Les Suprêmes Conseils « Cerneau »

Publié par Pierre Noël

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Quand New-York était encore une ville hollandaise et non la métropole tentaculaire qui ne dort jamais ! Une vue du Federal hall en 1797, depuis Broad street, dans ce qui est aujourd’hui le district financier de Downtown Manhattan, entre Battery Park (la pointe de la presqu’île) et l’actuel Brooklyn Bridge.

Conçu par Pierre-Charles L’Enfant, le Federal Hall, situé au 26 Wall street, a été le  premier hôtel-de-ville de New-York et le premier Capitole des États-Unis. Le bâtiment d’origine a été détruit en 1812 et reconstruit en 1842. Joseph Cerneau habitait 118 Williams street, à quelques minutes de marche (Robert B. Folger, The Ancient and Accepted Scottish Rite in Thirty-Three  Degrees, 1862.  Annexes p.120)

 

Les Suprêmes Conseils Cerneau

Pour un maçon américain, le mot « Cerneau » est le comble de l’irrégularité (ils emploient plutôt le mot, clandestinité) !

Joseph Cerneau était d’origine française, né à Villeblevin en 1765 [1] dans ce qui devait devenir le département de l’Yonne, et avait émigré à St-Domingue. Il y était, comme beaucoup, un colon que la révolte des esclaves de 1791 fit fuir à Cuba d’abord, à New York ensuite (en 1807) devant l’instabilité politique de l’île (Napoléon allait bientôt envahir l’Espagne). Il y vécut 20 ans sans jamais maîtriser l’anglais. Il fut joaillier et marchand de grades maçonniques comme beaucoup d’autres le furent avant et après lui. Il avait été reçu maçon à Saint-Domingue et fait Prince de Royal Secret, par Mathieu Dupotet, en 1806 à Cuba, ce qui lui donnait le droit de faire des SPRS [2], 25° degré du rite de perfection dans la partie septentrionale de l’île et là seulement, paraît-il. Cela ne l’empêcha pas, arrivé à New York, d’y faire des SPRS.  En 1807, il créa un Grand Consistoire de SPRS 25° degré du rite de perfection mais finit par l’appeler Suprême Conseil des GIG, sans jamais avoir reçu le 33° degré pratiqué à Charleston. Il est possible qu’il fit ce qu’avaient fait dans la même situation les Frères de Charleston : inventer un degré que nul ne connaissait ou, mieux encore, adopter un titre (GIG 33° degré) sans rituel l’accompagnant ! (Sait-on d’où Mitchell et Dalcho tenaient leur 33° qui n’existait pas avant 1801 ?). Il ne devait pas manquer d’entregent puisqu’il attira dans son Consistoire des maçons de haute volée. La présidence en fut assurée par Dewitt Clinton, futur gouverneur de l’Etat de NY et GM de la GL de NY de 1806 à 1819, (Cerneau, indécrottable unilingue, ne s’y risqua pas !). En étaient membres Jon Mulligan, Député GM de la GL de NY ; Jonathan Schieffelin ; Elias Hicks, passé Grand Secrétaire de la GL de NY ; Francis Dubuar ; Joseph Bouchard …. et d’autres qui n’ont jamais pensé faire quoique ce soit de répréhensible (spurious and clandestine !), contrairement à ce qu’on leur reproche depuis lors (quoique l’opprobre semble faire place à un jugement plus nuancé [3]).

Cerneau fréquenta des hommes politiques (De Witt Clinton notamment) importants et fut entraîné sans le savoir dans une querelle politique entre Clinton et Daniel Tompkins (futur vice-président des USA), tous deux franc-maçons, autrefois amis mais devenus rivaux dans une querelle d’ordre politique. Malheureusement pour lui, un an plus tôt un autre Français fuyant Saint-Domingue (Antoine Bideaud, membre du SC de Saint-Domingue fondé par Grasse-Tillly en 1802) avait fait la même chose : vendre les grades français à quelques amateurs (dont John James Joseph. Gourgas, 1777-1865) et faire d’eux des Sublimes Princes du Royal Secret 32° degré (1806). Deux groupes rivaux cohabitaient ainsi dans la même ville ! Sur ces entrefaites, arriva Emmanuel De La Motta, « trésorier du Saint-Empire » venant de Charleston pour se faire soigner de la cataracte (il avait 53 ans et était presque aveugle). Il était un des fondateurs du SC de Charleston en 1801, ce qui ne lui donnait pas vraiment le droit de se mêler de ce qui se passait à NYC. N’empêche, ce droit, il se l’attribua malgré que le SC de Charleston soit tout aussi arbitraire et auto-proclamé que l’autre ! Ses fondateurs, Mitchell et Dalcho avaient sans doute inventé le 33° purement et simplement, avec ou sans la complicité de Grasse-Tilly (qui ne se remettait pas de la perte de ses plantations, de ses 250 esclaves et de son dénuement financier). De La Motta allait décider tout seul la légitimité de l’un ou l’autre protagoniste.

