Les deux versions des Grandes Constitutions de 1786

Publié par Pierre Noël

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Les deux versions des Grandes Constitutions de 1786.

Les Grandes Constitutions dites « de 1786 » sont considérées comme la loi organique et fondatrice des Suprêmes Conseils des Grands Inspecteurs généraux (33° et dernier degré du rite écossais ancien et accepté). Elles décrivent leur structure hiérarchique, leurs modalités de fondation et leurs pouvoirs, sans vraiment parler des degrés inférieurs. Il en existe deux versions, la française et la latine selon la terminologie de Paul Naudon, (Histoire et rituels des hauts-grades maçonniques. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté. 3° édition. Dervy-livres, Paris, 1978) :

La version « française » en 18 articles.

La plus ancienne copie connue est en anglais, conservée dans les Archives de la House of The Temple, quartier-général du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des Etats-Unis à Washington, DC (continuateur de celui de Charleston, le « premier du monde » inauguré en 1801). Chaque Grand Inspecteur Général (GIG, titre du détenteur du 33° et dernier degré) devait en posséder un exemplaire manuscrit, reçu et copié dans son Livre d’Or lors de sa réception (exigence depuis longtemps obsolète).

Cette copie fut découverte dans les archives du SC par R.B. Harris qui la publia en fac-simile dans son History of the Supreme Council 33°, Mother Council of the world, Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry. Southern Jurisdiction, U.S.A. 1801-1861. Washington, D.C., 1964, pp 92 et 335). D’après lui, l’écriture en est celle de Frédéric Dalcho (1770-1836) [1], alors lieutenant-Grand Commandeur, un des signataires de la Circulaire aux deux hémisphères du 2 décembre 1802 qui annonçait au monde maçonnique la création de ce nouvel organisme (et la naissance d’un Rite de hauts-grades qui deviendra le plus pratiqué dans le monde maçonnique). Il est vraisemblable que c’est le texte princeps des Constitutions et que Dalcho en fut l’auteur, qu’il l’ait écrit seul ou avec l’aide d’autres. Il ne se trouve pas dans le Livre d‘Or de Grasse-Tilly qui reviendra en France en 1804, ce qui permet de penser qu’il n’était pas encore écrit. En revanche, quatre articles se retrouvent à l’identique dans les Orations of the Illustrious Brother Frederick Dalcho, Esq., M.D. publiés en 1808 par le Chapitre des Princes Maçons d’Irlande (Dublin) [2].

La version Dalcho commence ainsi: Constitution, Statutes, Regulations For the Government of the Supreme Council of Inspectors General of the 33rd and for the Government of all Councils under their Jurisdiction. Made and Approved in the Supreme Council of the 33rd duly and lawfully established and Congregated in the Grand East of Berlin on the 1st of May Anno Lucis 5786 and of the Christian Era 1786. At which Council was present in person His Most August Majesty Frederick 2nd King of Prussia. Sovereign Grand Commander.

Illustration du Ms Fernig. Le décor du GIG, porté de gauche à droite, et son bijou.

De cette version princeps, il existe sept copies postérieures traduites en français. Bernheim (1986) en énumère quatre, les ms Delahogue, Pyron, Thory et Grasse-Tilly. La version Delahogue (1805) est à la Haye (Manuscrit Delahogue, fonds Kloss n°XXVIII-502a). Ce manuscrit dit « traduit par moi de l’anglais » [3] fut apporté par Jean-Baptiste Delahogue [4] lorsqu’il revint des Etats-Unis en 1805. La version Pyron (1812) a été rééditée par le SCDF, la copie Thory (1813) est conservée par le SC pour la Belgique à Bruxelles (rue Royale) de même que la copie Grasse-Tilly de 1817.

Il en existe encore une version autrefois propriété du général César de Fernig (non datée, sans doute de 1815 ou 1816), déposée aujourd’hui à la bibliothèque royale de Belgique. Enfin le premier registre du Suprême Conseil de France, conservé à Washington dans les archives de la JS, en contient deux versions (copies aimablement fournies par son bibliothécaire, Art de Hoyos). Toutes ces versions (huit en tout) sont presque identiques et datent de 1802 à 1817. Il doit en exister d’autres dans des archives oubliées puisque chaque GIG devait avoir son exemplaire.

Elles ne devinrent publiques qu’en 1832 quand elles furent publiées dans le «Recueil des Actes du SCDF de 1806 à 1830 » (p 36-41) par la maison Sétier à Paris. Elles y sont dites « approuvée(s) dans le suprême conseil du 33° degré … le 1er mai 1786 à Berlin, auquel conseil était présent en personne Frédéric II, roi de Prusse, souverain grand commandeur » [5](Il est mort le 17 août de la même année).

Le 5° article prévoyait que le SC est constitué par « neuf GIG dont cinq [6] doivent professer la religion chrétienne et qu’il n’y aura qu’un Conseil de ce Grade dans chaque nation ou royaume en Europe, deux dans les Etats unis de l’Amérique aussi éloignés que possible l’un de l’autre, un dans les Iles anglaises de l’Amérique et un pareillement dans les Iles françaises. » (deux aux Etats-Unis et deux dans les West-Indies)

Le 9° article décrit l’emblème de l’ordre, l’aigle à deux têtes, couronné, tenant un glaive dans ses serres (griffes).

Ces Constitutions ne parlent nulle part de Rite Ecossais Ancien et Accepté (l’expression bien connue apparaîtra pour la première fois dans le traité d’Union entre le GODF et le SCDF de décembre 1804). La Circulaire de Dalcho de décembre 1802 parle seulement de Sublime Degrees dont le dernier est le 33°. Des autres, elle évoque seulement le Chevalier d’Orient et d’Occident (art 6), le Prince de Jérusalem (art 7), le Chevalier Kadosch et le Prince du Royal Secret (art 4, 10 et 11).

La version « latine »

Elle fut produite par le comte de Saint-Laurent en 1834 lors du traité des SC confédérés (France, USA-Cerneau, Brésil, Belgique).

Rédigée en latin de cuisine (Jacques Foulhouze [7] dixit), elle est annexée au traité de Confédération passé le 23 février 1834 entre les SC de France, du Brésil et celui de l’hémisphère occidental (en fait un SC « Cerneau » [8] présidé par Elias Hicks, siégeant à New-York, « irrégulier » selon les critères américains actuels).

