Eugène Goblet d’Alviella (1846-1925)

Une lecture de la légende hiramique au XIX° siècle

Publié par Pierre Noël

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Une lecture de la légende hiramique au XIX° siècle

La franc-maçonnerie belge était dans la deuxième moitié du XIX° siècle le lieu de débats passionnés et « en danger de devenir une réunion de clubs politiques, sinon un instrument de sectarisme. » [1]. Depuis plusieurs décennies, les partis anticléricaux, c’est à dire les libéraux et un certain nombre de socialistes, avaient seuls fourni des recrues aux loges, ce qui avait très normalement conduit à une radicalisation des ateliers du Grand Orient. La suppression, le 21 octobre 1854, de l’article 135 des Statuts Généraux du Grand Orient interdisant la discussion de questions politiques et religieuses en loge, à l’instigation de Pierre-Théodore Verhaegen [2], avait amené une avalanche de débats et de propositions, voire de projets de réformes politiques qui n’avaient plus rien à voir avec la maçonnerie « pure et authentique ».

Cette attitude, que ne pouvait comprendre la maçonnerie anglo-saxonne si bien intégrée dans la société de son époque était la conséquence logique des condamnations répétées de l’Eglise catholique. Les vitupérations de Grégoire XVI (encyclique « Mirari Vos » du 15 août 1832) et de Pie IX (encyclique « Qui Pluribus » du 9 novembre 1846), relayées par l’épiscopat belge (lettre pastorale des Archevêques et Evêques de Belgique de décembre 1837) et son clergé avaient entraîné la démission massive des catholiques qui jusque-là se trouvaient nombreux dans les loges, laissant le champ libre à leurs adversaires.

Cette situation ne fut pas sans conséquences. Les maçons glissèrent vers un agnosticisme, puis un athéisme combattant et se tournèrent de plus en plus vers la lutte politique, y affichant des positions d’autant plus radicales qu’ils étaient bien minoritaires dans un pays à majorité catholique. Très logiquement, le Grand Orient résolut, en mars 1872, de supprimer de ses Statuts l’article 12 qui stipulait que les actes de l’obédience seraient intitulés « A la gloire du Grand Architecte de l’Univers [3] et sous la protection de S.M. Léopold Ier Roi des Belges », décision qui laissait liberté aux loges de maintenir ou de rejeter de leurs travaux l’invocation au GADLU [4].

Dans les années 1870-1885, Après les Statuts, certains voulaient revoir les rituels. Nombre de frères les considéraient comme surannés, voire grotesques, et désiraient y voir figurer des positions nettement républicaines et matérialistes. Ils voulaient aussi que soit supprimée la représentation symbolique de la légende d’Hiram dans la cérémonie de réception au grade de Maître, à l’instar de ce qu’avait fait le Grand Orient de France quelques vingt années plus tôt [5]. Une commission des rituels, présidée par Van Humbeeck, Grand Maître de 1869 à 1871, parvint cependant à sauvegarder le caractère traditionnel des grades bleus et à faire adopter, le 24 février 1878, des rituels des deux premiers degrés qui restaient conformes aux usages anciens. Dans la foulée, elle confia la rédaction du 3° degré au jeune Goblet.

 Eugène Goblet d’Alviella 

Né et mort à Bruxelles (1846 -1925), il fut homme politique, membre du parti libéral, sénateur puis ministre d’Etat, professeur d’histoire des religions à l’université libre de Bruxelles, recteur de celle-ci et membre de l’académie royale des sciences et des arts. Libéral dans le sens vrai du terme et profondément tolérant [6], il fut initié en 1870 dans la vieille loge bruxelloise « Les Amis Philanthropes » (fondée en 1798), élevé au grade de maître en 1871, vénérable maître de 1879 à 1982 et Grand Maître du Grand Orient de Belgique en 1884, mandat qu’il devait exercer trois années durant. Loin d’être un pur produit de la maçonnerie continentale, il avait appris à connaître les usages de la maçonnerie anglo-saxonne durant ses nombreux voyages à l’étranger, en Angleterre, aux Etats-Unis et aux Indes [7], expériences qui lui permettaient de replacer les particularités belges dans le contexte international [8]. Il deviendra, en 1909, le 1er Belge membre effectif de la loge de recherche Quatuor Coronatorum n° 2076 (GLUA) et y fera plusieurs communications, notamment en 1900, 1907 et 1920 (il était alors SGC du SC de Belgique).

