Militer (vraiment) pour la science !

Publié par Jean Mabuse
Dans Edition

Les Éditions Matériologiques (Publications en sciences, histoire et philosophie des sciences) est une maison d’édition associative qui a vu le jour en 2010 avec à ce jour plus de 100 livres et plus de 600 auteurs publiés.

Forts de liens tissés de longue date avec de nombreux milieux savants (philosophie, sciences de la nature, médecine, sciences humaines et sociales), la maison d’édition se consacre principalement à des ouvrages traitant de sciences et d’épistémologie. Les EM publient des œuvres scientifiques et philosophiques inscrites dans un vaste ensemble de domaines, de l’histoire des sciences et des techniques au savoir le plus contemporain, de l’épistémologie générale à l’analyse de travaux scientifiques de pointe, de la philosophie de la connaissance à l’histoire des pratiques. Sans exclure d’autres sensibilités, les EM privilégient des approches que l’on peut qualifier de naturaliste et de matérialiste – en prenant ces termes dans leurs acceptions contemporaines, par exemple chez Mario Bunge ou chez nombre de philosophes analytiques. Elles revendiquent une filiation avec les Lumières françaises, tant sur le plan des valeurs que des buts et des moyens du savoir. C’est dans le creuset de l’encyclopédisme de Diderot et d’Alembert que leur nom a été forgé « logiques du matérialisme », condensé en « matériologiques » (Une collection d’histoire du matérialisme est d’ailleurs là pour le rappeler).

Ce qui fait dire à Marc Silberstein l’actuel secrétaire de l’association dans un entretien avec le numéro 79 d’ufal INFO que « Penser ce que les matérialistes du XVIIIe siècle pensaient, pouvait leur rendre la vie pénible, voire dangereuse, face aux pouvoirs royaux et ecclésiastiques. De nos jours, il est simple et sans risque, sinon celui de l’anonymat, de penser de la sorte, pourtant combien sont nombreux les nouveaux marquis salonnards télévisuels à tourner le dos à cet incomparable corpus intellectuel et moral… Et si les obscurantistes et les dévots restent une force vive, y compris en France, il existe une autre forme d’irrationalisme à laquelle nous devons faire face. Il y en a de toutes sortes, avec des pensées aux contours souvent flous, plus difficiles à identifier, depuis des propos d’une candeur et d’une sottise sans bornes jusqu’aux imitations exacerbées et trompeuses de la science – comme avec les tenants de l’Intelligent Design, les Bogdanov, Laurent Alexandre, Trinh Xuan Tuan, etc. Les premiers font preuve d’un scepticisme compulsif à l’encontre de la science authentique et de ses valeurs (objectivité, partage des connaissances, vérification et croisement des sources et des moyens de connaître, etc.) et d’une tolérance absolue à l’endroit des charlatans, des prophètes de tous ordres, des marchands de rêves et des vendeurs d’illusions (les seconds font partie de ces derniers). La question du scepticisme est capitale à notre époque. Là où le doute méthodique se révèle salvateur et recteur dans les sciences aussi bien que dans les règles, normes et usages qui concernent nos vies quotidiennes, le soupçon paroxystique et systématique est une plaie qui affecte tous les secteurs de la société. » 

Les livres publiés s’interrogent donc sur la richesse de la science, en associant un intérêt pour ses pratiques et ses théories à une réflexion historique et/ou conceptuelle qui permet d’éviter les discours simplistes, les propos purement idéologiques et les « grands récits » téléologiques.

La ligne éditoriale matérialiste aboutie :
1° au plan métaphysique  à un postulat que le réel n’est constitué que d’objets matériels ou concrets ;
2° au plan épistémologique à l’affirmation de l’inutilité explicative des entités divines (surnaturelles)  ;
3° au plan éthique au refus d’une soumission aux préceptes issus des conceptions théologiques (en vertu du fait qu’on ne peut accepter de se soumettre à une loi dictée par une entité inexistante) ;

Un choix tout à l’inverse de ces lieux d’édition où tout se vaut, où l’air du temps et les modes sont les boussoles erratiques et souvent frauduleuses, voire crapuleuses, des prêts-à-penser qui prospèrent, notamment sur les chaînes d’information en continu mais aussi dans une partie notable de la presse écrite.

