pyramides egypte

La Loge « Les Vrais Amis d’Egypte » 1799-1845

Publié par Géplu
Dans Divers

.
LA LOGE « LES VRAIS AMIS D’ÉGYPTE »
Conférence prononcée le 9 avril 2002 devant Les Amis de la Vieille Valette, 
par Jean-Pierre ZIMMER, Institut d’Études et de Recherches maçonniques (Iderm), Toulon (1)

Tout part de Toulon. Nous sommes en 1798. Le Directoire renonçant à l’invasion de l’Angleterre, a décidé, cédant aux avis de Bonaparte, de Magallon, consul de France au Caire et de Barralier, consul à Alexandrie, entre autres, de monter cette expédition d’Égypte pour couper la route de l’Inde aux Anglais, mais aussi pour mieux connaître ce pays mythique et il faut bien reconnaître que si le premier but a été manqué, le second a été une réussite. Accessoirement le Directoire n’était pas fâché d’éloigner un général ambitieux. En quelques semaines, le corps expéditionnaire est organisé. La rade de Toulon est couverte de navires ; et comme elle n’est pas assez grande, il y en a aussi à Marseille, Gènes, Ajaccio et Civitavecchia. Les Anglais, quant à eux, sont embusqués au large du cap Sicié, mais ils soupçonnent encore un raid sur l’Angleterre car le secret est bien gardé.

Les troupes affluent à Toulon, et comme les bâtiments militaires sont insuffisants pour les contenir, on en loge un peu partout chez l’habitant ainsi que dans les communes avoisinantes. Cela ne va pas sans inconvénient pour la population, mais l’argent coule, alors on supporte. Fermez un instant les yeux et imaginez cette forêt de mâts sur la rade, ces magnifiques navires, et aussi le bruit. Il y a celui des charrois, et puis les cris, la foule grouillante des matelots, portefaix, soldats auxquels se mêlent les Toulonnais, et encore les odeurs, celles du port, à laquelle se mêlent celle des rues et des animaux et enfin le quai, encombré de toutes sortes de fournitures, à un point tel qu’il s’affaissera.

Au total, cette expédition est composée de 13 vaisseaux de ligne, 17 frégates, 35 autres bâtiments de guerre, 280 transports, 16000 matelots, 38000 officiers et soldats, plus les chevaux et tout le matériel nécessaire. Cependant on a eu du mal à constituer les équipages, l’émigration et la guerre civile ont ponctionné durement les effectifs expérimentés, aussi, c’est avec des équipages incomplets et insuffisamment entraînés que la flotte quitte le port le 19 mai. Elle a été précédée le 18 par les vaisseaux l’ Aquilon et le Spartiate, ce dernier commandé par Maurice Emeriau qui sera plus tard commandant en chef de l’escadre de la Méditerranée.

Sur le navire amiral, l’Orient, ex- Sans-Culotte, se trouvent Bonaparte entouré d’une commission de 187 savants, lettrés et artistes parmi lesquels Bertholet, chimiste, Monge, mathématicien, Geoffroy Saint-Hilaire, naturaliste et aussi un certain Joseph Emmanuel Aurel, dit Marc-Aurel, natif de Valence, ami de jeunesse de Bonaparte qui fréquentait la librairie de son père alors qu’il était en garnison dans cette ville. Marc-Aurel accompagnait Carteaux en qualité d’imprimeur suivant l’armée, sur arrêté du représentant Albitte ; il y avait donc retrouvé son ami Napoléon. À Toulon, libéré de la présence des Anglais, il a repris, avec son frère, l’imprimerie Mallard. Laissant celle-ci aux mains de ce dernier, il est à bord de l’Orient, où il détient le titre d’imprimeur du général en chef et de son expédition. Rappelons que c’est lui qui avait imprimé, aux frais du Trésor National, l’ouvrage de Bonaparte intitulé Le Souper de Beaucaire. Il imprimera les premiers numéros du Journal de l’Armée d’Égypte.

La suite de l’expédition est connue, c’est la prise de Malte le 9 juin, le débarquement à Alexandrie le 1 er juillet, mais aussi, le désastre naval d’Aboukir qui compromettra sans remède notre présence en Égypte. Cette journée funeste, l’amiral Brueys fut tué et Emeriau grièvement blessé. En Égypte, les Français souffrent du dépaysement, le climat n’est pas celui de la mère patrie, ni celui d’Italie. Il a donc fallu organiser un certain nombre de distractions, parmi lesquelles des visites aux pyramides, et l’ouverture de cafés à l’européenne où les soldats peuvent trouver une cuisine plus familière. On a aussi ouvert des théâtres et même, au Caire, un établissement de loisirs semblable au Tivoli de Paris, avec jardin à la française, salles de lecture, pistes de danse, mais uniquement pour les officiers. Cependant, le besoin de convivialité, de fraternité, de solidarité — la peste est de retour à Alexandrie — et un idéal commun amène quelques francs-maçons présents dans ce corps expéditionnaire à ouvrir des loges pour s’y adonner aux pratiques maçonniques. Celle dont il est question et qui fut créée le 28 août 1799 à Alexandrie prit pour titre celui de Vrais Amis Réunis d’Égypte, loge qui travailla à ses débuts Au nom et sous les auspices de la République française. Six jours auparavant, Bonaparte s’était embarqué discrètement pour la France à bord de la frégate Muiron pour y accomplir sa destinée.

Un événement fortuit, la vente à Londres en 1936 d’un diplôme de maître au nom de Marc-Aurel, établi par cette loge, et décrit par G. Froidecourt en 1937 dans les Annales Historiques de la Révolution Française, nous a permis de retrouver ce personnage. Ce document daté du 24 novembre 1799 nous donne les noms des fondateurs de la loge parmi lesquels Beaujeu, son vénérable, maître forgeron de la Marine, Chevalier Rose Croix, membre du Chapitre Le Parfait Silence à Toulon, dont Emeriau sera le Très Sage en 1808. Ce chapitre était souché sur la loge La Double Union, la plus ancienne loge alors en activité à Toulon laquelle comptera aussi l’amiral Infernet parmi ses membres cette même année. On est entre gens qui s’apprécient et se comprennent. La capitulation de l’armée française aboutit à son rapatriement en France par les soins des Anglais et voilà comment la loge se retrouve à Toulon en 1802. Marc-Aurel, quant à lui, retourne à Valence et rejoint les frères de la loge La Sagesse.

Soucieuse de reconnaissance et afin de n’être pas isolée, elle prie le Grand Orient de France de l’accueillir en son sein, se recommandant de la loge La Parfaite Union dont Auguste Aurel, le frère de Marc-Aurel est l’orateur adjoint. Les Vrais Amis Réunis d’Égypte sont alors au nombre de vingt-six, tous issus de la Marine. Et quelques jours après, en présence d’une députation des loges La Paix (celle qui initia Jérôme Bonaparte les 20 et 22 avril 1801) et La Double Union , les Vrais Amis Réunis d’Égypte procèdent à l’initiation de Pierre Fabre, capitaine à la 11 ème demi brigade de ligne. Cette cérémonie permet aussi de s’assurer que la loge travaille avec tout le sérieux nécessaire. L’examen ayant été concluant, le 13 février 1803, des officiers de la loge La Parfaite Union procèdent à l’installation solennelle des Vrais Amis Réunis d’Égypte, consacrant ainsi leur entrée dans le giron du Grand Orient de France.

