Ciril.K_Nietzsche
un dessin de Ciril.K (www.delartoudumacon.com)

La foire aux vanités et la vacuité du pouvoir

Publié par Emerek Le Fol

Voilà une chronique qui, une fois encore, décoiffe. Emerek « secoue le cocotier » du GODF. Je tiens à rappeler que, comme pour la lettre ouverte de Patrice Deriémont publiée lundi dernier et les autres contributions (celles de Jean-Luc Maxence par exemple), les idées et avis exprimés par ces contributeurs n’engagent qu’eux et ne représentent pas une ligne éditoriale du Blog Maçonnique qui se veut juste un outil d’information(s) sur la franc-maçonnerie, indépendant de toutes obédiences ou coteries.
En ce sens le Blog Maçonnique Hiram.be est disponible, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, pour accueillir tous les Frères et Sœurs qui souhaitent s’exprimer, pourvu que leur message soit cohérent et constructif.

Géplu.

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Chronique du Mercure – 6

Avec la saison des convents et la recomposition des conseils de l’ordre ou fédéraux s’ouvre l’annuelle foire aux vanités. C’est à croire que le port du sautoir fait oublier en un seul instant toutes les leçons comportementales faites, entre autres, d’apprentissage de l’humilité et de l’altruisme que la fréquentation assidue des loges bleues a dû permettre d’acquérir aux nouveaux membres de l’Exécutif. Pour un certain nombre de membres qui «montent au Conseil» pour servir l’Ordre et l’Obédience avec sincérité, dévouement et loyauté, combien ne se font élire que pour le plaisir de venir à Paris une fois par mois, aux frais de la «veuve» et pour parader, avec leur sautoir, dans leur nombreuses et coûteuses visites aux loges ?

Mais être membre du Conseil et arborer un beau sautoir ne saurait suffire à ces Tartuffes. Encore leur faut-il un titre qui les distingue du commun des conseillers. C’est ainsi que tel grand-maître, pour se garantir une «majorité» de courtisans à sa botte distribue, à l’avance, des titres de «grand officier» en charge d’une mission quelconque ; Certain multipliait les pains, d’autres, tout aussi «faiseur de miracles» à moins que ce ne soit de mirages, multiplient les titres ronflants. Pour ne prendre qu’un exemple, l’actuel Conseil de l’Ordre du GODF, au-delà du bureau et des présidents de commission qui eux remplissent, bien ou mal, une fonction, compte une vingtaine de «Grands officiers» en charge de…. Il est vrai qu’arborer ce titre sur sa carte de visite pose un homme ! Chacun a les ambitions qu’il peut. L’intitulé des missions ressemble plus à un inventaire à la Prévert qu’à l’organigramme d’une des plus importantes associations, par le nombre de ses adhérents, de France. Heureusement pour eux qu’il ne vient pas à l’idée d’un délégué au Convent de demander à ces «Grands officiers en charge de… » de rendre compte de leur mission ; ils en seraient bien incapables car pour la plupart d’entre eux les seules preuves de l’accomplissement de celle-ci résident dans la plaque «titrée» qu’arbore leur bureau et la fameuse carte de visite. Pas même le moindre rapport sur la thématique dont ils ont, en théorie, la charge, pas la moindre note de réflexion «politique» sur leur domaine, pour lequel ils sont, en théorie, missionnés ! Pourtant, certains, minoritaires, sans doute des naïfs à moins que ce ne soit des frères consciencieux, dévoués et sincères (si, si, cela existe, même dans les cercles dirigeants) prennent au sérieux leur mission et préconisent des améliorations dans les domaines dont ils ont la charge, mais leurs préconisations terminent dans un tiroir. Quid par exemple des conclusions d’un certain audit commandé à une société extérieure sur le fonctionnement de l’obédience ? Comment pourrait-il en être autrement dans un système où il n’y a aucun contrôle des missions accomplies ? C’est à désespérer les conseillers qui sont là pour servir plutôt que se servir. Mais, même ceux, lucides, qui désapprouvent de telles pratiques, s’en tiennent à un «devoir de réserve» ; sans doute pour ne pas désespérer les loges, comme en d’autres temps il ne fallait pas désespérer Billancourt. On sait ce qu’il est advenu de ce système mystificateur.

La plus importante obédience maçonnique française, par ailleurs l’une des plus importantes associations de France est «gérée» avec l’amateurisme désinvolte du plus petit des clubs de boulistes de quartier. Gérée ? Non, même pas ! Administrée par une administration aussi pléthorique que couteuse, aussi archaïque qu’inefficace, sans d’ailleurs que le dévouement du personnel soit en cause. L’obédience n’est qu’un outil pour tenter, modestement, d’améliorer «l’homme et la société». Cela suppose de l’ambition pour l’obédience et non pas de l’ambition personnelle. L’obédience en a les moyens financiers et recèle dans ses loges, les talents et les énergies nécessaires, qui ne demandent qu’à pouvoir s’exprimer, qu’à être encouragées. C’est là affaire de coordination, de volonté. Et il y a bien, malgré tout, un tiers des conseillers de l’ordre qui doivent être prêts à mettre leurs compétences au service de l’obédience.

