentent ces gestes comme une entrée légitime dans la mémoire nationale et une réaffirmation initiatique et citoyenne.

Des associations laïques, parmi lesquelles l’UFAL, Unité Laïque, le Comité Laïcité République, EGALE et les DDEN, publient le 3 septembre un communiqué de soutien dénonçant une campagne antimaçonnique.¹² Le député Jérôme Guedj apporte également son soutien sur X et évoque une campagne « ouvertement homophobe, complotiste, stigmatisante, injurieuse ». Guillaume Trichard relaie son message.¹³ Autre soutien sur X, le sénateur Pierre Ouzoulias.

À l’opposé, une partie de la droite conservatrice, de l’extrême droite et de médias militants présente les prises de position du Grand Orient comme une ingérence politique. Boulevard Voltaire consacre un éditorial aux écoles hors contrat puis revient sur les rapports entre franc-maçonnerie et armée.¹⁴ Tribune Chrétienne centre sa critique sur la liberté d’enseignement.¹⁵ Médias-Presse-Info parle d’une volonté du Grand Orient de « peser sur la présidentielle 2027 » et d’une « offensive maçonnique ».¹⁶ Le Média en 4-4-2 reprend lui aussi la déclaration sur les écoles hors contrat en insistant sur la volonté de l’obédience d’intervenir dans le débat public.¹⁷

Plusieurs réactions vont toutefois au-delà de cette critique politique. Le Parti de la France qualifie ainsi la franc-maçonnerie de « secte toxique » et souhaite rendre l’appartenance maçonnique incompatible avec certaines fonctions officielles.¹⁸ Des publications et communiqués de soutien à Guillaume Trichard font par ailleurs état d’attaques homophobes et personnelles diffusées sur les réseaux sociaux.¹⁹

Sur X : le révélateur le plus net

Le réseau X a servi de caisse de résonance immédiate et souvent virulente. La publication de Guillaume Trichard consacrée à la cérémonie sous l’Arc de Triomphe a suscité de nombreuses réponses, citations et reprises hostiles. Il n’est toutefois pas possible, à partir des données accessibles, d’établir que celles-ci seraient majoritaires.

Les thèmes récurrents appartiennent au répertoire classique de l’antimaçonnisme contemporain : qualification de « secte », soupçon d’une confusion entre l’État et le Grand Orient, influence occulte, pénétration des institutions et références à l’occultisme.

Le compte France Résistance reprend ainsi les images de la cérémonie sous la formule « La secte se montre en plein jour ».²⁰ Civitas International interpelle directement Guillaume Trichard : « Des militaires mobilisés pour une opération de communication de la franc-maçonnerie ? À quand la séparation du Grand Orient de France et de l’État ? » Le même compte qualifie ailleurs la franc-maçonnerie de « secte » qui chercherait à « dicter sa loi ».²¹

Ces formulations permettent de distinguer deux registres. S’interroger sur la pertinence de la cérémonie, sur la présence militaire ou sur l’intervention politique du Grand Orient relève d’une critique susceptible d’être discutée factuellement. Présenter la cérémonie comme la preuve d’une infiltration des institutions ou d’une collusion structurelle entre l’État et une « secte maçonnique » relève d’une grille antimaçonnique.

Certaines publications poussent davantage cette logique en affirmant, sans élément probant, que les francs-maçons seraient massivement présents à la tête de l’armée, de la police, de la gendarmerie ou de la magistrature. Le fait particulier — la présence d’un colonel lors de la cérémonie — devient alors la confirmation d’une conclusion préalable sur une supposée pénétration maçonnique de l’appareil d’État.

À l’inverse, des francs-maçons, des associations laïques et des personnalités politiques défendent la légitimité du geste. Le protocole officiel fournit d’ailleurs un élément factuel déterminant : depuis 1923, des représentants d’associations ravivent quotidiennement la Flamme selon un calendrier établi par le Comité de la Flamme. Ses statuts ont été modifiés en 2000 afin de ne plus réserver ce geste aux seuls anciens combattants.²²

Ce que révèle la séquence

Trois éléments structurent la polarisation.

Premier, le calendrier. À moins d’un an de la présidentielle, Trichard a choisi d’assumer une parole politique explicite — école, identitarismes, interventions publiques des loges, propositions pour 2027 — plutôt que la discrétion traditionnellement associée à la franc-maçonnerie. Cela transforme une élection interne en signal politique national.

