Renaissance Traditionnelle

1732 : le plus ancien document maçonnique français

Publié par Géplu
Dans Edition

Jean-Pierre Bacot vient de mettre en ligne sur son blog Critica Masonica l’excellente recension du dernier numéro de la toute aussi excellente revue Renaissance Traditionnelle, recension qu’avec son autorisation nous reproduisons ci-dessous.

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« Renaissance traditionnelle » n° 194,
Bordeaux, Marseille et Lyon, roman décentralisé des origines de la maçonnerie

Au sein de la corporation des historiens de la maçonnerie, une catégorie comptant de rares spécialistes s’attache à l’archéologie. Loin des fantaisistes pour qui l’ancienneté  fonctionne comme un critère de légitimité, les chercheurs de la revue Renaissance traditionnelle travaillent sur archives et s’ils annoncent en couverture de leur numéro 194 qui paraît avec un semestre de retard qu’ils ont découvert le plus ancien document maçonnique français datant de 1732, on peut leur faire confiance. Il s’agit non pas des célèbres archives russes revenues en France après la chute du Mur de Berlin en 1989 qui avaient fourni bien des informations, mais d’un manuscrit concernant la loge L’Anglaise de Bordeaux que Pierre-Yves Beaurepaire est aller rechercher à Minsk, en Biélorussie. Louis Trébuchet élargit la question à une synthèse de ce que l’on sait aujourd’hui de l’activité maçonnique bordelaise dans la première partie du XVIIIème siècle.

Suit l’annonce d’une autre découverte, celle de l’initiation de Cagliostro dont le certificat d’entrée à la Grande loge en 1777 a été déniché. Reinhard Markner reprend  les connaissances acquises autour de ce personnage haut en couleurs qui maçonna en plusieurs villes d’Europe dont celle de Lyon, où il fonda ce qui devait s’appeler d’abord le rite égyptien, en plein essor d’un imaginaire oriental dont Schikaneder témoignera, entre autres, en offrant à Mozart en 1791 le livret de Zauberflöte.

Katsuma Fikasawa s’attache ensuite à analyser les trois crises qui sont survenues à Marseille après la création de la loge La Triple union, fondée au printemps 1782 au Grand orient et dont les vingt années d’existence passionnent les adeptes et/ou historiens de la Stricte observance templière. Claude-François Achard, son vénérable décida en effet l’année suivante de se rattacher au groupe que dirigeait Willermoz, le Directoire écossais de la province d’Auvergne siégeant à Lyon. On lira avec intérêt comment furent pratiqués, à Marseille, le rite français, puis le rite écossais rectifié autour de trois personnages, Achard, Castellanet et Pastoret qui connurent pendant et après la révolution des trajectoires bien différentes.

L’infatigable Roger Dachez se penche sur un autre manuscrit, celui du grade de maître écossais du régime écossais rectifié qui se trouve à Lyon et concerne les années 1782-1802. L’historien fait le point dans un article largement étayé d’illustrations d’époque sur les rares découvertes intervenues depuis la publication par René Guilly et lui même d’un premier bilan de recherches, l’histoire de ce courant d’inspiration chrétienne étant désormais bien balisée.

Pour terminer ce numéro, Thomas de la Sore analyse la manière dont les humanités numériques permettent de  cartographier les nombreuses données fournies par le célèbre fichier Bossu, patiemment réalisé dans les années 1960 et légué par son auteur à la Bibliothèque nationale de France. Géographie des loges, réseaux des francs maçons, les techniques de croisement des données permettent de les rendre à la fois moins austères et plus opératives.