Cette version des Constitutions est plus longue que la « française ». Elle est en trois parties

–  Une introduction : Nova Instituta secreta et fundamenta Antiquissimasque
–  Les Constitutiones et Statuta Magnorum Supremorumque Conciliorum (en 18 articles
–  Un Appendix ad Statuta Fudamentalia Magnaeque (sic) [9] Constitutiones (in The Ancient and Accepted Scottish Rite in Thirty-Three Degrees, Robert Folger, 1862, pp 254- 268)

L’introduction (les Nouvelles Institution secrètes) expliquent pourquoi il fut nécessaire d’instaurer un nouveau Rite résumant tous les autres, pour mettre fin au chaos des HG. Le signataire fait part de sa décision, devant la multitude de rites différents [10], de créer le Rite Ecossais Ancien et Accepté qui sera conféré en 33 degrés successifs, divisés en sept classes (ceux de l’ancien rite de perfection). Cette introduction est signée Frédéric.

Les Constitutions proprement dites contiennent, tout comme la version française, 18 articles plus longs et ampoulés dans leur rédaction. Elles diffèrent sensiblement des Constitutions françaises en quelques points importants.

Ainsi, l’article V prévoit qu’un « Supremum Concilium constabit ex novem Magnis Inspectoribus Generalibus XXIII gradus, quorum saltem quatuor, maxime extentam (Catholicam) religionem profiteri debebunt. » Quatre des neuf GIG qui constituent le SC doivent être de religion (catholique) la plus répandue. (Le mot « catholique » n’apparaîtra plus dans les traductions utilisées aux USA comme en France, hier comme aujourd’hui [11]) Il ajoute : « In Europa magna quaque Natione, unoquoque Regno aut Imperio, unicum Supremum Concilium ejusdem gradus erit.  In Statibus et Provinciis ex quibus tam in Continenti terra quam in Insulis Septentrionalis America constat, duo erunt Concilia, unum ab altero tam longe sita quam fieri potest. Item in Statibus, Provinciis, seu in continenti terra, seu in Insulis, Meridionalem Americam componentibus, duo quoque Concilia erunt, unum ab altero quam fieri poterit remorissima ».

« Il doit y avoir un SC par nation d’Europe, d’Asie ou d’Afrique. En revanche, il y en aura deux en Amérique du Nord [12] et deux en Amérique du Sud (« méridionale ») », aussi éloignés l’un de l’autre qu’il est possible. On ne parle plus ni des Iles françaises ni des Iles anglaises d’Amérique.  En d’autres termes, la version latine correspond à la situation géopolitique de 1834 lorsque Saint-Domingue, devenue indépendante, se nommait Haiti, alors que la version française correspond à celle existant à la fin du XVIII° siècle où il y avait des Iles françaises (Saint-Domingue fut définitivement libérée en 1803) d’Amérique à côté des IIes anglaises (notamment la Jamaïque).

Les Nova Instituta secreta sont « signées » par Frédéric seul. Les Grandes Constitutions latines et l’appendice final sont dits approuvés et « signés » [13] par Stark, H.Wilhelm , Woellner, D’Esterno et surtout Frédéric II, le 1er mai 1786. Quatre noms supplémentaires sont illisibles, effacés, dit-on, par l’eau de mer !

Rien ne prouve que H.Wilhelm soit Frédéric Henri Louis, communément connu sous le nom de Henri de Prusse (1726 –1802), fils de Frédéric-Guillaume Ier de Prusse et frère de Frédéric II avec qui il eut des rapports difficiles et parfois tendus [14]. Un comte Antoine d’Esterno fut ministre plénipotentiaire de France à Berlin de 1782 à 1787, mais est-ce de lui qu’il s’agit ? Il n’est pas cité comme maçon ni par le fichier Bossu, ni par Le Bihan.

Frédéric avait le plus grand mépris pour Johann Christoph von Wöllner [15] (qu’il traitait de calotin comploteur et intrigant) et il était hostile aux hauts-grades de von Hund (la Stricte Observance) comme à ceux de Johann August von Starck (les Clercs du Temple). Ce dernier n’était d’ailleurs pas à Berlin en 1786, mais à Darmstadt.

L’Appendix Ad Statuta Fundamentalia Magnasque Constitutiones décrit l’étendard de l’Ordre et le sceau de celui-ci : un aigle à deux têtes, couronné, surmonté d’un triangle en gloire, orné du chiffre 33 en son centre. L’aigle à deux têtes n’a jamais été un symbole du royaume de Prusse. Il l’était en revanche de l’empire austro-hongrois que toute sa vie Frédéric combattra pour lui ravir la Silésie d’abord, pour la conserver ensuite [16]. Pourquoi aurait-il parrainé un système de hauts-grades qui avait ce symbole pour emblème ? Par provocation ? Encore faudrait-il que cette gaminerie soit reconnue !

Certes, Frédéric avait été initié dans sa jeunesse, en 1738 lorsqu’il était encore Kronprinz. Il avait même présidé quelques tenues de loge dans son château de Rheinsberg mais il n’eut plus aucune activité maçonnique après qu’il fut monté sur le trône de Prusse (en 1740). Il se contenta d’assurer de sa protection les francs-maçons allemands. Il n’a jamais apprécié les systèmes de hauts-grades.

Le Livre d’or de Saint-Laurent.

Marie Antoine Nicolas Alexandre Robert de Jachin de Sainte Rose de Roume de Saint Laurent, marquis de Sainte Rose, comte de Saint Laurent a bel et bien existé. Le présenter comme un escroc, un traineur de sabre ou un filou est pure conjecture. Le dire mulâtre de Saint-Domingue est, au mieux, figure de style sinon méchanceté gratuite (pour lui comme pour les habitants de Saint-Domingue), d’autant que tout laisse penser qu’il était d’ascendance espagnole, né en Amérique, créole donc, comme Joséphine de Beauharnais ! [17]. Il disait être né près de Bogota, actuelle capitale de la Colombie, le 21 janvier 1774 [18], à 1600 km de Haiti.