L’une des propriétés de la science les plus délicates à formaliser consiste à transmettre et enseigner, cet art du doute méthodique afin de lutter contre l’hyper-scepticisme ambiant (néocréationnisme antidarwinien, climatonégationnisme, vaccinophobie, etc.). Enfin, la science est aussi et ainsi l’antidote au sens commun, une propension perpétuelle à chercher au-delà du connu immédiat, à ne jamais se satisfaire du seul examen de la surface du monde, à faire reculer les limites de l’entendement, se reconnaissant ainsi dans le constat de La Mettrie (L’Homme-machine, 1747) : « Nous sommes de vraies taupes dans le chemin de la Nature; nous n’y faisons guère que le trajet de cet animal ; et c’est notre orgueil qui donne les bornes à ce qui n’en a point» (extrait de l’introduction de Qu’est-ce que la science pour vous ? Tome 1, 2017 EM).

Il est prouvé par les historiens sérieux de la franc-maçonnerie que les premiers franc-maçons écossais et anglais bénéficièrent de la curiosité des certains hermétistes et autres alchimistes, qui s’affranchissant des interdictions  de la religion dominante, se mirent à étudier les arts et les sciences.

Ce processus d’émancipation de la pensée conduisit d’ailleurs certains des premiers franc-maçons (et non des moindre) anglais à créer la Royal Society of London for the Improvement of Natural Knowledge que l’on peut traduire littéralement par « Société royale de Londres pour l’amélioration des connaissances naturelles » dont la devise est « Nullius in verba » (ne croire personne sur parole).

Si globalement la franc-maçonnerie française est restée sur cette orientation, force est de constater, que le retour du symbolisme orchestré de la fin XIX° siècle jusqu’à nos jours sous l’influence des syncrétistes zozoteristes  a eu tendance à écarter les franc-maçons de la science.

Aussi la lecture des publications des Editions Matériologiques aurait un grand intérêt pour la retrouver.

dimanche 10 janvier 2021
  • 2
    Christophe Dioux
    17 janvier 2021 à 11:15 / Répondre

    « La ligne éditoriale matérialiste aboutie :
    1° au plan métaphysique à un postulat que le réel n’est constitué que d’objets matériels ou concrets ; »
    ???
    Une information écrite est portée par un support matériel et concret mais elle n’est pas elle-même matérielle. Du coup, est-elle « concrète » ou est-elle en dehors du « réel »?
    Une onde lumineuse ou gravitationnelle n’est pas composée de matière. Est-elle « concrète » ?
    Et au final que signifie « concret »?
    Vous avez quatre heures! 😄