Une fois de plus, l’équipe de Renaissance traditionnelle nous offre un bilan de recherches que certains jugeront peut-être austère, mais qui contribue à solidifier les bases d’une franc-maçonnerie française qui se développe autour de sa diversité, chaque branche respectant d’autant plus les autres qu’elles ont connaissance de la réalité de leur histoire. Que l’imaginaire ait une place dans ce qui s’est construit ne doit pas conduire à des constructions imaginaires.

dimanche 29 décembre 2019
  • 7
    yonnel ghernaouti, YG
    30 décembre 2019 à 08:18 / Répondre

    Cette année, le Comité de sélection de prix littéraires de l’Institut Maçonnique de France (IMF), dirigé par notre Sœur Catherine Jeannin-Naltet, par ailleurs vice-présidente de l’IMF, avait choisi de mettre à l’honneur les revues maçonniques.
    Ainsi les nominés étaient : http://bit.ly/2ZBQDLo
    – Renaissance Traditionnelle,
    – Les Cahiers Villard de Honnecourt,
    – Le maillon de la chaîne maçonnique.
    Et le lauréat est « Renaissance Traditionnelle », revue française trimestrielle d’études maçonniques et symboliques fondée par René Guilly (1921-1992) en 1970 http://bit.ly/2Q7KWBF
    Au regard de la grande qualité de RT, une récompense plus que méritée !

  • 6
    willermoz 59
    29 décembre 2019 à 21:40 / Répondre

    Oui, en réponse à (3) Lazare-Lag , effectivement subtilité involontaire il y au royaume de l’ ésotérisme, c’était en réponse à un post de l’article « Nous tenons Loge ce soir » en non pas à l’article sur le revue Renaissance Traditionnelle, très belle revue au demeurant qui honore la FM. Comme quoi, mea culpa, il faut être prudent en écrivant, merci mon BAF d’avoir signalé cette note d’humour hors des clous…
    Le fakir marche dans les clous (Bashung) cependant….bonnes fêtes à toutes et tous.

    • 8
      Lazare-lag
      30 décembre 2019 à 10:03 / Répondre

      Je comprends mieux maintenant le sens de ton message n°1.
      Tu voulais donc placer ton message avec la citation de Pierre Dac sous une des interventions de l’article « Nous tenons Loge ce soir ».
      J’imagine sous la n°4 de Chut, ou sous la n°5 de moi-même, ou une autre, peu importe.
      Personnellement, je t’invite à aller l’y déposer quand même car, effectivement, on en saisirait mieux l’humour qu’ici même, où cette citation est hors-sujet.
      J’irai même jusqu’à penser qu’en étant placé là-bas, à l’endroit idoine, de ton message contenant la citation de Pierre Dac (pour mémoire: « L’avenir de Monsieur est devant lui, et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour. », on pourrait alors peut-être dire que ton post est rieur.
      (Désolé, mille excuses, on ne peut vraiment pas dire que je termine 2019 en beauté….).
      Que le réveillon soit pour toutes et tous bien meilleur que mes tournures de potache!

  • 5
    Michel
    29 décembre 2019 à 20:00 / Répondre

    Personnellement quand je lis , plus ancien document maçonnique français datant de 1732, je ne vois pas comment certaines obédiences françaises se veulent plus anciennes sans preuves formelles ? Est-ce le sens de la conclusion de notre frère Bacot ? A lui de nous répondre.
    J’ignore d’ailleurs si cette loge à cette date est une loge-mère provinciale ou une loge obédiencielle ? Merci aux historiens de nous répondre…
    Beaucoup oublie qu’un historien doit traiter des pièces écrites vérifiés et non des hypothèses « symboliques » comme font souvent certains maçons…

  • 2
    Désap.
    29 décembre 2019 à 15:18 / Répondre

    Dac, un vrai et bien inspiré maçon qui ne badinait pas avec la réalité, il était juif, ça aide parce que se raconter des histoires peut être fatale, mais le TCF Geplu est pas mal non plus lorsqu’il écrit : Que l’imaginaire ait une place dans ce qui s’est construit ne doit pas conduire à des constructions imaginaires.

    • 4
      GépluAdministrateur
      29 décembre 2019 à 17:38 / Répondre

      Attention Désap, comme dit en intro cette recension n’est pas de moi mais de Jean-Pierre Bacot. 🙂

  • 1
    willermoz 59
    29 décembre 2019 à 13:14 / Répondre

    « L’avenir de Monsieur est devant lui, et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour. »
    Notre Frère Pierre Dac

    • 3
      Lazare-lag
      29 décembre 2019 à 15:55 / Répondre

      Comment doit-on comprendre cette citation de Pierre Dac par rapport à l’article de Géplu et au n°194 de Renaissance traditionnelle? Personnellement, une subtilité doit m’échapper.

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