Cette lettre est datée de l’équinoxe d’automne de l’an 2008. En voici la version intégrale :
Ne doutant pas de votre profond attachement à la grande loi d’amour contenue dans l’Ancien Testament et rappelée par Jésus-Christ dans le Nouveau Testament, je me permets de vous adresser, sous couvert de l’Ordre Maçonnique de France, ce plaidoyer afin qu’un nouvel esprit de paix s’instaure entre votre Eglise et la Franc-maçonnerie traditionnelle.
L’Ordre Maçonnique de France n’est pas une Obédience, mais une simple association morale, dont l’objectif est d’appeler les francs-maçons, soucieux de faire revenir leur institution aux valeurs originelles de l’Ordre, à constituer un nouveau corpus maçonnique dans le cadre d’une Charte dite de la Franc-Maçonnerie Restaurée.
Les fulminations de vos prédécesseurs, dont les effets perdurent toujours à ce jour, bien que d’une manière plus mesurée, ont contribué à diviser les hommes, et donc les fils de Dieu.
Il est indéniable que ces fulminations puisent leur justification, du moins pour une part, dans le fait qu’au long de son histoire la Franc-maçonnerie, investie par des courants étrangers à sa nature originelle, l’ont fait dévier dans des voies qui ne conservent d’elle que le nom, comme en atteste l’image qu’elle en présente encore très souvent aujourd’hui.
Il faut cependant noter que les déviances dont elle a été l’objet, comme les critiques, parfois excessives, qui lui ont été et lui sont encore adressées, n’ont jamais pris leur source dans son Institution elle-même, mais dans le comportement de Maçons qui se sont servis, ou se servent, d’elle pour satisfaire leur propre idéologie.
Mais, de même, est-il incongru de dire que votre Eglise ne présente plus l’image de l’ecclésia instituée par Jésus-Christ et confiée à l’apôtre Pierre, et que certaines de ses actions passées étaient fort éloignées des enseignements du Christ ?
Tout cela ne fait qu’attester de la nature pécheresse des Hommes, quels qu’ils soient, et de la nécessité d’œuvrer pour leur perfectionnement.
C’est dans cet esprit que l’Ordre Maçonnique de France appelle les francs-maçons, libres et de bonnes mœurs, à participer à la restauration d’un corpus maçonnique fidèle à l’esprit originel de leur Ordre, que nous considérons comme étant un des reflets de l’Ordre céleste et, par là, lui permettre d’accomplir sa mission en devenant une force morale dans le monde.
Ces propos pourront sans doute vous surprendre, mais je vous demande de ne pas y voir de malice à l’égard de votre Eglise, car il ne s’agit pas ici de concurrence mais, tout au contraire, de complémentarité.
La Franc-maçonnerie restaurée pour laquelle nous plaidons, n’est pas une Eglise, mais sa nature est néanmoins religieuse, avec pour seule référence scripturaire la Bible, et pour seul fondement la croyance en Dieu.
De telles dispositions ne constituent pas des orientations nouvelles. Elles ne sont qu’un retour aux sources.
Il est évident que ces dispositions ne répondent pas totalement à ce que vous attendez de vos fidèles. Mais ce qui nous importe avant tout, est d’être fidèles à Dieu.
C’est pour cela que le Franc-maçon, s’il peut toujours être adepte d’une Institution religieuse de son choix, si cela convient à ses sentiments, demeure libre aussi d’entretenir avec Dieu une relation personnelle et directe, hors toute institution ecclésiale - sauf à considérer l’assemblée universelle des enfants de Dieu à laquelle tous les hommes, croyants ou incroyants sont soumis, qu’ils le veuillent ou non - comme un enfant s’adresse à son Père sans aucun intermédiaire.
Ce distinguo ne fait donc pas de votre Eglise une organisation ennemie, mais simplement différente, et témoigne "qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père".
Nous ne voyons donc rien là qui contredise l’enseignement de Jésus-Christ et qui puisse nous éloigner, votre Eglise et la Maçonnerie, de cœur ou d’esprit, dans la mesure où l’une et l’autre ne manquent jamais de satisfaire au respect et à l’amour que nous nous devons, conformément à la volonté de notre Créateur.
D’ailleurs, ne vous attachez-vous pas à plaider pour un certain œcuménisme avec d’autres Eglises ou organisations religieuses qui, pourtant, ne satisfont pas, car ayant les leurs, à l’intégralité des dogmes de la vôtre ?
Au demeurant, la Franc-maçonnerie authentique n’a pas, en tant que telle, à porter un jugement sur les dogmes et pratiques de quelque Eglise ou institution religieuse que ce soit, ce jugement n’appartient qu’à Dieu, elle demande seulement à son égard la même considération.
Toujours est-il que, pour le temps présent, cette sorte de "guerre froide" qui perdure, rend malheureux des hommes qui, Francs-maçons et Catholiques romains - ce problème est à notre connaissance inexistant avec d’autres Eglises - se sentent parfois mal à l’aise, tiraillés qu’ils sont entre leur foi et leurs engagements.
En revanche, elle ne peut que convenir aux faux Maçons comme aux intégristes religieux fanatiques qui, sans en avoir conscience, il faut du moins l’espérer pour eux, font ainsi la joie du Malin.
Vous assemblez des hommes qui croient en Dieu et en votre Institution. La Franc-maçonnerie assemble des hommes qui croient en Dieu, mais estiment que cette croyance leur fait un devoir de compréhension et d’union, les rendant aptes à surmonter les différences de conceptions et de pratiques religieuses qui ne résultent pas de la volonté divine mais seulement des constructions humaines. Et c’est là sa spécificité.
Alors, ne peut-on souhaiter et espérer que vous vouliez bien mettre fin, en ce début du XXI° siècle, à cette mésentente, officiellement, clairement, de telle sorte que, dans le cadre des différences qui distinguent votre Eglise et cette Franc-maçonnerie restaurée que nous appelons de nos voeux, nous soyons tous des ouvriers de paix.
D’une paix des esprits et des cœurs, dont vous voudrez bien convenir que le monde a grand besoin.
A méditer - pourquoi pas ? - même s'il n'est pas sûr que les Obédiences et Francs-Maçons "déviants" apprécient la manière dont ils sont décrits !