commission européenne

Vivre ensemble et surmonter les différences

Publié par Patrice Deriémont

Sous le titre La Commission réunit des organisations non confessionnelles pour discuter sur le thème «Vivre ensemble et surmonter les différences», la communauté européenne a publié un communiqué (communique-020615-commission-europe) qui a interpellé et fait réagir notre frère Patrice Deriémont.
Géplu

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« L’Europe, l’Europe, l’Europe disaient ils en sautant comme des cabris » en sortant de leur réunion avec la Commission européenne.

Après l’Europe romaine et païenne, l’Europe Carolingienne et chrétienne, l’Europe impériale et napoléonienne et l’Europe Hitlérienne et arienne, les démocrates chrétiens de l’après guerre se sont fixé l’objectif de reconstituer l’Europe Carolingienne modèle selon eux de l’harmonie que peut engendrer l’emprise de la religion sur la société civile, évidemment de leur religion, celle de l’église catholique et romaine. C’est ainsi que nous avons hérité d’un drapeau bleu comme le manteau de Marie, mère du Christ, et des douze étoiles comme les 12 apôtres et assemblées en cercle comme une couronne.

En 1989, dans une revue catholique confidentielle Magnificat fut publiée la confession d’Arsène Heitz, agent au Conseil de L’Europe, auteur de ce projet. Il se disait très fier que le drapeau de l’Europe soit celui de « Notre-Dame », je le cite : « Il fallait garder le secret, car il n’y a pas que la religion catholique en Europe, sans compter tous les athées qui auraient fait retoquer le projet, à commencer par la France état laïque par nature ». 

La Commission, en réunissant le 2 juin dernier, sur le thème « Vivre ensemble et surmonter les différences », les organisations philosophiques et non confessionnelles parmi lesquelles des Obédiences maçonniques, a piégé les Grands Maitres et Grandes Maitresses y participant sur trois points :

En premier lieu, elle s’est fait reconnaitre comme un interlocuteur valable alors que nous ne cessons de dire depuis des années qu’elle n’a aucune légitimité du fait qu’elle est nommée et non pas élue. Nous qui « vendons » de la démocratie à tout le monde, il suffirait donc de nous considérer comme des interlocuteurs de « haut niveau » pour que nous oubliions les principes qui nous ont fondés.

En second lieu, la réunion permet à cette commission de faire passer l’idée très chrétienne que finalement le « Vivre Ensemble » entendu comme la cohabitation des diverses opinions philosophiques est un principe supérieur à celui de laïcité comprise comme un mode d’organisation rejetant de l’espace public les appartenances particulières, qu’elles soient communautaires, religieuses ou ethniques.

Enfin sur un plan strictement maçonnique, comment 7 Obédiences maçonniques peuvent elles prétendre représenter la maçonnerie européenne. D’ailleurs n’est-il pas vain de vouloir le faire. En effet la maçonnerie « libérale et adogmatique » est aujourd’hui tellement divisée que l’urgence me semble plutôt à rassembler ce qui « est épars » d’abord en France. Sans se référer à la célèbre formule « La Corrèze avant le Zambèze » ce ne sont pas les centaines d’associations qui déclarent être des Obédiences maçonniques, qui nous donnent la crédibilité que nous recherchons. Et puis comment demander à nos Frères et Sœurs européens de « défendre la République et la Laïcité » alors qu’ils sont citoyens de monarchie dont les rois ou reines sont même quelques fois les représentants de la religion majoritaire.

Malheureusement cet évènement nous rappelle une fable bien connue « Le Corbeau et le Renard » ou le fromage est ici remplacé par des ambitions mal adaptées à l’humilité qui devrait toujours guider nos pas. Mais on peut aussi supposer que les opinions politiques de certains ne sont pas complètement étrangères à tout cela, ce qui constituerait non plus une erreur mais une faute.

Patrice Deriémont

lundi 15 juin 2015
  • 11
    Tony Van der haegen
    29 juin 2015 à 12:10 / Répondre

    Décidément, la maçonnerie française a un problème avec l’Europe. Que de préjugés non fondés.
    Tout d’abord, au nom de qui ou de quoi, Patrice Deriémont, qui dénie le droit aux obédiences présentes au Dialogue du 2 juin à Bruxelles de parler au nom de leurs membres, s’arroge-t-il le droit de commettre une critique aussi dévastatrice, qui fait appel à la vieille antienne du cabri gaullien de la légende du drapeau européen? Et pourquoi une polémique de plus, qui ne débouche sur rien, si ce n’est de creuser davantage la division entre maçons v.à.v. du projet européen? Et pendant ce temps-là, la maçonnerie laisse la voie libre à l’Eglise catholique et les Eglises protestantes et orthodoxes dans leur lobbying auprès de Bruxelles et de Strasbourg.