L’événement clé semble être la rencontre du 14 septembre 1813 entre De La Motta et Cerneau (à son domicile, 118 Williams street, dans l’actuel quartier financier de NYC, à deux pas de Wall street au sud de Manhattan) : « on the 14th of September 5813, I went to see Joseph Cerneau, accompanied as witnesses (a very necessary precaution) with four of the most respectable BB of the 33d, two French and two Americans ».

Cerneau ne parlait que le français et l’espagnol, La Motta ne parlait que l’anglais et peut-être le danois (il était né dans l’île Sainte-Croix, une des « Iles Vierges » des Caraïbes, danoise à l’époque) mais il s’était fait accompagner par J.J. Gourgas, Suisse d’origine vaudoise. Ce fut un dialogue de sourds ! (on n’a pas la version de Cerneau de l’incident). Tout cela se passa très mal et De La Motta condamna par la suite en termes virulents Joseph Cerneau qui n’avait rien fait de plus que les autres, l’accusant de tous les maux de l’enfer. De Witt Clinton garda une neutralité avisée. Les accusations de La Motta (malveillance, escroquerie, allant jusqu’à l’injure) sont répétées depuis lors sans discussion par tous les commentateurs. Ce semble être d’abord une incompréhension de personnes (comme on le voit souvent) avec en arrière-plan des rivalités politiques aiguisée par les événements (De Witt Clinton était opposé à la guerre de 1812, Daniel D.Tompkins, partisan de Gourgas et futur GM de la GL de NY de 1820 à 1821, la soutenait). Tout cela se passait dans une ville de 100.000 habitants, hollandaise par son style architectural, provinciale d’esprit, s’étendant au mieux de Battery Park à Washington Square (2 miles). Ce sont les hommes d’état comme Clinton qui ont permis le début de son développement en assurant le creusement du canal de l’Erie, reliant l’Hudson River, donc l’Atlantique, aux grands lacs.

Les membres du premier SC, celui de Charleston qui deviendra celui de la Juridiction Sud siégeant à Washington, n’ont jamais accepté que d’autres qu’eux inventent un grade, le 33°, après (ou avant) qu’eux-mêmes l’aient fait ! Ils condamnèrent le SC De Witt-Cerneau sur base d’un rapport très négatif sinon injurieux d’Emmanuel de La Motta (daté du 21 septembre 1813, il se trouve in R. Folger, The AASR in 33 degrees, 1862, annexes, p.114-119), en même temps qu’ils reconnaissaient l’autre groupe de Princes du Royal Secret, mené par Antoine Bideaud. C’est ce groupe qui devint l’actuel SC pour la Juridiction Nord (il sera « reconnu » par Charleston à la fin de l’année1813, Bernheim 2013) dont le premier SGC fut Daniel D. Tompkins avec J..J. Gourgas comme Secrétaire-Général. Il n’empêche que le SCDF et le GODF reconnurent le SC De Witte-Cerneau et Germain Hacquet [4] en fut le Grand Représentant auprès du GODF, ce qui fut passé sous silence par des générations de maçons bien-pensants. Cerneau revenu en France en 1827 (il retourna dans sa région natale, l’Yonne), s’y maria en 1837 et y décéda en 1848 sans avoir encore fait de maçonnerie (Bernheim, 2017).

