Un diplôme de la loge des Amis Discrets à Nivelles. 1812. 

Publié par Jacques Declercq

Au début du XIXe siècle, les ci-devant Pays-Bas autrichiens avaient été annexés par la France depuis la bataille de Fleurus ; ces « département réunis » faisaient partie alors de l’Empire napoléonien. Comme partout ailleurs dans le grand empire, les loges maçonniques trouvèrent là un terreau favorable à leur création et à leur expansion.

Ainsi, c’est le 14 août 1808 que fut installée à Nivelles la loge des Amis Discrets, sous le vénéralat de Philippe Casimir Marchot.

Le F∴ Philippe-Casimir Marchot était né à Thuin en 1767. Rallié très tôt au nouveau régime, il établit dans sa ville natale le culte de la déesse Raison. En 1794-1795, on le retrouve chef de bureau de l’administration d’arrondissement à Namur. Il est ensuite, à Nivelles, sous le Consulat, commissaire du gouvernement auprès du tribunal de première instance puis procureur impérial en 1807 (1). Il avait été initié à la loge L’Espérance à Bruxelles le 21 mars 1807. La même année, il participe à la création des Amis Discrets dont il sera V∴ M∴. En 1812, il est agrégé à la loge namuroise de La Bonne Amitié. Il jouera par la suite un rôle important au sein du Rite primitif de Namur (2).

Le diplôme ici présenté date du 2e jour du 1er mois 5812, soit le 2 mars 1812 (3). Ce document a été délivré à Jean François Remy, âgé de 24 ans, né à La Buissière, département de Jemappes, domicilié à Bruxelles, commis négociant. Il mesure 467 mm X 343 mm et porte, appendu à un ruban bleu clair, le sceau de la loge présentant la lune et le soleil, deux triangles entrelacés (contenant, dans les angles extérieurs, la lune, le soleil, un fil à plomb, une pierre cubique à pointe, une pierre brute et une perpendiculaire), un cercle entourant un triangle rayonnant et les deux colonnes sur un escalier de sept marches conduisant à un pavé mosaïque. On remarquera que ce sceau a été frappé renversé, le haut en bas. Il semble qu’il s’agisse du deuxième sceau de la loge, le précédent ayant un graphisme, à l’équerre et au compas, tout différent ainsi qu’on peut le voir dans l’étude de M. A. Arnould (4).

Le diplôme est encadré, de part et d’autre par deux arbres (acacias ?). Au centre de la partie supérieure, on voit le Tétragramme entouré par trois nuées d’où sortent respectivement, en bas à gauche, une tête de chérubin, en bas à droite, deux têtes de chérubins, et en haut à droite, trois têtes de chérubins (7).

La partie centrale est occupée par un texte classique dans les diplômes maçonniques de l’époque :

A LA GLOIRE DU G∴ A∴ DE L’UNIVERS.
Sous les auspices du G∴O∴ de France.
La [] Des Amis Discrets à l’O∴ de Nivelles,
A tous les Maç∴ Réguliers,
Salut. Force. Union.

Nous Vénér∴, 1er et 2e Surv∴, Off∴ dignit∴ et MM∴ de la r∴ [] St Jean constituée à l’O∴ de Nivelles sous le titre distinctif des Amis Discrets, désirant faciliter à nos ff∴ l’entrée des [][] régulières, persuadés qu’ils y porteront l’esprit de concorde et d’amitié qui fait l’essence de notre ordre, avons déclaré et déclarons sur la demande qui nous a été faite par le t∴ c∴ f∴ Jean François Remy, commis négociant âgé de vingt-quatre ans, natif de La Buissière (Jemappes), domicilié à Bruxelles, né de notre susdit Atel∴ et qu’il possède les trois gr∴ symb∴, en conséquence nous prions les [][] nationales et étrangères de l’admettre après examen aux trav∴ de son âge et de lui ménager le bon accueil que nous leur promettons en pareille ou toute autre circonstance.

En foi de quoi nous avons délivré au f∴ Remy le présent certificat signé de nous, contresigné par notre Secrét∴ général et scellé de notre sceau à l’O∴ de Nivelles le deuxième jour du premier mois de l’an de la V∴ L∴ 5812 et de notre [] le sixième.