Deuxième, le symbole. L’Arc de Triomphe n’est pas un lieu neutre. Pour les uns, le GODF honore des valeurs républicaines pour lesquelles des francs-maçons sont également morts. Pour les autres, une obédience identifiée à la laïcité militante et à des positions progressistes investit symboliquement un lieu de mémoire nationale qui devrait rester au-dessus des appartenances particulières.

Cette dernière critique peut être formulée sans antimaçonnisme. Elle change de nature lorsqu’elle suppose une autorisation présidentielle exceptionnelle qui n’est pas démontrée, une mobilisation militaire au bénéfice du Grand Orient ou une collusion entre l’obédience et l’État.

Troisième élément : la persistance des grilles antimaçonniques. Les attaques recyclent des tropes anciens — « secte », complot, occultisme, infiltration, double loyauté, influence cachée — actualisés par les réseaux sociaux et le contexte politique. L’orientation personnelle de Guillaume Trichard et les positions sociétales du GODF fournissent également des points d’accroche à certaines attaques.

Trichard n’a pas cherché l’apaisement. Son langage — « combat », « guetteurs », dénonciation des identitarismes — et le choix d’une visibilité accrue des loges dans la Cité indiquent une stratégie assumée de présence dans le débat public.

Les premières sorties ont donc moins « lancé » un mandat qu’elles n’ont cristallisé, en moins d’une semaine, des lignes de fracture anciennes autour du Grand Orient de France.

La séquence montre surtout comment fonctionne aujourd’hui la circulation antimaçonnique. Une déclaration politique réelle fournit le conflit. Une cérémonie réelle fournit l’image. Une affirmation non démontrée – l’autorisation personnelle du président de la République – peut s’y greffer. X permet ensuite d’agréger ces éléments et de les faire entrer dans un récit préexistant de pouvoir maçonnique caché.

La suite – livre blanc sur l’école, manifestations publiques des loges et propositions en vue de 2027 – permettra d’observer si cette stratégie de visibilité renforce la capacité d’intervention publique du Grand Orient ou contribue, au contraire, à alimenter le face-à-face avec ses adversaires historiques.

Jiri Pragman

Notes :