    Tony Van der haegen

    • 12
      Patrice DERIEMONT
      10 juillet 2015 à 18:01 / Répondre

      Mon cher Tony
      Voilà ce qui ressort de cette réunion : Son titre est « Dialogue with churches, religious associations or communities and philosophical and non-confessional organisations »
      C’est à dire que la maçonnerie est considérée comme une « Eglise laïque » et donc la laïcité est ramenée une opinion philosophique à classer parmi les autres y compris celles des religions. Nous n’avons pas cette définition de la laïcité. De plus la commission est à l’opposé de ce que commande la démocratie élective et représentative. Donc des réunions avec le parlement oui, mais avec la commission, non.

  • 6
    Chicon
    15 juin 2015 à 13:22 / Répondre

    Je suis pour le vivre ensemble. On va commencer par mettre les boat-people de Lampedusa dans les nombreux etages de l’immeuble boulevard de Berlaymont.

  • 3
    Louis Vallès
    15 juin 2015 à 10:22 / Répondre

    Que le courant de pensée  » Franc-maçon » ait besoin de faire du  » lobbying » auprès des institutions européennes est une évidence . Mais cela ne pourrait se faire que dans le cadre d’une concertation entre les différentes obédiences de la fm libérale et adogmatique . On voit la difficulté. C’est ce qu’avait préconisé le GM Alain Bauer en 2003 , dans le cadre de  » l’Espace Maçonnique européen » . Celui-ci ayant avorté , on n’a plus reparlé d’un tel  » bureau de représentation » . Le projet ressurgit en 2015, pour le seul GODF . On peut s’interroger sur la capacité du seul GODF à mener une telle opération , qui, me semble-t-il, devrait , au moins, être faite dans le cadre d’une concertation avec les obédiences  » libérales » adogmatiques françaises. Et on peut encore plus s’interroger sur les modalités de recrutement de la personne qui devrait remplir ce rôle . A ma connaissance , il n’y a pas d’annonce publique d’offre d’emploi , ce qui est surprenant ; d’autant plus surprenant que la personne pressentie pour ce poste a une formation d’HEC ( !?!?!) là où on s’attendrait à un  » Sciences-politiques » , au moins. Mais il faut dire qu’elle est réputée être proche de l’actuel Grand Secrétaire au Affaires Extérieures du GODF . Ceci vaut toutes les compétences sans doute et explique qu’il n’y ait pas d’offre publique d’emploi ….. Est-ce normal , dans une institution qui se veut transparente et démocratique ?

    • 4
      astronome64
      15 juin 2015 à 13:06 / Répondre

      Un HEC !!!! pfff… et pourquoi pas un sup de co Paris ??? Il faudrait un normalien ou un X-Ponts minimum !!! Mais je suis favorable à un Old Boy ayant fréquenté la Porter’s Lodge et le Wall Game… Ca aurait une autre gueule !!! HEC !!! Good gracious… un VRP de luxe !!!

    • 5
      Patrice DERIEMONT
      15 juin 2015 à 13:10 / Répondre

      Je connais bien l’initiative de 2003. J’en étais le Président de séance fondateur en marge de la commémoration du 275ème anniversaire de la maçonnerie. Son existence a effectivement été éphémère. Marcelle Chapert Ex GM de la GLMF aujourd’hui décédée a été la première Présidente de la «branche française» de l’Espace maçonnique Européen. Au moins à l’époque toutes les Obédiences de la Maçonnerie française étaient concernées et participaient au travail en commun. Et puis au moins notre interlocuteur à l’époque était le Parlement, élu démocratiquement lui. Nous avions d’ailleurs fait paraitre un fascicule «Livre Blanc de la Laïcité» édité dans toutes les langues européennes et distribué à tous les parlementaires.