Mais son SC « pour les Etats-Unis d’Amérique » fut réveillé 5 ans après son départ, en 1832, par des maçons qui en avaient fait partie. Elias Hicks en devint SGC. Ils ne devaient pas être nombreux mais ils furent soutenus par le célèbre marquis de Saint-Laurent dont P.Naudon dit non sans condescendance qu’il était « un mulâtre de Saint-Domingue (et un) personnage pittoresque » [5]. Il est vrai qu’il se présentait, sans autre preuve, comme le SGC de la Nouvelle-Espagne et de la Terre-Ferme (Mexique, Amérique centrale, Vénézuela et iles Caraïbes). Ses interlocuteurs l’acceptèrent, semble-t-il. Lui et Hicks s’unirent pour former le SC uni de l’hémisphère occidental par un traité du 3° jour du 3° mois 5832, rédigé en trois langues, le français, l’anglais et l’espagnol (on n’a guère de trace de l’existence effective de ces deux SC).

St-Laurent s’en vint ensuite à Paris (où il avait déjà séjourné puisqu’il y était en 1816) et obtint qu’un traité d’accord fut signé entre son SC uni et le SCDF (dont le SGC était le duc de Choiseul) [6]. Le député du SC de l’hémisphère occidental en France n’était autre que le marquis de Lafayette, héros des deux mondes, qui fut fêté par tous et fait 33° par le SC Cerneau (lors d’un voyage en 1824 aux EU). Or on ignore s’il fut jamais initié ! P. Chevallier le nie, J. Bossu en doute. Il serait un bel exemple de ces maçons de salon comme il y en eut tant à cette époque, ne voyant dans la maçonnerie qu’une médaille supplémentaire, un collier de plus et une occasion d’être acclamé par une foule enthousiaste.

Le traité fut signé en 1834 et La Fayette eut le bon goût de mourir quelques mois plus tard. Saint-Laurent devint membre du SCDF et ne retourna jamais aux Etats-Unis. Au traité était annexée une copie en latin des Grandes Constitutions de 1786. Saint-Laurent affirmait que cette copie était conforme au document original, celui prétendument signé par le roi de Prusse que lui, Saint-Laurent, avait reçu en 1795 des mains de Bernard Galves [7], son prédécesseur. Les Grandes Constitutions, signées en mai 1786 à Berlin, seraient arrivées en décembre de la même année à Madrid et, de là, auraient été expédiées en Nouvelle-Espagne. Les dignitaires du SCDF, Choiseul et La Fayette notamment, le crurent sur parole et affirmèrent la conformité de la copie sans avoir jamais vu l’original (que personne n’a vu, semble-t-il).

Le SC Hicks disparut quelques années plus tard faute de membres, mais il y eut une résurgence régulière d’organismes qualifiés collectivement de Cerneau [8] aux EU (notamment à New-York et à la Nouvelle-Orléans) et même en Europe, grâce au système de « patentes » dont beaucoup de maçons sont friands (je n’ai jamais compris pourquoi !).

Je ne m’aventurerai pas dans l’écheveau des SC «Cerneau» [9] successifs (voir l’excellent article de Christophe De Brouwer, Le Suprême Conseil des 33e des États-Unis, 2018, sur le site Si Fodieris Invenies). Au XX° siècle, une « patente » parvint en Europe par le truchement d’une voie détournée qui va de l’enthousiaste mais combien excentrique John Yarker, maçon talentueux et prolixe, anglais jusqu’au bout des ongles, plus proche d’un Oscar Wilde que d’un dignitaire compassé de la GLUA, et l’étrange Théodore Reuss (occultiste allemand) jusqu’à Robert Ambelain, tout aussi fantasque dans son genre,  qui les collectionnait jusqu’à plus soif (ce qui n’est que péché mignon) mais qui en plus les distribuait sans trop de discernement. Ses quelques successeurs s’en réclament régulièrement ajoutant à plaisir à l’imbroglio d’une maçonnerie hexagonale déjà compliquée. Ambelain prétendit donc détenir une patente Cerneau parmi beaucoup d’autres (il est plus simple de se demander ce qu’il n’avait pas !).

