Retour sur la querelle des anciens et des modernes.

Publié par Pierre Noël

Une idée reçue.

Il est habituel de lire que les « Antients » l‘ont emporté sur les « Moderns » lors de l’union de 1813 et que la GLUA fut établie uniquement sur les exigences « anciennes ».   Certains parlent même à cette occasion de « capitulation des Modernes ». Les rituels actuels en témoigneraient, comme les Règlements adoptés à cette occasion.

La Grande Loge unie d’Angleterre serait, par la forme et sur le fond, « ancienne », bigote, rétrograde et intolérante, ne conservant de son héritage de 1717-1721 que le souvenir et l’enveloppe. Le souci des fondateurs d’établir une maçonnerie basée sur le progrès des sciences (Newton et la Royal Society), la tolérance religieuse (le premier article d’Anderson), l’ouverture aux Lumières naissantes auraient été balayés, remplacés par le conformisme borné des Antients, leur obscurantisme et leur attachement aux valeurs religieuses traditionnelles. L’image est séduisante mais résiste-elle à l’épreuve des faits ou n’est-elle qu’une image d’Epinal parmi d’autres ?

Ce qui séparait vraiment les Antients et les Moderns est-il ce qu’on croit ?

Les différences entre les deux Grandes Loges sont certes bien réelles mais elles ne tiennent pas à une approche différente des problèmes « existentiels », bigote et soumise aux Eglises/Consistoires d’une part, libérale et imprégnée du newtonisme de l’autre. Ces différences se résument en réalité à peu de choses sur le plan rituel et elles furent surmontées quand il le fallut, au contraire des différences sociales et politiques qui durant pendant près d’un siècle furent l’obstacle infranchissable entre les deux organismes (à Londres en tout cas), d’un côté la grande bourgeoise, la gentry, le Bench, les professionnels (médecins, apothicaires), la société huppée proche du parti whig (les Moderns) ; de l’autre, le petit peuple, les émigrés irlandais, les boutiquiers, les colporteurs, les artisans de Whitechapel et les tisserands de Spitalfield (les Antients). Les membres de la première Grande Loge ne voulaient rien connaître de ces ‘gens de peu’ et les refusaient dans leurs loges (qu’ils aient ou non été dûment reçus dans des loges de la Grande Loge d’Irlande). La réaction était prévisible ! Refusés, méprisés, ignorés, ces exclus firent leurs loges à eux et après quelques hésitations établirent en 1751 une Grande Loge parallèle et concurrente de son aînée. Elle fut fondée par cinq loges dont les membres, tous Irlandais, n’avaient jamais appartenu à une loge de la première Grande Loge. Il n’y eut ni schisme ni scission de celle-ci comme on l’a longtemps cru, mais naissance spontanée et croissance naturelle d’un organisme original, distinct et séparé.

Les circonstances voulurent que cette Grande Loge se choisisse, en 1752, pour Grand Secrétaire un autre Irlandais, Laurence Dermott (1720-1791) qui avait été initié en 1741 dans une loge de son pays d’origine, y avait reçu le grade de Royal Arch en 1746 et avait présidé une loge à Dublin avant d’émigrer en 1748, comme tant d’autres, dans la métropole anglaise pour des raisons économiques. Après avoir fréquenté, dit-il, une loge de la première Grande Loge, il s’affilia à une des loges concurrentes en 1752. Devenu son Grand Secrétaire, il s’avéra le maître d’œuvre génial de la nouvelle obédience. C’est lui qui inventa la fiction que la première Grande Loge avait abandonné les anciens usages de la Société que conservaient la Grande Loge selon les Vieilles Constitutions (la sienne) tandis qu’il affublait l’autre (la première) du sobriquet de moderne. Ce fut un coup de génie ! Snobé par la Grande Loge originelle, il leur rétorqua qu’ils ne comprenaient pas leurs propres principes, qu’ils ignoraient les anciens usages et qu’ils avaient fait d’une société ancestrale une bande de bambocheurs.

Ahiman Rezon.

Dermott ne manquait pas d’instruction, s’étant frotté aux lettres classiques et ayant même une certaine connaissance de l’hébreu. Il écrivit le livre des Constitutions de cette nouvelle Grande Loge, qu’il intitula Ahiman Rezon or a help to a Brother (1756). Cet ouvrage, bien qu’il soit surtout une compilation, voire un plagiat de Edouard Spratt[1] et, au-travers de lui, d’Anderson lui-même, est plein d’humour et écrit avec l’entrain et la fantaisie qui manquaient cruellement au digne pasteur de Swallow Street, presbytérien jusqu’au bout des ongles, donc peu enclin à la joie de vivre. Il ne comporte pas cette histoire de la maçonnerie (« autre nom de la géométrie ») critiquée par beaucoup, mais la relation d’un rêve fabuleux (dont les portiers du Temple et parmi eux un certain Ahiman[2] sont les personnages principaux) que fit l’auteur pendant qu’un chiot déchiquetait allègrement le brouillon d’une histoire que son maître ne parvenait pas à rédiger. Pour le reste, il faisait étalage de son érudition classique et paraphrasait (p 17) les Charges d’Anderson (non sans leur instiller une dévotion caricaturale[3] avant de les reprendre mot à mot dans leur version de 1738, Noachites compris). Il y ajoutait les Règlements de 1720 adaptés à la pratique irlandaise quelques pages plus loin[4].  Il incluait (pp 45-46) deux prières d’ouverture, l’une pour les maçons juifs, l’autre pour les maçons chrétiens, et une troisième « pour la loge de l’Arche Royale de Jérusalem, Ahabath Olam » (éternel amour).

Le succès fut immédiat et Dermott publia une 2° édition en 1764 (il y en aura 8 jusqu’en 1813, dont trois de son vivant). Dans celle-ci, il ajouta une section où les deux organisations rivales sont comparées. Il y laisse libre cours à sa verve, ridiculisant les cérémonies de la première Grande Loge dont les membres ne savaient pas où placer les bouteilles de rhum de la Jamaïque et de la Barbade[5], comparant leurs ‘marches’ (en fait « the Advance to the East by the regular steps » aux différents degrés) au boitillement d’un homme atteint de sciatique, au déséquilibre d’un marin par le roulis de son navire et aux titubations d’un paysan pris de boisson. La 3ème édition de 1774 va plus loin. Dans celle-ci, Dermott, devenu DGM du duc d’Atholl[6] , accuse ses rivaux d’avoir été constitués de façon irrégulière par des hommes (Anderson, Désaguliers) ignorant les traditions du Craft, d’avoir usurpé les armes de la vénérable Compagnie des Maçons, d’avoir corrompu les anciens usages, d’omettre les prières, de négliger l’étude de la géométrie et de n’être qu’une société de bambocheurs (knife and fork Masons) …  Il ne les désigna plus que par l’épithète « Moderne », appellation dénigrante qui devint d’usage courant, tandis qu’il qualifiait d’« Ancienne » la Grande Loge dont il était l’habile Grand Secrétaire (elle s’intitulait d’ailleurs officiellement « Grande Loge d’Angleterre selon les Vieilles Constitutions »). Il alla jusqu’à prétendre qu’aux alentours de 1717, quelques joyeux compagnons, ayant passé le degré de compagnon (Craft) de manière très approximative, décidèrent de se réunir en loge mais, aucun ne connaissant le Masters’s part (le 3° degré), ils l’avaient inventée de toute pièce au départ de quelques vagues réminiscences[7] (p XXIV de l’introduction). Il alla jusqu’à donner le nom de ces plaisantins, Desaguliers, Gofton, King, Calvert et quatre autres. Malheureusement pour le bien fondé de la fable, les personnages cités[8] sont ceux qui assistaient en 1737, à l’initiation, présidée par Désaguliers, du Prince de Galles, Frédérick, dans sa résidence de Kew (près de Richmond, à l’ouest de Londres).

