Bacchus chez les francs-macs, 2

Publié par Géplu

__________________________ Les aventures de Pierre-Paul, le Candide __________________________
Texte de Pierre-Paul. Illustrations de François Morel.

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Bacchus chez les francs-macs

un banquet d’ordre mythique !

2 éme épisode.
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« QUI SONT-ILS ? »

Trop boire noie la mémoire, dit-on. J’ai peut-être un peu abusé de cette eau-de-vin. Toujours est-il que je me retrouve ici, en toge[1], dans un banquet, avec mon thyrse [2] à pomme de pin à la main et ma couronne de feuilles de vigne plantée de guingois sur les yeux [3] !

Les convives sont nombreux. Il y a plein de gens autour de moi, avec de drôles d’habits ! Je les écoute : Les hommes portent le haut d’une toge – je crois qu’ils appellent cela un chemise -, et les femmes le bas de la toge – il me semble qu’elles parlent de robe.

À première vue, ce sont des miséreux : ils ne peuvent pas s’offrir la tenue complète, alors ils se la partagent en couple. Les maris – ceux qui portent la toge du haut – ont une espèce de ficelle qui leur noue le cou – une cravate, si j’ai bien compris – et des braies de Gaulois pour cacher leur intimité du bas – ils disent des pantalons. C’est vraiment étonnant !

…Oh, comme c’est dommage ! Ils ont abandonné le triclinium [4], le lit de table à trois – si pratique, après avoir bu, pour les ébats ! – en faveur de la chaise curule [5] en bois, sans bras : elle a le méchant tort d’éloigner des invités qui aimeraient sans doute, après bombance, passer de ribote en ribaudes !

UN DIEU CHASSE L’AUTRE.

Assis autour d’une table, ils portent de petites nappes blanches autour du cou, sur l’épaule ou sur le bras gauche. Bizarre ! Ils les nomment des « drapeaux [6] ». Le couteau en main qu’ils tiennent comme un « glaive [7] », ils lèvent des vases en verre (leurs « canons [8] » !), remplis d’un vin très rouge (de la « poudre forte [9] », disent-ils), en l’honneur d’un certain Grand Architecte de l’Univers. Il aurait – paraît-il – remplacé Yahvé, le dieu unique qui nous avait chassés.

Ça, c’est une bonne nouvelle ! Mais je n’arrive plus à suivre. Les évènements se bousculent. Quel chambardement dans la galaxie ! Après Zeus, Jupiter, Yahvé, voilà qu’apparaît maintenant un GADL’U (c’est son petit nom, en raccourci).

Je suis totalement perdu. Je ne sais plus lequel il faut adorer aujourd’hui. Être dieu, ça devient dangereux ! Il va falloir que je songe à me recycler…

LA LUMIÈRE DU GADL’U.

Un coup de maillet : le tonneau doit être en perce !

  • La lumière apparaît aux Apprentis.
  • Elle éclaire les Compagnons.
  • Elle illumine les Maîtres [10].

Les coups de maillets se succèdent, et les voix des officiants se répondent.

Mais… Mais c’est extraordinaire ! Je n’avais pas fait attention : on y voit comme en plein jour. Et sans les lampes à huile qui tachent les doigts et qui éclairent si peu ! Ils sont parvenus à coller au plafond des espèces de boules lumineuses qui rayonnent dans toute la pièce sans s’éteindre jamais. Comment ont-ils fait ?

Ah, le pauvre Phébus [11] ! Il est bien dépassé avec son soleil qui ne rayonne que le jour ! Et Prométhée [12], avec le feu qu’il a donné aux hommes, il ne fait assurément pas le foie ! – Oh, pardon ! ma langue a fourché, je voulais dire : le poids ! -. Combien plus grand est le GADL’U, qui leur apporte de la lumière dans les ténèbres et qui met de la clarté dans leur nuit !

LE VÉNÉRABLE.

« À l’ordre de table [13], mes Frères. Haut les armes [14] ! En joue [15] ! Petit feu ! Buvons ! » s’écrie un homme qui porte autour du cou un licou coloré. Il est jeune, et ils le vénèrent sous le nom d’un vieux : « Vénérable », qu’ils le baptisent pour se moquer de lui.