Lors d’une cérémonie de cette importance, il va de soi que les orateurs qui se succèdent rivalisent d’éloquence. Aussi, pour illustrer mon propos, je vais emprunter quelques-unes de leurs phrases, ce sera ainsi l’occasion de vous faire une idée de l’ambiance qui régnait dans les loges à cette époque. Mais auparavant, il convient que je vous décrive brièvement le paysage maçonnique toulonnais en ce début du XIX e siècle. Letuaire nous rapporte qu’au début du règne de Napoléon 1 er … la franc-maçonnerie était pratiquée et suivie à Toulon avec un zèle et une fièvre difficiles à dépeindre. On ne voyait que loges maçonniques, on n’entendait parler que de loges. Du plus grand au plus petit, fonctionnaires, négociants, artistes, professeurs, industriels, ouvriers, tous étaient maçons… Letuaire exagère quand même un peu. Au début du siècle, il y avait trois loges en activité : La Double Union, créée en 1761, La Paix, installée en 1801 et La Parfaite Union, l’année suivante. Ces deux dernières fusionneront peu après. À ces trois-là vient donc s’ajouter la loge des Vrais Amis Réunis d’Égypte, puis sortent du sommeil dans lequel elles étaient plongées depuis la Révolution, Les Élèves de Minerve, loge qui avait initié Masséna, le 13 mars 1784 et qui abrita aussi Escudier et Les Élèves de Mars et de Neptune puis les Amis Constants et enfin La Parfaite Alliance. Apparaîtront ensuite Les Vrais Amis Constants, et Les Vrais Amis des Arts (y aurait-il de faux amis ?) Certaines étaient accompagnées d’un chapitre abritant les frères des hauts grades, mais tout cela ne recouvrait qu’un effectif d’environ 300 maçons, et encore, beaucoup étant militaires, se trouvaient au service. Les nobles, nombreux avant la Révolution dans les loges de la Marine, ont quasiment disparu. Ces loges se réunissaient notamment chez M. Espagne, cafetier au Pont du Las, rue de l’Asperge, rue de la Comédie, rue Magnaque, rue Sainte Claire ainsi qu’au chapitre de la cathédrale nous dit encore le même Letuaire. Voilà pour le paysage maçonnique, je reviens maintenant aux Vrais Amis Réunis d’Égypte.

Lors de l’installation d’une loge, les discours insistaient généralement sur les buts de l’ordre maçonnique, les vertus qu’il exigeait et, chose très importante, le respect dû aux autorités de l’État. Ce soir-là, le frère Charles, orateur des Vrais Amis Réunis d’Égypte clôtura cette phase de la cérémonie par un discours empreint de lyrisme et quelque peu dithyrambique. En voici quelques aspects… Levez-vous enfants d’Israël, vous voici sur la terre qui vous fut promise lors de votre sortie d’Égypte, parce que dans cette terre déserte d’où vous venez sans route et sans eau, vous vous êtes constamment présentés à lui comme s’il eût été dans son sanctuaire.
Trois ans se sont écoulés depuis lors, et voici l’instant où se réalise la promesse que Dieu fit à Ezechias par la bouche de son prophète Isaïe : vous allez sortir de l’Égypte lui dit-il, vous aurez la liberté de manger le reste de l’année ce que vous trouverez et qui aura échappé au ravage de l’ennemi.

La corrélation entre le départ d’Égypte des Hébreux et le retour de l’armée française est flagrante… Vous n’avez effectivement existé pendant ces deux premières années que sur vos propres ressources et par vos faibles moyens, mais pour parler sans figure, vous n’avez entretenu le germe des vertus maçonniques que par le zèle réuni du petit nombre d’ouvriers qui ont survécu à la destruction du temple de Jérusalem et c’est à juste titre que vous serez appelés Les Vrais Amis Réunis d’Égypte […] Mais quelques solides et profonds que soient les fondements, l’édifice s’écroulera si vous ne marchez dans les préceptes, si vous n’exécutez les ordonnances, et si vous ne gardez les commandements qui furent transmis à Salomon par le Grand Architecte de l’Univers.
Il s’écroulera si vous n’apportez dans vos travaux, la prudence, le zèle et la docilité.
Il s’écroulera si vous ne vous pénétrez les uns les autres que le succès de l’œuvre dépend de cette mutuelle correspondance et de ce concours unanime de tous les ouvriers vers une même fin, etc.
Mais me direz-vous peut-être, il faut plus qu’une vertu humaine pour parer à tous ces inconvénients ? Désabusez vous ! Le remède est plus faible que vous ne pensez. Une exacte discipline vous élèvera à ce degré de perfection. Elle est l’âme et le soutien de tous les gouvernements, de toutes les corporations, de toutes les sociétés.

L’orateur insiste avec raison sur la discipline car elle s’était relâchée en bien des points, ce qui avait été préjudiciable à la Maçonnerie. Mais sans doute faut-il entendre aussi le mot par discipline intérieure aux individus, et l’une n’est pas exclusive de l’autre, au contraire. Mais me sera-t-il permis de le dire ? La volonté nous manque souvent plus que le pouvoir. Rien n’est impossible à la vertueuse et persévérante opiniâtreté de l’homme de bien. Osons faire l’essai de nos forces ou plutôt de celles de la Maçonnerie. Osons entreprendre un ouvrage ; qu’il est glorieux même de commencer. Le succès surpassera peut-être notre attente ; nous aurons mérité du moins l’honneur que Rome malheureuse rendit à un de ses généraux pour n’avoir pas désespéré de la République. Et que peut-il y avoir de plus flatteur pour des maçons vertueux que de travailler à leur propre gloire en relevant celle d’une société qui n’en connaît point sur la terre ni de supérieure en éclat, ni malgré le relâchement même des mœurs d’égale en vertu.

En résumé, la protection que Dieu avait accordée aux Hébreux lors de leur sortie d’Égypte s’étendra aux frères des Vrais Amis Réunis d’Égypte pour autant qu’ils fuient les vices qui affligent l’humanité et auxquels certains maçons ont succombé un peu facilement. Au demeurant, en travaillant à leur propre perfection, les maçons visent aussi à améliorer la société. Au passage, vous aurez remarqué cette allusion à des temps mythiques où la Maçonnerie ne comportait que des hommes vertueux. Aujourd’hui encore, combien de fois n’entend-on pas dire « dans le temps » pour signifier qu’autrefois c’était mieux qu’aujourd’hui. En fait, Le temps passe, mais l’homme ne change guère. Dès lors, la loge travaillera sous les auspices du Grand Orient de France.

Sa composition, les circonstances de sa création lui valent un rapide succès et sept mois après, l’effectif, à l’origine de vingt-six, a doublé et s’est élargi à la société civile. C’est ainsi qu’on voit apparaître un notaire, un directeur de spectacle, un sculpteur, un propriétaire venus rejoindre les frères qui restent en forte majorité dans l’orbite de la Marine. Pour l’heure, ceux-ci ont édifié leur temple dans un local extra-muros loué au frère Venel, moyennant un loyer annuel de cinq cents francs, Ce local possède un jardin donnant sur le béal, ce qui ne manque pas d’agrément. L’activité de la loge est intense : quarante-quatre réunions, rien que pour l’année 1806.