La première partie de sa carrière maçonnique n’est connue que par son livre d’or dont une partie est conservée à Philadelphie (Pennsylvanie), l’autre à Edimbourg (Ecosse). A défaut d’autres témoignages, il faut le croire sur parole (ce qui n’empêche les pincettes d’usage).

Saint-Laurent était bien à Paris en 1816 et y était membre du SC d’Amérique. Il fut reconnu par Grasse-Tilly le 16 août 1816 « SGIG et SGC ad vitam pour les territoires espagnols d’Amérique du Sud et le golfe du Mexique ». Il quitta ensuite la France pour Ténériffe, puis pour Porto-Rico et s’établit en 1819 à Haïti.  Il arriva à New York en 1832 (Livre d’Or de Saint-Laurent, bibliothèque de la GL de Pa.). Il quitta New York pour la France à la fin de 1832 et se trouvait à Paris en 1834 pour la signature du traité du 23 février 1834. Il y apporta la version latine des GC de 1786.

Le Livre d’Or de Philadelphie a été décrit par Bernheim en 1986 dans son article séminal « Le Bicentenaire des Grandes Constitutions de 1786 », paru dans RT. Mais il en existe aussi un second, recopié par Morisson de Greenfield (fondateur du SC d’Ecosse en 1846) et conservé à Edimbourg dans la bibliothèque de la GL d’Ecosse. J’ai pu le consulter grâce à l’amabilité de Robert Cooper, Bibliothécaire de cette Grande Loge, que je remercie.

C’est une toute autre histoire qu’il relate ! Selon ce document, « la » Grande Constitution du 1er mai arriva en Espagne en décembre 1786 et fut envoyée de là dans le Nouveau Monde. En 1787, en application de l’article V (la version latine prévoit que deux SC existeront en Amérique du Sud), le Souverain Conseil (ou Consistoire) métropolitain en Espagne aurait délégué le baron Jose-Maria de Norona et le comte Alexandre Joachim de Santa Rosa pour porter le 33° degré à Don Bernardo Galvez [19], gouverneur de la Nouvelle-Espagne, et lui conférer le titre de Souverain Grand Commandeur ad Vitam pour toutes les possessions espagnoles du continent et des Isles, de l’une à l’autre mer. Malheureusement, don Bernardo était mort l’année précédente ! Norona devint donc Grand Commandeur avec Alexandre de Joachim de Santa-Rosa et Francisco de Saavedra [20] comme lieutenant-Grands Commandeurs. Le Suprême Conseil de la Nouvelle-Espagne aurait été ainsi inauguré au Mexique le 24 décembre 1787 (?).

En juin 1794, après le décès d’Alexandre de Santa Rosa, son neveu, notre comte de Saint Laurent (qui mourra à Paris, membre en bonne et due forme du Suprême Conseil de France, en 1857) serait devenu Premier Lieutenant du Grand Commandeur Norona. Après le décès de ce dernier, il lui aurait succédé en février 1795.

Saint-Laurent était à New York en 1832 pour l’union du SC de l’hémisphère occidental (celui de Hicks) et du sien (livre d’or de Saint-Laurent, bibliothèque de la GL de Pa.). De là il s’en vint en France à la fin de l’année et se trouvait à Paris en 1834 pour la signature du traité du 26 février. Il y apporta la version latine des GC de 1786.

Il aurait possédé le texte original des Grandes Constitutions depuis 1795 [21], comme il le rappellera dans une lettre de 1834, conservée dans les archives du SC pour la Belgique à Bruxelles, lettre qui semble confirmer le contenu du livre d’or d’Edimbourg !

Vous trouverez à la fin du traité déjà ratifié par l’Ill :. et P :. f :. duc de Choiseul, Grand Commandeur du Conseil de France, et par ce Conseil même, une traduction faite de l’original latin des véritables Grandes Constitutions de 1786 (souligné par moi, pn !). Cet original signé manu propria par l’Il :. F :. Wowelner (sic) la certifiant copie conforme de la minute, signée depuis par l’Ill :. F :.  de Galvez ancien vice-Roi du Mexique & par d’autres Ill :. Grand Commandeur (sic), qui en en ont eu et qui en ont conservé précieusement le dépôt, était entre mes mains depuis 1795 (idem, pn), en ma qualité de G :.C :. du S :. C :. de la Nouvelle Espagne etc. J’en avais donné connaissance au Prince Cambacérès, aux ff :. de Lacépède, de Grasse & d’autres mais je n’ai jamais voulu permettre qu’il en fut fait des copies. Je l’ai déposé aux archives du S.C. Uni de l’hémisphère occidental, aux termes stipulateurs du traité de 1832 [22] dont j’ai eu l’honneur de vous donner un exemplaire à Bruxelles, en 1833.

C’est de la copie authentique de ce précieux document, inséré officiellement dans mon livre d’or, que le congrès a fait tirer la traduction que vous recevrez avec le traité que nous venons de conclure.

(lettre adressée par Saint-Laurent au SC de Belgique en date de juin 1834, archives du SCPLB, rue Royale, 1030 Bruxelles ; copie dans Clément, 1937, p. 80)

Le SCDB accéda à la demande de Saint-Laurent et rejoignit la confédération le 5 mars 1835.

En guise de finale

L’histoire est trop belle, si belle qu’on aurait envie d’y croire si Saint Laurent n’avait écrit lui-même que toutes les archives du SC de la Nouvelle-Espagne qui lui furent remises en 1802 avant qu’il revienne en Europe en 1806 et toutes les preuves de ce qu’il avançait avaient disparu dans un naufrage dans l’Atlantique, comme cela arrive si souvent en franc-maçonnerie, par incendie, naufrage ou autre catastrophe, naturelle ou non.

Tout laisse penser que les Constitutions mentionnées pour la première fois par la Circulaire de décembre 1802, furent élaborées dans l’entourage de Mitchell et Dalcho, à Charleston entre 1802 et 1805 (année du retour en France de Delahogue avec une copie traduite) et qu’elles furent quelques décennies plus tard réécrites, enjolivées, traduites en latin par Saint-Laurent ou quelqu’un de son entourage avant d’être publiées en annexe du traité d’alliance de 1834. Toutes deux seraient donc originaires d’Amérique du Nord.

