Quand l’antisémitisme mondain devient le masque de la haine
Un communiqué d’Unité Laïque
Paris, le 12 juin 2026
La Scala :
Quand l’antisémitisme mondain devient le masque de la haine
Unité Laïque exprime sa profonde indignation après les graves incidents survenus le 4 juin 2026 au théâtre La Scala, à Paris, lors d’une représentation scolaire réunissant plusieurs centaines de lycéens, parmi lesquels des élèves juifs.
Ce qui devait être un moment d’éducation artistique et culturelle a été précédé d’une prise de parole politique totalement hors de propos du directeur de l’établissement, visant Donald Trump et Vladimir Poutine avant de l’orienter vers Benyamin Netanyahou, inscrivant ainsi ce moment de fête et de fierté scolaire dans une dénonciation militante d’Israël. Cette confusion sciemment entretenue entre critique de son gouvernement et remise en question de l’existence même de l’état d’Israël s’inscrit dans un moment de bascule qui a débuté le 8 octobre 2023. Dans le contexte français actuel, nul ne peut ignorer que ce type de discours, tenu devant des adolescents, peut immédiatement désigner les élèves juifs présents comme des cibles à la vindicte palestiniste. C’est précisément et inévitablement ce qui s’est produit : cris, slogans, insultes, humiliations, menaces, mise à l’écart d’élèves venus présenter un travail préparé depuis de longs mois. Il y eut même des crachats et ces mots hurlés : « on va vous génocider ».
Le directeur apprenti sorcier a présenté de piètres excuses, tentant par tous les moyens rhétoriques d’atténuer sa responsabilité. Ces excuses ne peuvent suffire si elles n’impliquent pas une véritable reconnaissance de responsabilité. Sa lourde faute morale n’en ressort que plus cruellement.
Unité Laïque refuse les formules qui relativisent les faits. Il ne s’agit pas d’« échanges » entre élèves. Il s’agit d’un climat où des lycéens juifs ont été pris à partie parce que juifs et donc supposés solidaires d’Israël et de son gouvernement. Cette confusion entre Juifs, Israéliens, gouvernement israélien et conflit au Proche-Orient est l’un des mécanismes les plus constants de l’antisémitisme contemporain, comme le pointe l’IHRA dans sa définition adoptée en France par le Parlement.
On ne peut transformer une scène culturelle en tribune géopolitique, flatter les réflexes militants d’une salle et exciter la vindicte de jeunes gens toujours prêts à s’enflammer puis s’étonner que la passion ainsi attisée se retourne contre des adolescents juifs. La liberté d’expression n’est pas le droit d’exposer des mineurs à l’intimidation et à la haine ; elle oblige au contraire les responsables qui prennent la parole en position d’autorité à mesurer les effets de leurs discours. On notera que les autres adultes responsables des groupes d’élèves présents dans la salle sont restés eux-mêmes bien silencieux.
Plus largement, cette affaire révèle aussi une dérive du monde culturel. Dans certains milieux des arts vivants, l’antisionisme est devenu une posture presque mondaine : un signe de distinction, un brevet de courage à peu de frais, un conformisme chic, des scènes parisiennes à la cérémonie des Césars. On se tait volontiers sur les exactions insoutenables de cruauté du 7 octobre 2023, sur l’islamisme, sur l’Iran, sur les Kurdes, les Yézidis, les Ouïghours, les Soudanais, les Yéménites, le Congo ; mais Israël devient l’obsession commode, le théâtre moral où l’on peut paraître vertueux sans prendre beaucoup de risques. Cette indignation sélective fondée sur un biais anti-israélien glisse, presque toujours, vers la mise en accusation collective des Juifs.
Depuis le 7 octobre 2023, chacun sait pourtant que l’antisémitisme a explosé en France et que nombre de Juifs se sentent menacés dans les rues et même dans les écoles, les universités, les lieux culturels. Continuer à parler comme si ce contexte n’existait pas relève au mieux de l’aveuglement, au pire de l’irresponsabilité ou de l’antisémitisme assumé.
Unité Laïque rappelle que la culture n’a pas pour mission d’enrégimenter la jeunesse, encore moins de désigner des boucs émissaires. Elle doit former des esprits libres, capables de nuance, de savoir et de jugement. La défense de la liberté de conscience, de la liberté d’expression et de la République impose de combattre sans faiblesse toutes les formes d’antisémitisme, y compris lorsqu’elles se dissimulent sous les habits flatteurs de l’antisionisme moral, culturel ou militant.
Unité Laïque demande que toute la lumière soit faite sur ces événements, que les élèves concernés soient protégés et entendus et que le ministère de la Culture, qui soutient tant d’institutions culturelles, rappelle clairement que l’éducation artistique ne saurait devenir le prétexte à l’importation de la haine antisémite dans l’espace scolaire.