Toujours en 1806, partout en France, les loges célèbrent Napoléon. Austerlitz a marqué les esprits. À Toulon, c’est la loge Paix et Parfaite Union qui organise une fête le 17 août à laquelle participe celle des Vrais Amis Réunis d’Égypte. Ce sera l’occasion d’encenser l’Empereur […] Ce nom qui commande l’admiration rend ma bouche interdite et muette… amour, respect et reconnaissance éternelle sont les moindres expressions que mon cœur éprouve pour ce Héros du monde, le Grand, l’invincible, le magnanime Napoléon, auquel la France doit son bonheur, son éclat et sa gloire.
Image à jamais chérie par le peuple Français que tu as su faire craindre et respecter de l’Univers, image pour toujours gravée au fond de nos cœurs ! Que de bienfaits, que d’avantages nous a généreusement procuré le Guerrier que tu représentes ! Par son génie, ses plans sagement combinés, son courage intrépide, il soumet les Peuples et les Rois, et par le développement de ses rares talents, le succès rapide de ses armes, il étonne l’Univers.
Béni soit à jamais et jusqu’à la postérité la plus reculée, le souvenir de ton auguste et royale personne ! Des millions de bouches prononcent ton nom avec respect et il n’est aucun de tes sujets qui ne cesse de remercier le Grand Architecte de l’Univers de t’avoir protégé, pour son bonheur, au milieu de tant de dangers et de batailles ! Puisse le Ciel conserver tes jours bien au-delà des limites de la vie humaine !

Le fait est que Napoléon, une fois au pouvoir, avait vite compris qu’il avait tout intérêt à contrôler la Maçonnerie plutôt que de la laisser aller à la clandestinité, avec tous les risques que cela comporte. D’autre part, les maçons pouvaient servir sa propagande. Lui-même fils de maçon, il avait placé ses frères Joseph et Louis à la tête des deux obédiences maçonniques d’alors, le Grand Orient de France et la Grande Loge écossaise du Rite ancien et accepté. Les événements politiques d’alors avaient pour conséquence des mouvements de personnes nombreux et qui n’iront qu’en s’accélérant. Or, une loge composée pour l’essentiel de militaires ne pouvait qu’en souffrir. Et c’est ce qui arriva à la loge des Vrais Amis Réunis d’Égypte dès 1806. Son tableau annuel ne comporte plus que quarante-huit frères, dont douze en voyage et Joseph Constant Favereaux, capitaine d’artillerie de marine, mort à Trafalgar, maintenu pour l’honneur. Le 28 novembre, elle écrit alors au Grand Orient que … suite au départ de nombreux frères, puis de compétitions et des élections de l’an XIII, le zèle des maçons a été attiédi et la loge a été virtuellement en sommeil. Les mouvements de militaires n’expliquent pas tout, puisqu’il est question de compétitions, sans doute au moment des élections, ce qui a pu créer une désaffection momentanée [La création du GODF en 1773 a mis un terme à l’inamovibilité des Vénérables, ce qui se traduit par des élections annuelles, l’institution s’est démocratisée, et la Révolution a fait évoluer les mentalités]. Cependant, le Vénérable reprend rapidement les choses en main. Un règlement particulier est adopté le 20 août, précisant que… Tous les frères présents aux travaux prennent l’engagement, tant pour eux que pour les autres membres de l’atelier qui sont vraiment voués aux intérêts de la loge, d’employer tous les moyens qu’on peut concilier avec le ménagement de la dignité de l’ordre, de l’amour propre et de la délicatesse des procédés et démarches, pour lui attirer de nouveaux frères dignes d’elle et de l’institution.

Et dès l’année suivante, son effectif s’établit à soixante et un frères. Le 3 novembre 1807, c’est à son tour d’inaugurer solennellement dans son temple, un buste de l’Empereur. Ce jour-là , le secrétaire note que… la joie la plus vive était peinte sur tous les visages à l’aspect du buste de notre auguste monarque et les voûtes du temple ont retenti du Vivat l’Empereur ! Vivat le Restaurateur de la France.

Je vous ai dit plus haut que l’un des avantages qu’une loge tirait de son attachement à une obédience était de ne pas être isolée. À l’époque, la loge des Vrais Amis Réunis d’Égypte a pu tisser des liens bien au-delà de l’aire toulonnaise : elle correspond avec les loges suivantes : Les Amis Sincères à Avignon, Le Triomphe de l’Amitié de Draguignan, La Réunion des Amis Choisis et L’Étroite Amitié à Marseille, Saint-Charles de la Franche Amitié à La Ciotat, La Persévérance à Carcassonne, Les Amis Fidèles à Cette (Sète) ainsi que Les Cœurs Constans à Grenoble, Les Amis Réunis à Nice, et La Parfaite Union à Agde. Toutes ces loges lui font parvenir le tableau de leurs membres, ce qui facilite les échanges.

Attachée au perfectionnement intellectuel de ses membres, la loge s’applique aussi à poursuivre ses buts philanthropiques. À Toulon, de nombreux indigents survivent grâce à l’aide des diverses sociétés charitables, et les loges maçonniques se font un devoir d’alléger leurs souffrances. Les Vrais Amis Réunis d’Égypte, pour leur part, outre les aides ponctuelles accordées tout au long de l’année, ont pour règle de faire pétrir du pain en vue de sa distribution le jour de la Saint-Jean d’hiver. Quant à l’entraide maçonnique, elle est constante, et la loge secourt de nombreux frères de passage. Il en est qui viennent de Gênes ou de Venise ; certains voyagent avec toute leur famille, en quête de conditions de vie meilleures et plus paisibles. La Fraternité s’étendant sur toute la terre, un prisonnier de guerre anglais détenu au fort Joubert reçoit un secours de la loge. Enfin, elle a pour règle, lorsqu’un de ses frères est malade, de désigner deux ou trois frères pour lui rendre visite ; en cas de maladie grave, c’est tout l’atelier qui, tour à tour, lui rend visite ; coutume analogue à celle du compagnonnage.

Cependant, la faiblesse de ses finances, consécutive à l’absence d’un certain nombre de frères pour raison de service, gène le fonctionnement de cette loge au point que le loyer devient difficile à supporter et qu’elle est en retard pour le paiement de ses cotisations au Grand Orient, cotisations qui portent alors le nom de don gratuit, survivance de l’Ancien Régime. En 1810, elle ne compte plus que vingt-quatre frères sédentaires contre cinquante-neuf en 1807. Elle envisage alors de changer de local et en trouve un, rue de l’Asperge ; cela incite Venel, le propriétaire, à baisser le loyer et par conséquent, elle ne déménagera pas.  Je vous ai dit qu’elle disposait aussi d’un jardin ; malheureusement il est délaissé ce qui est regrettable, mais Venel a été formel, il n’est pas question de donner une clé du portail qui permet d’y accéder sans passer par le temple. Le souvenir des déviations survenues peu avant la Révolution de certains membres de la loge La Double Union est encore vivace.

