Francisco Ferrer

«Libre et de bonnes mœurs» ? Qu’est-ce à dire ?

Publié par Jean-Luc Maxence

Le 4 mai, Jean-Luc Maxence nous envoyait sa première chronique. Voici sa seconde « bouffée d’oxygène maçonnique ».
Géplu.

La chronique de l’éternel apprenti – 2

Jean-Luc MaxenceLa formule « libre et de bonnes mœurs », on le sait, ne date pas d’hier. Elle garde en maçonnerie une direction spirituelle qui a beaucoup évolué au cours de l’Histoire. Et nous aurions besoin de notre Très Cher Frère Roger Dachez, historien émérite, pour ne pas perdre son latin dans tant de déclarations de principes et de règles codifiées par la morale sociale, en particulier, comme de bien entendu, au plan de l’intime ! Aujourd’hui, en France, comment percevoir le sens juste qui se cache sous les mots « libre » et « bonnes mœurs » ?

Les bonnes mœurs, c’est quoi en 2015 ? Est-ce que cela veut-il dire, pour le Franc-maçon, n’avoir jamais trompé sa femme ? Ou arriver à l’heure ponctuelle à ses rendez-vous amoureux quels qu’ils soient ? Est-ce s’interdire de promettre, en faux Casanova, la lune et le soleil pour séduire la Dulcinea avant de faire l’amour avec elle comme un obsédé ? Être libertin sans scrupule ? Ne pas être séducteur en loge mixte ?

Les bonnes mœurs ? Est-ce n’avoir jamais divorcé dans sa folle jeunesse, avoir un casier judiciaire vierge et un esprit torve ? Est-ce n’avoir jamais changé d’avis, de parti politique, d’obédience, de rite, de psychanalyste ou d’humeur ? Ne s’être jamais masturbé en rêvant à la magnifique épouse du voisin ? Demeurer un éternel puceau ou un homosexuel caché ?

Les mauvaises mœurs ? Est-ce avoir félicité diplomatiquement cette Très Chère Huile du Suprême Conseil pour une planche de copié-collé fade que le Collège des Officiers de ma Respectable Loge Mère a qualifié de « magistrale » pour avoir la paix, plus tard, quand sonnera l’heure des grades de « Perfection », Ô Trois fois puissant Maître…

Et Être libre ? Soyons clair : à mes yeux de poète irrespectueux, être « libre », c’est avoir la saine effronterie de saluer chapeau bas la franchise d’un Très Cher Frère du Grand Orient quand on est de la Grande Loge de France. Ou réciproquement. C’est, peut-être aussi, garder un flegme de samouraï et avaler sans un murmure et d’une traite la couleuvre d’un Inspecteur inimaginable vous interrogeant sur votre point de vue quant au mariage pour tous… Il vous avertit, en effet, entre la poire et le fromage, que vous n’aurez jamais un grade ou une qualité de plus si vous n’êtes pas de son avis ? Être libre n’est-ce pas plutôt lui lancer à la figure son assiette de charcuterie avant la fin des agapes ?

Être libre n’est-ce pas aussi ne point être systématiquement servile à une hiérarchie en place surtout si son Suprême Commandeur s’avère totalement « cucul-gnangnan » dans ses jugements de valeur ? Être Libre en définitive, n’est-ce pas toujours privilégier l’ouverture amicale comme ciment d’Union entre les Frères et les Sœurs des quatre horizons de l’Art Royal ? N’est-ce pas a fortiori, au nom de la devise « Liberté-Égalité-Fraternité », garder jusqu’au bout de la tenue des braves, une position nette sur le refus du fascisme, du sectarisme religieux (encore faut-il le définir lucidement !), ou sur l’antisémitisme ?

En dernier recours, « être libre et de bonnes mœurs », ce n’est pas seulement une histoire de mariage libre, laïc ou religieux, pour tous ou non, un serment d’indépendance d’esprit, une tentation de moralisme facile, ou d’éloquence parlementaire en Loge !