Une riposte sans nuances.

La réponse ne se fit pas attendre. « A Defense of Free-Masonry as practised in the regular lodges under the Constitution of the English Grand Master, a Refutation of Mr. Dermott’s absurd and ridiculous Account of Free-Masonry” fut publiée[9] en 1765, écrite par un auteur anonyme, aussi virulent et excessif que Dermott lui-même. Après avoir annoncé qu’il était Maçon Régulier, membre de la Premier Grand Lodge, il attaquait vertement les partisans de Demott : « Quoiqu’il y ait des personnes de qualité parmi les Antient Masons, la plupart d’entre eux sont une collection d’illettrés et de gens du commun, tels que des  porteurs de chaise, des huissiers, des marchands de volaille et d’autres de la même espèce, généralement originaires d’Irlande qui, ne trouvant de quoi assurer leur subsistance dans leur pays, ont trouvé refuge ici pour y gagner  convenablement leur vie. Ils se retrouvent dans des cabarets douteux. Conscients que la Grande Loge d’Angleterre n’autoriserait pas leurs activités illégitimes et fallacieuses, que le Grand Maître d’Irlande ne leur donnerait aucun appui, ils ont conclu une alliance avec des braves garçons originaires du Yorkshire, venus à Londres pour la même raison qu’eux. Ensembles ils ont fabriqué ce qu’ils disent être la Maçonnerie Ancienne, également dite Maçonnerie de York[10], et sous le prétexte fallacieux d’être « les plus anciens » ont attiré à eux quelques personnes pourtant estimables et de bonne volonté. Grâce à cet appui et par leur insistance, ils ont obtenu d’un pair[11] du royaume qu’il condescende à ce qu’ils usent de son nom et le disent leur Grand Maître, quoiqu’il n’assiste que rarement, pour ainsi dire jamais, à aucune de leurs assemblées, comme je l’ai déjà fait remarquer. »

La diatribe est féroce, méprisante et typique d’un certain esprit de classe, encore perceptible dans la société anglaise d’aujourd’hui. L’auteur anonyme[12] poursuit d’ailleurs dans le même registre : « Les droits d’initiation sont, en général, de dix schillings et je peux affirmer, parole de maçon (laquelle est sacrée), que j’ai connu des Maîtres de Loge qui acceptaient des reconnaissances de dettes pour la moitié de cette somme de candidats d’une extrême pauvreté, ce qui n’empêche Mr Dermott d’affirmer que leur droit d’entrée n’est jamais inférieur à deux guinées[13]. Il n’est pas inhabituel que beaucoup d’entre eux viennent en loge sans un farthing en poche et empruntent quelques six-pennies[14] à trois ou quatre membres… Il n’est pas rare qu’un membre désargenté fasse le signe de détresse au premier frère qu’il rencontre dans la rue, lequel se doit de lui apporter secours ».

La débâcle (temporaire) de la première Grande Loge.

La première Grande Loge traversait depuis le début des années 1740 des années maigres (« the lean years »). Après son succès fulgurant initial, les difficultés s’étaient accumulées : l’opposition de « vieux » maçons attaché aux pratiques du passé et opposés aux innovations de la Grande Loge (l’introduction du 3ème degré, l’autoritarisme de la Grande Loge, la création des « Grand Stewards » aux privilèges exorbitants, les exigences financières), l’incompétence des Grands Secrétaires, le désintérêt des Grands Maîtres[15]. Pire, la Maçonnerie, devenue objet de dérision, était passée de mode. Nombre de loges disparurent du tableau et le poète Horace Walpole, franc-maçon lui-même, put écrire en 1743 : « la réputation de la franc-maçonnerie est aujourd’hui si faible en Angleterre que seule une persécution pourrait lui redonner une certaine vogue ». Peut-être est-ce l’apparition d’une rivale qui lui redonna vie ? En tout cas, les deux Grandes Loges crûrent et fructifièrent dans les décennies suivantes jusqu’à leur union en 1813. Elles suivirent l’expansion de l’empire britannique, notamment en Amérique du Nord où la même dichotomie se retrouva : aux Modernes, les classes possédantes, bourgeoises et administratives des villes côtières[16] ; aux Antients, les pionniers et les colonisateurs des terres nouvelles. Très normalement, ces derniers, plus nombreux, devaient l’emporter lorsque les Etats-Unis devinrent indépendants.

Les différences rituelles des deux obédiences rivales.

La (première) Grande Loge d’Angleterre, celle de 1717, et la Grande Loge d’Irlande, active depuis 1725, ne différaient à l’origine en rien et plusieurs furent Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande après l’avoir été de la Grande Loge d’Angleterre (Lord Coleraine et Lord Kingston).  W.J. Chetwode Crawley, Irlandais de naissance et chercheur éminent, l’a écrit il y a plus d’un siècle : les deux maçonneries d’Angleterre et d’Irlande étaient identiques car l’une venait de l’autre et était sa réplique[17].

La Grande Loge d’Angleterre, par la suite, entérina un certain nombre de modifications dont certaines étaient naturelles (l’adoption du 3ème degré, l’augmentation du nombre de Grands Officiers, la définition de leurs tâches, l’instauration d’une caisse de charité en 1725), tandis que d‘autres ne l’étaient pas, notamment les mesures prises en 1730 à la suite de divulgations, dont celle de Prichard, pour empêcher que des intrus (« cowans » en termes maçonniques) puissent s’introduire dans les loges grâce aux connaissances acquises à leur lecture et profiter ainsi de la caisse de charité. A tout cela s’ajouta un détachement relatif des traditions religieuses qui n’intéressaient guère la plupart des maçons de l’époque, appartenant à la bourgeoisie éclairée et à l’aristocratie whig. Les allusions bibliques ou religieuses ne disparurent pas mais un fléchissement de leur empreinte se fit manifeste. La dévotion était rare dans l’Angleterre Augustéenne et les prières devinrent de pure convention dans les rituels maçonniques qui les conservaient[18]. L’inclination à la religion naturelle et l’indifférence pour les religions révélées, allant du déisme théorique à l’athéisme pratique, se généralisèrent, ce qui n’empêcha pas que la légende du 3ème grade soit aussi ouverture à une forme de mysticisme que ne pouvaient comprendre ou accepter les églises organisées (elle fut oubliée par la suite).

Rien de tout cela ne se produisit en Irlande (pas plus qu’en Ecosse d’ailleurs ou dans les provinces anglaises éloignées de la capitale). Lorsque les maçons irlandais (les immigrés rejetés par la Grande Loge d’Angleterre) furent confrontés à ce nouvel état de chose, ils le refusèrent, par dépit certes mais aussi avec quelques raisons. La maçonnerie que pratiquait la première Grande Loge n’était pas (plus) celle qu’ils avaient connue dans leur île natale. Plutôt catholiques de tradition et de conviction[19], ils durent être particulièrement heurtés par l’indifférence religieuse de leurs homonymes anglais. Dermott se fit l’interprète inspiré et convaincu de cette déception qui se mua en hostilité. La plupart de ces reproches étaient infondés car beaucoup des innovations « modernes » furent adoptées telles quelles par les « Antients ». L’édification d’une Grande Loge d’abord, l’élaboration du troisième degré ensuite en sont de beaux exemples.