[1] Toge romaine : Vêtement constitué d’une longue et seule pièce d’étoffe aux plis drapés, il est porté sur l’épaule gauche, ceinturé sur la poitrine (umbo), ramené sur le bras droit en demi-cercle (sinus) et rejeté sur l’épaule droite.
[2] Thyrse : Le thyrse est l’attribut principal de Dionysos. Sceptre orné de feuilles de lierre, il est surmonté d’une pomme de pin.
[3] Couronne de Bacchus : La représentation la plus connue de Bacchus est celle qu’en donne le tableau du Caravage (XVIème siècle). Le dieu, couronné de pampres de vigne, tient dans sa main un cratère rempli de vin.
[4] Triclinium : Ensemble de trois lits disposés en fer à cheval, ouvert sur le quatrième côté pour le service, le triclinium pouvait recevoir jusqu’à neuf personnes (trois par lit).
[5] Curule : La chaise curule est un siège dont les pieds entrecroisés, en forme d’esses allongées, sont recouverts de tissu. Elle est réservée aux notables dans la Rome antique (consuls, édiles, prêteurs, magistrats).
[6] Drapeaux : Ce sont les serviettes de table que les Apprentis portent sur l’avant-bras gauche, les Compagnons sur l’épaule gauche et que les Maîtres roulent autour du cou (rituels des banquets d’ordre).
[7] Glaives : Ils désignent les couteaux (rituels des banquets d’ordre).
[8] Canons : C’est un autre qualificatif pour désigner les verres (rituels des banquets d’ordre).
[9] Poudre forte : Il s’agit du vin (rituels des banquets d’ordre).
[10] Lumière : « La lumière apparaît aux Apprentis, elle éclaire les Compagnons, elle illumine les Maîtres » (ces phrases sont prononcées au début des travaux de table du banquet d’ordre du solstice d’été pour le « Rite Écossais Ancien et Accepté »).
[11] Phébus : Personnification divine du Soleil, assimilé à Apollon, Phoebos signifie « Le Brillant » en grec.
[12] Prométhée : Dans la mythologie grecque, Prométhée est un géant. Il apporte la civilisation aux hommes en leur offrant le feu sacré, réservé aux dieux. Pour le punir, Zeus l’enchaîne sur le mont Caucase. Chaque jour un aigle lui dévore le foie, qui repousse aussitôt absorbé.
[13] Ordre : « À l’ordre de table, mes Frères. Haut les armes ! En joue ! Petit feu ! Buvons !  » (ces expressions sont extraites du « Rituel du  banquet d’ordre » du « Rite Français »).
[14] « Haut les armes ! » : Le verre plein est tenu dans une main, le bras tendu à l’horizontale, le couteau serré dans l’autre main (« Rituel du banquet d’ordre » du « rite Français »).
[15] « En joue ! » : Le bras replié, le verre au niveau des lèvres (« Rituel du banquet d’ordre » au « rite Français »).

le troisième épisode jeudi

mardi 21 avril 2020
  • 1
    Lazare-lag
    22 avril 2020 à 11:49 / Répondre

    Deuxième épisode, aucun commentaire jusqu’ici….
    Sur ce silence, je voudrais néanmoins rassurer nos auteurs Pierre-Paul, François… et les autres (on voudra bien m’excuser ce clin d’oeil cinématographique, difficile de ne pas sautet dessus, si je puis dire), je ne pense pas qu’il vaille désapprobation, bien au contraire.
    Je crois, mais je ne prends la parole que pour moi-même, qu’il s’agit là plutôt d’une sorte de recueillement pour mieux savourer l’esprit de l’exercice, mieux déguster le vin proposé, l’apprécier lampée par lampée.
    Peut-être que les langues se délieront à la toute fin, une fois savourée la dernière gorgée.
    Dit autrement: ni approbation, ni désapprobation en cours de libation!
    – – –
    On y apprend aussi des choses et des mots.
    S’agissant de « Triclinium », que je ne connaissais pas, il me fait penser au mot français clinique.
    Je vais me lancer dans une petite recherche étymologique pour voir si l’un a été influencé par l’autre. Ou pas.
    Et vivement demain pour l’épisode suivant.

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