Mais voilà que le frère Bonardel, fondateur, est de retour, libéré des prisons anglaises. Evénement qui réjouit tous les frères et me permet de vous dire quelques mots sur la situation des prisonniers français de Sa Majesté. Pour les officiers, ça ne se passait pas trop mal. Souvent prisonniers sur parole, ils résidaient en ville et, pour ce qui concerne les maçons, pouvaient visiter les loges anglaises et même en créer, ce qu’ils firent ; mais s’ils cherchaient à s’évader et s’ils échouaient, ils rejoignaient les autres sur les pontons et là, c’était l’enfer. Sachez que les plus malheureux des prisonniers en étaient parfois réduits à vendre jusqu’à leurs habits et vivaient nus, dans un espace où ils ne pouvaient même pas tenir debout, dans une promiscuité effroyable. Songez que pour dormir, ils étaient tous allongés dans la même direction, les uns serrés contre les autres et que, pour se tourner, le chef de file, criait « Pare à virer bâbord ou tribord selon le cas, et tous de se retourner sur l’autre côté. Les maçons quant à eux pouvaient compter sur quelques secours qu’ils partageaient au mieux.

À cette époque, une sorte de compétition s’est établie entre les rites, qui finit par atteindre la loge et elle envisage un moment de s’affilier à la loge L’École des Mœurs, d’Hyères, qui pratique le Rite Ecossais Ancien et Accepté, sans toutefois conclure. C’est bien connu, l’herbe dans le pré du voisin est toujours meilleure. On verra plus tard ce qui motivait ce désir. Avec l’année 1811, la fréquence des réunions diminue, conséquence des guerres de l’Empire. Ainsi, le 8 avril, la loge constate que sur un effectif de trente-trois frères, neuf sont embarqués. Il est alors question de fusionner avec Les Vrais Amis des Arts, loge récemment constituée ; pourtant ce projet n’aboutira pas, par suite des atermoiements du Grand Orient de France.

Le 14 mai 1812, c’est le frère Lecorps, revenant des prisons anglaises qui est reçu sous les vivats. Et le 28 juin suivant, la loge fête la Saint-Jean d’été. Rappelons que les loges se réclamaient traditionnellement des deux Saint Jean, Jean le Baptiste et Jean l’Évangéliste. Au cours de la cérémonie, le vénérable procède à une purification de l’eau puis de parfum… le tout avec énergie, pour faire connaître que tout bon maçon ne doit pas se présenter en loge sans voir purifié son cœur. Après quoi, il fait distribuer un pain qui est partagé par les frères… pour nous prouver que tout bon maçon doit secourir ses frères. Enfin, il fait circuler la coupe d’union à laquelle chacun porte ses lèvres… pour nous montrer l’égalité et l’union qui soit régner parmi les vrais maçons. La parenté avec la Cène saute aux yeux.

Pour terminer sur la période impériale, si gourmande en hommes, la situation politique de la France engendra une crise au sein de la loge, qui aboutit à sa mise en sommeil au mois de novembre 1813 – la dernière tenue enregistrée eut lieu le 18 novembre 1813 – sans que la documentation disponible puisse nous en préciser la nature exacte, à part une mention dans le registre suivant, trois ans après, où on lit que… des circonstances pénibles ont souvent interrompu le cours de ses travaux. Depuis la retraite de Russie un an auparavant, les dieux de la guerre abandonnent peu à peu Napoléon, et cela explique peut-être ceci.

En 1816, sous la Restauration, la loge reprend ses travaux et fête la Saint-Jean d’été, de concert avec la loge La Parfaite Alliance et procède solennellement à l’inauguration d’un buste de S.M. Louis XVIII le désiré, ce que le secrétaire a consigné dans les termes suivants… la voûte d’acier [voûte faite avec des épées nues] est généralement formée par tous les frères et le Buste de notre Monarque chéri est introduit dans le Temple, accompagné du cliquetis des armes, maillets battants et l’harmonie faisant entendre l’air chéri : “où peut-on être mieux ”. Et après avoir été promené sur les colonnes et reçu de tous les frères des témoignages d’amour & de vénération, il a été placé sur un trône de fleurs érigé au centre de l’atelier au pied duquel on a mis le quatrain suivant, composé par le frère Viguier :

Le Temple des vertus conservera l’image
De L’héritier des Lys, du Meilleur de Nos Rois ;
Le Maçon dans Louis, retrouve un père, un Sage,
Et L’art Royal, ici, brillera Sous Ses Lois.

L’air chéri d’Henri IV, a produit de bien douces émotions dans nos cœurs, en nous rappelant les qualités éminentes du père des français.

Les maçons qui avaient tant encensé Napoléon auraient-ils retourné leur veste ? N’oublions pas que la Maçonnerie n’avait pas de statut civil et que par conséquent, il lui fallait un protecteur. D’autre part, ses statuts lui intimaient de respecter les autorités de l’État en place et puis, Louis XVIII n’était-il pas maçon ? On peut tout de même penser que la majorité de la population était lassée de la guerre qui absorbait tant d’hommes jeunes. Mais ce n’est pas tout, la lecture du tableau de la loge met en évidence que sur un effectif de trente- neuf frères, huit seulement étaient déjà présents en 1807, dont deux fondateurs. En fait, nous n’avons plus affaire à la même loge. On n’y trouve plus que deux officiers de marine, mais il y a maintenant douze artisans, quatre propriétaires, deux négociants, cinq employés, un avocat, un notaire, quelques militaires etc.

En 1817, la légion d’Aveyron [c’est une unité militaire] est présente à Toulon. Sept officiers de cette unité vont être initiés et affiliés à la loge des Vrais Amis Réunis d’Égypte, ce qui aura pour conséquence heureuse d’améliorer ses finances, d’autant que trois de ses membres s’étaient endettés pour lui permettre de faire face à ses engagements et qu’il était souhaitable de les dédommager.

L’année suivante, elle sert de médiateur dans un différend qui oppose les loges La Réunion et Les Vrais Amis des Arts. La Réunion, ce n’est autre que la loge Les Élèves de Mars et de Neptune qui a changé de nom en 1816. Cette loge, qui avait accueilli en son sein les débris épars de plusieurs loges n’ayant pas résisté à la fin de l’Empire, avait en effet adopté un nouveau nom en rapport avec les circonstances.

Le Grand Orient de France, de son côté, met en garde les loges de son obédience contre les menées d’un prétendu Suprême Conseil du 33e degré, car le Grand Orient s’en tient toujours au Concordat de 1804. La loge l’assure de sa fidélité, ce qui lui est d’autant plus facile que l’obédience vient de lui accorder l’autorisation de désormais travailler au rite écossais. Ce sera l’occasion d’une cérémonie 20 mars 1820 avec, comme il se doit, de beaux discours dont je vous lis un extrait… Nous ne connaissions qu’une route dans le monde maçonnique ; maintenant une autre vient de nous être tracée. Elles mènent toutes deux au même but ; la même perspective s’offre au point de contact de ces deux chemins variés par les fleurs qui en forment la lisière. Une nouvelle lumière nous conduit et cet Atelier resplendit de nouveaux feux. Apprécions bien cette faveur que vient de nous donner le Grand Orient de France et n’oublions pas qu’elle nous impose aussi de nouvelles obligations. Le nombre de frères que nous avons déjà au rit français vient de s’augmenter de telle sorte qu’il agrandit pour nous le cercle de l’humanité sur tous les points de la Terre.

Inutile de s’étendre sur les mérites respectifs des rites français et écossais. Le fait est que le rite écossais exerçait alors un attrait certain sur les francs- maçons.