On connaît les rituels des deux obédiences par les divulgations d’époque dont tous les auteurs (même les Anglais) ont fini par reconnaître que certaines donnent une description assez exacte de ce qu’il se passait dans les loges du temps. Le rituel des Moderns fut exposé dans Masonry dissected (1730), Jachin and Boaz (1762) et Shiboleth (1765). Celui des Antients le fut dans Three distinct Knocks de 1760. Les deux furent exposés dans Hiram, or the Master Key (1764) et Mahhabone or, the Grand Lodge Door open’d (1766). L’impression que donne une première lecture est que tout cela est étonnement semblable et il faut un examen attentif pour épingler quelques variations. La loge est dans tous les cas un carré long orienté d’est (l’orient) en ouest (l’occident), que cela soit ou non la réalité géographique du local. Les surveillants ne sont pas à la même place, soit tous deux à l’occident, soit l’un au midi et l’autre à l’occident (correspondant aux portes du temple mythique). Dans un cas, il y a un tableau de loge (initialement dessiné à la craie et au charbon de bois) ; dans l’autre, trois « marches » dessinées sur le sol.  Les principaux officiers de la loge sont les mêmes, sinon que deux officiers subalternes, les diacres d’origine irlandaise, sont ajoutés dans les loges des Antients. Le candidat, préparé de façon un peu particulière et dépourvu de toute espèce de « métal », est introduit les yeux bandés et après quelques déambulations prête son obligation, le genou (droit ou gauche) dans l’équerre, la pointe d’un compas tenue de la main gauche sur la poitrine nue, la main droite posée sur la bible. L’obligation, très semblable dans les deux systèmes, prévoit les mêmes peines en cas d’infraction, toutes aussi sanguinaires que possibles mais conformes à la loi commune (Common Law) anglaise en cas de crime de haute-trahison. La Bible, l’équerre et le compas sont nommés Meubles de la Loge, Bijoux mobiles ou Grandes Lumières[20] de la Franc-Maçonnerie selon les sources. Dans les deux cas, l’essentiel des travaux se passe autour d’une table garnie de punch et de tabac où les questions du catéchisme sont posées par le Maître aux assistants qui répondent à tour de rôle, ce qu’on appelait le Working. Ce catéchisme (ou instruction) est sensiblement plus court chez les Moderns. Il comporte toujours trois parties : le tuilage décrivant les moyens de reconnaissance des Maçons, les circonstances de la réception et la description de la loge, image symbolique de l’univers sensible. Ces divulgations se présentent soit sous forme de questions et réponses, soit sur un mode narratif inauguré par les divulgations françaises des années 1740-1755, ce qui ajoute à la difficulté de distinguer ce qui est d’origine anglaise ou d’importation française. Les prières ne sont en usage que chez les Antients. Les différences ne sont guère plus importantes que celles que peut constater et apprécier un Maçon contemporain lors de visites à des loges différentes de la sienne.

Où sont alors les différences essentielles dans les rituels qui pourraient justifier un antagonisme manifeste ? On évoque souvent la disposition des mots de chaque degré et l’installation du Maître de la loge.

En 1730, des mesures furent prises en Grande Loge (la première) pour éviter les indiscrétions possibles, mais ces mesures ne furent pas transcrites dans les minutes de l’assemblée. Dans les années suivantes, la distribution des « mots » des deux premiers degrés fut différente dans les loges « anciennes » et dans celles de tradition « moderne », en Angleterre, en France ou en Allemagne qui établirent leurs loges après cette date. Mahhabone relate que «J… is the Entered Apprentice Word, but formerly it was the Fellow Craft’s, till a pretended discovery of Free-Masonry came out (called Masonry Dissected) wrote (sic) by Samuel Pritchard. In order to prevent being imposed upon by Cowans or Impostors, who might gain admission from his Performance, the Fraternity held a general Council and the Entered Apprentice’s and Fellow Craft’s words were reversed”. C’est donc d’une inversion qu’il s’agit, qui resta en usage dans les loges Moderns jusqu’aux discussions préparatoires à l‘Union de 1813.  Vrai ? Faux ? Je ne sais pas. La disposition d’avant 1730 n’est pas établie formellement. Il est plus probable que les deux mots étaient autrefois communiqués le même jour, soit qu’ils soient conférés en un grade unique, soit que les deux grades d’EA et de FC le soient le même jour.

Quant à l’installation, le reproche est sans doute exact. D’après Anderson (1738), les premiers Grands Maîtres, depuis Anthony Sayer en 1717 jusqu’au vicomte Montague en 1732 furent « élus, installés et proclamés » en Assemblée de Grande Loge. Il décrit en détail « La manière de constituer un nouvelle Loge » (1723, p. 72). Le Grand Maître installe[21] le Maître élu « avec quelques expressions usuelles à cette occasion mais impropres à être écrites » et lui présente les Constitutions, le registre de la loge, les instruments de sa fonction et lui enseigne succinctement les devoirs d’un Maître. La structure de la cérémonie est celle pratiquée de nos jours. Elle ne fut jamais abandonnée par les Antients (Three Distinct Knocks et Mahabone révèlent un Mot communiqué secrètement au nouveau Maître et un agrippement particulier, ébauche de la cérémonie secrète ultérieure). L’Installation fut pratiquée par quelques loges Modernes (les « Traditioners »[22]), avant d’être remise en vigueur par la GLUA après l’Union.

Le véritable problème est celui du Royal Arch sur lequel les deux Grandes Loges avaient une attitude très différente.

Les Antients considéraient ce grade comme un quatrième degré que Dermott, exalté en Irlande, appelait « la racine, le cœur et la moelle de la franc-maçonnerie » dès 1756. Il pouvait être conféré par toute loge bleue en vertu de sa patente, mais seul un Maître-Maçon ayant « passé la chaire » (ayant été installé comme Maître de Loge) pouvait être exalté à ce Suprême degré. Conséquence logique, les problèmes relatifs à ce degré étaient discutés en Grande Loge et il n’y avait aucune raison de constituer un Grand Chapitre séparé. Un tel organisme fut néanmoins constitué en 1771, en réponse à l’attitude de la Grande Loge rivale, mais il n’eut jamais qu’un pouvoir de façade, le pouvoir effectif étant exercé par la Grande Loge[23].  En 1794, ce Grand Chapitre général, répéta que « l’ancienne Maçonnerie consiste en quatre degrés « dont le dernier est celui de la Sainte Arche Royale ».

L’attitude des Moderns fut toute différente. Ils refusèrent toujours de considérer le Royal Arch comme un degré maçonnique dépendant de leur juridiction. Les exemples sont nombreux de refus par leurs autorités de prendre en considération ce grade ou d’accorder à ses détenteurs de profiter de leur Caisse de Charité. Mais cette attitude officielle n’empêchait pas que les Maçons Moderns y adhèrent en grand nombre jusqu’aux niveaux les plus élevés de leur hiérarchie, preuve de leur intérêt et de leur attachement à cette forme de maçonnerie déjà « beyond the Craft ».  Un « Excellent Grand and Royal Arch Chapter » fut constitué en 1765 par des membres de la première Grande Loge et, l’année suivante (1766), Lord Blainey[24] qui fut son Grand Maître de 1764 à 1766, le parraina par une « Charter of Compact » (Traité d’Union) et en devint Grand Principal pendant quatre ans. Le succès de ce Grand Chapitre fut considérable. Il attira de nombreux Maçons Moderns dont quasiment tous les Grands Officiers. Mais ce Grand Chapitre, actif et prospère, ne fut jamais officiellement reconnu par la Grande Loge d’Angleterre comme un degré dépendant d’elle, malgré les liens effectifs qui les unissaient.  Il était en fait dans la même situation que tous les Grands Chapitres actuels de cet Ordre, que ce soit en Ecosse, en Irlande, aux USA ou ailleurs (en Belgique par exemple), celle d’un Ordre souverain, séparé et distinct de la Grande Loge bleue (l’Angleterre est la seule exception, avec la France). Ceux qui s’en vont répétant que les Moderns ne voulaient pas de l’Arche Royale et qu’ils y étaient fondamentalement opposés ne savent pas de quoi ils parlent.