Devant le Delta lumineux, il ne s’agit pas de paraître en oubliant d’être, nul Vénérable ne nous demande de compter et d’escompter d’avance le salaire, il s’agit d’aimer et de demeurer rebelle.

Jean-Luc Maxence

lundi 25 mai 2015
  • 12
    helholc 33
    31 mai 2015 à 10:05 / Répondre

    bonjour, en Belgique pour rentrer en maçonnerie il fallait présenter un certificat de bonne mœurs disponible à l’administration communale ; la dénomination de ce certificat à changé d’intitulé et et dorénavant c’est ; un « extrait de casier judiciaire » . De plus dans beaucoup de loge ont dit : probe et libre , ce qui est plus proche de la traduction anglaise et ne disqualifie plus les homos et trans. ce qui est plus en adéquation avec la loi.

  • 10
    houdeng
    27 mai 2015 à 09:56 / Répondre

    « he will never be a stupid Atheist nor an irreligious Libertine » … ce qu’on ne peut pas être, c’est Athée stupide ni libertin irreligieux. On peut manifestement être athée intelligent ou libertin religieux, pourquoi l’auteur aurait-il répété deux fois la même chose ?

  • 9
    carbon14
    26 mai 2015 à 17:50 / Répondre

    Que j’aime ce que dit notre frere JLM.
    Qui contraste tant avec les postures de convenance sur les blogs ou tant sont en mission pour paraître ou dissimuler ou propager la doctrine de leur groupe préféré ou dans des coups à 3 bandes visant à déstabiliser l’un pour s’allier à l’autre en prévision de le trahir au prochain rebond …
    J’exagère ? Vous croyez ? Relisez …
    L’impertinence n’est pas une fin en soi, mais un droit absolu qu’on utilisera le moins possible.
    Il n’y a rien à tirer(maconniquement) à des attitudes d’allégeance, deference, courtisannerie, flatterie.
    Hélas beaucoup confondent une bienveillance naturelle du maçon avec des attitudes convenues pour plaire, s’allier ou par paresse de devoir asseoir son propos.

    Lorsque ceux qui detiennent un pouvoir même minime ou illusoire ne recevront plus de flatteries hypocrites,et bien ils feront plus d’effort pour mériter des compliments sincères.
    Mais quel chemin à faire … mêmme si les postures sur blog ne sont pas representatives (heureusement)

  • 8
    Yasfaloth
    26 mai 2015 à 09:54 / Répondre

    Entre la poire et le fromage, et après un certain nombre de « canons » il s’en dit parfois des belles, mais en général la charcuterie a depuis longtemps quitté la table.
    .
    Tout cela me fait penser à ce frère à qui j’expliquais, justement sur cette affaire, que, selon moi, en tant que FM il était inimaginable d’avoir une position aussi tranchée que celle d’un politique, ou d’un militant. Les assiettes n’ont pas volées (nous avons encore gardé un reste de civilisation dans notre province rieuse), mais quelque temps après j’ai eu la surprise de me voir demander pourquoi je n’étais pas « monté » à la « manif pour tous »…
    .
    L’éternel apprenti est parfois aussi celui qui a du mal à apprendre…

  • 6
    Chicon
    25 mai 2015 à 20:51 / Répondre

    Référez vous aux Constitutions d’Anderson d’origine d’où est extrait  » libre et de bonnes moeurs  » , revenons au XVIII eme siecle pour avoir le sens d’origine de ces mots .  » libre  » c’est a dire non esclave et de  » bonne moeurs  » c’est a dire non libertin, non irreligieux. On est loin de nos speculations contemporaines…..

  • 5
    René Smeets
    25 mai 2015 à 16:35 / Répondre

    Dans les degrés anglais, l’expression est « Free and of Good Report » (libre et de bonne réputation), on ne parle pas de « bonnes moeurs »…

    Paul Lux

  • 4
    SEVIN Pierre
    25 mai 2015 à 12:34 / Répondre

    Homme Libre et de bonnes Mœurs – Homme d’Honneur et de Probité »…

    Que n’ai-je patienté avant de produire en Loge d’Apprenti ma planche sur ce sujet !?!
    J’aurais été certainement plus percutant et peut-être aussi plus distrayant devant nos deux jeunes Apprentis tout fraichement reçus dans la même Tenue ! ! !
    Bah ! je garde en mémoire « électronique » ce document et en ferai profiter d’autres nouveaux Apprentis ( je citerai mes sources, bien entendu !)
    Merci Jean-Luc !