Les points à améliorer dans le fonctionnement de l’obédience sont nombreux, tant pour ce qui concerne le fonctionnement interne que le rayonnement extérieur. Comment améliorer l’expression de ce fantastique exercice d’intelligence collective que reste le processus des questions à l’étude des loges ? Comment favoriser la communication interne, au plan horizontal entre les loges, au plan vertical entre les loges, les régions, l’exécutif ? Comment concrètement améliorer le contrôle par le législatif des missions dévolues à l’exécutif ? Comment améliorer l’image de la franc-maçonnerie en général et du GODF en particulier ? Quelle politique de communication mener avec quelles stratégies ? Quelle politique culturelle ? Quelle politique de mécénat pour la fondation ? Autant de questions qui méritent autre chose que des discours, des effets d’estrade, et des incantations sur la défense des valeurs républicaines. «Bien penser, bien dire, bien faire» est l’une des maximes de la voie initiatique maçonnique, il est vital de s’en souvenir. Le temps est venu de la réflexion et de l’action.

Je ne sais si, comme l’écrivait ici-même récemment un autre contributeur, «le poisson pourrit par la tête», mais il est sûr que «il y a quelque chose de pourri au royaume de Cadet». «Être ou ne pas être, telle est la question». Notre société, en perte de repères, a plus que jamais besoin d’une société initiatique des temps modernes. Que faire pour que le GODF devienne celle-ci ?

Telle est la question que, entre deux coupes de champagne dont je ne doute pas qu’il sera pétillant, et un banquet républicain où les incantatoires discours d’intention seront fleuris, les délégués du convent seraient avisés de se poser et à laquelle il serait salutaire que les élus au conseil de l’ordre s’efforcent, concrètement, de répondre, le temps de leur mandat, au lieu de se soucier de l’ordre protocolaire et du tire qu’arbore leur carte de visite. L’électrification du continent africain, pour importante qu’elle soit, n’est sans doute pas le problème prioritaire de l’obédience et ce n’est sans doute pas là, non plus, qu’est la légitimité de sa parole, encore moins celle de son action «concrète». Vous avez dit «faire avancer concrètement la société ? Contentez-vous de tenter de faire avancer, «concrètement» le fonctionnement du GODF. Cinquante et un mille membres vous en sauront gré. «Fais ce que dois, advienne que pourra» comme on dit à certain grade de la voie initiatique maçonnique !

Emerek Le Fol

dimanche 14 juin 2015
  • 6
    Yvan d'Alpha 2180
    14 juin 2015 à 20:25 / Répondre

    Venez maçonner à Marseille dans le site historique du GO. Outre vos 400€ annuels, ça vous coûtera 12€ en parking et 16€ les agapes. Soit 48€ la tenue environ ce qui il faut en convenir s’apparente à un sport de riche.
    Venez visiter le site du GO à la Ciotat, à quelques encablures de Marseille et vous verrez un état de délabrement de la villa Lumière qui n’a rien de lumineux.
    Et des BdR la maçonnerie de la rue Cadet nous paraît parfois bien éloignée de nos préoccupations provençales …

  • 5
    astronome64
    14 juin 2015 à 19:09 / Répondre

    Cette chronique à laquelle je souscrit reflète assez bien le sentiment général dans mon atelier. Un CA de plus de 6 M€ pour ne rien produire sinon des tonnes de paperasses que personne ne lit (cela dit ,le salaire du gars à la photocopieuse à Cadet est assez croquignolet… ) entretenir une administration (que le regretté Enver Hoxja nous envierait) victime du syndrome bureaucratique, récuperer et encaisser les 3000 cheques des loges, payer des études ou prestations dignes de nos amis de Bygmalion..on sait tous faire ! De nombreux FF désormais (crise oblige) ont du mal à payer la capitation (étant hospitalier j’en sais quelque chose) et le R.O.I comme dirait Daniel est assez négatif ….
    Faut il parler des couts à l’international (je pense à nos si chères loges espagnoles..)? Mais la cerise sur le gateau c’est quand même le triangle à 36 euros per capita pour un banquet républicain lors du Convent… Comme Reims est à plus de 900 kms de Bayonne, on va affréter un Falcon, c’est dans l’air du temps.
    Bref la maçonnerie est un sport de riches !!!