Très influencé par ses contacts avec la maçonnerie britannique et conscient de l’enjeu, il eut à cœur non seulement de préserver l’essentiel du récit traditionnel mais encore de développer le drame rituel du grade. Son projet fut admis sans modifications et publié en 1883 par les soins du secrétariat du Grand Orient [9].

Le scénario de la cérémonie reste très proche de celle du Rite Français codifié par le Grand Orient de France en 1786 et publié semi-officiellement en 1801 dans « Le Régulateur du Maçon » [10]. Le néophyte y est identifié à l’architecte mythique du Temple du Roi Salomon, vit son ordalie avant d’être « relevé » de la tombe par l’action conjointe du Vénérable et des deux Surveillants. Mais alors que le « Régulateur », suivant en cela la tradition française du XVIII° Siècle, ne voit dans cette péripétie que le redressement ou le « relèvement » d’un cadavre, prétexte à la communication de certains « secrets », Goblet, peut-être influencé par des auteurs plus récents tels Des Etangs et Ragon [11], fait de ce redressement une véritable résurrection, semblable à celle de ces héros cosmiques que l’on retrouve à l’origine des religions antiques. Parlant de la mort et de la résurrection d’Hiram, il écrit qu’elles « sont l’histoire symbolisée des phénomènes produits par la révolution annuelle du globe ou plutôt par les mouvements apparents du soleil, en qui les anciennes théogonies… plaçaient la source visible, non seulement de la chaleur et de la lumière, mais encore du mouvement, de la vie et même de la pensée. » [12]

Goblet devine le drame hiramique dans les cérémonies de l’ancienne Egypte et les mystères d’Isis. Revêtu plus tard des dehors de l’orthodoxie judéo-chrétienne, il se rattacherait aux premières conceptions rationalistes de l’humanité cherchant à expliquer les phénomènes cosmiques par des causes naturelles. L’assassinat de l’architecte est aussi l’occasion de rappeler les persécutions que la maçonnerie, « foyer inextinguible de libre-examen », avait, de tout temps, victorieusement traversées.

Ce rituel fut bien accepté et pratiqué pendant de nombreuses années. Je n’en retiendrai que l’explication finale qui n’est plus, à ma connaissance, en usage de nos jours.

Commentaire final du Frère orateur dans le projet de rituel pour le grade de maître,
proposé par Eugène Goblet d’Alviella en 1881 (archives de Michel Brodsky).

« En réalité, cette légende voile le mythe à la fois le plus ancien et le plus répandu, le plus simple et le plus profond de tous ceux qui ont éclairé l’enfance des sociétés humaines. C’est la légende de Prométhée, d’Agni, d’Adonis, du Christ, de tous ces héros cosmiques qui succombent également sous le coup de la trahison, pour ressusciter avec un nouvel état. C’est en un mot, le vieux mythe solaire qu’on retrouve à l’origine de toutes les religions antiques ; c’est l’histoire symbolisée des phénomènes produits par la révolution annuelle du globe ou plutôt par les mouvements apparents du soleil en qui les anciennes théogonies, devançant sous ce rapport les théories scientifiques les plus en faveur de notre époque, plaçaient la source visible, non seulement de la chaleur et de la lumière, mais encore du mouvement, de la vie et même de la pensée, à la surface de notre globe.

Cette interprétation de notre légende ressort jusque dans les moindres détails du rituel qui nous a été transmis par nos prédécesseurs. Le nom d’Hiram – que l’historient Josèphe dit fils d’Ur, nom phénicien qui signifie le feu – se traduit par Vie supérieurs ou encore par Vie et pensée. Les trois mauvais compagnons qui ont comploté sa perte sont les trois derniers mois de l’année solaire. Au solstice d’été, Hiram, le soleil fécondant, pouvait donner à qui de droit la parole sacrée, c’est-à-dire la Vie. Lorsque dans sa marche rétrograde (symbolisée par celle du néophyte pénétrant à reculons dans le temple), il descend vers les signes inférieurs, le mutisme de la nature commence : le Maître ne peut plus communiquer la parole qui donnait la fécondité.

Au milieu de l’automne, les trois derniers signes du zodiaque, la Balance, le Scorpion et le Sagittaire se trouvent respectivement sur la sphère céleste à l’Occident, au Midi et à l’Ouest. Hiram suivant la marche apparente du soleil, entre dans le temple par la porte d’Orient. Il veut s‘échapper par la porte du Sud, mais il ne le peut pas plus que le soleil ne peut s‘échapper de la sphère céleste, lorsqu’il atteint le zénith. Il vient donc tomber à la porte d’Occident, où le soleil semble se laisser choir à la fin du jour. C’est alors que devant la mort apparente du soleil, la nature, veuve de son époux, prend le deuil et que les enfants de la nature – les hommes – les Maçons – deviennent les enfants de la veuve.