  • 1
    Annwn
    10 janvier 2021 à 05:53 / Répondre

    Science, Religion et Philosophie sont des mots qui prétendent tous les trois avoir la même signification ; tous trois veulent être l’expression de la vérité.
    Cependant une grande différence existe entre eux.
    La science affirme ; la Religion impose ; la philosophie cherche.
    Or, comme il n’y a qu’une vérité et qu’elle ne peut être que dans la science, qui affirme, pourquoi la chercher dans la philosophie ? Pourquoi les religions de l’antiquité qui imposaient ce que la science affirmait n’ont-elles pas suffi aux hommes ? Pourquoi ont-ils institué cette nouvelle méthode de recherche : la philosophie.
    Il faudrait, pour répondre à cette question, faire toute l’histoire de l’esprit humain, montrer comment l’homme, doué dans son enfance phylogénique d’un esprit droit et d’une raison juste qui lui permettaient de comprendre les lois de la Nature perdit peu à peu ces facultés primitives, comment il cessa, insensiblement, de comprendre le monde qui l’entourait, comment il perdit la science.
    Pendant que cette évolution décroissante de ses facultés s’accomplissait, son esprit inquiet de cette dégénérescence cherchait à retrouver les connaissances primitives de ses aïeux. Cette science perdue existait en germe dans son esprit, c’était un lot de l’héritage ancestral, mais elle y était voilée. Il travailla à lui rendre une forme, un corps, à la formuler. Semblable à celui qui s’éveille après un rêve qui l’a vivement impressionné et qui fait des efforts de mémoire pour en ressaisir le fil qui lui échappe, ainsi, l’homme chercha à retrouver les vérités premières, mais sa raison perdait de jour en jour sa droiture primitive, et, comme c’est en elle, seulement, qu’il cherchait la cause des choses, il s’enfonçait de plus en plus dans les profondeurs d’une obscurité qui devait, pendant tant de siècles, tenir la place de la science.
    La philosophie n’a jamais été que l’expression de cette défaillance de l’esprit de l’homme, elle répond à un besoin qui s’est imposé en l’absence de la science, mais qui disparaît en face de la certitude, en face des faits démontrés.
    La philosophie a une autre faiblesse. C’est d’être exclusivement spéculative. Elle n’aspire à connaitre la vérité que pour le bonheur de la posséder, elle ne la traduit pas, dans le domaine des faits, en lois religieuses ou sociales pour guider l’humanité dans les nations. Or, la mission de la science est, au contraire, de rechercher la vérité pour l’appliquer à la vie matérielle et morale de l’homme, pour en tirer des règles de conduite. Elle est aussi active que la philosophie est passive.
    Parmi les formes principales que l’esprit inquiet des hommes a données à la spéculation philosophique depuis le jour où il a perdu la connaissance positive de la vérité, nous trouvons le rationalisme, le panthéisme, le spiritualisme et le matérialisme.
    Examinons, d’abord, la valeur de la doctrine rationaliste, puisque tous les systèmes philosophiques reposent, directement ou indirectement, sur la raison de l’homme.
    Pour que l’homme puisse prendre sa raison pour guide il faut que la raison de l’homme soit droite.
    Or, il y autant de degrés dans la justesse de raisonnement des hommes qu’il y a d’individus.
    La raison n’est pas une entité, une et absolue, que l’on puisse consulter avec assurance, c’est l’expression d’une somme intellectuelle qui varie suivant l’individu qui parle.
    Et les esprits qui voient faux étant les plus nombreux, le nombre ne fait pas l’autorité. C’est au contraire, dans ce cas, la minorité qui l’emporte, les raisons droites étant plus rares.
    Il ne faut donc pas invoquer comme une preuve de vérité la vulgarisation d’une idée et le nombre d’adepte qui la défendent.
    Quant aux idées justes, comme elles ne sont accessibles qu’à la minorité dont l’esprit est droit, elles ne peuvent être comprises « à priori » que par un petit nombre de personnes.
    Et comme ce qui est vrai peut être démontré par la science, cette démonstration faite, il faut imposer la vérité démontrée à la raison des masses. Sans une autorité scientifique qui impose une croyance, la vérité serait, presque toujours, niée puisqu’elle ne répond pas à l’état d’esprit de la multitude des hommes.