Cette même année 1820, la loge se brouille avec la loge La Réunion avec laquelle elle était pourtant affiliée depuis 1819. Le motif n’apparaît pas clairement sur son registre qui renvoie à une réunion du 25 avril, mais la collection de ses livres présente plusieurs solutions de continuité dont une, entre le 8 février 1819 et le 8 juillet 1821. Cependant sa correspondance avec le Grand Orient nous fait part d’un incident qui pourrait en être l’origine : le 12 juillet 1820, la loge délibérait contre trois de ses frères qui avaient participé à des « réunions clandestines » dans la maison de l’ex-frère Bousquet, au cours desquelles fut initié le sieur Baudot qu’elle même avait refusé à l’initiation ainsi qu’un autre profane et où furent pratiquées quelques « augmentations de salaires » (comprendre élévation de grade), ceci sous l’égide de la loge l’École des mœurs en sommeil depuis plusieurs années. À ces réunions participait aussi le Frère Paban, dignitaire de La Réunion et aussi membre honoraire des Vrais Amis Réunis d’Égypte. Or La Réunion avait ensuite régularisé les deux nouveaux initiés. Les frères fautifs furent donc jugés le 12 juillet 1821, et radiés de la loge. Nous tenons là un motif plausible de brouille.

Certes, il était traditionnel que sept frères se constituent en loge occasionnelle pour initier un profane dans des situations exceptionnelles, comme lors d’une campagne militaire, et les Vrais Amis Réunis d’Égypte régularisaient de temps à autre des frères initiés de la sorte. Ce fut le cas, le 25 janvier 1826, pour le frère Pierre Adolphe Lesson, pharmacien de la marine, embarqué sur l’Astrolabe pour un voyage autour du monde avec Dumont d’Urville. Mais le courroux de la loge apprenant qu’un profane qu’elle n’avait pas jugé digne d’être reçu maçon l’avait été avec la complicité de quatre de ses propres membres et qui plus est, régularisé par une loge avec laquelle elle était affiliée, nous semble justifié. On imagine que les relations durent alors être tendues et les propos tenus peu fraternels. Toujours est-il que la loge Les Vrais Amis des Arts offrit sa médiation, mais nos Vrais Amis Réunis d’Égypte furent inflexibles. Ceci n’empêchait d’ailleurs pas les visites de frères de la loge La Réunion, mais l’affaire dura. Et puis, les choses finirent par s’arranger, mais nos sources, lacunaires à nouveau, de juin 1822 à juillet 1824, ne nous permettent pas d’en préciser la date. Entre loges, les occasions de brouille ne manquaient pas, suivies de réconciliations, mais n’en est-il pas de même dans les familles ?

Et pendant ce temps, le turn-over continue de la frapper. Seuls cinq frères présents en 1820 le sont encore en 1822, sur un effectif de vingt-deux. Certes les militaires sont toujours prépondérants, mais pourquoi les sédentaires restent-ils si peu ? Ont-ils été déçus dans leur attente ? Mais qu’espéraient-ils ? Nul n’est obligé de se faire recevoir maçon. Les loges seraient-elles victimes des confréries de pénitents qui se reconstituent ? Les circonstances en effet ont favorisé la réapparition des confréries de pénitents, concurrentes, si l’on peut dire, de la Maçonnerie, dans la sociabilité toulonnaise. Celle des pénitents blancs était composée principalement de gardes nationaux légitimistes qui n’hésitaient pas à donner la chasse aux « napoléoniens » surnommés aussi « castagniers » Les pénitents bleus se recrutaient parmi les retraités de la Marine, tandis que les pénitents gris, appelés aussi « Bourras » étaient issus du milieu du négoce, de la bourgeoisie et comportaient aussi des personnalités en vue. Parmi celles-ci, nous trouvons Jacques Merlin, constructeur de navires, membre de la loge La Réunion, qui assista le capitaine Armand Vallée en mai 1822. Ces derniers s’étaient en effet voués à l’assistance et à l’inhumation des suppliciés ; tout condamné à mort devenait membre de la confrérie.

Pour autant, les initiations ne tarissaient pas aux Vrais Amis Réunis d’Égypte ; il y en eut 9 de juillet 1821 à mai 1822, plus trois affiliations. Malgré cela, ses finances sont toujours aussi fragiles, et augmenter les cotisations n’est pas chose facile. En 1825, il en coûte trente-cinq francs à un bourgeois pour se faire initier et vingt-cinq à un militaire, si ses appointements sont inférieurs à mille huit cents francs par an. Ces chiffres sont à rapprocher du salaire d’un ouvrier qui gagnait deux à deux francs cinquante par jour. La Maçonnerie n’était donc pas à la portée de chacun.

En 1826, c’est le manque d’assiduité qui préoccupe le Vénérable si bien qu’il envisage un moment de mettre la loge en Conseil d’administration, prélude à sa mise en sommeil, mais elle y échappera. L’année suivante, ils sont encore seize à se réunir régulièrement, sur un effectif de 39 dont 10 officiers militaires en activité. Le 4 février, à l’occasion de l’installation des officiers de la loge, le frère Grohin, capitaine en retraite, prononce un discours dans lequel il trace … l’origine de la Respectable Loge, sa formation sur la terre classique des mystères, la part que nos fondateurs ont prise à la Gloire et à l’illustration de l’armée française d’Orient dont ils faisaient partie, dans la célèbre bataille des pyramides, de Nazareth, du Mont Thabor, la commémoration de ses fondateurs et la splendeur dont elle a joui dans un temps si prospère et le rang distingué qu’elle conserve parmi les loges de cet Orient par sa bonne composition en invitant toujours à être très scrupuleuse sur le choix de ses adeptes.

Cependant, de nouveaux événements extraordinaires vont marquer la vie toulonnaise, lesquels auront des répercussions sur celle de la loge. Le premier de ces événements, c’est l’expédition d’Alger de 1830. Nous ne reviendrons pas sur les motifs qui décidèrent cette expédition, nous nous contenterons de décrire brièvement l’aspect de la rade à cette époque. C’est dès les premiers jours de février que la marine royale commence ses préparatifs. Alors qu’en début d’année la plus grande partie des navires était désarmée, trois mois plus tard, tous sont en rade. L’arsenal, mais aussi les entrepreneurs privés ont mis les bouchées double pour arriver à ce résultat ; on a même recours à des ouvriers « étrangers » car on ne peut compter sur ceux du bagne, alors touché par une épidémie et il a fallut faire venir des commis de Rochefort pour renforcer ceux de Toulon.

Comme en 1798 les troupes affluent, les logements de Toulon et ses environs ne peuvent suffire à les contenir. Alors on en cantonne dans tout le Var : à Saint-Maximin, à Tourves, à Ollières par exemple, mais aussi à Lorgues, Cabasse, Montfort et en bien d’autres villes. Et comme toujours en pareil cas, les loyers ont augmenté de façon scandaleuse tandis que les logeurs utilisent le moindre recoin de leur habitation pour caser des soldats, au prix fort bien entendu. Du reste, le coût de la vie a augmenté, mais les salaires aussi, compte tenu des besoins liés à l’expédition.

