La philosophie des Rites : Patrick Négrier répond à Pierre Noël

Publié par Patrick Négrier

Après la publication hier de l’article de Pierre Noël « Retour sur la querelle des Anciens et des Modernes » , Patrick Négrier (qui sortira fin mai aux Editions de la Pierre philosophale un livre sur « Culture Rose-croix et courants apparentés ») me demande si j’accepte de publier le commentaire ci-dessous. Bien sûr. Tant qu’elles sont dites avec mesure et respect de l’autre, toutes les opinions et analyses de Frères ou de Sœurs aux compétences reconnues sur un sujet sont bonnes à être publiées. 
Géplu. 

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UN HISTORIEN EST-IL COMPETENT
POUR INTERPRETER LA PHILOSOPHIE D’UN RITE ?

Lorsque je lis des historiens de valeur et reconnus en leur qualité d’historien comme les deux Pierre (Mollier et Noël), je remarque à chaque fois dans leurs écrits des « points aveugles » dans leurs discours d’historien. Mollier prétend qu’on ne sait presque rien des modalités rituéliques de réception en loge au rite des Anciens devoirs (j’ai montré le contraire), et Noël se tait sur l’essentiel des différences entre Moderns et Antients (qu’on devrait plutôt appeler néo-Anciens). Dans le cas de chacun d’eux je remarque que les points aveugles de leurs discours d’historien tiennent à leurs carences dans l’interprétation du sens signifié par les rituels maçonniques anciens. C’est pourquoi il y a objectivement lieu de se demander si les historiens sont compétents pour interpréter la philosophie des rites. Je prendrai comme exemple le cas d’un texte récent de Pierre Noël.

 

Déisme théorique ? Athéisme pratique ? Mysticisme ?

« … dans l’Angleterre Augustéenne…/… dans les rituels maçonniques…/… L’inclination à la religion naturelle et l’indifférence pour les religions révélées, allant du déisme théorique à l’athéisme pratique, se généralisèrent, ce qui n’empêcha pas que la légende du 3ème grade soit aussi ouverture à une forme de mysticisme ».