Les années précédant l’Union.

Les années qui vont de 1780 à 1800 virent une tout autre évolution. Les Antients si présents dans les années qui suivirent leur apparition se firent peu entendre. En revanche, des auteurs apparurent qui donnèrent à la franc-maçonnerie un autre visage, moins polémique, plus ouvert à une spiritualité libérée de toute emprise cléricale, sensible aux problèmes moraux et aux allégories que recouvraient les rituels maçonniques. Ce fut le cas de William Hutchison (The Spirit of Masonry, 1775) et de William Preston (Syllabus des trois degrés, 1772-1774[25]) tous deux maçons Moderns.

C’est de cette époque que beaucoup datent la naissance d’une maçonnerie vraiment spéculative, préoccupée de donner à son langage hérité des bâtisseurs une dimension symbolique et morale.  Les Antients ne se firent guère entendre dans cette évolution. C’est aussi l’époque qui vit la publication de « lectures », instructions par questions/réponses, beaucoup plus longues et détaillées que ne l’étaient Masonry Dissected (moderne) ou Three Distinct Knocks (ancienne). Le « Master-Key through all the degrees of Freemasonry » de John Browne (1798 et 1802) et le « Masonic Treatise with an ELUCIDATION on the RELIGIOUS AND MORAL BEAUTIES of FREEMASONRY » de William Finch (1802) comprenaient plus d’une centaine de questions/réponses toutes écrites en chiffre[26], ce qui exclut qu’il s’agisse de divulgations à but pécunier. Tous les deux étaient des maçons Moderns.

Les rapports entre les deux Grandes Loges devinrent, sinon cordiaux, du moins apaisés. En province, il n’était pas rare que les uns ou les autres se côtoient, au prix d’une régularisation ou « réfection » symbolique. Certaines loges reçurent deux patentes, une de chaque Grande Loge. La menace d’un ennemi autrement dangereux (la France révolutionnaire puis impériale), l’Unlawful  Societies Act de 1799, l’inanité des querelles intestines, la désignation à la tête des deux Grandes loges de deux fils du roi Georges III, le duc de Kent pour les Moderns, le duc de Sussex pour les Antients, étaient signe d’apaisement. Des problèmes personnels et des mouvements d’humeur retardèrent les choses, comme toujours dans ces disputes entre hommes.

Le point clé marquant le début du mouvement vers la réunification fut la déclaration de la première Grande Loge, en 1809, « qu’il n’était plus nécessaire de maintenir les mesures adoptées aux alentours des années 1739[27] concernant les Maçons irréguliers et qu’il convenait d’en revenir aux anciens Landmarks ». Les Moderns montraient ainsi leur bonne volonté et leur souhait d’apaisement. Six mois plus tard, elle créait la Loge de Promulgation qui avait pour but de définir un rituel acceptable par les deux parties et d’uniformiser les pratiques existantes.

III. There shall be the most perfect unity of obligation, of discipline, of working the lodges, of making, passing and raising, instructing and clothing Brothers; so that but one pure unsullied system, according to the genuine landmarks, laws, and traditions of the Craft, shall be maintained, upheld and practised, throughout the Masonic World[28]

Elle se réunit pendant deux ans. Les discussions ne furent pas aisées entre les représentants des deux protagonistes et il fallut l’intervention personnelle des deux ducs pour que les parties en présence s’accordent enfin. En 1813, les deux Grandes Loges s’unirent pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA). Les rituels furent démontrés par une loge créée pour l’occasion, nommée Loge de Réconciliation. Les démonstrations des trois degrés étaient ouvertes aux membres de la nouvelle obédience, mais ils ne pouvaient pas en prendre de notes ni en recevoir de copie. L’exigence était absolue, mais le pragmatisme l’emporta et la bibliothèque de la GLUA conserve des notes, souvent manuscrites et parfois chiffrées des rituels démontrés. Il semble que, contrairement à l’idée reçue évoquée plus haut, ces rituels aient été ceux utilisés dans la Grand Stewards’ Lodge (une loge modern), inspirés très largement des rituels et lectures de Browne et de Finch. L’influence moderne sur les rituels définitifs fut prépondérante, confortant l’opinion de Colin Dyer qui ne croit pas que les Antients furent d’un poids important dans la Loge de Réconciliation. De fait, plusieurs loges Anciennes rejetèrent les rituels de la Loge de Réconciliation parce qu’elle avait altéré toutes les cérémonies et le langage de la Maçonnerie, sans épargner une seule phrase. Certaines de la région de Liverpool firent sécession (ce fut la « révolte de Wigan »).

Quelques mots de conclusion.

Le développement d’une Grande Loge « selon les vieilles institutions » fut bien plus un phénomène social et une manifestation de classe qu’un conflit de rituels. Il n’est pas étonnant que la première Grande Loge d’Angleterre se soit trouvée isolée devant des Grandes Loges composée en majorité par des Maçons moins favorisés, en Irlande, en Ecosse, en Angleterre même (les Antients) et en Amérique du Nord.  Leur Union en Angleterre (et la reconnaissance du fait en Ecosse et en Irlande) doit beaucoup à la lassitude des protagonistes (confrontés à une guerre étrangère interminable de surcroît), à la lassitude des uns, à l’opiniâtreté d’autres. Elle fut la conséquence de concessions de part et d’autre, concessions qu’on a tendance à oublier.

Les Modernes abandonnèrent des réformes qu’ils avaient intentées pour éviter les indiscrétions et s’alignèrent de fait sur les usages des Anciens sur certains points (la disposition de la loge, la position des officiers, la distribution des mots des grades, la problématique des mots de passe, la réintroduction de prières).

Les Anciens durent accepter que le Royal Arch ne soit pas un degré à part entière, le quatrième de la franc-maçonnerie, mais un complément du troisième degré. Ils acceptèrent la rédaction des rituels, influencée par les derniers développements Modern. Ils durent aussi accepter leur déchristianisation quasi-totale voulue par leur Grand Maître, le duc de Sussex, qui désirait une maçonnerie ouverte à toutes les religions, dénominations ou persuasions[29], dépourvue de toute expression blasphématoire à l’égard de l’une d’entre elles (il rejoignait sur ce point le prince Frédéric d’Orange, Grand Maître du Grand Orient des Pays-Bas à la même époque).

Enfin, les deux parties se mirent d’accord sur l’article premier de leurs Devoirs qui était un compromis subtil entre celui d’Anderson et celui de Dermott, mettant en avant la tolérance religieuse (Let a man’s religion or mode of worship be what it may) mais exigeant l’obéissance du Maçon à sa conscience (A Mason is, therefore, particularly bound never to act against the dictate of his conscience).