Pourquoi accorde-t-on tant d’importance à la version latine qui semble la plus trafiquée des deux ? Est-ce dû à Albert Pike qui considérait la version française comme un brouillon inachevé comme il l’écrivit en 1872 [23] dans son commentaire des deux versions ? Depuis le traité de 1834 (ou plutôt depuis Pike), cette version est considérée par le SC de France et par celui de la juridiction sud des EU comme la seule authentique et la seule qui ait force de loi pour le Rite. Les raisons de ce choix sont discutables. En tout cas, la version latine diffère en un point majeur de la version française ! La première spécifie que les SC n’interfère dans aucun grade au-dessous du 17°. La version latine en revanche affirme que le SC n’exerce pas toujours son autorité en-dessous du 17° degré mais qu’il peut l’exercer le cas échéant, son droit (Jus) sur le Rit étant imprescriptible (ce que certains n’oublient pas).

 Article 6° (version française, 1805) : Le pouvoir du Suprême Conseil n’interfère dans aucuns grades au-dessous du 17ème ou chev d’orient et d’occident mais chaque Conseil et loge de parfaits maçons, sont ici requis de les reconnaître en qualité d’Inspecteurs Généraux et de les recevoir avec tous les honneurs qui leur sont dus.

Articulus VI (version latine, 1834) : Supremum Concilium non semper auctoritatem suam directè exercet in grada subter XVII°, seu Orientis et Occidentis Equitem. Proùt conveniet, et secundùm loca potest eam demandare, idquem etiam tacitè ; sed suum jus impraescritible est (l’article se poursuit en répétant que les Loges et Conseils de tous degrés doivent obéir à toutes les demandes des GIG revêtus du 33° degré, formulées pour le bien de l‘Ordre en vertu de ses lois et de ces constitutions.)

Post Scriptum

Le Blanc de Marconnay, agissant pour le compte du SC de la Juridiction Sud, a posé la question à la Grande Loge Mère des Trois Globes (Berlin) par lettre du 25 mai 1833 : Le SC du REAA tient-il son autorité de Frédéric II, Roi de Prusse, ledit monarque ayant, le 1er mai 1786, révisé les constitutions maçonniques et les statuts des Hauts-grades pour lesquels il avait lui-même donné les règlements ? La réponse de Berlin date du 17 août 1833 :  » La Grande Loge Nationale Mère des Trois Globes a été fondée le 13 septembre 1740, sous l’autorité de Frédéric le Grand qui fut son premier Grand Maître, mais il ne s’est jamais occupé de l’organisation et de la législation de la Grande Loge. Tout ce qu’on raconte sur son intervention dans un « sénat maçonnique » en 1786 ne repose sur aucun fondement historique. »

Selon Begemann, « … les deux versions de la prétendue constitution de 1786, tant la version française de 1801/2 que la version latine élargie de 1834 sont des contrefaçons si effrontées, si maladroites pour un chercheur allemand qu’il suffit d’un regard pour en constater l’inauthenticité.  » (Begemann, Wilhelm, Der Alte und Angenommene Schottische Ritus und Friedrich der Große, in Die Andreas-Grade der Grossen Landesloge der Freimaurer von Deutschland, 47./48. Heft, Berlin 1913, S. 247).

Pierre Noël

 

[1] Né à Londres de parents prussiens, il émigre en Amérique à 17 ans. Successivement médecin, militaire et journaliste, il entre dans les ordres et devient diacre épiscopalien (anglican) en 1813.
[2] Rééd. The Masonic Club book, Bloomington, Ill., 2006, vol. 37.
[3] Début de la Version Delahogue : Constitution, Statuts & Reglemens Pour le Gouvernement du Suprême Conseil d’Inspecteurs G du 33° Grade et pour le Gouvernement de tous les Conseils sous leur Juridiction. Fait et approuvé dans le Suprême Conseil du 33° Grade duement et legalement Etabli et Constitué au Grd Orient de Berlin le 1er may anno Lucis 5786 ou de l’Ere chrétienne 1786, auquel conseil etoit present en personne, sa Très Auguste majesté frederic 2° Roy de Prusse, souverain Grand Commandeur,
[4] Il avait été fait 33° à Charleston le 21 février 1802, le même jour que son beau-fils, Alexandre- François-Auguste de Grasse-Tilly.
[5] Frédéric aurait seulement assisté au conseil. Il n’est pas écrit qu’il aurait signé le document.
[6] Normal ! Quatre des neuf fondateurs étaient juifs.
[7] Foulhouze avait été ordonné prêtre à St-Sulpice. Emigré aux EU, il abandonna la prêtrise et devint avocat. Il devint maçon à La Nouvelle-Orléans et SGC d’un SC (« Cerneau ») de Louisiane qui existe toujours.
[8] Le SC de Charleston-Washington (l’actuelle Juridiction Sud) ne le reconnaîtra jamais comme « régulier ».
[9] « Splendid latin ! » Note de Folger. Pike écrit « Magnasque Constitutiones ».
[10] Il est évident à la lecture de cette introduction que le Rite Ecossais Primitif de Namur est inclus dans cette profusion de rites.
[11] Le Rite est « universel », sauf dans les Iles britanniques et en Irlande où il est chrétien.
[12] Résultante des schismes et scissions multiples du « Scottish Rite » aux Etats-Unis.
[13] Il ne s’agit pas de signature manuscrite, seulement de noms imprimés.
[14] Il servit comme général pendant la guerre de sept ans. En 1786, il fut pressenti pour être roi ou président des nouveaux États-Unis d’Amérique.
[15] Franc-Maçon et Rosicrucien, il deviendra le conseiller et le ministre du roi Frédéric-Guillaume II, successeur du grand Frédéric. Il est l’auteur du « Signatstern oder die enthüllten sieben Grade der Mystichen Freimaurerei » (1800 ?)
[16] Richert, Thomas, Die Konstitution von 1786, in Der Schottische Ritus in Geschichte und Gegenwart, Heft II, Frankfurt/Main 1986
[17] Un créole est un homme ou une femme d’origine européenne, (ou née) dans les colonies.
[18] In Harold B. Voorhis, The story of the Scottish Rite of Freemasonry, 1965, p. 7.
[19] Bernardo de Gálvez y Madrid, comte de Gálvez (Málaga, 1746 – Mexico 1786) fut gouverneur de la Louisiane et de Cuba. A la tête des troupes espagnoles, il défit les Anglais à Pensacola (1781) et conquit la Floride pour l’Espagne. Il passa les deux dernières années de sa vie comme vice-roy de la Nouvelle-Espagne et mourut à Mexico en 1786. La ville de Galveston (Texas) porte son nom.
[20] Francisco Saavedra de Sangronis (1746 – 1819) est un militaire et homme d’État espagnol, soldat dont l’action à Cuba au cours de la Révolution américaine a contribué à la défaite des forces britanniques en Floride et à Yorktown. Il servit sous Galvez lors du siège de Pensacola. Il connut l’amiral de Grasse pendant son expédition américaine. Il fut secrétaire d’État (équivalent de premier ministre) de Charles IV de 1798 à 1799.
[21] Qui le croira ?
[22] Alliance du SC de Hicks et de celui de Saint-Laurent.
[23] Pike Albert, Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry, New York, 1872.