On conçoit l’inquiétude périodique qui dut saisir les premiers êtres raisonnables lorsque l’envahissement graduel des ténèbres et des frimas les amena à se demander si le foyer lumineux dont ils observaient la décroissance reviendrait indéfiniment vivifier la nature et réchauffer l’humanité. Peut-être même est-ce dans ce sentiment d’angoisse, mélangé de reconnaissance et d’espoir, qu’il faut chercher l’origine du premier culte, se traduisant par une adoration instinctive de l‘astre « Père et conservateur de toutes choses ».

Mais le soleil, pas plus qu’Hiram, ne peut mourir. Les neuf maîtres qui partent à sa recherche complètent, avec les trois compagnons, le cycle des douze mois solaires. Les trois lumières qui relèvent le Maître de son tombeau sont les trois jours qui succèdent au solstice d’hiver, pendant lesquels le soleil arrêtant son cours rétrograde, semble hésiter à reprendre sa marche ascendante. C’est au troisième jour seulement que sa course se dessine. Aussi le Très Respectable dit-il aux deux Surveillants « Ne savez-vous pas que vous ne pouvez rien sans moi et qu’ensemble nous pouvons tout ? ».

Cependant la résurrection du Maître fait renaitre la vie dans la nature et l’allégresse au cœur de l’homme. Les enfants de la veuve redeviennent les enfants de la lumière et aussi les enfants de la vérité, en vertu de l’analogie que l’esprit humain a toujours établi entre la lumière et la vérité, comme entre l’obscurité et le mensonge, l’ignorance et le mal.

Une autre preuve que tel est bien le sens primitif de notre légende, est l’analogie entre le drame, où vous venez de jouer un rôle, et les scènes qui marquaient chez les Egyptiens les mystères d’Isis. D’après les récits de certains auteurs, tels qu’Hérodote et Apulée, ainsi que d’après le témoignage d’hiéroglyphes déchiffrés de nos jours dans la vallée du Nil parmi les ruines des temples et des tombeaux, le néophyte d’Isis après avoir touché aux confins de la vie et de la mort, – suivant une expression d’Apulée – était frappé d’un coup de bêche, couché dans un cercueil et jugé pour le meurtre d’Osiris. Or, Osiris n’est autre que le soleil, époux d’Isis ou de la Nature, traîtreusement assassiné par Set ou Typhon, le principe du mal et des ténèbres. Bientôt, d’ailleurs, Typhon lui-même était à son tour, vaincu et frappé par le fils et successeur d’Osiris. Horus en qui les Egyptiens adoraient le soleil levant et qu’ils représentaient par l’étoile flamboyante à cinq pans, ainsi que vous l’avez appris dans les instruments du grade précédent. L’acacia était consacré à Osiris et on voit sur des hiéroglyphes, cet arbre s’élancer du sarcophage du Dieu avec cette épigraphe : Osiris germe ou Osiris s’élance.

Comment cette allégorie, qui se répandit avec les mystères d’Isis dans tout l’empire romain, aux premiers siècles de notre ère, s’est-elle mélangée à des traditions exclusivement bibliques ? C’est que les persécutons de l’Eglise victorieuse forcèrent la philosophie antique non seulement à déguiser plus que jamais ces conceptions traditionnelles sous des formes symboliques, mais encore à revêtir ces symboles eux-mêmes des dehors de l’orthodoxie judéo-chrétienne.

Ainsi l’initiation au 3° degré n’a pas seulement le mérite de se rattacher aux premières conceptions rationalistes de l’humanité, mais elle a encore pour résultat de vous rappeler les persécutions que la Maçonnerie, foyer inextinguible de libre-examen, a victorieusement traversées pendant la nuit du moyen âge, tout comme Hiram gardait sur sa poitrine, au fond de son tombeau, le symbole mystique de la vie et de la vérité.

Notre légende a enfin l’avantage de se prêter à une interprétation morale des plus élevées, la plus élevée peut-être de la sagesse antique, car elle ne symbolise rien de moins que la loi du devoir et la loi du progrès. Après nous avoir montré comment le parfait maçon sait préférer la mort à l’oubli de ses devoirs et de ses serments, elle nous enseigne encore que l’ignorance et le vice peuvent l’emporter passagèrement sur le mérite et la droiture tout comme les ténèbres sur la lumière, mais que, en fin de compte, le dernier mot reste toujours à Hiram, c’est à dire aux œuvres de la science et de la vertu. Ainsi se concilie avec la liberté de la conscience humaine l’action fatale des lois qui déterminent le progrès continu de l’humanité.