Une rumeur faite du bruit des charrois, du son des trompettes et tambours, des tirs d’entraînement des artilleurs, au polygone du Mourillon, des manœuvres sur le Champ de Mars ou des allers et venues de milliers de gens, monte de la ville. Celle-ci a vu arriver, avec les troupes, toutes sortes de spéculateurs, d’usuriers et autres coquins, en sus de ceux qu’elle abrite habituellement. On essaye des fusées, ancêtres des « orgues de Staline ». Comme il n’est pas question de prendre Alger par la mer, il faudra débarquer en un endroit propice pour la prendre par la terre, aussi construit- on à cet effet des bateaux à fond plat, qui seront ensuite chargés sur les navires. Et des navires, il en vient de toutes parts : de Marseille, où ont été nolisés de nombreux bâtiments de commerce, Agde, Sète ou Collioure, mais aussi des différents ports de l’océan, de Cherbourg et même de Gênes. Et les Anglais sont encore là, venus sur trois bâtiments, mais cette fois en observateurs, et non en ennemis.

Quand tout est prêt, S.A.R. le duc d’Angoulême vient assister le 4 mai à une revue navale dans la rade, où défilent une centaine de navires de guerre et plusieurs centaines de bâtiments de transport. Le spectacle est d’une grande beauté. Pour la circonstance, on fait exercice de débarquement sur la plage du Mourillon, à l’aide de cinq bateaux à fond plat qui font la preuve de leur efficacité. Puis, le 5, c’est la revue des troupes. Enfin, l’embarquement de ces dernières a lieu, et à partir du 17 mai, les navires commencent à appareiller. Parmi les équipages, des noms que l’on rencontre sur les tableaux de la loge dont nous retraçons l’histoire, tel le lieutenant de vaisseau de Froidefontaine (2). Chacun sait que le débarquement fut un succès et que, contrairement à l’expédition d’Égypte, les Français se maintinrent durablement en Algérie.

Le second événement, c’est la Révolution de Juillet. On n’en trouve nulle trace dans les registres de la loge. Mais il est vrai qu’elle a alors quelques difficultés à travailler normalement. Elle ne se réunit plus qu’une fois par mois, et les colonnes sont bien peu garnies, quelquefois seulement le minimum requis de sept frères était présent. Dès le 14 août, la loge décide d’ouvrir une souscription… pour les blessés dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, qui ont combattu pour la Liberté et des veuves et des orphelins qui ont perdu leur mari et père dans ces mémorables journées en défendant la Patrie pour la Liberté et la caisse de secours de la loge est mise à contribution de cent francs. Dans un discours improvisé… le vénérable dépeint le patriotisme ardent qu’il partage, mais pur de tout excès et qui forme le type particulier de cette révolution. Deux mois après, il lit à ses frères une lettre du Grand Orient, datée du 23 septembre, par laquelle celui-ci fait connaître la satisfaction qu’il a éprouvée de l’arrivée de S.M. Louis-Philippe, roi des Français. Une seconde lettre datée du 2 octobre, informe les loges qu’il célèbrera le 16 courant… dans les salles de la Mairie de Paris, avec le concours des respectables loges de la capitale et [une] députation de l’atelier de la correspondance, la fête nationale et celle de l’heureux avènement au trône du vertueux Roi citoyen, à laquelle participeront les frères Général La Fayette le héros des deux mondes et Georges La Fayette, son fils, membre de la Respectable loge à l’Orient de Paris.

Ce même mois, la loge sert de médiateur dans un conflit qui oppose la loge La Réunion à la loge Paix et Parfaite Union. L’année suivante, elle retrouve un rythme de réunions soutenu. Au début de la décennie 1830, en écho à la Révolution de juillet, des mouvements insurrectionnels, durement réprimés, éclatent en divers endroits de l’Europe. La France voit alors arriver sur son territoire un certain nombre de réfugiés et notamment des Polonais. Certains s’installent à Besançon et parmi eux, bien sûr, des frères. Aussi, la loge de Besançon sollicite-t-elle, le 17 novembre 1832, le concours des autres loges pour leur ériger un temple, et le mois suivant, on apprend que le Grand Orient vient de délivrer des constitutions aux frères polonais résidant à Besançon, sous le titre de L’Aigle bleu et le Cavalier.

En ce qui concerne l’entraide et la bienfaisance, que ce soit pour les Polonais et bien d’autres réfugiés, pour des œuvres philanthropiques, comme l’aide à l’éducation des enfants de familles malheureuses, ou pour des projets industriels, tel celui de la construction d’un bateau sous-marin inventé par le frère Villeroi, la solidarité maçonnique est souvent mise à contribution. Elle y répond toujours en fonction de ses moyens ou de ses choix. Cependant, le Grand Orient de France recommande aux ateliers de son obédience de ne pas s’écarter de l’article 334 des statuts généraux, qui prescrit de s’abstenir rigoureusement de toute controverse sur la politique, sur le gouvernement et les différents cultes religieux. Il n’y a pas de fumée sans feu, et celui qu’avait allumé la Révolution de 1830 devait bien couver ici et là, ce qui motivait ce courrier, voulant prévenir d’éventuelles dérives.

L’année 1835 est fertile : vingt-trois initiations ont lieu, et parmi les nouveaux frères, un personnage destiné à connaître une certaine célébrité, le futur maire de Toulon Fulcran Suchet (initié le 26 janvier 1835), suivi de près par son frère Jean-Baptiste (9 février). Nous retrouverons les Suchet plus tard. Résultat, au début de 1836, l’effectif est remonté à trente-six, parmi lesquels huit officiers et sous-officiers de la marine, quatre négociants, trois propriétaires, deux pharmaciens, un opticien, un horloger, un distillateur, un quincaillier, un musicien, un parfumeur, un liquoriste etc. Il faut bien comprendre que cette diversification, outre l’avantage d’intégrer des frères sédentaires, avait aussi celui d’enrichir les esprits par le brassage des idées. Elle jouit alors d’un nouvel élan (ses colonnes sont garnies de plus de vingt frères en moyenne) ; pourtant le secrétaire en vient à souhaiter des tenues plus fréquentes, relayé le 16 novembre par les frères Suchet qui… ont lu chacun un discours plein de vues profondes qui démontre la nécessité de prévenir l’orage qui nous menace par l’absence des frères nouvellement initiés, en priant le Vénérable de prendre les mesures qu’il croira convenables pour les engager à venir plus souvent assister à nos tenues afin de ne pas laisser s’écrouler l’édifice.

Devons-nous comprendre que le nombre de tenues, celui des réceptions, ne sont pas des indices suffisants de bonne santé ? Faut-il aussi chercher une explication dans la monotonie des travaux. En effet, en quoi consistent-ils ? Si l’on s’en rapporte aux registres, l’activité rituelle (initiations, augmentations de grades etc.) domine, ensuite viennent les affaires administratives et la bienfaisance. Reste la convivialité et la solidarité, mais par essence, la première ne laisse pas de traces écrites. Venait-on chercher en loge une « carte de visite » à moins que ce soit la curiosité qui attirait les postulants ? Toutefois, il faut compter aussi sur les démissions ou les défections, matérialisées par des radiations pour défaut de paiement, peu nombreuses il est vrai. Il devait bien y avoir un peu de toutes ces causes dans l’absentéisme dénoncé par les Suchet. Ses finances connaissant alors une période heureuse, la loge accorde à un frère, sans doute dans le cadre de la solidarité, un prêt de six cents francs, remboursable le 4 juillet 1837, au taux de cinq pour cent. La somme est importante et l’opération n’est pas anodine, nous le verrons ensuite. L’année suivante s’ouvre par un « banquet d’Ordre », [c’est un banquet réglementaire], le 15 janvier 1837, auquel sont invitées les loges sœurs La Réunion, Paix et Parfaite Union et Les Vrais Amis des Arts qui avec Les Vrais Amis Réunis d’Égypte sont maintenant les seules rescapées de l’époque impériale . Une semaine après, le frère Blain propose de placer les fonds disponibles à la Caisse d’Épargne. À l’étonnement de nos yeux du XXe siècle, cette proposition est rejetée par l’atelier qui préfère placer quatre cents francs entre les mains de son vénérable.