    • 7
      Chicon
      26 juin 2015 à 19:51 / Répondre

      Effectivement, un jour on se rend compte que la pratique reguliere de la FM a son prix Un exemple parmis d’autre : capitations nationale, regionale, plus celle de la Loge = 600 € frais divers de déplacement et de visite = 500 € a 3000 € achat de décors = 150 € agapes = 500 € coups a boire au bar = 50 € livres et rituels = 100 €
      Cela fait 1900 € par an garantis. Avec cela on paie ses grandes vacances avec Madame. Cela merite reflexion. Et il y a de grandes différences de prix entre les obediences françaises et etrangères. Les françaises sont les plus cheres.
      Faites vos comptes si vous osez…

  • 4
    SEVIN Pierre
    14 juin 2015 à 17:44 / Répondre

    Ah ..! les titres et décors… N’est-ce pas Pierre DAC ce Frère Champenois et humoriste (à plein temps !) qui disait plaisamment : être « De Garenne…ça vous pose un lapin ! »?
    « Sublime Prince…etc » -« Grand Inquisiteur…etc » « Souverain…etc »…ça vous a « de la gueule », n’est-il pas vrai ?
    Evidemment, on peut parfois s’interroger – par ailleurs – sur le coût de la course aux créations de Loges dans les pays de l’Est…course entre Obédiences…Laquelle en fera le plus…
    51.000 fois quelque 200 euros…quelle manne !
    Voilà 46 ans que j’y abonde…sans fierté excessive ni regret …sinon, et comme je n’ai pas à craindre le poignard des Frères de Vengeance , j’aurais tout loisir de me retirer – mais le partage fraternel de valeurs essentielles à ma condition d’Athée résolu vaut bien quelques sacrifices (plaie d’argent n’est pas mortelle !)
    Un Frère champenois

  • 3
    Legati
    14 juin 2015 à 12:52 / Répondre

    J’avoue que la dénonciation populiste des « tartuffes » de Cadet me lasse un peu (beaucoup). Le « tous pourris », même maçonnique n’a rien d’un argument démocratique.

    Après tout, la vanité de ceux qui se font élire pour « le plaisir de venir à Paris une fois par mois, aux frais de la «veuve» et pour parader, avec leur sautoir, dans leur nombreuses et coûteuses visites aux loges » est-elle plus grande que celle de ceux qui écrivent anonymement des tribunes au vitriol sur les blogs pour leur taper dessus ?

    vanitas vanitatis…fraternellement…

  • 2
    benoit malon
    14 juin 2015 à 10:53 / Répondre

    Six Millions et demi d’Euros de budget méritent que le convent interroge , sérieusement l’éxécutif sur sa gestion et sur le bien-fondé de certaines subventions données à des loges ou des régions, subventions qui , parfois , semblent plus liées à des critères  » politiques » d’équilibre au sein du conseil de l’ordre qu’à des critères d’intérêt général , basés sur des politiques clairement définies . Des politiques clairement définies aboutissent , partout, dans les entreprises, les ONG et les importantes associations à des plans d’actions annuels, avec des objectifs définis . Ceux-ci deviennent contrôlables .D’où la question : Si il n’y a pas de politiques définies, avec des plans d’actions annuels et des objectifs définis qui pourraient être controlés ,est-ce par incompétence ou par volonté de non-transparence? Le GM actuel étant un manager chef d’entreprise, on peut penser qu’il a la compétence en termes de management… Quoi qu’il en soit , il n’est pas acceptable , en 2015, qu’un tel budget annuel qui correspond au chiffre d’affaires d’une grosse PME soit géré comme celui d’une amicale de boulistes de quartier , comme l’écrit Emerek le Fol. Car un tel budget pour une  » production » aussi faible quantitativement et qualitativement , cela pose problème, non????

  • 1
    Rause Cire
    14 juin 2015 à 10:46 / Répondre

    N’est ce pas le reflet , toutes proportions gardées, des loges et pas seulement parisiennes ! La course aux bijoux, décorations, sautoirs est une réalité dans nombres de loges à telle enseigne que pour certains c’est une finalité maçonnique ! L’humilité, la discrétion, l’altruisme ne sont pas toujours prioritaires pour certains Frères , c’est regrettable mais pour autant sont-ils de mauvais maçons ? La priorité reste le partage d’idées essentielles , le goût de paraître, décoré comme un arbre de Noël , fier et suffisant d’une reconnaissance ornementale n’est que le reflet de l’homme déchu que nous sommes ! La règle première est la tolérance , je respecterai toujours un maçon même trop décoré de part son engagement initial ! Et puisque nous sommes dans les citations je conclurai par
    : « Ne jeter pas la pierre à nos frères dignitaires ….je suis derrière » (librement inspiré de G.B.)

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