Telles étaient les grandes leçons que les sages de l’Orient greffaient au fond du sanctuaire sur l’interprétation cosmogonique de la mythologie vulgaire et que la Maçonnerie, fidèle continuatrice de l’initiation antique, s’efforce de graver dans l’esprit de ses adeptes par des allégories dont la forme traditionnelle n’exclut ni les développements pratiques ni les applications progressives. »
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Eugène Goblet d’Alviella, sur la couverture d’une plaquette de la loge Les Amis Philanthropes
(cliquer sur l’image)

Le parcours maçonnique de Goblet ne s’arrêta pas là. Il s’investit dans le SC de Belgique dont il devint GC en 1900. Il réforma avec son ami Pierre Tempels les hauts-grades du REAA, réforme qui resta en usage bien longtemps, mais cela est une autre histoire.

Il mourut le 6 novembre 1925, renversé par une automobile, avenue Louise à Bruxelles, alors qu’il rentrait chez lui à quelques pas de là. Il fut incinéré à Paris et inhumé à Court-Saint-Etienne (Brabant wallon) dans un mausolée qui résume toute sa pensée. Il avait 76 ans.

Son testament philosophique date du 1° janvier 1921.

« Je déclare ma ferme volonté de mourir dans les principes maçonniques du Rite Ecossais Ancien et Accepté, tels que je les ai compris et pratiqués avec le concours de mes FF. En présence de la mort il convient d’affirmer sa foi dans les choses éternelles. Je crois au Dieu incognoscible, seule et unique Réalité, dont on peut dire: In illo vivimus, movimus et sumus ; à sa mystérieuse émanation, le vrai Logos, l’Energie édificatrice de l’Univers ; à l’action providentielle suivant laquelle cette Energie se révèle, la Loi du Progrès que réclame mon cœur et que proclame ma raison. Mon attitude vis à vis de toutes les Religions reste ce que je la définissais en 1884, quand je disais : « étranger à toute Eglise, mais en communion d’idée et de sentiment avec quiconque, soit à l’intérieur, soit en dehors des organisations ecclésiastiques, cherche à rapprocher la religion de la Raison. »

 

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[1]  Goblet d’Alviella E. « Souvenirs de cinquante années de vie maçonnique en Belgique (1870-1920). Bull.S.C. n°59, 1921 ; réédition 1960, Edition du Suprême Conseil de Belgique. Ces Souvenirs avaient d’abord été publiés en anglais dans Ars Quatuor Coronatorum, 1920, 33 : 231-241 sous le titre « Fifty years of Masonic life in Belgium, 1879-1920 »
[2] Lors de la fête solsticiale du 24 juin 1854, Verhaegen, premier Grand Surveillant du Grand Orient, avait prononcé un plaidoyer enflammé pour l’abolition de l’article 135 (F.Clément, Histoire de la Franc-Maçonnerie belge au XIX° siècle, Bruxelles, 1949, 2 / 12-26)
[3] Noël. P.  Le Grand Orient de Belgique et la mort lente du Grand Architecte de l’Univers. Acta Macionica vol 16 (2006) : 285-399
[4] Clément, op.cit. 2 : 117-137. Léopold 1er était mort le 10 décembre 1865.
[5] En 1858, sous la Grande Maîtrise du prince Murat, le Grand Orient de France avait publié une nouvelle version des grades symboliques. Le candidat à la maîtrise n’y était plus identifié au maître Hiram, mais était invité à participer à une commémoration de sa mort dans laquelle il jouait le rôle d’un des trois maîtres envoyés à sa recherche.
[6]  Eugène Félicien Albert Goblet d’Alviella était de formation catholique mais s’en détacha assez vite. Il épousa Margaret Alice Packard (1857-1946), née à Albany (NY), et son mariage comme la naissance de ses enfants furent célébrés selon le rite protestant.
[7] Il avait été invité à suivre le Prince de Galles pendant son voyage en Indes de 1875-1876.
[8] Il avait été frappé par la cohabitation, dans les loges indiennes d’obédiences britannique, de Frères de religions diverses, bouddhistes, hindous, musulmans, parsis, juifs et chrétiens, chacun prêtant serment sur le livre de sa tradition.
[9] Clément I949, 2°partie, pp.68-69).
[10] Je n’insiste pas sur les nombreux emprunts au Rite écossais Philosophique qui donnent au rite moderne belge son caractère syncrétique déploré par les puristes.
[11] Nicolas-Charles des Etangs, vénérable de la loge les Trinosophes, Orient de Paris, avait publié en 1825, « Le véritable lien des peuples ou la franc-maçonnerie rendue à ses principes ». Hyram (sic), personnifiant le soleil, était frappé par le mensonge et l’ignorance. Seulement étourdi, il reprenait connaissance lorsqu’il était retrouvé par les maîtres envoyés à sa recherche. Jean-Marie Ragon affirma de même qu’Hiram représentait non seulement le soleil mais également Osiris (1860). Cette lecture naturaliste de la légende était celle exposé en 1829 dans les grades symboliques du REAA gérés par le Suprême Conseil de France.
[12] Rituel du grade de Maître, p.19, 1883

