Le jardin clos du Château d'Edzell, en Écosse, remonte à 1604.

L’ancien Ordre des Francs-Jardiniers

Publié par Géplu

Voici un article sur l’Ordre des Francs-Jardiniers publié dans le tome II du Guide Suisse du franc-maçon, et reproduit avec l’autorisation de son auteur Michel Jaccard.

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Ancien Ordre des Francs-Jardiniers

Les origines

A peu près contemporains, les deux Ordres, ceux des Jardiniers et des Maçons présentent, dès leurs débuts, de nombreuses similitudes en ce qui concerne leur organisation et leur développement (1).

L’Ordre des Francs-Jardiniers semble tirer ses origines en Écosse, dans la région proche d’Édimbourg. La preuve la plus ancienne est fournie par les procès-verbaux d’une Loge de Francs-Jardiniers à Haddington (East Lothian), datant du 16 août 1676. Leur contenu laisse entendre toutefois que ses origines seraient encore plus anciennes. Les Jardiniers de Glasgow connurent un statut officiel dès 1626. Le mouvement se répandit ensuite en Angleterre et en Irlande.

Jardiniers opératifs et Jardiniers acceptés

À la manière de Loges maçonniques opératives, ces Loges poursuivaient des buts corporatifs : achats de graines et de plants à l’étranger, formation des ouvriers et protection de leur statut professionnel, achats de terrains à cultiver par les membres, etc. Les revenus de ces terrains permettaient d’assurer rentes de vieillesse et aides aux membres indigents. Le but de préserver des secrets de métier a fortement influencé la création de ces Loges. L’existence du secret initiatique apparaît toutefois en janvier 1726 à propos des « mots et signes ».

L’initiation de membres non opératifs se faisait de manière similaire à celle des Loges maçonniques, mais avec des cotisations plus élevées pour les Frères « acceptés ». Parmi ceux-ci on dénombrait nombre d’aristocrates, de professions libérales ainsi que des propriétaires fonciers, qui souhaitaient soutenir le travail de formation et de recherche des Jardiniers. Vers la fin du XVIIIe siècle, en raison probablement de la mode que connaissait alors la Franc-Maçonnerie, la proportion d’aristocrates diminua fortement.

Certaines Loges s’intitulèrent ou se regroupèrent en Grande Loge afin de créer un Ordre. Une demi-douzaine d’entre elles se regroupa en Écosse au XIXe siècle. Un développement se manifesta aussi du côté de l’Afrique du Sud, de l’Australie et des États-Unis (New Jersey, New York et Maryland). Elles se multiplièrent au point de compter des milliers de membres vers la moitié du XIXe siècle et égaler, voire dépasser dans certains lieux, la Franc-Maçonnerie. Dans la seule région des Lothians, il existait plus de 10 000 Francs-Jardiniers appartenant à plus de 50 Loges.

Montée de la concurrence et déclin

Un premier coup porté aux Francs-Jardiniers, fut la création des sociétés locales d’horticulture dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, qui priva les Francs-Jardiniers de leur activité de formation et de vulgarisation, ne leur laissant plus que leur activité mutualiste.

Dans le Royaume-Uni, l’avènement d’une loi nationale d’assurance sociale intensifia le déclin (National Insurance Act de 1911). En 1946, le gouvernement travailliste nationalisa l’ensemble des prestations. Les membres quittèrent alors les Loges en masse. Vers la moitié des années 1950, très peu de Loges avaient survécu, toutes les Grandes Loges ayant disparu. En 1960, elles semblaient avoir cessé toute activité. En Australie et en Afrique du Sud, quelques Loges poursuivaient néanmoins leur travail.

Renouveau

En 2002, quelques Écossais, collectionneurs de décors ayant appartenu à des Francs-Jardiniers, tentèrent de redonner vie à l’Ordre. Ils incitèrent quelques membres issus des Loges encore existantes en Australie et en Afrique du Sud à venir en Écosse pour les faire initier et créer la nouvelle Loge Comtesse d’Elgin no 105, à Kirkcaldy. En 2004, une autre Loge fut créée sous l’intitulé Adelphi Bluebell no 4 à Uddingston, qui compte actuellement quelque 50 membres. Depuis ce renouveau, 8 Loges fonctionnent en Écosse et un Ordre des Franc-Jardiniers a aussi été fondé en Angleterre.

Officiers, rituels et décors

Les Loges ne connaissaient pas une uniformité de titres, mais généralement un Maître de la Loge, entouré de deux Surveillants, d’un Prieur et de Couvreurs : intérieur et extérieur. Le Rituel reposerait sur le récit du Jardin d’Eden. Adam en était par conséquent le premier jardinier, au premier grade, suivi du Compagnon (l’Arche de Noé) et de Maître Jardinier (roi Salomon).

La cérémonie des grades comprenait une promesse, des mots de passe et un catéchisme. Au premier grade les outils étaient: l’équerre, le compas et le couteau. Ce dernier permettait de tailler les vices … et bouturer les vertus. Au deuxième grade, Noé, seul rescapé du Déluge, était censé jouer un rôle important dans l’administration des jardins. Au troisième grade, la légendaire sagesse de Salomon englobait toute la connaissance du monde végétal.

Très similaires à ceux de la Franc-Maçonnerie, les décors comportaient des tabliers, des écharpes et des bijoux, décorés de motifs végétaux et de motifs métalliques. Les tabliers étaient soit longs, jusqu’aux chevilles, brodés de nombreux symboles; soit plus courts, avec une bavette semi-circulaire semblable aux tabliers des Maçons. Les scènes peintes étaient celles d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden, l’Arche de Noé, l’arc-en-ciel, l’œil, la ruche, etc. Les lettres PGHE représentaient les quatre fleuves qui traversent le Jardin d’Eden : Pischon, Euphrate, Guihon et Hiddekel; les lettres ANS les noms des Grands jardiniers : Adam, Noé et Salomon; on y ajoutait souvent l’O de l’Olive. Les Francs-Jardiniers défilaient volontiers, présentant leurs bannières dont la décoration était proche de celle des tabliers. Les différences entre les symboles utilisés par les Francs-Jardiniers et ceux de la Franc-Maçonnerie sont vraisemblablement dues à la superposition d’emprunts maçonniques venus se greffer tardivement sur un symbolisme agricole préexistant.

1 – Robert Cooper, Les Francs-Jardiniers, Editions Ivoire-clair (2000).

mardi 12 mai 2020
Étiquettes :
  • 2
    Christophe Dioux
    16 mai 2020 à 10:52 / Répondre

    Merci de ce partage, et merci aussi à Michel Jaccard de redonner un coup de projecteur bienvenu à ce sujet injustement oublié à mon avis.

    Puis-je me permettre de signaler, sur ce même sujet, l’article que j’ai rédigé pour Wikipédia en 2007 (déjà, comme le temps passe!), principalement à partir du livre de Robert Cooper et des informations publiées sur les sites des derniers francs-jardiniers australiens?

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_francs-jardiniers

    Il est intéressant de remarquer que tout ceci se produit dans un paysage plus vaste encore, celui de l’éclosion des «friendly societies» notamment en Ecosse:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_amicale

    L’apparition de la franc-maçonnerie n’est donc pas un cas unique, même si parmi toutes ces sociétés, c’est de très loin celle qui a le mieux réussi et qui s’est le plus transformée au fil du temps.

  • 1
    Norbert Verdon
    12 mai 2020 à 10:12 / Répondre

    Vraiment interessant … Merci!

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