mardi 26 mai 2020
  • 27
    Alain Bernheim
    1 juin 2020 à 18:28 / Répondre

    Ne pas être historien n’est pas un crime, mais pourquoi alors vouloir se mêler de parler ou de commenter des documents ? Rechercher l’exactitude ne consiste pas à être impitoyable, mais seulement exact. Ainsi on ne peut que se demander où notre ami a trouvé – ou inventé – que « le manuscrit des « pièce intermédiaires »… est l’avant-dernière pièce du recueil, après trois rituels un peu différents du SPRS et plusieurs échanges musclés sur la querelle de Pyron avec le GODF de 1804 ». Car ce qui se trouve à l’endroit indiqué est un unique manuscrit du 32e degré en cinq parties, daté du 8 avril 1811 (folios 846-894), et de Pyron, aucune trace avant les folios 760 à 767. Cette étude, comme d’ailleurs les précédentes, m’a seulement fait penser à la remarque de mon défunt ami Cyril Batham qui écrivait non sans humour dans AQC 94 : « In this task I must inevitably rely to a considerable extent on those who have already covered part of the ground. I make no apology for this and can only say in the words of Charles Reade, ‘I milked an hundred cows for it but the cheese I made is mine’ ».

    • 28
      pierre noel
      27 juin 2020 à 19:36 / Répondre

      Connaissant bien le style de notre ami, je n’ai pas répondu au message 27.
      le ms des ‘textes intermédiaires » copié par Bailhache occupe les folios 898 à 905 du recueil..
      Il est suivi par un commentaire (d’une autre écriture) sur un tout autre sujet, les Grandes Constitutions de 1786, où on lit (folio 907) que (je paraphrase) les rois d’Angleterre et d’Ecosse étaient GM du rite écossais. « Le dernier rejeton des Stuarts désigna pour leur succéder dans la grande maîtrise Frédéric II qui décéda dans les premiers jours d’août 1786 » (Charles-Edouard Stuart est mort en 1788, avant son frère, cardinal, qui lui survécut près de 20 ans.)

  • 26
    pierre noel
    1 juin 2020 à 15:29 / Répondre

    Un grand merci à Alain Bernheim pour ses remarques judicieuses et pertinentes. Je ne peux qu’espérer que le lecteur excusera mon erreur de dates (4 pour 2 décembre 1802).
    Le titre exact du document conservé à Washington est « Ecrits originaux des Archives du suprême conseil du 33° degré du rite écossais ancien et accepté pour la France ou Collection des pièces sur lesquelles ont été motivées ses décisions les plus importantes ». Le premier volume comporte 916 folios. Ce n’est pas un texte continu, mais une collection de documents sans nécessairement de suite, commençant par l’assemblée de Gde L. Générale du rit ancien en France du 29 novembre 1804, présidée par De Fondeviolles et se terminant pas des observations sur le « prétendu rite d’Yorck (sic) dont deux loges de Paris se proposent d’offrir le titre de chef suprême» à Cambacérès. Le manuscrit des «textes intermédiaires » (discutés de main de maître par AB dans RT il y a plus de 30 ans) est l’avant-dernière pièce du recueil, après trois rituels un peu différents du SPRS et plusieurs échanges musclés sur la querelle de Pyron avec le GODF en 1804.
    AB est toujours très attentif (le mot « impitoyable » serait plus approprié) aux erreurs factuelles, dates, lieux, orthographe des noms propres, n° de page. Il l’est plutôt moins sur les questions que soulèvent les textes étudiés et il ne s’engage que rarement sur la pente glissante des hypothèses (je lui en ai fait amicalement la remarque).
    N’ayant pas la prétention de faire oeuvre d’historien (que je ne suis pas) mais seulement d’attirer l’attention de ceux que cela intéresse sur l’existence de deux versions des Constitutions « de 1786 » dont une lecture même superficielle relève des différences conséquentes qui méritent d’être, certes brièvement, envisagées (que signifient-elles et que peut-on en penser?), ce dont se garde AB. Sans oublier le récit picaresque mais peu vraisemblable de St-Laurent qui vaut la peine d’être raconté et donne tout son sel à l’anecdote.

  • 25
    Alain Bernheim
    1 juin 2020 à 12:14 / Répondre

    Dans les indications de Pierre Noël – en général exactes – il y a quelques erreurs. En dehors du fait que la circulaire de 1802 est du 4 et non du 2 décembre (texte introductif), la description des manuscrits de la Constitution de 1786 contenus dans le « Tome premier » du document de Washington intitulé « Décisions du Suprême Conseil des Inspecteurs généraux du 33e et dernier degré du Rite ancien et accepté, pour la France… » (et non, loin de là, « premier livre d’architecture du SC de France »), ne sont pas identiques (# 5). Le premier ms a 18 articles et le second 16. D’autre part j’ai découvert que ce que j’appelais « textes intermédiaires » en 1986 (merci Pierre) étaient les lois constitutionnelles adoptées par les corps créés par Joseph Cerneau aux États-Unis d’Amérique puisqu’ils se trouvent, identiques et en langue française, dans le Register adressé par le Grand Consistoire de New York au Souverain Grand Conseil de Princes du Royal Secret qu’il créait à Charleston en 1815 (Heredom, Volume 20, 2012).