 

samedi 31 octobre 2020
  • 5
    pierre noel
    2 novembre 2020 à 14:57 / Répondre

    ll n’est pas inutile d’ajouter que Goblet avait accepté, à la demande de son épouse, qu’un service « protestant libéral » se tienne dans son hôtel particulier n° 10 rue Faider (St -Gilles-lez-Bruxelles), après son incinération au Père-Lachaise (à l ‘époque, les incinérations n’étaient pas autorisées en B).. Ce sont ses cendres qui furent déposées dans son mausolée de Court-St-Etienne.
    Son histoire montre qu’on peut être anti-clérical et libre-exaministe tout en étant maçon « normal ».

    • 6
      pierre noel
      1 décembre 2020 à 21:53 / Répondre

      Le REAA (celui de Goblet) a-t-il évolué au cours du temps ?
      La question peut surprendre, s’agissant d’un ordre traditionnel, donc en principe inaccessible aux épreuves du temps et immuable. Et pourtant le simple examen de quelques faits montre qu’il a bien évolué au cours de son histoire et souvent de façon bien différente d’un pays à l’autre.
      Pour me limiter à la Belgique, le rite a connu plusieurs étapes bien différentes.
      Il fut d’abord, dans les premières années de son existence, de 1817 à 1830, un lieu de refuge et un havre de paix pour les exilés nostalgiques de la grandeur française, un résidu du Grand Orient de France impérial avec le maintien du Rite Français en Quatre Ordres rebaptisés pour la cause selon l’échelle écossaise. Cette première période, on l’imagine aisément, ne se fit guère remarquer par son intérêt pour les questions philosophiques, moins encore métaphysiques, mais pour la fraternité de rigueur entre frères d’armes.
      Mais vint alors l’indépendance du pays et la création du Grand Orient de Belgique en 1834. Très vite, les maçons, nos prédécesseurs, furent entraînés dans la lutte politique dans un pays déchiré entre deux factions antagonistes, aux positions irréductibles, les catholiques et les libéraux. L’interdiction d’appartenir à la maçonnerie, promulguée par les évêques belges en 1837, fit le reste et la maçonnerie bleue n’en devint que plus radicale jusqu’à permettre en 1854, la discussion de sujets politiques en loge.
      Le Suprême Conseil se tint en dehors de ces querelles, maintint l’obligation de croyance en Dieu et la présence du Volume de la Loi sacrée. Mais le climat ambiant amena une mutation jusque dans les ateliers supérieurs. Les maçons « de base » se détournèrent du Rite alors que ceux qui s’y maintenaient devenaient plus « éclectiques », de moins en moins attachés à la religion de leur père et prêts à toutes les aventures intellectuelles.
      Tout se compliqua lorsque en 1872 lorsque le GOB supprima la mention « A la gloire du Grand Architecte de l’Univers » de ces documents officiels, ce qui permit à ses loges de l’omettre des rituels.
      Le Suprême Conseil conserva la formule et l’invocation mais se présenta bien démuni au Convent de Lausanne en 1875 qui sembla entériner le désintérêt de nos prédécesseurs pour la notion d’un Dieu personnel et anthropomorphe. Le SC de Belgique, comme il s’appelait alors, ne ratifia pas les conclusions de Lausanne et se tint dans une prudente réserve.
      Vint alors 1880 et le traité entre SC et GOB qui assurait à chacun leur entière souveraineté et liberté d’action dans la sphère d’influence qui était la leur. Au GOB était laissée la direction entière des Loges Bleues : au SC, celle des Ateliers Supérieurs. Ce compromis laissait à chacun la possibilité d’évoluer comme il l’entendait, vers un matérialisme accru comme vers une recherche plus spirituelle.
      De cette liberté, le SGC des années 1900-1920, Eugène Goblet d’Alviella, fit bon usage. Protestant « libéral », professeur d’histoire des religions (et politicien), il voulut transformer les hauts-grades en une pédagogie progressive des grandes religions monothéistes avec la notion d’un Dieu « incognoscible » comme but ultime de la quête. Je n’oserais dire qu’il a été toujours bien compris ni que son œuvre ait été à l’abri de toutes critiques mais elle marque un tournant majeur dans l’histoire du rite dans notre pays, qui cessait d’être un dérivatif aux difficultés du moment pour devenir un projet de vie et de compréhension du monde.
      Cette situation dura jusqu’aux années 1960 lorsque l’antagonisme entre partisans d’une maçonnerie « laïque » (entendez anti-chrétienne) et d’une maçonnerie spiritualiste reprit de plus belle. Le résultat parle de lui-même. D’un côté, nous avons une maçonnerie « libérale-adogmatique », athée, se disant incroyante et se voulant incrédule ; de l’autre une maçonnerie qui respecte les « landmarks » de notre Fraternité (dont le premier est d’accepter que quelque chose nous dépasse) et est reconnue et acceptée dans le giron des obédiences mainstream.