Le SC de Louisiane est une autre de ces excroissances dites Cerneau. Il a bel et bien existé (et il existe encore) et il fut fondé en 1839 par un vétéran du SC-Hicks. Son histoire est d’abord celle de maçons français, parlant leur langue natale et pratiquant une maçonnerie de style français, dans un pays où ils sont minoritaires et où leur culture va disparaître. Leur maçonnerie va s’étioler de même et périr étouffée par son environnement. Tout tourne autour d’une loge, « L’Etoile Polaire », créée à la Nouvelle-Orléans par des Français vers 1800 avec une patente du GODF. Les grades écossais y apparaissent venant de Saint-Domingue au début du XIX° siècle, soit directement par des maçons fuyant la révolte des esclaves, soit indirectement par le biais de New-York et du SC Cerneau. Ils se maintinrent en Louisiane jusqu’à ce que la maçonnerie américaine de type York s’impose. La loge L’Etoile Polaire porte le n°1 de la GL de Louisiane actuelle. C’est la première des 10 loges de cette obédience qui utilisent (en anglais) ce qu’ils appellent un « rite rouge », proche de la maçonnerie que nous connaissons, différent du « rite bleu » des loges classiques de Louisiane (type Webb, ce qu’on appelle en France « le rite d’York »).

Animé par le marquis de Sant-Angelo d’abord (qui avait fait partie à NY du SC Hicks !), puis par Jacques Foulhouze (un prêtre défroqué formé à Saint-Sulpice), le SC de Louisiane survécut malgré la défection de nombre de ses adeptes (Laffon de Ladébat qui traduisit en français les GC « latines » du REAA, Samory qui fut l’ennemi de Foulhouze et quelques autres). Ceux-ci formèrent un organisme rival, le Grand Consistoire des PRS de La Nouvelle-Orléans, qui s’attachera au SC de Charleston (celui présidé par Albert Pike) et est aujourd’hui le relais local de la Juridiction Sud des EU. Le SC de Louisiane disparaît alors de la scène pour un siècle, ce qui ne l’empêcha pas de subsister dans l’ombre.

Le Supreme Council of Louisiana existe toujours (il a un site sur le web avec 1839 pour date de création). Ses membres, tous afro-américains, ne sont reconnus par personne, ni par le SC-Prince Hall, ni par les deux juridictions mainstream, ni par aucun SC en France (GO, SCDF, SCPLF, SCNF, DH ou GLFF.) Sur internet, on trouve la liste de leurs SG.

(Remarquer la note en marge : Freemasonry is the subjugation of the humane, that is in man, by the Divine)

Le 27 octobre 1839, un SC « pour les EU » fut donc établi à New-Orleans par Orazio de Atellis de Santangelo [10], R. Perdeauville, Roca Santi Petri, J.F. Canonge, F. Verrier et A. Montmain. Il acceptait les GC de 1786. En 1840, il (avec les mêmes signatures) sollicita la reconnaissance du SCDF, en même temps qu’il déclarait adhérer au traité de 1834 (union des SC de France, des EU, du Brésil, ratifié par le SC de B en 1835). En juillet 1845, le SCDF refusait de reconnaître le SC de Louisiane, ignorant sans doute que c’était la continuation du SC « de l’hémisphère occidental » (le nom avait disparu) qu’il avait reconnu 5 ans plus tôt (Il devrait y avoir une trace de cet épisode à la rue Puteaux). Le SC de Louisiane demanda ensuite la reconnaissance du GODF qui refusa de même. En 1850, le SC de Louisiane affirma son autorité sur les loges bleues locales, en même temps qu’il adoptait l’anglais comme langue usuelle (jusque-là, tout était en français). Cette décision lui fit perdre quasi tous ses membres.  Par le concordat de février 1855, ce qui en restait fusionnait avec le SC de Charleston. Mais cette fusion fut refusée par un certain nombre de Frères et le SC de Louisiane repartit de plus belle en 1856, avec Foulhouze [11] à sa tête. C’est le même Foulhouze qui installa un SC à New-York, celui d’Henry Atwood, lointain ancêtre d’Ambelain et al. Delà vient la survie jusqu’à nos jours de cet organisme depuis longtemps constitué de Frères afro-américains (Ce SC n’est pourtant pas reconnu par les SC Prince-Hall).

En 1870, le GODF reconnut le SC de Louisiane (celui de 1839) qui s’était ouvert aux noirs). Ce fut la raison de la rupture des GL américaines avec le GODF, bien plus que la querelle du GADLU et du convent de 1877 (querelle que les Américains n’ont jamais comprise).