    • 9
      Leguay
      24 juin 2015 à 18:07 / Répondre

      « Mais il faut dire qu’elle est réputée être proche de l’actuel Grand Secrétaire au Affaires Extérieures du GODF » mon cher Louis Vallès, ces propos qui me concernent puisque je suis le Grand secrétaire aux affaires extérieures du GODF sont mensongers et diffamatoires. En effet il laissent à penser que j’aurais une personne proche à faire embaucher, premier mensonge. De plus la question du lobbying fait suite à une demande du convent, et ce sera à lui de prendre une décision à la fin du mois d’août, de fait à ce jour aucune décision n’est prise, à l’inverse de ce que laisse entendre votre commentaire, second mensonge.
      Enfin votre propos est diffamatoire car il accrédite l’idée que je me livrerais à des »magouilles » du fait de ma fonction.
      C’est pourquoi, je vous demande des excuses sur ce site, faute de quoi vous exposeriez à des poursuites devant les juridictions compétentes.

      • 10
        Louis valles
        26 juin 2015 à 10:05 / Répondre

        TIF, MTCF JP Leguay,
        C’est bien volontiers que je te présente mes excuses si tu t’es senti offensé par mon commentaire.
        Celui-ci se contente de se faire l’écho d’une rumeur qui circule, que je n’ai pas inventée. Le fait que cette rumeur circule prouve au moins une chose, c’est que certains Frères se posent, sans remettre en cause la légitimité de ce recrutement, des questions sur les conditions de celui-ci. Pour ma part, je ne doute pas que le Conseil de l’Ordre saura le faire dans les conditions de légalité et de transparence qui sont nécessaires.
        Finalement, si cette rumeur existe, c’est peut-être parce qu’il y a un déficit de communication sur les travaux et les décisions des instances dirigeantes. Pour ma part, je ne remets aucunement en cause la légitimité de celles-ci ni de ton travail dans le poste que tu occupes. Fraternellement. LV

  • 2
    astronome64
    15 juin 2015 à 10:11 / Répondre

    Dans une autre vie, il y a fort longtemps, sévissant au Berlaymont, je me souviens ( Merci Perec) des gars qui transportaient sur des diables les frigos hors taxes au sous-sol pour nos amis non-élus et autres fonctionnaires… (je me souviens aussi du Métropole et de ses douches improbables mais cuivrées, mais on avait du pognon à l’époque et c’est moi qui payait… ) « Vivre ensemble » disent ils en bondissant comme des cabris (Merci Charles..). Vivre ensemble, avec qui, pour qui et pour quoi ?? Expression d’une horreur grammaticale totale, une injonction, d’un voeu pieux sans saveur, d’une passivité qui se veut tolérance, expression à sens unique trop souvent ( qui vit avec qui , qui doit vivre ensemble avec qui ??), qui ne fait que marquer une impuissance politique ( Sens noble : gestion de la cité) ou une faillite des pseudos élites. C’est une réduction au communautarisme et à un abandon soumis de la laicité. Mot d’ordre des petits marquis de la gauche sociétale… Parlons ,pour rigoler un peu, du vivre-ensemble d’un chomeur fin de droits de plus de 50 ans avec un trader du Luxembourg ou des jeunes gommeux qui composent la « garde rapprochée » d’un premier ministre supporter de football et d’aviation pas chère…. Je crois que mes instits et profs ne parlaient pas de ce « concept » … On ne « vivait pas ensemble » puisque c’était évident, tout comme il ne nous venait pas à l’esprit de parler de la religion du copain…sinon c’était un coup de régle sur les doigts et 2 heures de colle…Cela dit ,étant au PUC, on avait le droit de pas « vivre ensemble » avec ceux du Racing… le rugby école du vivre ensemble ?? Et si le « vivre ensemble » était le savoir-vivre, la politesse, la modération, la discrétion, l’élégance ??? ( je ne parle pas de «  »respect » car c’est un mot galvaudé par les caids des cités (pardon : des quartiers populaires sensibles..).
    Le vivre-ensemble a-t-il remplacé la bonne vieille lutte des classes et la solidarité ouvrière ??
    Bon, 2 articles sur le vivre ensemble sur Hiram…une preuve que ça ne marche plus ???

  • 1
    Nestor Makhno
    15 juin 2015 à 10:01 / Répondre

    En fait dans cet affaire, tout le monde s’est fait piéger. En effet le bleu du drapeau, le bleu de la paix et les douze étoiles qui est un chiffre mythique bien antérieur au christianisme. Nous devons tous autant aux philosophes grecs, aux juristes romains, aux mathématiciens arabes qu’à toute inspiration divine. Enfin quelqu’un a bien dit un jour de laisser à César…… Montrant ainsi que seule la laïcité permettra une vie ensemble et paisible.