  • 3
    JEAN VAN WIN
    31 octobre 2020 à 10:52 / Répondre

    From within or from behind
    A Light shines through us upon things
    And makes us aware that we are nothing
    But the Light is all
    Ralph Waldo Emerson

    L’étrange mausolée du comte Eugène Goblet d’Alviella est situé en Brabant wallon, au sud de Bruxelles, à Court-Saint-Etienne, non loin de Nivelles. Ce monument funéraire est unique en Belgique et probablement en Europe. Inspiré par les temples hindous, il est gardé par quatre sphinx et décoré par les symboles des religions du monde.

    Goblet d’Alviella fut professeur des religions et recteur de l’Université Libre de Bruxelles, sénateur libéral, Grand Maître du Grand Orient de Belgique et Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique. Pierre Noël vient de nous détailler cela.

    On lit sur les quatre faces du mausolée dont on trouvera toute la richesse iconographique sur Wikipedia : « l’Etre unique a plus d’un nom ».

    Mais les maçons seront heureux de détailler la face arrière du monument, en y découvrant une porte donnant accès à la crypte, ouverte lors de chaque nouveau décès familial. Elle porte en fer forgé l’emblème des Rose Croix et son vasistas ajouré permet d’apercevoir, dans la pénombre sépulcrale, le célèbre quatrain d’Emerson : « From within or from behind… ».

    C’est-à-dire : « émanée de l’intérieur ou de l’extérieur, une Lumière brille à travers nous sur les choses et nous rend conscients de ce que nous ne sommes rien, mais de ce que la Lumière est tout ».

    La découverte de ce mausolée exceptionnel est un moment de grâce ; c’est un peu notre Kipling à nous…

    • 4
      pierre noel
      31 octobre 2020 à 15:55 / Répondre

      Dans la production considérable, parfois vieillie, de Goblet, je conseillerais les ouvrages suivants : La Migration des symboles, Paris 1891 ; Des origines du grade de maître dans la franc-maçonnerie, 1907 ; Essai sur l’origine et l’histoire de la R.L. La Bonne Amitié à l’Or. de Namur (1909 ; L’idée de Dieu d’après l’anthropologie et l’histoire. Bruxelles Muquardt; 1892.
      J’ai un faible pour « Ce que l’Inde doit à la Grèce: des influences classiques dans la civilisation de l’Inde ». Paris Leroux 1897.
      Ses « Souvenirs de voyage en Inde et en Himalaya » (1880) consultables sur le web, sont d’une lecture agréable et ils ne manquent pas d’intérêt.

  • 2
    Janushiram
    31 octobre 2020 à 09:53 / Répondre

    Superbe article très instructif. Merci d’avoir mentionné ce détail important : le Rite Moderne Français 1786.