Les rituels symboliques du SC Foulhouze-Atwood (Collectanea, vol. 15, part 2, 1994) sont du REAA de style 1829 du SCDF, plus théâtraux mais fondamentalement identiques (avec le cabinet de réflexion, les éléments pendant les voyages, la petite et la grande lumière, le cercle des épées, la distribution « moderne » des colonnes et des mots … Toutes choses inconnues aux USA). Les haut-grades Cerneau furent publiés en deux volumes sous le titre « Scottish (ou Scotch) rite Masonry » par Jonathan Blanchard (Chicago 1887-1888). Leur lecture montre que ces rituels sont très proches des rituels habituels chez nous et aisément reconnaissables.

En guise de Finale.

Pour un maçon européen que ces conflits ne concernent pas vraiment, les différences de fond entre les deux systèmes se résument à peu de choses !

  • Le refus de la distribution territoriale des « Grandes Constitutions » qui limitent à deux le nombre de SC en Amérique du Nord. Foulhouze et Atwood en voulaient un par état.
  • Le contrôle des degrés symboliques (I-II-III) par le SC (c’était sans doute le point essentiel, régulièrement dénoncé par les tenants de Charleston !).
  • L’emploi de rituels de type français pour ces trois degrés (différents de ceux de type Webb utilisés par les GL américaines).
  • Le refus de la primauté, historique, protocolaire et morale de Charleston (donc de la JS).

   Pierre Noël

[1] William Homan (1905) dit 1763. Lui-même se dit âgé de 37 ans sur un tableau de loge de 1801.
[2] Ce qui le mettait dans la lignée de Morin et de son rite du Royal Secret.
[3] Newell Aimée E. Joseph Cerneau’s Supreme Council. Misunderstanding or Malice ? The Northern Light, 2010, May 7. 4-7
[4] Hacquet avait connu Cerneau à Saint-Domingue.
[5] Paul Naudon. Histoire, Rituels et Tuileur des Hauts Grades maçonniques. 3° édition, 1978, p.149.
[6] Furent également signataires le SC du Brésil et, en 1835, le SC de Belgique.
[7] Bernardo de Gálvez y Madrid, Vicomte de Galveston et comte de Gálvez (né en 1746 en Espagne), vice-roy de la Nouvelle-Espagne, allié des insurgés américains,  est mort à Mexico en 1786. La ville de Galveston (Texas) porte son nom.
[8] Sont ainsi nommés les SC qui ne reconnaissent pas l’autorité du premier SC du Monde, celui de Charleston (Juridiction sud)
[9] Le mot péjoratif « cerneauisme » est devenu d’usage courant pour désigner un SC en marge des deux se disant « authentiques », les Juridictions Nord et Sud. Le pauvre Cerneau n’y est plus pour rien.
[10] Orazio [Donato Gideon] de Attellis Santangelo (1774–1850)., d’origine italienne, naturalisé américain. Il fut un ardent jacobin et prit part aux campagnes napoléoniennes. Il émigra aux Etats-Unis en 1824. Il signa le traité de 1832 entre Hicks et Saint-Laurent.
[11] Foulhouze avait émigré en 1836. Il fut initié dans la loge Los Amigos del Orden, à la Nouvelle-Orléans. De passage à Paris en 1845, il s’était affilié à La Clémente Amitié, y avait reçu le Rose-Croix et avait été fait 33° par le GCDR.

lundi 8 juin 2020
  • 19
    pierre noel
    21 juin 2020 à 17:19 / Répondre

    Le problème « Cerneau », finalement, se résume à la question : quand le SC Cerneau où les SC dits « Cerneau » ont-ils commencé à conférer un grade/degré de 33° (avec rituel, secrets, décors …) et non simplement un titre honorifique ?
    Quand ils l’ont fait, se sont-ils contentés de copier le rituel « inventé » à Charleston ?
    Les rituels publiés par Blanchard à la fin du siècle étaient une divulgation méchante et hostile à la fm, comme l’étaient les écrits de Taxil à la même époque. Mais tous deux n’on fait qu’ajouter des détails croustillants, grand-guignolesques ou lugubres à un fond conforme aux pratiques du temps.
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  • 17
    Emanuel
    14 juin 2020 à 15:47 / Répondre

    Perso j’en ai trouvé deux…. dans une noix !!!