    • 7
      Patrice DERIEMONT
      15 juin 2015 à 14:02 / Répondre

      Non, tout le monde ne s’est pas fait piéger. Jean Monnet et Robert Schuman qui représentaient la France ont participé à ce choix en toute connaissance de cause au nom de leur engagement démocrate chrétien. On était loin des valeurs de la République et de la Laïcité. Alors aujourd’hui quand des Grands Maitres et Grandes Maitresses se laissent «endormir» par des discours dans des réunions de «haut niveau» comme dit le Vice Président de la Commission on reste pantois. On ne sait d’ailleurs pas si c’est de haut niveau à cause de l’étage élevé ou s’est déroulé cette réunion ou grâce à la qualité des participants.

      • 8
        Condorcet
        16 juin 2015 à 14:45 / Répondre

        L’Europe réactionnaire qui en douterait…avec le drapeau de Marie en étendard quel symbole de croyance et non de connaissance. L’Europe est anti-maçonnique à la Française dans ses fondements.
        Qui connait l’histoire de Jean Monnet et de Robert Schuman sans parler du troisième un nommé Lagrange je crois…Un passé assez lourd pour vouloir nous donner des leçons.
        Parmi les personnalités connues qui ont joué un rôle de premier plan dans le lancement du processus d’intégration européenne, on connaît la biographie du Luxembourgeois Bech, de l’Italien De Gasperi, du Belge Spaak. Des hommes qui, confrontés au fascisme, n’ont pas failli. Trois Français ont aussi joué un rôle extrêmement important. Deux sont présentés aujourd’hui comme des « pères fondateurs » de l’Union européenne. Le troisième, moins connu, est néanmoins célébré comme « le père du droit communautaire ». Et pourtant, leur passé justifie qu’on s’interroge sur le bien fondé des honneurs qui leur sont rendus.

        Jean Monnet

        Originaire de cognac, négociant en spiritueux, un secteur très tôt intégré dans le commerce international, Jean Monnet a fait fortune aux Etats-Unis dans le contexte trouble de la prohibition en vigueur depuis 1919. Son enrichissement est tel qu’il est en capacité, en 1929, de créer à San Francisco la Bancamerica. L’homme d’affaires est devenu un financier international qui conseille divers gouvernements. En 1940, c’est lui qui va convaincre Churchill de proposer une fusion de la France et de la Grande-Bretagne. Après la capitulation de la France, il est à Londres. Non pas aux côtés du général de Gaulle, mais aux côtés du gouvernement britannique. Il n’aura de cesse d’empêcher la création de la « France Libre ». Il va jouer un rôle d’intermédiaire entre les Britanniques et les USA, devenant peu à peu le Français que les Américains écoutent. Ainsi, il rédige, en 1943, une note, restée longtemps secrète, à l’intention de Roosevelt à propos du chef de la France libre dans laquelle il écrit : « c’est un ennemi du peuple français et de ses libertés ; c’est un ennemi de la construction européenne, en conséquence il doit être détruit (sic) dans l’intérêt des Français. »

        Après la guerre, nommé commissaire au plan, Monnet, à l’inverse des efforts du moment pour encadrer et réguler l’économie, favorise les idées libre-échangistes. Sa planification est strictement indicatrice. Il n’impose pas d’objectifs. En 1946, il est le négociateur d’un accord qui ouvre le marché français à la production cinématographique américaine.

        Avec l’appui et la pression des Etats-Unis (les menaces de suspension du plan Marshall vont servir de levier) qui réclament la libération des échanges européens, il va lancer l’idée de la CECA. La CECA, c’est la mise en commun de la production de charbon et d’acier de France et d’Allemagne sous l’égide d’une Haute Autorité dotée de pouvoirs supranationaux absolus. Monnet en sera le premier président. Les effets de cette mise en commun seront très bénéfiques pour les industriels du charbon et de l’acier. Et le modèle d’intégration européenne qui est lancé va servir pour la rédaction du traité de Rome de 1957. Ce modèle consiste à conférer des compétences politiques de plus en plus importantes dans des secteurs essentiels à des institutions de nature technique échappant à tout contrôle démocratique.

        Ce modèle est très imprégné d’une idéologie : celle qui est née en réaction aux idées des Lumières, en réaction aux avancées démocratiques de la Révolution de 1789, qui s’est manifestée tout au long du XIXe siècle et jusqu’en 1944 contre le parlementarisme, c’est-à-dire contre cette conception de la démocratie représentative basée sur le principe proclamé par les Lumières et affirmé en 1789 : tous les pouvoirs émanent du peuple. L’assemblée parlementaire qui flanque la CECA, comme celle qui est instaurée avec la Communauté européenne est purement consultative et constituée de parlementaires choisis par les parlements nationaux. Il faut attendre 1979 pour que cette assemblée soit élue au suffrage universel et, malgré des progrès réels, le Parlement européen d’aujourd’hui n’est pas encore, loin s’en faut, un authentique parlement.