Pierre Noël

[1] Auteur du Livre des Constitutions de la Grande Loge d’Irlande (1756), copié de celui d’Anderson mais avec quelques aménagements (l’introduction des diacres par exemple).
[2] 1 Chronicles 9 :17
[3] A Mason is obliged by his Tenure to believe firmly in the true Worship of the eternal God, as well as in all those sacred Records which the Dignitaries and Fathers of the Church have compiled and published for the Use of all good Men (p 17)
[4] La moitié de l’ouvrage est consacrée à des chansons, soit copiées d’Anderson, soit originales mais souvent purement bachiques.
[5] Allusion à la disposition des mots des grades.
[6] GM de 1771 à 1774, GM de la GL d’Ecosse en 1773
[7] La fable fut reprise et développée par Clement Stretton au début du XX° siècle.
[8] WJ Hughan, Origin of the English Rite of Freemasonry, 1909, p. 41. William Gofton et Erasmus King étaient alors Grands Surveillants de la Première Grande Loge (Anderson, 1738, p. 137).
[9] Dans Henry Sadler, Masonic Reprints and Revelations, 1898,
[10] Copiant Anderson, Dermott écrit que « les Antients s’appellent York Masons parce que la première Grande Loge en Angleterre fut réunie à York en 926 par le Prince Edwin, fils du Roi Athelstan » (voir Alex Horne, the York Legend in the Old Charges, 1978).
[11] William, comte de Blesington, Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande de 1738 à 1740, était membre d’une loge « modern » à Londres. Ahiman Rezon lui est dédicacé. Il fut GM des Antients de 1756 à 1759. Sans jamais assister à leurs assemblées, il signa plusieurs de leurs documents officiels.
12] Il pourrait s’agir du Grand Secrétaire de la première Grande Loge !
[13] Une guinée valait 21 schillings (1 £ +1 schilling).
[14] Le farthing valait ¼ de penny, les pièces de 6 pennies (pence) valaient ½ schilling. Il y avait 12 pennies (pence) dans un schilling.
[15] Lord Byron, GM de 1747 à 1751, n’assista qu’à deux tenues de GL, lors de son installation et lors de sa descente de charge.
[16] Boston, Philadelphie, Baltimore, Charleston entre autres.
[17] Chetwode Crawley W.J. Early Irish Freemasonry. 1898.
[18] N’est-ce pas toujours le cas aujourd’hui ?
[19] Ce ne semble pas avoir été le cas de Dermott.
[20] Ce dernier usage prévaudra dans les loges Antients.
[21] « In-staller », c’est l’action physique d’assoir le nouveau maître dans la chaise (la « stalle ») d’Orient
[22] Heron Lepper j, AQC 56 (1943)
[23] Beresiner Yacha: Royal Arch. The Fourth Degree of the Grand Lodge of the Antients. Londres, 2000.
[24] Un Irlandais, comme son nom l’indique !
[25] Réédités in Dyer Colin, William Preston and his work, 1987.
[26] Tous deux déchiffrés au XX° siècle.
[27] Il s’agissait sans doute de la distribution des Mots des deux premiers grades.
[28] Article III du Traité d’Union entre les Grandes Loges.
[29] Cela peut aller très loin !

mercredi 22 avril 2020
  • 36
    pierre noel
    19 mai 2020 à 17:09 / Répondre

    Une opinion de Ric Berman (que je traduis par respect pour les lecteurs du blog)
    Les migrants irlandais ont formé ou rejoint la Grande Loge dit des « Antients » parce qu’ils étaient, en grande majorité, socialement exclus de la franc-maçonnerie anglaise ! Le schisme entre la franc-maçonnerie irlandaise et anglaise était réel, non inventé, résultat direct de l’antipathie sociale entre les deux peuples. Certes, des différences de rituel et d’approche ont été avancées comme raisons ostensibles de la scission entre les deux. En 1758, la Grande Loge d’Irlande cessa ses relations fraternelles avec la Grande Loge d’Angleterre, étiquetée péjorativement de «  Moderne  », et reconnut la Grande Loge des Antients comme la seule légitime Autorité en Angleterre. L’Écosse lui emboîta le pas en 1773, les trois grandes loges, « Antients », Irlande et Écosse, établissant un pacte de reconnaissance mutuelle exclusif.
    Malgré la rhétorique, la scission entre anglais et irlandais en franc-maçonnerie ne concernait que très partiellement le rituel. Les différences, évidentes (notamment leur attitude vis-à-vis de l’Arche Royale) furent très exagérées par les deux parties (le rôle des diacres et la transposition des mots des différents degrés par exemple). Les rituels des Modernes et des Anciens avaient bien plus de point en commun qu’on ne l’admet et cela était déjà attesté dès cette époque. Les conflits vraiment importants entre les modernes et les anciens étaient bien plus d’ordre religieux et social
    – Religieux, car la Grande Loge d’Angleterre (les Modernes) était considérée comme ayant sécularisé la franc-maçonnerie et s’étant éloignée de la spiritualité traditionnelle.
    – Social, car de nombreux francs-maçons anglais considéraient la franc-maçonnerie comme une activité relativement élitiste et souhaitaient qu’elle le reste.
    Il y avait aussi la question clé du racisme. Presque sans exception, les élites anglaises du XVIIIe siècle dédaignaient l’Irlande et les Irlandais. Et la franc-maçonnerie « moderne » a emboîté le pas, en particulier à Londres. Les francs-maçons irlandais expatriés ont été dénigrés et beaucoup de ceux qui ont demandé à rejoindre une loge anglaise ont été refusés. Il y avait à cela plusieurs raisons, surtout dont la première était le préjugé infondé de la nature irréfléchie des Irlandais et un mépris général pour l’Irlande. Le problème était autant politique qu’économique.
    Le problème fut transposé en Amérique. Les 300.000 irlandais qui émigrèrent au XVIII° siècle dans les colonies (du Delaware à la Caroline du Nord) y implantèrent une maçonnerie de type « antient » qui devint majoritaire aux Etats-Unis.( Over the Hills and Far Away -Irish and Antients Freemasonry in Eighteenth-Century Middle America (Ric Berman, 2020)

  • 31
    David Taillades
    29 avril 2020 à 13:45 / Répondre

    @26: C\’est donc tellement faux ce qu\’écrit Prichard, que des mesures de contrôle sont prises afin de ne pas laisser entrer n\’importe qui dans les loges des Moderns… drôle non ? Dermott et les Antients ne prennent aucune mesure quand le TDK est publié… on ne voit rien de tel dans les registres, non ?

    Je veux bien qu\’on puisse interpréter les faits comme on l\’entend, mais là, je ne vois pas comment expliquer qu\’on puisse dire que ce qu\’écrit Prichard est faux alors que cela impose aux Moderns de prendre des mesures…

    • 32
      pierre noel
      29 avril 2020 à 14:54 / Répondre

      J’ai écrit en # 26 : « La GL désapprouve sévèrement cette initiative (la publication de Prichard). Le 15 décembre 1730, Prichard est traité de faux frère et d’imposteur. »
      Je n’ai rien écrit d’autre (et ça n’a rien de drôle !)

  • 29
    Alain Bernheim
    28 avril 2020 à 17:21 / Répondre

    Pierre Noël écrit : « Il est habituel de lire que les « Antients » l‘ont emporté sur les « Moderns » lors de l’union de 1813 et que la GLUA fut établie uniquement sur les exigences « anciennes ».
    Certains parlent même à cette occasion de « capitulation des Modernes ». Les rituels actuels en témoigneraient, comme les Règlements adoptés à cette occasion. La Grande Loge unie d’Angleterre serait, par la forme et sur le fond, « ancienne », bigote, rétrograde et intolérante, ne conservant de son héritage de 1717-1721 que le souvenir et l’enveloppe. Le souci des fondateurs d’établir une maçonnerie basée sur le progrès des sciences (Newton et la Royal Society), la tolérance religieuse (le premier article d’Anderson), l’ouverture aux Lumières naissantes auraient été balayés, remplacés par le conformisme borné des Antients, leur obscurantisme et leur attachement aux valeurs religieuses traditionnelles. L’image est séduisante mais résiste-elle à l’épreuve des faits ou n’est-elle qu’une image d’Epinal parmi d’autres ?»