Les frères Blain ne manquent pas d’idées, mais elles ne trouvent que peu d’écho. Ils ont bien proposé d’affilier les loges Bélisaire d’Alger, La Française africaine, d’Oran et Ismaïl de Bône, mais sans succès. Pourtant, au travers de cette proposition, on devine qu’avec la conquête de l’Algérie qui se poursuit, d’une part, la maçonnerie, très présente dans les troupes, a fait souche, mais que d’autre part, un courant d’affaires tend à s’établir entre les deux rives de la Méditerranée. Le journal « Le Toulonnais » apporte alors régulièrement des échos de la présence française en Algérie. Blain aîné ne se décourage pas pour autant, sa proposition du 17 avril d’envoyer un secours aux ouvriers lyonnais sera acceptée et le Vénérable aura le plaisir de lire une lettre du maire de cette ville, accusant réception des fonds et l’informant qu’une insertion a été faite sur ce sujet dans « Le Courrier de Lyon » du 29 avril. Ce même jour nous voyons arriver un nouveau Suchet, il s’agit d’Alexandre, alors lieutenant d’infanterie.

Or voilà qu’au mois d’août, le trésorier annonce à ses frères que s’il a bien reçu les intérêts du prêt de six cents francs, accordé l’année précédente, le capital ne lui a pas été remboursé. Malgré cela, l’atelier accepte de ne pas exiger le remboursement tant que les intérêts seront payés. Faut-il voir dans ces dispositions financières une cause de la disparition de la loge ? Nous ne pouvons l’affirmer avec certitude, mais nous n’entendrons plus parler de ces fonds dans la suite des documents que nous avons pu consulter.

Enfin, l’année 1837 se clôture sur une proposition du frère Venel, d’organiser au moins une fois par mois une réunion au rite écossais, ce qui nous donne à penser que malgré le cumul de rites obtenu au début de la décennie précédente, ce rite écossais n’est en fait pas ou rarement utilisé. Cette proposition ayant reçu un accueil favorable, il est alors décidé en janvier que désormais les lundis impairs seront consacrés à une réception simulée au rite écossais et les lundi pairs à une réception au rite français et dès le 5 février, elle ouvre ses travaux au rite écossais.

Puis, dans le même esprit, elle décide d’ajouter le rite rectifié aux deux rites qu’elle possède. Son but avoué est… de trouver le moyen d’éviter à la loge de tomber dans un sommeil profond. L’une des causes est la monotonie des travaux… Enfin, elle décide de créer un cercle ouvert à ses seuls membres actifs, lequel se réunira les jours qui ne seront pas consacrés aux tenues, pour rapprocher les frères, qui ne sont alors plus que vingt-trois. Les réunions d’un cercle, outre leur fréquence, ne revêtant pas, bien sûr, le formalisme en usage dans une « tenue » maçonnique, étaient sans doute une réponse adéquate à la question de l’absentéisme, mais ne risquaient-elles pas, à terme, de supplanter la loge ?

C’est cette année que la loge Les Vrais Amis réunis d’Egypte s’abonne au journal saint-simonien « Le Globe », initiative qui nous laisse entrevoir quels pouvaient être les sujets de discussions, si ce n’est dans le temple, du moins dans les parvis ou au cercle dont la création avait été décidée. N’oublions pas que Fulcran Suchet était saint-simonien. L’année 1839 s’achève sur la lecture d’un rapport tendant à la fusion des loges de Toulon, qui est adopté par l’atelier ; autre témoignage de la situation difficile que traverse alors la Maçonnerie toulonnaise. Cependant, la loge La Réunion se dérobe à nouveau, et la fusion n’aura pas lieu. Notons que c’est la seule loge qui survivra au coup d’État du 2 décembre.

Mais tout ne va pas pour le mieux au sein de la loge et au mois de mai 1840, l’inconduite d’un frère membre du Conseil de la loge La Réunion et de celle des Vrais Amis Réunis d’Egypte, qui avait quitté Toulon… en laissant après lui des dettes qui le flétrissent par les moyens qu’il a mis en œuvre pour obtenir des uns de l’argent, des autres du crédit pour marchandises et comestibles amène l’atelier à procéder à sa radiation et à la porter à la connaissance des loges de Toulon, de celles de l’île Bourbon (La Réunion) où il s’était enfui, et évidemment, du Grand Orient. Cette mesure aura plus tard des conséquences sur ses relations avec la loge Les Vrais Amis des Arts. Nous y reviendrons. En novembre, émue par la situation des victimes des débordements de la Durance, du Rhône et de la Saône, elle ouvre une souscription en leur faveur. Le 6 juin, au cours d’une cérémonie d’un type particulier, c’est Gustave Suchet, âgé de presque trois ans, qui reçoit le « baptême » maçonnique et figure désormais en qualité d’adepte sur le tableau de la loge. Son père est alors orateur de la loge, tandis que ses oncles, Jean-Baptiste et Pierre, en sont respectivement Premier et Second surveillants, Alexandre en étant Expert et Thomas économe. Une telle présence familiale est assez rare pour mériter qu’on la signale. Comme d’autre part le Grand Orient laisse toujours la loge dans l’expectative au sujet de sa demande d’obtention du rite rectifié, déçue, elle finit pas y renoncer et le lui fait savoir le 28 décembre.

Nous voici parvenu à la fin de cette histoire. La période allant de 1843 à la mise en sommeil de la loge a laissé peu de traces écrites. Mais voilà que l’affaire de l’inconduite du frère que je vous ai signalée rejaillit : le 18 mai 1844, la loge fait savoir au Grand Orient que cet ex-frère est revenu à Toulon et qu’il s’est présenté au Consistoire [loge regroupant les maçons possédant le 30e degré du rite écossais ancien et accepté] qui, le reconnaissant comme maçon irrégulier, n’a point voulu le recevoir. Or, ne le voit-elle pas figurer sur l’almanach du Grand Orient, en qualité de Vénérable de la loge Les Vrais Amis des Arts pour l’année 1844 ! On imagine ce que fût alors l’indignation des frères des Vrais Amis Réunis d’Égypte. Le 3 août, elle réagit vivement auprès de la Grande Chambre Symbolique du Grand Orient. Sa réponse ne nous est pas parvenue, mais le contenu de la lettre que la loge lui expédia le 29 janvier 1845 nous laisse clairement entendre qu’elle n’a pas été à la hauteur de ce qu’attendait cette dernière … Vous avez cru pouvoir désapprouver notre détermination de considérer la Loge des Amis des Arts comme irrégulière. Nous regrettons sincèrement d’être en désaccord avec votre opinion exprimée, tout en la respectant. Tout en voulant respecter votre autorité et vos droits, nous nous voyons obligés de vous dire que nous ne pouvons méconnaître la volonté écrite des règlements généraux de l’Ordre (3) …

Cette pièce est la dernière qui nous soit parvenue. Peu après, la loge Les Vrais Amis Réunis d’Égypte rentrait dans un sommeil, cette fois définitif, ce que confirme une mention dans le livre d’architecture de la loge Paix et Parfaite Union à la date du 26 octobre 1845.