  • 16
    alain bernheim
    14 juin 2020 à 11:59 / Répondre

    Je suis ravi de voir l’intérêt qu’a suscité cet article. Pour ceux d’entre vous qui comprennent l’anglais, la référence fondamentale à cet égard, apportant nombre de documents inconnus jusqu’en 2010, se trouve dans les trois articles suivants que j’ai écrits :

    Joseph Cerneau, His Masonic Bodies, and his Grand Consistory’s Minute Book – Part 1. Heredom 18 (2010) : 25-84,

    Joseph Cerneau, The Charleston Grand Council of P.R.S. & the Supreme Council of the U.S.A.’ – Part 2. Heredom 20 (2012), 11-178.

    ‘Emanuel De La Motta in New York, 1813-1815 : A Retrograde Chess Problem’. Heredom 21 (2013), 9-85.

    Puis dans les deux articles suivants :

    ‘‘Emanuel De La Motta in New York, 1813-1815’’ : A Rejoinder. Jeffrey Croteau. Heredom 22 (2014), 9-78.

    ‘A Response to Jeffrey Croteau’s Rejoinder’ [AB & Arturo de Hoyos]. Heredom 22 (2014), 79-94.

    • 18
      pierre noel
      15 juin 2020 à 16:48 / Répondre

      Notre excellent ami Alain Bernheim renvoie très justement à ses articles d’Heredom, 18, 20, 21 et 22. Ils constituent une somme considérable de plus de 300 pages, en anglais, dont l’intérêt n’échappera à personne. Ces volumes sont disponibles (notamment) sur Amazon.
      Heureusement, « il a essayé de résumer en quelques pages ce que (ces articles) révèlent » (ce sont ses propres termes) dans un fascicule qu’il ne cite pas ici : « Le Rite Ecossais Ancien et Accepté : aspects méconnus et questions inédites » (Louis Trébuchet, Alain Bernheim, Pierre Noël, Kris Thys), 2017, publication du Suprême Conseil de Belgique-Opperraad van België.
      Le chapitre d’Alain Bernheim s’intitule « Dalcho, La Motta, Cerneau : l’histoire oubliée » pp 79-120 (avec un résumé en néerlandais p 121).
      Ce fascicule, préfacé par Jacques Mathieu et Hubert Van Hoorde, peut être acquis auprès du SC de Belgique.

  • 14
    pierre noel
    9 juin 2020 à 21:48 / Répondre

    J’ai écrit (peut-être un peu vite) : « Il n’empêche que le SCDF et le GODF reconnurent le SC De Witte-Cerneau et Germain Hacquet [4] en fut le Grand Représentant auprès du GODF »
    Dans « L’Abrégé historique de l’organisation en France des 33 degrés du Rit écossais ancien et accepté », publié en 1814 (anonyme, mais on sait que l’auteur en est Julien Pyron, « Secrétaire du Saint-Empire »), on lit, p. 77, « Le 15 février 1810, le Souverain Grand Consistoire du 32° degré établi pour les Etats-Unis à l’O. de New-Yorck, rendant hommage à la sévérité des principes du Suprême Conseil qui tendent constamment à l’épuration de la Maçonnerie, lui témoigna le désir de voir établir entre eux une correspondance réciproque. Cette correspondance a été accueillie et consacrée par le Suprême Conseil le 11 février 1813. » Le SCDF (et donc le GODF puisque ils ne formaient qu’un seul corps) reconnut un Grand Consistoire, pas un «Suprême Conseil », à New-York.

    • 15
      pierre noel
      10 juin 2020 à 14:32 / Répondre

      Un des reproches majeurs de De La Motta était que Cerneau n’avait jamais été initié au « vrai et authentique » 33° degré (le GIG) de Charleston. Or il est impensable que les SC « Cerneau » n’aient pas pratiqué à un moment ou l’autre un degré de GIG !
      Dans les « Décisions du suprême conseil des Inspecteurs généraux du 33° degré du rite écossais ancien et accepté pour la France, depuis l’année 1804 jusques et compris l’année 1812. Tome premier » (1017 feuillets, conservés à Washington D.C.) se trouve un rituel du 33° degré, copie du rituel Delahogue (celui qu’il a ramené en France en 1805 qui est conservé à La Haye), certifiée par Pyron (dont l’écriture est très reconnaissable). Il va du 23° au 37° feuillet.
      Par curiosité, j’ai voulu le comparer au 33° degré du « Scottish Rite Masonry » de Blanchard (tome II, pp 460-480), écrit « Cerneau » de la fin du XIX° siècle (il n’a aucune prétention d ‘authenticité , bien sûr).
      J’ai eu la surprise de constater l’inspiration commune des deux rituels, avec des développements supplémentaires chez Blanchard, normaux puisque plus tardif de plusieurs dizaines d’années. D’après ce qu’on peut en savoir, les rituels actuels des SC restés fidèles à leurs pratiques « désuètes » sont plus proches de la formule Blanchard- Cerneau que de celle Charleston-Delahogue-Pyron.