  • 24
    Alain Bernheim
    31 mai 2020 à 14:55 / Répondre

    A noter pour ceux que cela intéresse que la plus ancienne version manuscrite (de moi connue) des « statuts généraux de la hte maçon » se trouve aux folios 898-905 des « Ecrits Originaux Des Archives du 33e Dégré du rite Ancien et accepté – Pour La france – ou Collection des Pièces Sur les quelles ont été motivées ses Décisions Les plus Importantes.» (Washington). Elle est « Collat. par Bailhache Souv: gr ins le 27. j. du 6 m 7805 »

  • 23
    pierre noel
    29 mai 2020 à 11:47 / Répondre

    Les deux versions sont d’accord pour dire dans l’article 5 qu’il faut neuf GIG pour faire un SC, mais quand la version française stipule que “cinq doivent professer la religion chrétienne”, la version latine écrit “saltem quatuor, maxime extentam (Catholicam) religionem profiteri debebunt “ [au moins quatre devront proclamer (professer) la religion catholique la plus répandue”(extendo signifie étendre, déployer).]
    La version latine est différente dans la version de Pike, publiée en 1879: “saltem quatuor maxime extentam religionem profiteri debebunt” [at least four ought to profess the prevailing religion]. Le mot Catholique, présent dans la version latine annexée au traité de 1834 (transcription dans Folger 1862), a sauté, comme il a sauté de la traduction française de Charles Laffon de Ladébat, collaborateur de Pike [“dont quatre, au moins, devront professer la religion dominante du pays »]. Pourquoi cette manipulation?
    Deux choses étonnent ! Pourquoi remplacer “cinq” par “quatre”? Pourquoi supprimer “Catholique” de la version latine acceptée par Pike comme “la plus authentique” ? Je ne crois pas à une exigence “religieuse” mais plutôt à une raison politique, la volonté d’adapter les “Constitutions de 1786” aux usages d’une nation (les USA) fondamentalement protestante.(“ought not” n’est pas un impératif,“tu dois”, mais un souhait ou une convenance).

  • 20
    Désap.
    28 mai 2020 à 11:05 / Répondre

    Il est assez … cocasse, c’est le terme, de constater que l’Art. 1 de ces Constitutions de 1762 est en opposition totale avec l’article premier des Constitutions maçonniques de 1723.
    Une telle contradiction force à s’interroger sur la cohérence de pratiquer à la fois les grades bleus et ces degrés qui prétendent être leur perfectionnement ?
    Je souhaite souligner ce qui semble échapper à un nombre ce plus en plus important de maçons qui réagissent de même manière que la sphère religieuse, le repli sur soi et sur ses certitudes face à la désaffection, comme une sorte de radicalisation.
    La désertification des églises en Occident, également dans les pays arabes les plus avancés comme la Tunisie qui va engager prochainement un procès en hérésie à l’encontre d’une étudiante, n’est pas due à une sécularisation échevelée des sociétés modernes comme on nous le serine à l’envie, au contraire on constate une demande de spiritualité qui se matérialise par le développement exponentiel de tout un tas de systèmes de développement personnel plus fantasques les uns que les autres.
    Cette désertification est le résultat d’un constat, celui de l’incohérence d’écritures religieuses formant exclusivement un système de croyances et totalement déconnectées des réalités à la fois historiques et actuelles.
    Le christianisme dépossédé de son pouvoir coercitif n’en est plus qu’à promouvoir des faits historiques que la recherche universitaire dément et une morale, soit liberticide sans fondement, soit acquise entièrement par les sociétés démocratiques.
    Ce qui commençait à être dénoncé dans les milieux intellectuels de la Renaissance se trouve aujourd’hui généralisé par l’accroissement de l’éducation des populations qui maintenant au lieu de croire ont la liberté de réfléchir, de la science et surtout par l’ampleur exceptionnelle des difficultés auxquelles nous sommes confrontés.
    Alors que Anderson mettait en garde les maçons contre l’entrisme religieux en maçonnerie comme facteur de destruction de ses principes, de ses valeurs d’interrogations et de la fraternité, cette entrisme est galopant à tel point qu’il semble gagner jusqu’au GODF.
    A la faveur des ouvrages de Pierre Mollier traitant de Rite Français, montrant que ce rite exempt de tout principe religieux et fixé en 1785 est conforme à l’esprit de 1723, je nourrissait l’espoir que le GODF abandonnerait sa tendance à traiter de politique, ou ne le ferait plus qu’à la marge, pour s’engager dans la remise en valeur et en vigueur de la franc-maçonnerie originelle.
    Malheureusement, lisant certaines interventions ici sous des articles traitants de la pierre du deuxième ordre, il me semblait comprendre que les notions religieuses n’étaient pas loin de faire un retour en force.
    Constatant aujourd’hui qu’en franc-maçonnerie on ne traite, soit que de politique, soit que de religion, je vais faire hurler et probablement me faire taxer de prétentieux, cependant je suis obligé de m’interroger : a-t-on compris le sens des Constitutions de 1723 (que personne ne lit, c’est un comble !) et a-t-on compris tout court ne serait-ce que le dixième du Rite Français ??!

  • 14
    DaXaD
    27 mai 2020 à 17:20 / Répondre

    Bonjour
    Pour répondre à la demande d’informations de certains, voici les textes des Constitutions de 1762 ainsi que des Instituts, Statuts et Règlements généraux de la Haute Maçonnerie.
    http://www.daxad.be/blog/data/images/divers/1762-constitutions.pdf
    Les « Instituts… » apparaissent à la page 15.

    • 19
      Michel HERMAND
      28 mai 2020 à 07:51 / Répondre

      Bonjour! Merci pour ce document qui reprend les textes issus de la brochure imprimée chez Sétier. Les « Instituts » sont effectivement les « textes intermédiaires » d’Alain Berheim (Pierre Mollier dans Les Essais Ecossais vol. 12).
      Il est dit que la plus ancienne version connue des Constitutions de 1762 se trouve dans le manuscrit Franken 1771. Il est important de noter que l’art.1 (« Comme la religion… ») n’y figure pas.
      Mais surtout, si l’on en croit Guy Chassagnard qui en donne trois photos, il y a dans les archives de la NMJ une version plus ancienne, datée du 22 décembre 1768 (répertoriée par Baynard) et, qui plus est, accompagnée d’une copie de la Patente Morin… ce qui en ferait la seule copie connue réalisée du vivant de Morin.
      Quelqu’un (Pierre Mollier par exemple) a-t-il eu accès à ce double document? Excellente journée!