    Je me permets (tardivement) d’apporter une petite pierre à cette discussion courtoise en m’excusant de la fournir en anglais (langue que chacun maitrise…). C’est un extrait d’une conférence que j’ai donnée à Manchester il y a une dizaine d’années.
    ___

    The definition of ‘the’ First Landmark as the ‘belief in the G.A.O.T.U.’ seems to have appeared first in 1878 within the United Grand Lodge of England’s resolution about France. I believed it was true until I read, first in Gould and then in many other books or papers , the portrait of Martin Folkes who was appointed Deputy Grand Master on 24 June 1724 by Charles Lennox, 2nd Duke of Richmond . This is how the Rev. William Stukeley , Folkes’s contemporary, depicted him:

    «In matters of religion an errant infidel & loud scoffer. Professes himself a godfa[the]r to all monkeys, beleives [sic] nothing of a future state, of the Scriptures, of revelation. He perverted Duke of Montagu, Richmond, Ld Pembroke, & very many more of the nobility, who had an opinion of his understanding; & this has done an infinite prejudice to Religion in general, made the nobility throw off the mask, & openly deride & discountenance even the appearance of religion, w[hic]h has brought us into that deplorable situation we are now in, with thieves, & murderers, perjury, forgery, &c. He thinks there is no difference between us & animals ; but what is owing to the different structure of our brain, as between man & man. When I lived in Ormond Street in 1720, he set up an infidel Club at his house on Sunday evenings, where Will Jones, the mathematician, & others of the heathen stamp, assembled. He invited me to come thither but I always refused. From that time he has been propagating the infidel System with great assiduity, & made it even fashionable in the Royal Society, so that when any mention is made of Moses, of the deluge, of religion, Scriptures, &c., it generally is received with a loud laugh .»

    Recently, Folkes’s characters were praised in the Online Newsletter of the Society of Antiquaries of London:

    « In many ways, Folkes was a modern man before his time. David Boyd Haycock’s Dictionary of National Biography entry notes that he detested all forms of racial prejudice (‘In 1747 he explained to his friend da Costa, who was Jewish, that “we are all citizens of the world, and see different customs and tastes without dislike or prejudice, as we do different names and colours”’). It was Folkes’s active atheism that led Stukeley to describe him as ‘in matters of religion an errant infidel & loud scoffer’, but Stukeley goes on to say something else that suggests an acute mind at work: ‘he confesses himself a godf[athe]r to all monkeys … He thinks there is no difference between us & animals; but what is owing to the different structure of our brain, as between man & man’. Stukeley intends to scoff, but the comment raises Folkes to the stature of a Darwinian more than a century before Darwin » .

    • 30
      NEGRIER
      28 avril 2020 à 19:01 / Répondre

      Merci cher A.B.

  • 28
    pierre noel
    26 avril 2020 à 18:22 / Répondre

    #27 Inutile de crier !
    Il suffit de lire à quelques lignes d’intervalle « si le maçon comprend bien l’art, il ne sera jamais athée » et « il ne sera pas exclu de l’ordre pourvu qu’il croie en dieu de la manière qu’il veut » (je paraphrase) pour reconnaître le compromis, difficilement compréhensible pour un esprit cartésien (je l’admets) mais pas pour un insulaire moyen.
    (Let a man’s religion or mode of worship be what it may, he is not excluded from the order, provided he believe in the glorious architect of heaven and earth)

  • 27
    NEGRIER
    26 avril 2020 à 16:58 / Répondre

    « Les deux parties se mirent d’accord sur l’article premier de leurs Devoirs qui était un compromis subtil entre celui d’Anderson et celui de Dermott, mettant en avant la tolérance religieuse (Let a man’s religion or mode of worship be what it may) mais exigeant l’obéissance du Maçon à sa conscience (A Mason is, therefore, particularly bound never to act against the dictate of his conscience) » (« Devoirs d’un franc-maçon » de 1815).
    FAUX par partialité : le texte de 1815 ajoute en précisant : « he is not excluded from the order, provided he believe in the glorious architect of heaven and earth ». Autrement dit un maçon qui ne croit pas au GADLU est et sera « exclu de l’Ordre » maçonnique. Thèse impossible à concilier avec les Devoirs de 1723 qui n’imposaient à chaque maçon que l’orthopraxis morale (« to be good men and true or men of honour and honesty ») et le laissaient par conséquent libre de ne pas comprendre correctement l’Art et d’être un athée ou un libertin. Ce qui fait incontestablement des « Devoirs » britanniques de 1815 une expression du triomphe absolu de la tendance fidéiste des Antients sur celle, rationaliste, des Modernes.

  • 21
    pierre noel
    25 avril 2020 à 10:08 / Répondre

    Refuser de voir que les exposures comme les rituels manuscrits sont l’ébauche , le brouillon ou l’ancêtre des rituels actuels, c’est ne les avoir jamais lu ou, pire, ne les’avoir jamais comparé à un rituel d’aujourd’hui.
    Assurer que le Régulateur est dépourvu de toute allusion théiste, c’est ne l’avoir jamais lu.
    Dans les deux cas, c’est bien d’aveuglement qu’il s’agit !

    Parler de la maçonnerie des Anciens à St-Domingue sans dire qu’elle vient d’être révélée au public maçon par les soins de Pierre Mollier (fin 2019), c’est inélégant.

    • 24
      Désap.
      25 avril 2020 à 12:17 / Répondre

      21 – qu’y a-t-il de plus inélégant, mon cher frère ?
      Omettre de préciser ce que personne n’ignore ou ignorer le travail de Pierre Mollier en continuant de se faire une religion de ces vulgaires divulgations ?

  • 20
    Désap.
    23 avril 2020 à 22:21 / Répondre

    Remercions Pierre Noël de nous qualifier d’incapables du moindre discernement (19).
    On notera également qu’il est nécessaire, selon lui, d’être équipé de deux paires d’yeux pour bénéficier de son acuité intellectuelle ; il me semblait qu’un central et frontal suffisait, la difficulté résidant dans son acquisition.
    Bref, rien que de très habituel chez notre TCF, sauf que voilà une sacrée prouesse, la remise en cause de Dermott himself !
    Définitivement, laissons ces divulgations pour ce qu’elles sont, des indications sommaires et surement pas parole maçonnique.
    De quoi disposons-nous de probant concernant le rituel des Antients ?
    Du Rite Ancien d’York pratiqué par les Français de Saint-Domingue, travaillons là-dessus bon sang, les documents qui l’illustrent sont authentiques.
    Problème : ce rite est une véritable messe catholique.
    Conséquence : la théorie selon laquelle les différences entre Moderns et Antients se trouvent à la marge tombe à l’eau si l’on considère les différences entre maçonnerie GODF 1785 et York St-Domingue
    Plus probant encore et cette fois authentiquement anglais : Constitutions 1723 édition 1756 vs Ahiman Rezon.
    Les différences sont de même nature et toutes aussi profondes.
    C’est de cette exégèse qu’émergera une analyse pertinente et objective des circonstances de l’union de 1813.
    Mon point de vue :
    C’est la maçonnerie des Antients qui est retenue comme modèle du nouveau rituel.
    La déchristianisation n’est qu’une façade, les principes religieux s’imposant.
    Je vois une crainte des Anglais de voir ressurgir la Révolution à travers un Comité de Salut Public d’autant plus radical qu’il fera suite à l’effondrement de l’Empereur, ainsi une manière de s’y préparer et d’en contrer a priori toute éventuelle conséquence par une cohésion maximum des élites.