  • 13
    Pierre Mollier
    9 juin 2020 à 20:42 / Répondre

    Dans « Pour la Foy » (p. 13, Edimbourg, 1949), GS DRAFFEN écrit « the minute book of the Stirling lodge, which dates from 1791, refers to by-laws passed in 1745. The original by-laws are non-existent ; but according to Hughan (origin and progress of chivalric masonry, Cameron) what purports to be transcript of them, made in 1790, refers to the degree of Knight of Malta… ». Il apparaît donc que le grade de Knight of Malta serait attesté de façon très ancienne en Écosse.

  • 9
    Pierre Mollier
    9 juin 2020 à 10:56 / Répondre

    Il n’y a pas de « Rite de Cerneau », c’est juste une filiation différente du REAA. En France il est en général associé à des structures de Memphis-Misraïm

  • 8
    Pierre Mollier
    9 juin 2020 à 10:53 / Répondre

    Cela fait référence à mon étude sur la Patente Morin dans « 1804-2004 : Deux siècles de REAA ». Morin conçoit le grade de Prince du Royal Secret entre son départ de Paris fin 1761 et son arrivée à Saint-Domingue en janvier 1763. Entre temps son navire a été capturé par les Britanniques et il passe plusieurs mois à Londres en fréquentant assidument les Loges (c’est ce que nous dit sa correspondance). Il va même à Edimbourg : « J’ai fait un voyage en Ecosse dans mon séjour en Angleterre et j’ai vu un habile homme à Edimbourg ; j’ai passé 3 mois avec le maçon le plus zélé que j’aie jamais connu, et je puis vous assurer que j’ai [?] notre Grand Ordre en règle et des découvertes que je vous enverrai lorsque je trouverai une occasion favorable». Or l’érudit maçonnique écossais Georges Draffen explique que le haut grade chevaleresque le plus anciennement attesté en Ecosse – dès la fin des années 1740 avance-t-il ! – est le « Knight of Malta » (malheureusement ses références sont difficiles à vérifier). Or quand on regarde les rituel de Knights of Malta, certes beaucoup plus tardifs, ils sont basés sur une sorte de pérégrination vers Jérusalem… C’est aussi la trame du rituel du Royal-Secret. Voilà, ce n’est qu’une hypothèse. Il faudrait pouvoir mieux comprendre et vérifier l’affirmation de Draffen, mais comme c’est un historien sérieux, on a tendance à le croire.

    • 10
      pierre noel
      9 juin 2020 à 12:19 / Répondre

      Oui, les « pérégrinations » du SPRS et celles du KM se ressemblent et l’hypothèse de Pierre (M) est séduisante. Mais il faut souligner qu’elles se font en sens inverse, de Naples à Jérusalem pour l’un, de Jérusalem à Malte pour l’autre.
      Finalement, c’est un développement du voyage du MM qui va d’ouest en est chercher « quelque chose » et d’est en ouest « pour répande la lumière ».

    • 11
      Michel HERMAND
      9 juin 2020 à 15:18 / Répondre

      Merci Pierre pour tes informations! As-tu une référence pour Draffen? Ce n’est pas dans The Triple Tau. Peut-être dans Pour la Foy?

      • 12
        pierre noel
        9 juin 2020 à 17:34 / Répondre

        Désolé ! Je n’ai jamais lu Pour la Foy. Je ne peux pas répondre.

  • 7
    pierre noel
    9 juin 2020 à 10:08 / Répondre

    James (Jacques) Foulhouze a écrit un long mémoire (1858) intitulé « Mémoire à consulter sur l’origine du Rit Ecossais Ancien et Accepté sur les prétentions de Suprêmes Conseils Dalcho-Mackey de Charleston et Gourgas-Moore de Boston sur les droits du Suprême Conseil de l’Etat Souverain de Louisiane … ». Il est long (177 pages) , verbeux et inutilement polémique. Il montre a contrario l’absurdité de certaines querelles inter-obédientielle qui ne reposent que sur des prémisses arbitraires s’érigeant en « lois fondamentales » et sont sources d’anathèmes réciproques enflammées, souvent basées sur le droit « imprescriptible » données par ces prémisses imaginaires.