      • 21
        pierre noel
        28 mai 2020 à 11:24 / Répondre

        Michel a bien raison. L’article 1 des Constitutions « de 1762 » (« Comme la religion est un culte… ») ne se trouve pas dans les plus anciennes versions connues (celle d’Albany 1768 et celles de Francken 1771). Elles se trouvent en revanche dans le livre d’or de Grasse-Tilly et le Sétier de 1832). Qui l’a ajouté ?

    • 22
      pierre noel
      28 mai 2020 à 17:39 / Répondre

      Ce qui est amusant, c’est que ces « Statuts … » sont signés :
      « A l’Or∴ du Mon∴ sous le C∴ C∴ du Zénith près du Buis∴ Ard∴ au point vertical
      répondant au 17e degré 58 minutes sud, sous le signe du capricorne le 9e
      jour du 2e mois nommé jiar 5081…..
      signé, ADINGTON, grand chancelier (du Souverain Consistoire). »
      C’est la latitude de la Jamaïque ! (sud doit être une erreur). Remarquons la bévue probable : C.C., c’est « celestial canopy »

  • 13
    Pierre Mollier
    27 mai 2020 à 14:09 / Répondre

    Et c’est notre position actuelle. Voilà les quelques lignes en tête de l’édition moderne des « Instituts Statuts et Règlements Généraux de la Haute Maçonnerie » que nous remettons à chacun des FF:. parvenant aux grades sommitaux du Rite:
    « Comme les autres textes fondateurs du Rite Écossais Ancien et Accepté (Constitutions de 1762, Grandes Constitutions de 1786) les Instituts, Statuts et Règlements généraux de la Haute Maçonnerie n’ont plus maintenant qu’un intérêt symbolique et historique. Les remettre à l’honneur aujourd’hui est avant tout une affirmation des sources particulières et anciennes du Grand Collège des Rites Écossais. Ce texte était en effet considéré par nos prédécesseurs comme la référence réglementaire la plus importante des hauts grades écossais. Après avoir longtemps été difficile à situer, les historiens ont récemment découvert que c’était le texte majeur du tout premier écossisme. »

    • 15
      pierre noel
      27 mai 2020 à 17:20 / Répondre

      J’ose penser que la position des uns et des autres sur les textes fondateurs est assez semblable. Il ne s’agit évidemment pas de « Livre Sacré », mais de textes fédérateurs et de convention, à l’histoire complexe et amusante.
      Comme les règles du jeu d’échecs !

      • 16
        pierre noel
        27 mai 2020 à 18:15 / Répondre

        « QUELS QU’EN PUISSENT ETRE L’EPOQUE, LE BERCEAU OU L’AUTEUR. »

  • 12
    pierre noel
    27 mai 2020 à 12:18 / Répondre

    Le 1° juin 1992 se sont réunis à Londres, Duke street (local du S C d’E&W), 11 SC (ou assimilés) « en amitié », ceux d’Angleterre & Pays de Galles, d’Ecosse, d’Irlande, de la JS des USA, de la NJ des USA, du Canada, d’Australie, des Pays-Bas, de Finlande et les GL du Danemark et de Suède.
    La question posée était la validité littérale des Grandes Constitutions de 1786 (version latine), dans quelles mesures ces articles s’imposaient encore aux SC et dans quelle mesure les SC les respectaient de facto. Chaque article fut examiné séparément et chaque SC expliqua sa pratique. Il apparut qu’aucun SC ne respectait à la lettre les 18 articles. Le seul qui était respecté par presque tous était le 14° : la procession d’entrée des membres du SC par ordre de préséance, le SGC en dernier, précédé par la bannière de l’ordre. Aucun autre n’était respecté à la lettre.
    Les trois SC des Iles britanniques et d’Irlande demandaient que les candidats soient chrétiens (trinitaires), les autres étaient « universalistes ».
    La contribution la plus intéressante fut celle de RSE Sandbach (England & Wales) qui distingua les articles traitant des principes de ceux concernant la pratique du rite. Ces derniers étaient d’un intérêt purement domestique, plusieurs étaient en plus devenus obsolètes ; les premiers restaient importants, surtout ceux qui traitent de l’autorité du SC dans sa juridiction et les relations entre SC. Tous furent d’accord sur la souveraineté absolue des GL sur les 3 premiers degrés. Les GC (surtout d’ailleurs les Nova Instituta Secreta) de 1786 restent un élément fédérateur mais chaque SC peut les adapter à sa pratique et ses usages, pourvu qu’il respecte l’esprit des articles (II, III, XIII) qui traitent des relations entre SC.

  • 11
    ERGIEF
    27 mai 2020 à 11:32 / Répondre

    Sait on quelque chose de la « rivalité maconnique » qui opposa Frédéric II et son beau-frère Ferdinand de Brunswick, le 1er empruntant la voie qui conduisit au rite en 33 degrés et le second celle de la STO puis du RER? Manifestement Frederic le Grand n’appréciait pas la maconnerie templière a la façon Von Hundt

    • 17
      pierre noel
      27 mai 2020 à 19:46 / Répondre

      Désolé de devoir encore intervenir pour répondre à Ergieff # 11
      Il n’y eut pas de « rivalité maçonnique » entre Ferdinand de Brunswick et Frédéric de Prusse. Ils étaient amis et beaux-frères (Frédéric, homosexuel discret, avait épousé par obligation la soeur de Ferdinand) . Ils le restèrent jusqu’au bout, malgré quelques désaccords militaires à la fin de la guerre de sept ans. Frédéric fit de Ferdinand un Maréchal ( Field-Marschall) après qu’il eut gagné des batailles mémorables (notamment contre le comte de Clermont, par ailleurs GM des loges de France).
      Bien plus tard, quand il eut 60 ans, Ferdinand se lança dans la fm templière, occultiste et illuminée.
      Frédéric fut toujours hostile à cette maçonnerie de HG qu’il qualifiait de « Spiegelrei » (badinerie). Il ne se ‘lança » jamais dans une maçonnerie de HG, qu’elle soit rectifiée, écossaise ou autrement désignée.

