Henri Bartholomeeusen nouveau président du Centre d’Action Laïque

Publié par Géplu

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mercredi 26 mars 2014
  • 1
    Grunchard
    28 mars 2014 à 21:07 / Répondre

    Sa première interview, dans Le Soir de Bruxelles :
    La raison contre les peurs
    HENRI BARTHOLOMEEUSEN, PRÉSIDENT DU CENTRE D’ACTION LAÏQUE Mercredi 26 mars 2014
    Le Centre d’action laïque appelle à l’apaisement dans les débats sur les lois éthiques, qui sont de plus en plus envahis par des considérations qui s’appuient sur des supputations et des amalgames, au détriment d’arguments scientifiques et philo-sophiques rationnels. Le combat pour le droit à l’avortement en est un exemple criant.
    Al’heure où certains ressortent leurs velléités d’interdiction et agitent à nouveau leur catalogue de peurs à l’occasion de l’anniversaire du vote de la loi dépénalisant partiellement l’avortement en Belgique, le Centre d’action laïque souhaite appeler tous les démocrates à débattre des questions éthiques avec calme et rationalité. Toute critique est respectable si elle vise le bien commun et s’appuie sur des arguments rationnels. Agiter des craintes liées à l’émotion ou à des dogmes ne contribue pas à un débat démocratique serein. A cet égard, nous devons constater que la violence des campagnes contre les partisans de la liberté de choix pour les femmes et l’agressivité de ceux qui leur dénient le droit de disposer de leur vie sont fort éloignées de la sérénité. Les arguments scientifiques ou philosophiques rationnels sont de plus en plus évincés du débat au profit de communications qui recèlent mensonges, supputations et amalgames.
    Rappelons une bonne fois que le fait d’ouvrir un droit n’oblige personne à y recourir. Donner une possibilité élargit le champ des libertés individuelles pour tous les citoyens, alors que la volonté d’interdire ou de réduire l’accès au droit vise, au contraire, à obliger tous les citoyens à se conformer à l’avis d’une minorité de fondamentalistes. L’existence d’une loi est la meilleure garantie que des garde-fous seront placés là où c’est nécessaire. L’absence d’un cadre légal laisse le champ libre aux abus de toute nature, à la clandestinité et à de dramatiques situations de santé publique. Car en ce qui concerne le droit à l’avortement, encadré comme il l’est par la loi de 1990, c’est bien de cela qu’il s’agit. Laissons là les débats idéologiques : rien n’est plus éloigné des préoccupations du citoyen comme du législateur. Rien n’est plus éloigné des préoccupations des professionnels de la santé qui assistent, au quotidien, à la détresse des femmes confrontées à des grossesses non désirées et qui connaissent les catastrophes sanitaires qu’entraînent les avortements clandestins. Qui peut raisonnablement souhaiter un retour à la situation antérieure ? Restons humains.
    La laïcité, faut-il le rappeler, ne défend aucune posture partisane : elle postule la liberté la plus large pour tous, y compris pour les religions. Elle est même la condition de la liberté religieuse. En matière d’éthique, nous défendons des positions argumentées qui vont dans le sens de l’intérêt collectif en matière de santé publique. A l’opposé, les slogans des marchands de peur sont volontairement exagérés et outranciers : « bébés à naître » pour qualifier des embryons, « culture de la mort » pour évoquer la fin de vie digne, « marche pour la vie » pour priver les femmes de leur droit à une vie choisie, « horreur législative » pour dénigrer un vote parlementaire qui leur déplaît.
    Les statistiques officielles, tant belges qu’internationales, sont formelles : le cadre légal a permis de réduire spectaculairement les décès liés aux avortements clandestins et a fourni aux femmes un accompagnement psychologique auquel elles n’avaient pas accès auparavant. Critiquer cette situation, c’est souhaiter le retour à la situation antérieure et aux drames personnels et sanitaires subséquents. Plus grave est l’entrave morale qui s’exerce à l’encontre des praticiens qui agissent comme la loi les y autorise. En Italie par exemple, où l’avortement est légal, 80 % des médecins refusent de le pratiquer par crainte de représailles morales. Alors qu’ils n’ont rien à craindre du point de vue légal, ces professionnels de la santé abandonnent à leur sort des femmes en situation critique. Est-ce cela, être « pour la vie » ? En Belgique aussi, de plus en plus de médecins refusent de pratiquer des avortements.
    Face à cette situation délicate, il y a des réponses préventives évidentes : former les médecins à la pratique de l’avortement et les sensibiliser à la médecine sociale ; investir sérieusement dans l’éducation scolaire à la vie affective, sexuelle et reproductive en s’appuyant sur des professionnels spécifiquement formés. Ici encore, cette nécessité, reconnue par tous et entérinée comme une mission prioritaire de l’école, s’avère extrêmement difficile à mettre en œuvre. Pourquoi ? Qui a intérêt à empêcher nos enfants de disposer des outils leur permettant d’adopter une attitude de respect mutuel, de comprendre les mécanismes affectifs, de prévenir les MST/IST et les grossesses non désirées ? Quel agenda cet intérêt sert-il ?
    Poser la question, c’est y répondre. C’est un agenda purement politique. Un agenda qui veut maintenir les femmes en situation de dépendance. Un agenda qui refuse les évolutions de la société, en matière de liberté familiale notamment. On a vu, dans l’enceinte du parlement européen, la vigueur ahurissante avec laquelle les organisations conservatrices s’opposent à l’instauration d’une telle éducation à l’école. Tant il est vrai que l’instrumentalisation des peurs repose sur le maintien des inégalités et de l’ignorance.

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