    Mais il contient aussi la copie intégrale de textes peu connus, la version latine des Grandes Constitutions de 1786 (la critique linguistique qu’en fait l’ancien élève de Saint-Sulpice est savoureuse ; la critique tout court la condamne comme un faux grossier), la Circulaire Dalcho du 4 décembre 1802, le traité d’Union d’Alliance et de Confédération Maçonnique de 1834 et différents extraits des minutes du Suprême Conseil pour l’Etat de Louisiane.
    A la page 52, Foulhouze explique que « simple maître-maçon au Rit Ecossais attaché à nôtre Suprême Conseil » (initié dans une loge de langue espagnole), il vint à Paris en 1845 avec une lettre de recommandation, fut accueilli à la loge La Clémente Amitié et fut successivement initié au degré de Rose-Croix et au degré de Kadosch. Le Suprême Conseil du Grand-Orient de France lui fit ensuite l’honneur de l’appeler au 31°, 32° et 33° degrés. Il doit exister ue trace de ce passage dans les archives !

  • 5
    Wagnon Patrick
    9 juin 2020 à 07:25 / Répondre

    Bonjour et merci à pierre Noel et pierre Mollier
    pour ce bel article historique
    Pouvez vous me dire quelles obédiences et SC
    pratiques le REAA. « Cerneau » en France et en
    outre mer ?
    J’aimerai le voir vivant !
    Bien fraternellement à tous

  • 3
    Pierre Mollier
    8 juin 2020 à 20:42 / Répondre

    Belle mise au point sur un sujet… bien compliqué (comme beaucoup des épisodes de l’histoire du REAA d’ailleurs!).
    Finalement, il y a des SC « Cerneau » mais, pour les hauts grades, il n’y a pas vraiment de « Rite Cerneau » comme on l’entend parfois. Ce sont tout simplement les grades du REAA dans des versions décalquées de la pratique française car, au début en tout cas, les SC Cerneau sont principalement animés par des Français d’Amérique.
    D’ailleurs, jusqu’en 1820, le SC New-Yorkais de Cerneau a beaucoup plus de succès et se développe bien plus que celui de Charleston qui paraît être resté assez inerte.
    L’autre intérêt des SC Cerneau c’est qu’ils ont été des sortes de conservatoires des documents de la fin du Rite de Perfection et des tout débuts du REAA.

    • 4
      pierre noel
      8 juin 2020 à 21:40 / Répondre

      Tout à fait. L’article de C. De Brouwer (que je cite) contient un pamphlet de Peckham, un successeur de Atwood, qui explique très bien l’évolution du SC « Cerneau » de NYC de la fin du XIX° siècle.

    • 6
      Michel Hermand
      9 juin 2020 à 08:17 / Répondre

      Bonjour Pierre (M)!
      Effectivement, l’histoire du REAA, ainsi que sa proto-histoire, sont bien compliquées. A ce propos, pourrais-tu nous en dire plus sur un paragraphe (L’Ecossais n°15, p92) qui m’interpelle beaucoup: « L’histoire de ce grade terminal (le Souverain Prince du Royal Secret) est connue (?): oeuvre personnelle de Morin (??), il a été rédigé pendant sa capture en Angleterre en 1762/63 (???) et a fait l’objet des recherches de notre Frère Pierre Mollier, qui a découvert le rituel d’origine, Knight of Malta (????). Les points d’interrogation sont de mon cru et marquent ce qui pour moi constitue quatre scoops, dont le dernier n’est pas le moindre: un Chevalier de Malte au début des années 1760. Pourrais-tu nous éclairer à ce propos? Nous donner une référence? D’avance un tout grand merci et excellente journée.

  • 2
    Bilboquet
    8 juin 2020 à 20:03 / Répondre

    Merci pour me faire connaître ce rite dont j’ai seulement entendu parler … de loin.

  • 1
    de Flup
    8 juin 2020 à 16:48 / Répondre

    Remarquable aperçu!

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