      • 18
        ERGIEF
        27 mai 2020 à 21:36 / Répondre

        Merci Pierre, j’avais des informations identiques. Finalement Frederic II n’avait aucune raison objective de « parrainer » le rite en 33 degrés, au contraire, il était indifférents aux hauts grades, voire hostile, et l’aigle bicéphale faisait référence à son ennemi sur les champs de bataille. Mais peu importe nous sommes en maconnerie pour travailler à partir de mythes et la vérité (?) historique importe peu. J’ai le privilège d’avoir effectué les deux parcours REAA et RER le premier n’est pas plus validé par Frédéric le Grand que le second n’a de sources Templieres mais peu importe, ce sont les bénéfices que nous retirons de leurs enseignements qui nous rapprochent de la Connaissance. TAF

  • 10
    Pierre Mollier
    27 mai 2020 à 11:32 / Répondre

    Oups ! bien sûr Pierre, je me suis mal exprimé, je citais AB par rapport aux « Instituts Statuts et Règlements Généraux de la Haute Maçonnerie » qui était la question de Michel Hermand et non sur la question initiale des « Grandes Constitutions » où tu fais, par deux fois, effectivement référence à la contribution pionnière d’Alain.

  • 8
    Pierre Mollier
    27 mai 2020 à 09:46 / Répondre

    C’est – bien sûr ! – Alain Bernheim qui a attiré l’attention des chercheurs sur ce texte et son grand intérêt il y a… près de 33 ans 🙂 (dans ses articles fondamentaux dans RT sur les textes régulateurs du REAA). Le Grand Collège a réédité les « Instituts… » il y a quelques années dans un n° spécial de « L’Ecossais » (à partir d’une copie Hacquet de ses archives justement).

    • 9
      pierre noel
      27 mai 2020 à 11:01 / Répondre

      # Pierre Mollier :
      Cher Pierre, je cite deux fois l’article « séminal » de RT (1985-6) d’Alain Bernheim dans le texte.
      Quant à la question de Michel, de quel texte parle-t-il ? S’il s’agit de la lettre de St-Laurent, elle est reproduite dans Clément, au départ de l’original conservé dans les archives du SCPLB (RR). Si c’est du livre d’or conservé à E’bourg, c’est un vénérable document que j’ai eu en main, deux jours durant sur place (en 2004) et que j’ai remis précieusement à son conservateur (BC) après en avoir copié les pages (à mes yeux) essentielles, sans avoir pu en faire de photocopie ni de photographie (n’étant pas de toute façon pas équipé pour le faire).
      Accessoirement, si AB a très précisément résumé le contenu du livre d’or de St-Laurent conservé à Philadelphie (que T. Jackson lui avait envoyé à sa demande), il ne parle pas de la copie du 2° Livre d’or du même conservé à E’bourg car, bien qu’il en connaisse l’existence, il ne l’a pas consulté, à ma connaissance du moins.

  • 6
    Pierre Mollier
    27 mai 2020 à 08:40 / Répondre

    Ces « Grandes Constitutions de 1786 » sont un texte historique a qui on peut surtout reconnaître aujourd’hui une valeur symbolique. Pour notre part, au Grand Collège des Rites, notre texte de référence historique et symbolique sont les « Instituts Statuts et Règlements Généraux de la Haute Maçonnerie ». Un texte provenant probablement du Saint-Domingue de la fin du XVIIIe siècle auquel notre fondateur Germain Hacquet était très attaché. Un texte qui nous relie donc, au-delà de 1801, à l’écossisme de la fin du XVIIIe siècle et aux disciples d’Étienne Morin.

    • 7
      Michel HERMAND
      27 mai 2020 à 09:29 / Répondre

      Bonjour Pierre! Peux-tu nous dire où trouver le texte dont tu nous parles? Excellente journée!

  • 5
    pierre noel
    26 mai 2020 à 21:26 / Répondre

    Ce qui est assez extraordinaire dans les deux copies (identiques) du premier livre d’architecture du SC de France conservé à Washington (comment est-il arrivé là ?), c’est que la première est dite tirée « des archives de Charlestown, traduite par moi de l’anglais » avec une signature manuscrite de JBM Delahogue et l’autre, d’une toute autre écriture, établie à Kingston (ïle de la Jamaïque), confirmée par le même Delahogue (simplement mentionné) et confirmée par la signature très reconnaissable de Pyron, secrétaire du SC de France. Ceci implique une étape à Kingston où un SC fut effectivement créé par Grasse-Tilly en 1803. Il survécut jusque 1816 d’après R. Draffen (1974) et W. Seal-Coon (An Historical Account of Jamaican Freemasonry, 1976, p 29). Cela ferait de ce SC « for the British West-Indies » (même virtuel) le 3° SC du monde, entre celui de des iles françaises d’Amérique (celui de Saint-Domingue) et celui de France.

  • 2
    Jean_de_Mazargues
    26 mai 2020 à 11:04 / Répondre

    L’autorité en tant que la force de celui qui agit (auctor > auctoritas) repose sur la légitimité de l’auteur. Cette légitimité ne peut jamais se fonder simplement sur un texte. Elle implique l’existence d’un élément moral sans lequel l’autorité ne sera pas respectée.

  • 1
    Emanuel
    26 mai 2020 à 10:12 / Répondre

    Bon alors en clair ces grandes constitution valent quoi? Pas grand chose semble-il ce qui, fait que l’autorité (sic) des SC ne repose sur rien….

    • 3
      Michel Hermand
      26 mai 2020 à 11:29 / Répondre

      Bonjour! Ces textes, comme toute autre chose, tout autre objet par ailleurs, ont la valeur que ceux qui souhaitent les utiliser leur donne. Je me suis engagé par serment à les respecter lors de mon entrée au REAA, sans la moindre contrainte, et donc à travers ce serment librement prêté je leur donne une valeur. Et, dans ma (j’insiste sur le « ma ») conception du REAA, elles lui sont consubstancielles, de même que la double devise « Ordo ab Chao – Deux meumque Jus ».

      • 4
        Michel Hermand
        26 mai 2020 à 13:38 / Répondre

        « Deus », pas « Deux », évidemment!

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