    • 7
      Benjamin OUEDRAOGO
      25 mai 2015 à 21:47 / Répondre

      Bonjour,
      je suis preneur de la planche! a quelle adresse puis-je vous contacter
      cordialement

  • 3
    HORUS
    25 mai 2015 à 11:50 / Répondre

    « Libre et de bonnes mœurs » vient des textes originels qui exigeaient pour devenir membre de la confrérie, d’être libre (ni serf, ni dépendant de quelque manière) et de bonnes humeurs (c. à-d. sain, un solide gaillard, ni bossu, estropié, etc. pour faire face aux duretés du métier.

    Les bonnes humeurs sont devenues bonnes mœurs, à l’instar de nombreuses déformations, qu’il s’agisse des hébraïsmes ou autres anglicismes.

    Pour ce qui est de la liberté, elle implique la responsabilité, vis-à vis de soi-même et des autres et en l’occurrence, savoir dépasser des rancœurs , ou, si l’on veut bien aller sur le registre de l’analyse transactionnelle, échanger sur le mode adulte-adulte et non pas Parent-enfant rebelle.

  • 2
    triangle
    25 mai 2015 à 10:04 / Répondre

    j’ai toujours pensé que cela voulait dire: pouvoir aller chez le notaire afin de signer un acte! rien à voir avec la maçonnerie qui en a fait ce qu’elle a voulu!! !

  • 1
    Luciole
    25 mai 2015 à 01:06 / Répondre

    Ëtre libre n’est ce pas aussi savoir dire à un Souverain Gd Commandeur « Je ne suis pas de votre avis » sans pour autant tomber dans la servilité contraire. Critiquer si besoin mais en interne car qui peut trouver honorable de livrer au profane ce que nous avons promis de garder secret? Pour le discutable plaisir de montrer…..Quoi au juste? notre indépendance d’esprit? avec le courage de l’anonymat? le respect de la parole donnée?

    Souvent,trop souvent le petit mot qui moque,mesquin,rancunier vis à vis d’un GM,d’un Sup Cs,d’une « Très chère Huile »,d’un Inspecteur ou autre à qui on n’a pas le courage de s’adresser directement.
    Mais que je sache personne n’est obligé de subir toutes ces avanies,ni de rester dans d’aussi abominables conditions.
    A mon humble avis celui qui reste « éternel apprenti » n’a que ce qu’il mérite, »éternel compagnon » aurait déjà plus de gueule.

    • 11
      carbon14
      27 mai 2015 à 15:09 / Répondre

      Luciole.
      oui, la critique doit être prioritairement interne lorsqu’il s’agit de sujets internes.
      Mais pour celà il faut qu’il y ait un espace « interne », accessible à tous, sans pression et où des propos dissident pourront être consultés par tous.
      Plutôt que comme certains ici, pleurnicher que des documents internes se trouvent sur des blogs publics, ne devraient-ils pas s’interroger sur ce qui contraint un frère à utiliser ce moyen.
      Refuser de s’interroger et accuser le frere de parjure, traître, etc … est une réponse ! qui finalement justifie tout à fait que les voix dissidentes aient besoin de ce moyen.

      • 13
        Luciole
        31 mai 2015 à 13:46 / Répondre

        A carbon14
        Il y a des blogs réservés aux Francs-maçons de toutes obédiences.Rien n’empêche non plus des Frères de se réunir hors tenues pour discuter de tout sujet qui les intéresse.
        S’interroger ? certainement, mais ne pas étaler dans ce que nous appelons le « monde profane » (qui d’ailleurs ne retient que le négatif) des débats, des insultes (jamais), des rivalités qui n’ont pas à l’être.

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