  • 1
    Anwen
    31 octobre 2020 à 07:29 / Répondre

    Hiram, qui es-tu ?
    Myriam Hathor en Egypte, auteure du Sépher qui servit à faire le premier livre du Pentateuque, la Genèse biblique
    « Hiram » doit se lire de droite à gauche comme lisent les Hébreux et non de gauche à droite suivant L’usage des Européens : Hiram alors devient Maria ou plutôt Myriam. Le heth final en hébreu se prononce A.
    « On pourra noter ici, précise René Guénon, la curieuse ressemblance qui existe entre les noms d’Hermès et d’Hiram ; cela ne veut pas dire évidemment que ces deux noms aient une origine linguistique commune, mais leur constitution n’en est pas moins identique, et l’ensemble « H R M » dont ils sont essentiellement formés pourrait encore donner lieu à d’autres rapprochements. » Rappelons que « Hermès », est le nom générique des prêtres égyptiens qui sont venus, dans le cours des siècles, jeter le voile du mystère sur toutes les antiques vérités.
    Myriam, c’est la grande femme dont le nom brille dans l’histoire du peuple d’Israël, comme une resplendissante lumière qui éclaire plus de dix siècles ; c’est elle qui est l’auteur d’un livre de science, le Sépher, qui servira à faire le premier Livre de la Bible, la Genèse, qui en sera la caricature (une « père-version »). Une des femmes qu’on donne à Moïse s’appelle Séphora. C’est ironiquement, sans doute, qu’on lui donne comme nom le titre du livre de Myriam, le Sépher. C’est elle que les Egyptiens ont surnommée « Hathor » (Ha-Thora, la loi). C’est dans la grande ville de Denderah, une des plus fameuses de la Haute-Egypte, aimée d’Hathor, dit Loti, que se trouvent les ruines du magnifique temple consacré à la Déesse.
    En Egypte, Meriamoun (ou Meryamon), nom que les historiens masculins ont donné à Ramsès, et que Champollion, qui lisait dans le même esprit, a fait signifier « Aimé d’Ammon », était le nom de cette grande prophétesse (Mériam ou Myriam) dont les modernes ont fait Marie, la sœur de Moïse, quand on inventera Moïse pour la cacher, ne pouvant pas la supprimer tout à fait.
    Mais que de contradictions dans cette histoire, conséquence naturelle du mensonge !
    Certains historiens donnent au Pharaon de l’Exode le nom de Meriem-Ptah ; or ce nom est celui de Myriam elle-même. Les hébraïsants disent souvent Meriem. Quant à la terminaison Ptah, c’est un mot égyptien qui signifie Soleil ; c’est, du reste, dans la ville du Soleil qu’on la fait naître, à Héliopolis (ville natale de Moïse, dit-on, donc ville natale de Myriam).
    Dans la ville d’Héliopolis se trouvait la Fontaine de Marie. Et à la porte de la ville était un arbre du genre Mimosa, l’arbre de vie, auquel les Arabes de l’Yémen, établis sur les bords du Nil, rendaient un culte. C’est pour perpétuer le souvenir de l’arbre ancêtre que, dans les Mystères de Jérusalem (devenus la Franc-Maçonnerie), on institua le symbole de l’Acacia lié à la légende d’Hiram. On croit maintenant que c’est à la suite de son expédition sur le mont Sinaï que le temple de Karnac a été construit, et lui a été dédié. Les masculinistes en reportent la gloire à Ramsès.
    la légende d’Hiram contient un fait de la plus haute importance : c’est l’existence d’une force inconnue qui s’ignore elle-même : c’est la force morale de la Femme.
    C’est là le grand secret du Monde ; c’est en le découvrant qu’on arrive à comprendre les motifs de l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal, de la guerre implacable de la haine, de l’hypocrisie et de l’ignorance contre le génie, contre le travail, contre la Sagesse et l’Amour.
    Quand le Bien l’emporte sur le mal, l’Esprit de la Femme sur la brutalité de l’homme, c’est l’âge d’or, tel qu’il fut au commencement du Monde. Puis suit une période intermédiaire pendant laquelle l’Humanité se débat entre le Bien et le Mal. Enfin, quand l’équilibre est rompu, quand le Mal l’emporte sur le Bien, c’est l’effondrement, général, et le Monde est à recommencer.
    C’est dans un des degrés de la cérémonie d’initiation des Mystères de Jérusalem qu’on faisait l’histoire de Myriam et qu’on disait : « Notre grande Maîtresse innocente était née pour être heureuse, pour jouir en toute plénitude de tous ses droits sans exception, mais elle est tombée sous les coups de trois assassins. »
    L’Institution secrète des Mystères fut fondée par trois femmes : La reine Daud (devenue le roi David), et deux Reines-Mages (ou Magiciennes) qui, avec elle, formèrent le Triptyque sacré que les trois points de l’Ordre ont représenté depuis. L’une est Balkis, Reine d’Ethiopie (appelée la Reine de Saba), l’autre est une Reine de Tyr, que l’on a cachée derrière le nom d’Hiram.