        L’antiparlementarisme de l’homme d’affaires Jean Monnet va s’accorder parfaitement avec l’antiparlementarisme du catholique conservateur Robert Schumann.

        Robert Schuman

        Après des études de droit à Bonn, Berlin, Munich et Strasbourg, il s’installe comme avocat à Metz en 1912. Devenu citoyen français en 1919, sur le conseil de son aumônier, ce catholique fervent s’engage dans l’action politique et est élu député de la Moselle en 1919. Il sera réélu sans interruption. C’est avant tout l’homme du Comité des Forges, des Wendel, des Schneider, des Laurent. En 1924, il est le colistier de Guy de Wendel. Parlementaire catholique ultra conservateur et anti-laïque, il milite pour le maintien du Concordat et combat les réformes du Front populaire. Il affiche sa sympathie pour les régimes corporatistes, catholiques et autoritaires de l’Autrichien Dollfuss, du Hongrois Horthy, du Portugais Salazar et de l’Espagnol Franco. Il soutient la cause croate. Le 30 septembre 1938, il applaudit aux Accords de Munich.

        Il est nommé sous-secrétaire d’Etat aux réfugiés dans le gouvernement Raynaud le 21 mars 1940. Dans cette fonction, il déclare le 12 juin qu’il « faut mettre bas les armes ». Le 16 juin, il est maintenu dans le même poste dans le gouvernement Pétain.

        Le 10 juillet 1940, à Vichy, à la différence de quatre-vingt héros, il participe à la suppression de la République en votant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est écarté par Laval dans le gouvernement mis en place deux jours plus tard.

        A l’inverse de beaucoup qui fuient l’Alsace-Lorraine annexée par le IIIe Reich, il rentre à Metz. Aux yeux des Nazis, c’est un citoyen allemand suspect. Il est arrêté et emprisonné pendant sept mois. En avril 1941, il n’est pas envoyé en déportation comme d’autres parlementaires français, mais placé en résidence surveillée dans une région de vignobles du Palatinat d’où il s’évade sans difficulté en août 1942. Il passe le reste de la guerre en se cachant dans des abbayes successivement dans le Tarn, en Ardèche puis dans la Vienne.

        A la Libération, à la demande d’André Diethelm (inspecteur des finances, directeur de cabinet de Georges Mandel de 1938 à 1940 ayant rallié la France Libre dès 1940), ministre de la guerre, ce « produit de Vichy » est frappé d’indignité nationale et d’inéligibilité. Ce qui n’empêche pas ses amis mosellans de le faire siéger au comité départemental de libération où il s’efforce de freiner l’épuration. Le clergé et le Vatican interviennent en sa faveur auprès du Général de Gaulle auquel lui-même écrit le 4 juillet 1945 pour solliciter une révision de son cas. Un non lieu est prononcé par la Haute Cour le 15 septembre 1945. Il reprend une activité politique au sein du MRP, le parti chrétien-démocrate et siège dans les gouvernements qui suivent le départ de Charles de Gaulle.

        En octobre 1949, alors qu’il est ministre des Affaires étrangères, Schuman donne 20.000 francs prélevés sur les fonds spéciaux du Quai d’Orsay à Marie-Louise Vallat, l’épouse de Xavier Vallat qui fut le premier Commissaire général du Commissariat général aux Questions juives et qui purge alors une peine de dix ans de prison dont il fera à peine plus de cinq ans. Xavier Vallat avait été, avant la guerre, un des parlementaires les plus violemment antisémites. Sorti de prison en décembre 1949, il n’a pas cessé de professer ses théories antisémites jusqu’à sa mort en 1972.

        Robert Schuman, en collaboration étroite avec Jean Monnet, va prononcer la déclaration du 9 mai 1950 qui annonce la création de la CECA à l’origine d’un nouvel ordre juridique, l’ordre juridique européen.

        Maurice Lagrange.