  • 19
    pierre noel
    23 avril 2020 à 17:56 / Répondre

    # 12, 17.
    la fiabilité des exposures a été mise en doute par tous les auteurs du XIX° et du XX° siècles. Soupçonnées de vénalité et/ou de trahison, elles étaient ipso facto qualifiées de non-fiables, ce qui n’empêchent les mêmes auteurs de les utiliser lorsqu’il s’agissait de décrire l’évolution des rituels par exemple.
    La position générale est bien plus nuancée ! Quiconque a vu une cérémonie maçonnique aujourd’hui, reconnaît aisément ce qui est authentique, déformé ou ajouté. Cela est vrai pour Prichard, les anonymes et les autres. les manuscrits nombreux, les imprimés chiffrés permettent de trier le bon grain de l’ivraie. Taxil lui-même donne des rituels tout à fait fiables, dont il faut bien sûr enlever les excès, les calomnies et les outrances.
    De nos jours, les exposures sont considérées pour ce qu’elles sont, soit des aide-mémoires bien utiles à l’époque, soit des « forgeries » visant à tromper le public. N’importe qui au fait des pratiques actuelles, un peu habitué à la lecture de ces documents du passé fait aisément la part des choses.
    A condition d’avoir des yeux pour voir et des yeux pour observer.

    • 22
      David Taillades
      25 avril 2020 à 10:25 / Répondre

      @19 :
      Il faut donc se garder de tomber dans ces travers : tout rejeter ou tout prendre pour argent comptant. La position est nuancée, sans doute, mais rappelons que du point de vue documentaire, il n’existe aucune preuve confirmant les propos de cette divulgation dont Dermott se moque. Donc, en toute logique et surtout en toute rigueur, si l’on s’en tient à des écrits de l’époque, le TDK n’est pas le rituel des Antients de Dermott…

      • 23
        pierre noel
        25 avril 2020 à 12:08 / Répondre

        Les « modernes » se moquent tout autant de Prichard

        • 25
          David Taillades
          25 avril 2020 à 14:04 / Répondre

          Defence of Masonry, qui est publié en réaction de Masonry Dissected, ne dénonce jamais les divulgations de Prichard… cette longue réponse se veut rectificatrice sur certains points. C’est ce qui permet d’avancer que les divulgations de Prichard peuvent être considérées comme crédibles. Nous n’avons rien de tel, me semble-t-il, avec le TDK… il faut croire sur parole son auteur… comme Anderson pour le 24 juin 1717 😉

          • 26
            pierre noel
            26 avril 2020 à 16:46 / Répondre

            La GL désapprouve sévèrement cette initiative (la publication de Prichard). Le 15 décembre 1730, le duc de Norfolk étant GM, Prichard est traité de faux frère et d’imposteur. Son livre est qualifié de folie qui ne mérite aucune considération. Voici la transcription complète du PV :
            « In violation of the obligation of a Mason which he swears he 
has broken in order to do hurt to Masonry and expressing himself with the utmost Indignation against both him (stiling him an Impostor) and of his Book as a foolish thing not to be regarded. But in order to prevent the Lodges being imposed upon by false Brethren or Impostors : Proposed till otherwise Ordered by the Grand Lodge, that no Person whatsoever should be admitted into Lodges unless some Member of the Lodge then present would vouch for such visiting Brothers being a regular Mason, and the Member’s Name to be entred against the Visitor’s Name in the Lodge Book, which Proposal was unanimously agreed to. »

  • 13
    Désap.
    23 avril 2020 à 15:09 / Répondre

    Je profite de la très juste et seule source valable du pas d’apprenti donnée par Pierre Noël (exprimant la prudence avec laquelle doit s’établir le raisonnement), pour expliquer, à mon sens, ce que l’on peut entendre par « l’ésotérisme » du rituel maçonnique.
    Le rituel maçonnique n’a rien d’ésotérique au sens surnaturel du terme (ce qui fait toute l’erreur de ceux qui cherchent ledit sens), il n’a d’ésotérique que le fait qu’il délivre son enseignement par l’intermédiaire de symboles, eux-mêmes n’exprimant rien de surnaturel.
    En revanche, le rituel est exclusivement métaphysique au sens qu’il s’adresse à ce qui est absolument métaphysique chez l’Homme, la pensée, et fait état de la mécanique par laquelle il est nécessaire qu’elle s’établisse pour éviter autant que cela soit possible de verser dans l’erreur ou la fantasmagorie.
    Par ailleurs, la fonction exclusive du rituel, par le fait qu’il n’a aucun autre contenu qu’une méthode (ainsi y voir des principes bibliques, malgré sa lettre, est un non-sens. Les frères Antients étaient dans l’erreur, ce ne sont pas les principes bibliques qui ont permis la construction des cathédrales, mais la lettre G, les Moderns avaient raison), est de donner les moyens d’aborder les textes proprement métaphysiques (initiations antiques, philosophie grecque, Bible, entre autres), de manière à distinguer ce qui est de l’ordre de la réflexion (au sens du reflet de la réalité et par extension du Principe) de ce qui n’est que croyance, et ainsi aboutir à la compréhension universelle, autrement nommée Vérité comme, au risque de me répéter, la Géométrie, compréhension des lois physiques universelles, fut la Vérité qui permit de construire les cathédrales.
    S’il est convenu que cet aboutissement du domaine exclusivement spéculatif du Métier est inatteignable, je n’en suis pas sûr tout étant conscient d’en être parfaitement incapable.
    En revanche, il est certain que l’initié doit avoir pour objectif de l’approcher le plus près et le plus justement possible et ceci, tout aussi certainement, ne peut se réaliser qu’hors de toute croyance a priori, tout se trouvant dans l’épreuve et devant être mis à l’épreuve, sens des voyages maçonniques.

    • 16
      Désap.
      23 avril 2020 à 15:31 / Répondre

      J’ajoute qu’il est très regrettable d’exiger d’un profane qu’il croit en un Principe ou un dieu pour l’admission en Franc-maçonnerie, tant partir de l’athéisme et aboutir à la compréhension qu’il ne peut en être ainsi participe d’un raisonnement solide et exige un travail soutenu, quand la croyance a priori a peu de chance d’engager à l’extrême profondeur de la réflexion nécessaire à ce changement de perception.
      S’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais … 1723
      Il n’y a pas de doute que les Antients ont bien gagné la partie et que, dès lors, la Maçonnerie s’est perdue.

      • 33
        Esras
        29 avril 2020 à 16:50 / Répondre

        « J’ajoute qu’il est très regrettable d’exiger d’un profane qu’il croit en un Principe ou un dieu pour l’admission en Franc-maçonnerie »: sauf dans une optique gnostique où on considèrerait que le parcours maçonnique aide l’homme, à travers un parcours initiatique en trois étapes, purificatrice, illuminative et unificatrice, à parvenir d’une certaine façon à se diviniser. Renier l’existence d’un être suprême au début de ce processus le rendrait selon moi difficile, voire absurde.

        • 34
          Désap.
          29 avril 2020 à 20:46 / Répondre

          33 – Pour que votre conclusion soit acceptable il faut être certain de votre capacité à définir ce en quoi vous croyez.
          Qu’avez-vous à dire de ce point de vue ?