Suivent les signatures de Dangonau (8), V∴R∴+∴, Degrégoire, El∴, Marchot, Ex-Vén∴…+, Dept (9), 1er St, +, Vandroogehenbroeck (10), Ecoss∴, de Cloeps (11), Mtre, Brouwet (12), 2d Surv∴, Ch∴ d’O∴, Walwein (13), Orat∴, Ch∴ d’O∴, d’Alcantara (14), El∴, Angelo (15), Sec∴, Mtre, Minet (16), Chev∴ Ec∴.

La vignette de Cardon sur un tableau des Amis Discrets (17)

Le bas du diplôme est occupé par des allégories qu’on ne s’attend guère à retrouver sur un diplôme des trois premiers degrés mais plutôt sur un bref de Rose-Croix.

A gauche, sur un fond de pyramide à l’arrière de laquelle émerge un obélisque gravé de pseudo-hiéroglyphes, un personnage tenant une croix, allégorie de la Foi, une urne gravée des lettres J. B. M., une tour devant laquelle apparaissent deux drapeaux, l’un portant la devise « Dieu le veut », l’autre une croix ; posée devant eux, une épée.

Foi                        Espérance                                                                                                            Charité
(sur le diplôme des Amis Discrets)


La Foi, l’Espérance et la Charité peintes sur un tablier de Rose+Croix. Fin XVIIIe siècle. (18) 

En avançant vers la droite, un personnage appuyé sur une ancre, symbole de l’Espérance.

Au centre, sur fond d’arbres, un temple rond, non couvert, sur une terrasse en escaliers, laissant voir en son centre un autel surmonté de l’étoile flamboyante portant la lettre G, deux des colonnes du temple ornées des lettres J et B.

A droite, une femme couverte, allaitant un enfant, entourée de huit enfants jouant, nus, dont un semble faire le signe de détresse, ensemble évoquant la Charité.

Au revers figurent deux mentions manuscrites, l’une signée par Marchot, datée du 27 Adar 5812 (27 février 1813), l’autre par le secrétaire général de la Parfaite Amitié à Bruxelles le 27e jour du 11e mois 5814 (27 janvier 1815).

La première atteste que le F∴ Remy est titulaire des grades d’Elu secret et de Chevalier écossais qui lui ont été octroyés par les membres de la loge revêtus des grades philosophiques formant une des section du Chap∴ des Amis Philanthropes à Bruxelles. En effet, le chapitre des Amis Philanthropes, par son règlement du 20 septembre 1806, avait donné naissance à des sections regroupant les membres du chapitre issus d’autres loges que celle des Amis Philanthropes. Il autorise les sections, sur leur demande, à conférer les hauts grades jusqu’au troisième ordre inclusivement, le grade de R+ devant obligatoirement être conféré à Bruxelles. (19)

Cependant, on ne trouve pas trace du F∴ Remy sur les tableaux du Chap∴ des Amis philanthropes (20). Nouvelle preuve, si c’était nécessaire, que les loges de province (et en tout cas de Nivelles comme de Charleroi) étaient assez négligentes dans la transmission au chapitre des informations relatives aux hauts grades qu’elles conféraient en tant que « sections » de ce même chapitre (21).

La deuxième mention est un visa de vérification apposé à la loge de la Parfaite Amitié à l’O∴ de Bruxelles.

Qu’est devenu le F∴ Remy ? Je n’ai pu nulle part retrouver sa trace.