        Lorsqu’on lit son curriculum vitae sur le site de la Cour Européenne de Justice, on s’étonne du silence sur la période qui va de 1934 à 1945. Avant, ce diplômé de l’Ecole Libre des Sciences politiques, est entré au Conseil d’Etat en 1922 comme auditeur et il devient maître des requêtes en 1934. Après, il devient Conseiller d’Etat, commissaire du gouvernement pour la négociation du traité CECA, avocat général à la Cour de Justice de la CECA puis, à partir de 1958, à la Cour de Justice des Communautés européennes. Mais pendant ces années passées sous silence, que fait-il ?

        Catholique fervent, ultraconservateur, il partage les idées de ceux qui militent en faveur d’une régénérescence de la nation française « gangrenée par les idées de gauche véhiculées par les judéos-maçons » selon la phraséologie commune à la droite extrême. Dès la capitulation de juin 1940, il adhère à la « révolution nationale » de Pétain et du régime de Vichy. C’est un maréchaliste convaincu. Il va publier une série d’articles dans la Revue des Deux Mondes qui témoignent de son adhésion sans réserve aux thèmes de la « révolution nationale ».

        Maître des requêtes au Conseil d’Etat, il en est détaché pour devenir, en octobre 1940, fonctionnaire au secrétariat général du gouvernement.

        Fin 1940, il est chargé de la coordination de la cessation d’activité des fonctionnaires juifs dans tous les départements ministériels en application du statut des Juifs publié au Journal Officiel le 18 octobre. Il procède de manière rigoureuse à la mise à l’écart des 2.900 agents juifs et veille à ce qu’il y ait le moins possible d’exceptions pour les anciens combattants et les Juifs ayant rendu des « services exceptionnels ».

        Lorsque l’Amiral Darlan devient vice-président du Conseil en février 1941, Lagrange devient son conseiller pour les affaires juives en charge de la coordination des mesures antijuives. A ce titre, il est l’auteur de la loi créant le Commissariat général aux Questions juives adoptée le 29 mars. De même, il est associé à la rédaction de tous les textes relatifs au statut des Juifs et à la spoliation de leurs biens, ainsi qu’à la création de l’Union Générale des Israélites de France. Il fut sans conteste un des principaux rédacteurs du droit antisémite du régime de Vichy. En mai 1941, il préside la commission chargée d’examiner les demandes de dérogation à la loi qui retire la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie. En juillet, puis en novembre de la même année, il préside une conférence interministérielle chaque fois chargée de discuter de l’application du statut des Juifs. Au cours de ces réunions, il manifeste une grande dureté.

        Pour mémoire, le Commissariat général aux Questions juives fut l’administration de la persécution des Juifs dont 3.000 sont décédés dans des camps français, dont plusieurs milliers furent exécutés sommairement en France et dont 75.721 furent déportés vers les camps d’extermination allemands. De ces derniers, à peine 2.900 sont revenus.

        En avril 1942, Lagrange retourne au Conseil d’Etat où il remplit la fonction de ministère public en qualité de commissaire du gouvernement Pétain-Laval.

        Après la Libération, ce passé ne fait pas obstacle à ce qu’il soit nommé conseiller d’Etat en 1945. Il est affecté à la section des Finances. Il s’intéresse alors aux questions coloniales et publie en 1948 un ouvrage intitulé « Le nouveau régime législatif de la France d’Outre-Mer ».

        En1950, Jean Monnet, que le passé vichyssois de Lagrange ne dérange pas, fera appel à lui pour la rédaction du traité créant la CECA en 1951. Ce qui lui vaudra d’être nommé en 1952 avocat général à la Cour de Justice créée par ce traité. Il occupera cette fonction pendant douze années, jusqu’au 8 octobre 1964 au sein de ce qui est devenu la Cour de Justice des Communautés européennes.

        Maurice Lagrange est reconnu comme un des « maîtres du droit communautaire ». Il s’est exprimé sur une soixantaine de sujets juridiques. Il a joué un rôle décisif dans l’adoption de l’arrêt Costa contre Enel (15 juillet 1964) décrétant la primauté du droit européen sur les droits nationaux. Il a contribué de manière absolument capitale à faire du droit communautaire un ordre juridique autonome qui s’impose non seulement aux Etats, mais à leurs habitants.

        Maurice Lagange, le père du droit antisémite français devenu le père du droit communautaire européen !

        Pour conclure

        Les trois personnalités françaises considérées comme des fondateurs de l’Union européenne ont en commun le rejet du principe arraché en 1789, après 1200 de tyrannie et d’obscurantisme : tous les pouvoirs émanent du peuple.

        Raoul Marc JENNAR

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