    Nous avons déjà vu que le nom d’ « Hiram » doit se lire de droite à gauche comme lisent les Hébreux et non de gauche à droite suivant L’usage des Européens : Hiram alors devient Maria. Le heth final se prononce A.
    C’est l’antique nom de Myriam qui, en passant de l’égyptien à l’hébreu des temps postérieurs, est devenu Maria.
    La reine Daud voulut perpétuer, dans les Mystères qu’elle institua, l’histoire de la grande Femme qui fut l’auteur du Sépher.
    D’après la légende qui a surnagé, il y eut trahison et meurtre. On croit qu’elle fut enterrée vivante, comme cela fut dit, peut-être symboliquement. En tout cas, c’est son œuvre qui fut étouffée, tuée, trahie, c’est-à-dire altérée. C’est sa personnalité qu’on s’acharna à faire disparaître de l’histoire ; et l’on y parvint, puisque, deux siècles après Daud, on commença à donner au Sépher un auteur masculin : Moïse.
    Daud prévoyait ce meurtre, puisqu’elle voulut perpétuer le nom de MARIA, en le cachant dans le rituel des assemblées secrètes.
    Cette précaution prouve qu’on ne pouvait pas glorifier ouvertement Myriam, parce que cette glorification déchaînait la colère des hommes.
    On cite parmi ceux qui la trahirent Sterkin, Oterfut, Abibala… dont on fera Jubelas, Jubelos, Jubelum, quand on cachera la première légende sous une seconde. D’après Papus, « Les trois assassins d’Hiram, dont les noms varient, ont été appelés Abiram, Romvel, Gravelot, ou Hobbhen, Schterche, Austersfuth, ou Giblon, Giblas, Giblos, etc. Les Templiers y voient Squin de Florian, Noffodei et l’inconnu qui les trahirent. Dans les Rose-Croix de Kiwinning, les trois assassins de la Beauté sont Cain, Hakan, Heni »
    L’acacia, qui symbolisait la Femme et son œuvre scientifique, devint l’arbre funéraire quand elle tomba de son piédestal primitif.
    Cet événement est relaté dans toutes les vieilles Écritures sacrées. C’est la descente d’Istar aux Enfers ; celle de Proserpine dans la sombre demeure de Pluton ; c’est aussi le thème du Livre des Morts des Égyptiens.
    Mais les Israélites, en reproduisant ce mythe, le personnifièrent en leur grande Femme méconnue, leur législatrice, Myriam Hathor. On désignait cette triste époque par le mot Mac-Benac qui signifie désunion.
    Plus tard, dans la seconde légende qui voilera la première, on dira…
    Cette histoire fut cachée, plus tard, sous une nouvelle « légende d’Hiram », donnant à ce personnage le sexe masculin et masculinisant son nom, en l’appelant Adon-Hiram.
    De là le nom d’Adonaï qui devint un titre mâle équivalent de Seigneur. On disait Adoni-Ram, Adoni-bezaq (Juges, 1, 5), Adoni-sedeq ou Tsadek (Josuè)
    Adonaï, qu’on traduit par « Mes Maîtres », « Mes Seigneurs », est un mot pluriel, comme Elohim, pris pour le singulier.
    On disait Adonaï (les Seigneurs) comme on disait Shaddaï (les forts, les hommes). On imitait en cela l’ancien usage qui consistait à dire, pour désigner les femmes, « les Dêvas ».
    (…)
    Quand la secte catholique, qui avait complètement dénaturé le Christianisme depuis Paul, s’installa en maîtresse à Rome, et lorsque, après la conversion de Constantin, on chercha à introduire la religion nouvelle en Gaule, on comprit qu’il faudrait des siècles pour détruire le culte de la Nature, qui y régnait, et la glorification de Marie, l’antique Déesse égyptienne Myriam. L’Église aima mieux faire des concessions ; elle rendit un culte à Marie à cause de sa rivalité avec les Johannites, bien plus puissants qu’elle, à cette époque, malgré les persécutions. Ce fut une surenchère : l’Eglise s’appropria la Sainte et l’exalta avec exagération, tout en l’incorporant dans sa légende, pendant que les Fraternités qui, dans les Loges de saint Jean, lisaient son nom à l’envers et en faisaient Hiram, la cachaient de plus en plus ; et c’est par cette ruse que les Catholiques ont dominé le monde et que les Johannites ont disparu.
    (…)
    Sous la conduite de l’Ange de lumière (la Femme), les descendants de Myriam (Hiram) monteront à l’assaut de la Jérusalem céleste pour réduire à l’impuissance Adonaï, principe du mal.
    On n’en a pas fini avec l’affaire « Saint-Jean »… « Ainsi se concilie avec la liberté de la conscience humaine l’action fatale des lois qui déterminent le progrès continu de l’humanité. »

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