          • 35
            Esras
            30 avril 2020 à 21:37 / Répondre

            « Un dieu défini est un dieu fini ». Comment définir l’ineffable? Je veux juste dire que croire en l’existence d’un être suprême, ou d’une grandeur qui nous dépasse, sans pour cela y rattacher quoi que ce soit de connu, me semble un préalable indispensable avant de tendre vers cet absolu. Le nier au départ rendrait la démarche gnostique caduque. Mais je ne considère pas ceci comme une conclusion, plutôt comme une invitation à un échange de vues constructif.

  • 11
    Maxime
    23 avril 2020 à 12:39 / Répondre

    Vous oubliez celle du marin qui embarque sur la passerelle étroite.

    • 18
      Maxime
      23 avril 2020 à 16:00 / Répondre

      Je m’explique : Il y a longtemps (ce devait être en 1980) j’avais fait une planche dans laquelle je comparais l’ouverture des travaux au décollage d’un vaisseau spacial. (Temps et espace privatifs, appel de l’équipage, vérification des fermetures etc …) pour faire remarquer que si quelqu’un arrivait en retard, il y avait une « perte de charge » par rapport à l’ambiance crée par le rituel d’ouverture (donc par le décollage) pendant le transfert du retardataire de la navette au vaisseau sur la passerelle en question.
      Mais encore une fois, ce que j’en dis …

  • 8
    pierre noel
    23 avril 2020 à 12:03 / Répondre

    # 7 : Il y a une explication encore plus simple et non « ésotérique ».

    Lorsqu’un maçon (ou autre), se trouve sur un échafaudage, à quelque hauteur du sol, il se déplace sur les planches transversales en collant ses pieds en équerre sur elles et en les déplaçant sans lever les pieds.
    Pour ce faire, il se met tout près du mur pour avoir un appui et avance le pied le plus proche de celui-ci, le gauche si le mur est à sa gauche, le droit s’il est à sa droite.

    • 10
      GépluAdministrateur
      23 avril 2020 à 12:29 / Répondre

      Hé oui Pierre, l’explication du pas d’apprenti « mimant » celui de l’ouvrier se déplaçant avec prudence sur un échafaudage et assurant son pas est l’explication la plus couramment retenue, et personnellement celle qui me parait la plus crédible.

      • 14
        pierre noel
        23 avril 2020 à 15:24 / Répondre

        N’est-ce pas l’essence même du symbolisme d’offrir plusieurs niveaux d’interprétation ?

        • 15
          GépluAdministrateur
          23 avril 2020 à 15:30 / Répondre

          absolument. 🙂

  • 5
    David Taillades
    23 avril 2020 à 10:56 / Répondre

    Comment sait-on que le TDK est le rituel des Antients ?
    Merci

    • 9
      pierre noel
      23 avril 2020 à 12:09 / Répondre

      Parce que c’est dit dans l’introduction.

      • 12
        David Taillades
        23 avril 2020 à 13:12 / Répondre

        Donc pas d’autre source… pourquoi faudrait-il croire son auteur sur parole alors que Dermott se moque ouvertement de cette divulgation dans l’édition de 1762 d’Ahiman Rezon ?

        • 17
          Désap.
          23 avril 2020 à 15:59 / Répondre

          12 – Voilà bien illustré le problème que pose les divulgations.
          Celles-ci ne peuvent en aucun cas servir une historiographie, seulement des croyances par définition incapables d’établir la réalité.

  • 4
    pierre noel
    22 avril 2020 à 18:53 / Répondre

    Les railleries de Dermott sur les marches des Modernes, leur « montée à l‘orient » dans chaque grade, révèlent une différence de rituélie des deux systèmes qui ne manque pas d’intérêt.
    Les pas « réguliers et reconnus » qui conduisent, chez les Modernes, le candidat de l’occident à l’orient signifient (ou symbolisent) le passage du monde des ténèbres et du désordre à celui de la lumière et de l’ordre, constante de l’ésotérisme occidental. Ils se font sur le tableau de loge au premier grade, par-dessus aux deux autres. Dans le premier cas, c’est le passage du monde sensible au monde ordonné, représenté par le tableau ; dans le deuxième, simulant l’enjambement d’une tombe, c’est le passage du monde sensible au monde des idées, illimité et ineffable par essence, « au-delà de la matière ». Qui a lu Guénon, Eliade, Von Gennep ou Corbin sait que cette démarche est symbolique d’un changement d’état ou, comme ils disent, d’une « mutation ontologique ».
    Les Anciens n’enseignaient qu’un pas, en équerre et en ligne droite à chaque degré, comme si le candidat montait les marches d’un escalier (que montre la gravure de « Hiram »), objectivant la notion de montée ou de progrès.
    Dans les rituels anglais et écossais actuels, les deux sont présents à des moments distincts des trois cérémonies. Autre exemple de syncrétisme ou de compromis !

    • 7
      Maxime
      23 avril 2020 à 11:17 / Répondre

      Ca vole très haut.
      J’ai presque tout compris.

      Mais je pense que les pas sont en ligne droite sans lever le pied au 1er degré, (une dimension) toujours sans lever le pied au 2ème sur une surface (2 dimensions) et dans l’espace à 3 dimensions au 3ème.
      Je préfère ça à une interprétation zozotérique.

      Mais ce que j’en dis …

  • 3
    Lazare-lag
    22 avril 2020 à 14:21 / Répondre

    @ Un Nuage et de l’Eau (2):
    Loin de moi l’idée de me désintéresser du fond de ton intervention, mais c’est autre chose qui m’intrigue, ton pseudo.
    J’ai du mal à le comprendre, ou au moins à lui trouver une explication (à mes yeux) rationnellement satisfaisante.
    La seule chose qui me vient à l’esprit étant liée au lait (nuage) et au thé (l’eau), je sais ça ne fait ni très sérieux, ni très maçonnique, désolé.
    Mais peut-être est-ce un peu plus ésotérique. Surtout en lisant solve et coagula…
    A suivre?

    • 6
      Un Nuage et de l’Eau
      23 avril 2020 à 11:12 / Répondre

      @ Lazare-Lag (3):

      Oh, il n’y a aucun mystère là-dedans, juste un petit clin d’œil à une tradition un peu plus orientale que Jérusalem et même que Babylone. Et puis ce n’est qu’un pseudo. Son nom fut autre…

      雲水 Unsui https://en.wikipedia.org/wiki/Unsui

      Bonne journée !

  • 2
    Un nuage et de l'eau
    22 avril 2020 à 12:28 / Répondre

    Un très grand merci pour cet article fort instructif qui montre bien je crois à quel point les revendications identitaires et essentialistes qui aboutissent invariablement, depuis nos origines, à des conflits de chapelles, reposent sur du vent.

    Et «en même temps», ces mêmes conflits, pour absurdes et infondés qu’ils soient, semblent bien avoir une utilité pratique capitale s’il est vrai, et je le crois volontiers, que sans eux la franc-maçonnerie dans son ensemble n’aurait été qu’une mode éphémère. Il en va de même pour les nations, les religions et partis politiques. Si l’union fait la force, la désunion mobilise les énergies. Les deux sont indispensables. Solve et Coagula.

  • 1
    willermoz 59
    22 avril 2020 à 08:41 / Répondre

    Un big merci à Mr Noël pour cet article historique et pédagogique, on y voit plus clair dans cette querelle historique et ses nuances.
    C’est le genre d’article qui permet de remonter à la source et de commencer à comprendre… un peu.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, de calomnie, d’insulte, d’incitation à la haine ou de discrimination sont applicables. Les formules de salutation maçonnique et les abréviations ne sont pas autorisées.

Code vérification
Signaler un contenu abusif