Entre l’équerre et le marteau

Publié par Philippe Foussier
Dans Edition

La 22e condition. Celle dont beaucoup parlent en décembre 1920 mais qui demeure secrète. L’année de la scission du Parti socialiste SFIO et de la création du Parti communiste français voit ce dernier exiger de ses membres des critères d’appartenance dont on peut aisément deviner la teneur. La révolution russe a eu lieu trois ans plut tôt et les bolcheviks étendent leur influence. Des partis communistes se créent qui sont autant des relais de la doctrine soviétique que des instruments de rayonnement de cette réalisation concrète d’une société comme Marx l’avait envisagée au siècle précédent.

En mars 1919, l’Internationale communiste -la IIIe– est créée. C’est elle qui va édicter les prescriptions destinées à encadrer les militants communistes. Trotsky se révèle à l’occasion le procureur le plus implacable de la maçonnerie. Les loges existaient dans la Russie tsariste, même si l’appartenance maçonnique n’était pas bien vue, c’est un euphémisme. A partir de la Révolution russe, la franc-maçonnerie est interdite. Le communisme se méfie de cette institution qui a la réputation justifiée de rassembler des hommes au-delà de leurs appartenances sociales. Au cœur de l’idéologie communiste, la notion de lutte des classes ne doit pas souffrir d’exception. La 22e condition, qui ne sera rendue publique qu’en 1922, plane sur les débats qui mobilisent les congressistes réunis à Tours en 1920. L’Humanité publie le 18 décembre 1922 la résolution adoptée à Moscou selon laquelle « l’Internationale considère comme indispensable de mettre fin, une fois pour toutes, à ces liaisons compromettantes et démoralisatrices (…) avec les organisations politiques de la bourgeoisie ».

Denis Lefebvre met en lumière les archives et les débats de l’époque et fait se croiser la grande histoire avec celle de destins individuels, ces francs-maçons attirés par l’idéologie communiste partagés entre deux appartenances. Certains se plient aux injonctions de l’Internationale, d’autres rechignent. O y croise Marcel Cachin, dont le parcours maçonnique est bref, Louis-Oscar Frossard, le secrétaire général du tout jeune PCF, qui en démissionne, ou encore Antonio Coen qui deviendra ultérieurement grand maitre de la Grande Loge de France, mais aussi des francs-maçons moins connus dont le parcours subira les oukases de Moscou. L’auteur nous relate aussi la réaction des obédiences, sans oublier de se pencher sur les signes avant-coureurs de cette hostilité de gauche à la franc-maçonnerie, perceptible dans certains courants de la fin du XIXe siècle et qui auront aussi au sein de la SFIO une réalité bien tangible à partir de 1905. Soit bien avant la création du Parti communiste.

Philippe Foussier

Cet article paraitra dans le n°330 de janvier 2021 de la revue du GODF Humanisme.
Sur le même sujet, on peut aussi consulter l’article « 1920 : francs-maçons au congrès de Tours » du numéro de décembre 2020 de la revue L’Ours, Recherche Socialiste.

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Communisme et franc-maçonnerie ou la 22e condition…
par Denis Lefebvre. Chez Conform édition, chez Amazon ou de préférence dans la librairie la plus proche de votre domicile. ISBN : 978-2374452555

dimanche 6 décembre 2020
  • 3
    Fuls
    13 décembre 2020 à 11:15 / Répondre

    J’ai l’expérience d’une loge (opéra) en France: mes positions plutôt de gauche ont fait fureur … à me pousser vers une loge soi disant plus en accord avec mes idées politiques ! Certes il y a longtemps; c’était en 2018.
    Cela ne m’empêche pas de continuer à travailler.
    Merci pour ce blog.

  • 2
    Luciole
    9 décembre 2020 à 22:57 / Répondre

    La FM n’est pas démocratique. Le Vénérable a tous les pouvoirs et il est élu par un groupe interne à la loge. Les autres cotisants sont eux même divisés en muets ou parlants.Bon le système me convient depuis des décennies et je pousse un peu mais pas tellement. Ce qui nous différencie c’est que ce n’est que ponctuel pour une assez courte période alors qu’un bon chef communiste peut espérer se maintenir 10 ou 20 ans si ses acolytes ne l’éliminent pas plus tôt.

  • 1
    Peter Bu
    9 décembre 2020 à 16:42 / Répondre

    « Le communisme se méfie de cette institution qui a la réputation justifiée de rassembler des hommes au-delà de leurs appartenances sociales. » Je crois que les communistes craignaient surtout le caractère démocratique de la franc-maçonnerie.

    Sauf erreur, le gouvernement de Kerensky de février 1917 comprenait beaucoup de francs-maçons. (J’ai même lu qu’un seul de ses membres n’appartenait pas à la franc-maçonnerie). Cela aurait suffit pour que les « bolchéviks » l’interdisent.

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