Quand Umberto Eco présente « Le Cimetière de Prague »

Publié par Jiri Pragman
Dans Edition

Cette présentation par Umberto Eco a été aimablement traduite de l’italien par Giuseppe Balzano. La version originale italienne de l’ouvrage Il Cimitero di Praga est parue en Italie en octobre 2010; la sortie française chez Grasset est prévue pour le 23 mars 2011. Le Cimetière de Prague peut déjà être commandé en ligne sur Amazon.

Chers libraires, le dix-neuvième siècle regorge d’événements plus ou moins mystérieux: les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux qui incita Hitler à mettre en place l’Holocauste, l’affaire Dreyfus, mais aussi de nombreuses intrigues impliquant les services secrets de plusieurs nations, des loges maçonniques, des conspirations jésuites, ainsi que d’autres épisodes qui, s’ils n’étaient avérés, inspireraient des feuilletons comme ceux d’il y a 150 ans.

Ce roman est un récit à épisodes, dont tous les personnages – protagoniste mis à part – ont réellement existé, jusqu’au grand-père du héros, auteur d’une mystérieuse missive à l’abbé Barruel, lettre qui engendra l’antisémitisme moderne.

Le seul personnage de fiction du roman (mais qui ne nous en rappelle pas moins de nombreuses personnes croisées au hasard de nos rencontres) devient ainsi l’auteur de diverses machinations et complots, tandis qu’en toile de fond d’extraordinaires coups de théâtre se succèdent : les caniveaux se remplissent de cadavres, les bateaux explosent alors qu’un volcan entre en éruption, des abbés sont poignardés, des notables portent des barbes postiches, des satanistes hystériques célèbrent des messes noires, etc.

L’ouvrage est illustré, à l’instar des feuilletons d’autrefois. Ces images sont des documents d’époque, et pourraient ainsi éveiller une certaine nostalgie chez le lecteur désireux de retrouver les livres de sa jeunesse.

Je m’adresse également à deux autres types de lecteurs. D’abord à celui qui n’a aucune idée que ces événements ont réellement eu lieu, qui ne connaît rien à la littérature du dix-neuvième siècle et qui, donc, a pris Dan Brown pour argent comptant et se délectera avec une satisfaction sadique de ce qu’il pensera être une invention perverse, ce qui vaut également pour le personnage principal, que j’ai voulu le plus cynique et le plus exécrable de toute l’histoire de la littérature. Mais je m’adresse aussi à celui qui sait, ou du moins se doute, que je relate des faits avérés et qui, peut-être, se rendra compte que la sueur perle à son front, lancera des regards inquiets par-dessus son épaule, allumera toutes les lumières de son appartement, et devinera qu’il n’est pas à l’abri et que tout cela pourrait arriver aujourd’hui aussi – d’ailleurs, peut-être est-ce le cas en ce moment même. Et il pensera alors, comme je l’espère : « Ils sont parmi nous… »

samedi 29 janvier 2011
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  • 4
    STOLKIN
    27 février 2011 à 10:46 / Répondre

    Magistralement écrit.Faut le faire de traiter un sujet pareil, sans priver le lecteur de garder de temps en temps un sourire. Mais c’est la formule secrète de Umberto Eco , n’est-ce-pas! Et oui , quand à la FM , on y fait connaissance de quelques faces cachées.

  • 3
    mathieu
    30 janvier 2011 à 22:50 / Répondre

    Ah, un livre qui sera une lecture au printemps prochain.

  • 2
    Patmo
    29 janvier 2011 à 12:09 / Répondre

    En attendant le 23 mars, ceux qui savent, ou croient savoir, pourront toujours relire avec profit le « Pendule de Foucault » sans oublier pour autant comme le montra Magritte que … « ceci n’est pas une pipe ! »

  • 1
    Compagnon63
    29 janvier 2011 à 11:51 / Répondre

    Je suis impatient de pouvoir lire ce nouveau roman d’Umberto Eco, qui réussit à être à la fois un écrivain de tout premier plan, un universitaire spécialiste en sémiologie, un auteur d’essais remarquables sur la peinture, et une conscience morale et intellectuelle dans un pays qui vit un contexte politique pour le moins particulier depuis plusieurs années!

    La fin du texte de présentation souligne que Eco met son érudition à la fois au service d’une création littéraire (c’est un grand lecteur d’Alexandre Dumas) et d’une volonté d’alerter ses lecteurs, de provoquer une certaine prise de conscience…

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