Jacques Declercq

1 – M. A. Arnould : Les francs-maçons nivellois et carolorégiens sous l’Empire (1807 – 1813). In Visages de la franc-maçonnerie belge du XVIIIe au XXe siècle. Editions de l’Université de Bruxelles. 1983.
2 – C. de Brouwer : Les 250 ans du rite écossais primitif, dit de Namur. Renaissance Traditionnelle. N° 172, octobre 2013, et 173-174, janvier – avril 2014. 2
3 – Collection J. Declercq.
4 – M. A. Arnould : Les francs-maçons nivellois et carolorégiens sous l’Empire (1807 – 1813). In Visages de la franc-maçonnerie belge du XVIIIe au XXe siècle. Editions de l’Université de Bruxelles. 1983.
5 – M. A. Arnould : Les francs-maçons nivellois et carolorégiens sous l’Empire (1807 – 1813). In Visages de la franc-maçonnerie belge du XVIIIe au XXe siècle. Editions de l’Université de Bruxelles. 1983.
6 – M. A. Arnould : Les francs-maçons nivellois et carolorégiens sous l’Empire (1807 – 1813). In Visages de la franc-maçonnerie belge du XVIIIe au XXe siècle. Editions de l’Université de Bruxelles. 1983.
7 – On remarquera que cet en-tête diffère de celle qui ornait les tableaux de la loge et qui était due au graveur Cardon.
8 – Négociant originaire d’Auxonne en Côte d’Or, maire de Nivelles en 1811.
9 – Greffier au tribunal civil en 1807
10 – Maître de forge de Bousval.
11 – Maître de forge de Bousval.
12 – Directeur de la Poste aux lettres à Nivelles.
13 – Secrétaire à la sous-préfecture de Namur.
14 – Percepteur des contributions à Perwez.
15 – Commis aux Droits réunis.
16 – A moins qu’il ne s’agisse d’Henri Joseph Winsel, commis aux Droits réunis. (Signature difficilement lisible).
17 – M. A. Arnould : Les francs-maçons nivellois et carolorégiens sous l’Empire (1807 – 1813). In Visages de la franc-maçonnerie belge du XVIIIe au XXe siècle. Editions de l’Université de Bruxelles. 1983.
18 – Collection J. Declercq.
19 – J. Declercq : Les Amis de la Vertu. Une loge maçonnique à Charleroi sous le Premier Empire. 1809 – 1814. Paris. ECE-D. 2020.
20 – Communication de Michel Hermand.
21 – J. Declercq : Les Amis de la Vertu. Une loge maçonnique à Charleroi sous le Premier Empire. 1809 – 1814. Paris. ECE-D. 2020.

mardi 5 janvier 2021
  • 3
    Augustin1813
    6 janvier 2021 à 10:29 / Répondre

    Merci Pitou pour cette communication que je ne connaissais pas.

  • 2
    pierre noel
    5 janvier 2021 à 18:05 / Répondre

    Le nom de Philippe-Casimir Marchot est associé à celui d’au moins quatre loges, L’Espérance à Bruxelles, Les Amis Discrets à Nivelles, Les Amis de la Vertu à Charleroi et La Bonne Amitié à Namur (qui toutes furent sous l’empire napoléonien « du GODF » !).
    Jacques Declerq évoque à juste titre ce grand maçon qui fut un peu, dans le plat pays, l’équivalent de Jean-Baptiste Willermoz en France ou de Carl Friedrich Eckleff en Suède (sans en avoir la renommée)
    Il fut affilié à la loge de Namur en 1812. Il devint Grand Chancelier du Rite écossais primitif (dit de Namur) en 1818. C’est lui qui en aurait copié (à défaut de les avoir organisés) les rituels en 1812. IIs sont actuellement conservés dans les archives du SCPB (rue Royale, Bruxelles)
    Ce rite peu cité, encore moins connu, était en 33 degrés avec la particularité de superposer (après les 3 grades symboliques) les degrés du REAA (celui de rose-croix étant le 22°) et de les coiffer par ceux de la Stricte Observance allemande, ici nommés Grand élu de la Vérité, 29° (le maître écossais rectifié), Novice et Chevalier de l’Intérieur (30° et 31° réunis en un seul cahier), Préfet de l’intérieur (32°) et Commandeur de l’Intérieur (33°).

    • 4
      Eric NOLMANS
      6 janvier 2021 à 11:11 / Répondre

      Je recherche tout élément relatif à Philippe Casimir Marchot.
      Pouvez-vous m’aider ?
      Déjà fraternellement merci.

  • 1
    Pitou
    5 janvier 2021 à 10:47 / Répondre

    Bonjour
    Petite info sur cette loge à Nivelles:
    https://monvieuxnivelles.jimdofree.com/les-anciennes-soci%C3%A9t%C3%A9s-nivelloises/les-amis-discrets/
    bonne année à Toutes et Tous

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