    Mais, supposez qu’il arrive, dans l’avenir, un moment où la science obscurcie, perdue, n’explique plus aux nouvelles générations le comment et le pourquoi des phénomènes, supposez qu’on leur donne à croire des conclusions sans préliminaires, des faits non démontrés, quoique vrais, il se trouvera, certainement, parmi nos descendants, des esprits forts, des « rationalistes », qui diront : Je ne crois pas tout cela, parce que « c’est absurde », je ne veux pas de mystère et je n’admets que ce que ma raison explique.
    Et cet homme semblera avoir raison, et, cependant, celui qui enseignera tous ces faits, démontrés aujourd’hui, n’aura pas tort, puisqu’il propagera la vérité. Et la lutte naîtra entre ces deux hommes remplis de bonne volonté l’un et l’autre.
    Nous nous trompons quand nous disons que le missionnaire de ces vérités n’aura pas tort ; il aura, au contraire, un immense tort, c’est d’avoir perdu « la science », d’être tombé lui-même, dans l’ignorance des choses qu’il enseigne et de ne pouvoir plus les appliquer, d’être obligé de les présenter sous la forme de vérités acquises à une époque reculée, mais devenue « mystères » par l’ignorance des générations dégénérées.
    Il aura le tort de baser son enseignement, non plus sur la science, mais sur la tradition. Ce qui arriverait en pareil cas c’est ce qui arrive aux prêtres actuels de tous les cultes. Ils propagent des vérités fondamentales, devenues des mystères pour eux, des idées qu’ils sont incapables d’expliquer scientifiquement et qu’ils veulent imposer en vertu de leur propre autorité, et le rationalisme des masses ignorantes leur jette à la tête une négation qu’ils ne peuvent plus combattre.
    Donc, la vérité ne peut pas être trouvée par les hommes qui n’ont d’autre guide que leur raison. Elle est le privilège de ceux qui sont en possession de connaissances acquises.
    Et ceux-là ont pour mission l’enseignement. Ce sont des ministres chargés de propager les vérités démontrées en les faisant connaitre à ceux qui ont les moyens intellectuels nécessaires pour les comprendre, en « les imposant » aux autres.
    Car, « la science ne se propose pas, elle s’impose. »
    Vous n’allez pas proposer à un enfant d’examiner si la terre tourne, vous lui enseignerez cette vérité comme un fait acquis, vous lui en imposerez la croyance.
    Proposer l’examen des vérités aux ignorants, c’est livrer la science à ses ennemis, c’est retourner à la barbarie, au chaos intellectuel, c’est perdre tout le bénéfice acquis par les hommes de génie qui nous ont précédé.
    NB : Dans l’Egypte antique on gardait en dépôt les Livres de science et les cachait à tous les yeux avec des précautions infinies.
    La connaissance des lois de la Nature, que les Livres sacrés avaient enseignées, facilitait tous les travaux, qui ne sont en somme que les applications de ces lois à la vie, ou à l’industrie.
    Les lois de la physique (le Kosmos), de la chimie (l’art sacré des Temples), de la physiologie (imposées dans le Connais-toi du Temple de Delphes), étaient la base solide des travaux entrepris.
    On savait tout ce que la science des modernes explique si mal, on connaissait la cause réelle de tous les phénomènes, et l’on est surpris de voir avec quelle précision tout était expliqué.
    En Bretagne, Carnac, la grande « Sœur » de Karnac, était une chaire pour l’enseignement de la science antique.
    Longtemps la science primitive régna sur le monde, elle fut la base des grandes civilisations de l’antiquité. En ce temps-là, on connaissait les lois de l’Univers, l’origine de la vie, les véritables lois de l’Evolution des êtres, la loi morale et tout ce qui fait l’objet des recherches des savants modernes.
    La science des premiers temps n’est pas analytique comme celle des savants modernes, elle est synthétique ; elle établit des lois, donne des idées générales trouvées par l’intuition (qui est la faculté divine) et les formule avec la précision et l’audace de la certitude.
    Le scepticisme est anti scientifique. La science « affirme », puisque la science veut dire « savoir », la science n’est jamais négative. « C’est une plus grande perfection de connaitre que de douter. », disait Descartes.
    Le scepticisme est le refus de croire. On en a fait une école philosophique, et on trouve encore des hommes qui se vantent de leur scepticisme sans se douter de la signification de cette affirmation…

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