  1. Grand Orient de France. (2026, 28 août). « Communiqué du 28 août 2026 – Guillaume Trichard redevient Grand Maître du Grand Orient de France ». Le communiqué confirme le 161ᵉ Convent de Bordeaux, l’élection du 28 août, le mandat antérieur de 2023-2024 et précise qu’un tel retour ne s’était pas produit depuis trente-sept ans. (Grand Orient de France)
  2. Grand Orient de France. (2023, 25 août). « Guillaume Trichard, nouveau Grand Maître du Grand Orient de France ». Le communiqué biographique précise son parcours professionnel et indique qu’il était, jusqu’à son élection de 2023, secrétaire général adjoint de l’Unsa. (Grand Orient de France)
  3. Le décompte a été vérifié auprès d’une source bien informée.
  4. Grand Orient de France. (2026, 28 août). « Communiqué du 28 août 2026 – Guillaume Trichard redevient Grand Maître du Grand Orient de France ». (Grand Orient de France)
  5. Le Figaro. (2026, 29 août). « Face à la montée des populismes, notre obédience a un rôle historique à jouer ». L’entretien figure dans l’édition du 29 août ; Guillaume Trichard avait été élu la veille. (Kiosque Figaro)
  6. Depauw, P.-A. (2026, 31 août). « Le Grand Orient veut peser sur la présidentielle 2027 et porter le coup fatal aux écoles hors contrat », Médias-Presse-Info. Cette source militante est utilisée ici pour documenter la réception et reprend notamment le programme d’actions publiques des loges. (medias-presse.info)
  7. Trichard, G. (2026, 30 août). « L’heure du combat est revenue », La Tribune Dimanche, n° 152. (La Tribune)
  8. Grand Orient de France. (2026, 28 août). Communiqué précité. Le GODF annonçait le ravivage du 30 août et le présentait comme une première pour l’obédience. (Grand Orient de France)
  9. Ministère des Armées, Direction de la mémoire, de la culture et des archives. « La Flamme sous l’Arc de Triomphe » et « Arc de Triomphe », Chemins de mémoire. Les sources institutionnelles précisent que les associations participent au ravivage et que le président de l’association peut recevoir le glaive pour accomplir le geste. Le Rempart, le 2 septembre 2026, affirme de son côté qu’Emmanuel Macron aurait autorisé personnellement le GODF, mais aucune confirmation institutionnelle de cette intervention présidentielle n’a été retrouvée. (Chemins de Mémoire)
  10. Trichard, G. [@Trichard]. (2026, 1ᵉʳ septembre). Publication sur X consacrée au ravivage de la Flamme. Le texte est également reproduit sur LinkedIn et dans plusieurs articles. (TwStalker)
  11. Les indexations successives de la publication indiquent environ 48 000 vues dans un premier relevé, près de 397 000 dans un autre puis environ 409 000. Ces services tiers ne constituent pas une archive primaire de X ; « plus de 400 000 vues » doit donc être considéré comme un ordre de grandeur documenté plutôt que comme un compteur définitif. (TwStalker)
  12. Collectif. (2026, 3 septembre). « Soutien à Guillaume Trichard. La haine antimaçonnique ne fera pas taire la République ! », Comité Laïcité République ; UFAL. Les signataires comprennent notamment les DDEN, le Comité Laïcité République, EGALE et Unité Laïque. (Comité Laïcité République)
  13. Guedj, J. [@JeromeGuedj]. (2026, septembre). Publication sur X apportant son soutien à Guillaume Trichard et qualifiant la campagne de « homophobe, complotiste, stigmatisante, injurieuse ». La réponse de Guillaume Trichard est également indexée. (sotwe)
  14. Cluzel, G. (2026, 30 août). « Le bal(l-trap) de la rentrée est ouvert : le Grand Orient tire sur les écoles hors contrat », Boulevard Voltaire ; Boulevard Voltaire. (2026, 3 septembre). « Franc-maçonnerie et armée, une histoire loin d’être si fraternelle ». (Boulevard Voltaire)
  15. Tribune Chrétienne. (2026, 31 août). « Les écoles privées hors contrat n’ont pas leur place dans la République : le Grand Orient repart à l’offensive contre l’école libre ». (Tribune Chrétienne)
  16. Depauw, P.-A. (2026, 31 août). « Le Grand Orient veut peser sur la présidentielle 2027 et porter le coup fatal aux écoles hors contrat », Médias-Presse-Info. (medias-presse.info)
  17. Le Média en 4-4-2. (2026, 1ᵉʳ septembre). « Guillaume Trichard et le Grand Orient de France : “Les écoles privées hors contrat n’ont pas leur place dans la République” ». (Le Média en 4-4-2)
  18. Médias-Presse-Info. (2026, 31 août). « Guillaume Trichard élu Grand Maître du Grand Orient de France en se positionnant à l’avant-garde d’un combat déterminé contre les idéologies identitaires ». L’article reproduit la déclaration du Parti de la France qualifiant la franc-maçonnerie de « secte toxique » et demandant une incompatibilité avec les fonctions officielles. Cette source est utilisée comme document de corpus et non comme autorité factuelle. (medias-presse.info)
  19. EGALE. (2026, 4 septembre). « Nous n’acceptons pas les discours de haine : soutien à Guillaume Trichard » ; Comité Laïcité République, communiqué du 3 septembre 2026. Ces textes documentent l’existence alléguée d’insultes et d’attaques personnelles ; ils constituent ici des sources de réaction et non une mesure indépendante de leur ampleur. (Egale)
  20. France Résistance [@FranceRsistanc1]. (2026, septembre). Publication X reprise et archivée par Sotwe : « La secte se montre en plein jour », à propos de la cérémonie sous l’Arc de Triomphe. L’archive tierce impose de conserver une réserve sur les métriques et métadonnées secondaires. (sotwe)
  21. Civitas International [@Civitas_]. (2026, septembre). Publications X demandant la « séparation du Grand Orient de France et de l’État », évoquant des militaires « mobilisés » pour une opération de communication maçonnique et utilisant la qualification de « secte maçonnique ». Publications conservées par plusieurs indexeurs de X. (TwStalker)
  22. Ministère des Armées. « Arc de Triomphe », Chemins de mémoire. La cérémonie quotidienne prévoit expressément la participation d’associations et la transmission du glaive à leur président pour le geste de ravivage. La possibilité a été élargie au-delà des seuls anciens combattants par une modification des statuts du Comité de la Flamme en 2000. (Chemins de Mémoire)
samedi 5 septembre 2026

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