CONCLUSION

Née sous la Ière République, loin de la mère patrie et sous le soleil d’Orient, la loge des Vrais Amis Réunis d’Égypte connut bien des vicissitudes, au gré des événements politiques qui émaillèrent la vie de la nation dans cette première moitié du XIX e siècle. Très, je dirai même, trop étroitement dépendante d’un recrutement dans les milieux militaires, elle ne pouvait que souffrir des aléas des diverses campagnes militaires avec pour conséquence une mise entre parenthèses de quelques années, peu avant la fin du premier Empire.

Réveillée de sa léthargie sous la Restauration, ce n’est pas pour autant qu’elle connut une vie facile et un développement linéaire, loin s’en faut, et ses divers Vénérables s’en inquiétèrent souvent. Il leur fallait faire face à des effectifs fluctuants au gré des mouvements des régiments en garnison à Toulon, au sein desquels étaient recrutés nombre de frères de la loge par initiation ou par affiliation. Mais ces déplacements de régiments ou de bâtiments de la flotte n’expliquent pas tout. L’absentéisme fut aussi un écueil sur lequel elle buta souvent, soit qu’il fût dû aux nécessités du service, soit qu’on doive l’attribuer à un manque d’intérêt des frères. Mais qu’allaient-ils donc chercher en loge ?

Et que faut-il penser de la forte présence des Suchet sur la fin ? N’oublions pas que Fulcran Suchet était républicain et saint-simonien. Espérait-il, sous couvert de la Maçonnerie, accroître son audience dans les milieux toulonnais ? Son rôle public a été suffisamment souligné par ailleurs sans que l’on y revienne. Y a-t-il eut divorce entre les Suchet et les militaires qui composaient la majorité de la loge ? Est-ce que l’anticléricalisme des Suchet a contribué à isoler la loge ? Ou bien le coup de grâce a-t-il été donné par l’attitude du Grand Orient dans l’affaire du scandale qui vit un maçon chassé de sa loge et de son obédience pour inconduite notoire, y revenir comme Vénérable d’une loge sœur par suite, très probablement, de négligences du secrétariat de cette même obédience ? Nous avons vu que dans cette affaire, la loge, tout en affirmant son allégeance, s’était permise de rappeler au Grand Orient qu’il était le gardien des règlements généraux. En l’absence de certitude, nous aurions tendance à penser que c’est l’accumulation de faits qui conduisit cette loge à se mettre en sommeil et à n’en plus ressortir. Si le soleil d’Austerlitz s’est éclipsé à Waterloo, la lumière d’Alexandrie fit alors de même à Toulon. Conséquence de la disparition de cette loge, suivie de deux autres après le coup d’État du 2 décembre, la Maçonnerie toulonnaise se réduisit à la loge La Réunion. Cette dernière maintint le flambeau allumé sur la rade pendant de nombreuses décennies. Elle eut une activité féconde et se vit décerner par deux fois la médaille de la ville de Toulon, pour services rendus pendant les épidémies de choléra.

1 – Avec l’autorisation de l’auteur.
2 – Tableau du 22.11.1824
3  – Souligné dans le texte.

vendredi 1 mai 2020
  • 4
    Olivier
    3 mai 2020 à 10:44 / Répondre

    Superbe article. Merci.
    Un même article sur la Loge le Grand sphinx serait extra.
    Bon confinement
    O.R.

  • 3
    Pierre-Philippe Baudel
    1 mai 2020 à 20:29 / Répondre

    L’histoire s’élabore souvent à partir d’une imagerie qui donne à voir l’évidence d’un passé ordonné, classé, organisé, immuable aussi, avec ses petites histoires. Intéressante conférence, aussi remercions-en son auteur.

  • 2
    pierre noel
    1 mai 2020 à 18:05 / Répondre

    Excellente initiative !
    Raconter simplement une histoire compliquée d’une loge d’autrefois. Et pas n’importe laquelle ! Une loge qui peut vraiment se targuer d’un passé « égyptien » mais ne s’en servit guère mérite qu’on se souvienne d’elle.

  • 1
    Anwen
    1 mai 2020 à 03:58 / Répondre

    L’Egypte, la Femmes, les Mystères, Napoléon et la légion d’honneur.
    Hérodote et Diodore ont montré que chez les Égyptiens la Femme avait un rôle prépondérant, tandis que l’homme filait et se livrait aux soins du ménage.
    M. Révilloud, dans son histoire de La Femme dans l’ancienne Egypte, a affirmé le même fait.
    C’est la Femme qui faisait les lois et les interprétait ; Elle qui était Déesse et Prêtresse.
    Les Pharaons sont des magistrats sacerdotaux, toujours représentés en costumes de femmes.
    Dans le règne primitif, toutes les grandes dignités de l’Etat, les fonctions de juge, de médecin, étaient exclusivement réservées à la caste sacerdotale. Les hommes ne pouvaient pas y prétendre, ils étaient soumis au pouvoir des femmes appelées « des sages » (Soffet), qui leur faisaient faire un service régulier, un travail dont l’organisation avait été savamment établie. On les envoyait aussi en expéditions lointaines.
    Pour les récompenser, on leur donnait le droit de porter certains signes de distinction. On comprenait déjà que les honneurs accordés aux hommes n’ont de valeur que s’ils les tiennent de la Femme. À ce sujet, rappelons que la Rose, que les anciens appelaient « la splendeur des plantes », est un emblème qui représente la Femme. Elle est dédiée à Vénus et ceux qui se soumettent à sa loi sont appelés sub rosa. C’est la rose mystique que nous retrouvons en Egypte dans l’ordre de la « Rose-Croix ».
    « Certes, écrit Richard Khaitzine, on peut trouver que (Raymond) Roussel ait été fasciné par toutes ces « petites pourpres » qui sont autant de distinctions honorifiques, tellement dévaluées de nos jours parce que distribuées à la volée, moins sur la base du mérite qu’en raison d’une certaine aptitude aux courbettes quand il ne s’agit pas de reptation. Il en allait tout autrement autrefois. Sous la plume savante de Pierre Dujols, on peut prendre connaissance d’une information surprenante : « Et même actuellement, qu’est-ce donc que la rosette de la légion d’honneur ? Rudice en étoile que les officiers de marine appellent la « tomate » ou « pomme d’amour », la pomme de Vénus (de châtré, chaste, cathare), sinon, encore et toujours la Rose-Croix. Cet insigne a été imaginé par Napoléon, affilié au Temple. »

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, de calomnie, d’insulte, d’incitation à la haine ou de discrimination sont applicables. Les formules de salutation maçonnique et les abréviations ne sont pas autorisées.

Code vérification
Signaler un contenu abusif