  1. Lorsqu’on parle de « religion naturelle », il faut toujours préciser si on entend parler de la religion naturelle théorique (déisme) ou de la religion naturelle pratique (« être des hommes bons et vrais, ou hommes d’honneur et honnêtes »), qui sont deux postures totalement distinctes impossibles à confondre car un déiste peut violer la loi morale naturelle comme un praticien de la loi morale naturelle peut n’être pas déiste.
  2. L’expression de « déisme théorique » est redondante car le déisme est une théorie métaphysique de la raison pure (dite théorique par Kant qui la différencie de la raison pure pratique lorsque celle-ci traite d’éthique) portant sur l’existence de Dieu et sur l’immortalité de l’âme, même si par ailleurs ce déisme ou théorie déiste se traduit par des comportements ou pratiques morales.
  3. S’il y eut évidemment de « l’athéisme pratique » dans « l’Angleterre augustéenne » comme partout ailleurs dans le monde depuis l’aube de l’humanité, il convient cependant de rappeler que dans les Constitutions de 1723, les « Devoirs d’un franc-maçon » interdisaient « l’athéisme pratique » puisqu’ils « obligeaient » les maçons de la Grande loge de Londres « to be good men and true or men of honour and honesty » (pour ceux qui ignoreraient que « l’athéisme pratique » consiste à faire le mal moral – ce qui n’est pas un pléonasme puisqu’il y a aussi selon certains auteurs un mal métaphysique – même lorsqu’on croit en l’existence de Dieu car un croyant peut très bien faire le mal moral, se reporter aux ouvrages du philosophe Pierre Bayle).
  4. La légende du 3ème grade était-elle « aussi ouverture à une forme de mysticisme » ? Pour répondre à cette question, il convient en premier lieu de préciser les quelques points ci-dessous. Tout d’abord le mysticisme, dont la généalogie remonte dans le christianisme au Pseudo Denys l’Aréopagite, est une posture de l’entendement qui présente une parenté avec la croyance et qui, même lorsqu’elle est rationalisée comme chez Nicolas de Cues (auteur de La Docte ignorance), débouche par définition sur l’aveu d’une incapacité de la raison à surmonter les mystères, et partant sur une nescience qui est une forme d’agnosticisme (Nuage de l’inconnaissance du XIV° siècle ; nuit de l’entendement chez Jean de la croix ; etc.). C’est une posture totalement contraire au (et incompatible avec le) rationalisme bien connu des leaders et décideurs de la Grande loge de Londres de 1723 à 1730. Or la légende de maître Hiram apparut dans un catéchisme (Prichard, 1730) qui était rationaliste (développement sur la lettre G) et il est donc impossible de rattacher a priori cette légende d’Hiram en soi au mysticisme (même si des mystiques peuvent s’en emparer pour l’interpréter à leur manière).
  5. Le mysticisme est une herméneutique. Or la légende de maître proposait une symbolique, c’est-à-dire une grammaire de la résurrection des morts, et non une herméneutique de cette résurrection des morts, car même si cette grammaire constituait déjà implicitement une interprétation de la résurrection, le fait que cette grammaire était de nature symbolique fait qu’en fin de compte elle abandonnait l’interprétation finale de cette symbolique à la liberté de chacun sans lui imposer une doctrine définie et définitive (même si celle-ci sous-tendait cette grammaire mais elle le faisait de manière tacite). On ne peut donc associer directement la légende d’Hiram de 1730 à une herméneutique (de type mystique en l’occurrence).
  6. Enfin l’histoire du Mot de maçon depuis ses origines (préhistoire : 1599 ; premier début historique : vers 1630 ; histoire débutante dotée d’un certain développement : le premier catéchisme de 1696) dessine une tradition symbolique et herméneutique (art de mémoire basé sur un langage allégorique et enraciné dans la typologie biblique) qui oblige logiquement à interpréter la légende d’Hiram dans le sillage de ces précédents historiques comme une allégorie des Passion, mort et résurrection de Jésus cependant associée à une interprétation symbolique (puisque le cadavre reste un cadavre et est réinhumé, comme dans l’Evangile selon la finale de Matthieu). Mais le fait que la légende d’Hiram était une allégorie d’un épisode évangélique ne signifie nullement qu’elle collait à une interprétation mystique : en effet comme le montre le caractère rationaliste de l’épistémologie proposée par les Evangiles (Mt. 22,37 ; Mc 12,30), ces textes évangéliques proposaient une philosophie et non une croyance (au sens théorique de Credo ut) ni une théologie et encore moins une mystique, et sur ce point il convient de reconnaître que le rationalisme de la Grande loge de Londres de 1730 (qui était étranger à toute mystique) était totalement en phase avec celui des Evangiles.

Les tableaux de loge

« Dans un cas, il y a un tableau de loge (initialement dessiné à la craie et au charbon de bois) ; dans l’autre, trois « marches » dessinées sur le sol ».

Comme le montre la lecture de A Mason’s confession, catéchisme de D[umfries] de 1727, loge écossaise arminienne (non presbytérienne) qui promut la tradition des tableaux de loge (catégoriquement refusée par les loges demeurées fidèles à l’iconoclasme du calvinisme presbytérien), ces trois marches du temple de Jérusalem étaient dessinées sur le sol afin que les maçons y mettent leurs pieds en faisant les trois pas de l’apprenti comme s’ils grimpaient ces marches (c’est là l’un des premiers éléments du tableau de loge qui représentait aussi, de chaque côté de ces marches, les deux colonnes B et J).

Au sujet de la répartition des deux mots B et J

selon les 2 premiers degrés « la disposition d’avant 1730 n’est pas établie formellement » : FAUX !

L’étude comparée de l’ensemble des catéchismes depuis 1696 jusqu’à 1723 montre que les mots n’étaient pas séparés et constituaient depuis le début des binômes : au degré d’apprenti on communiquait à chacune des 2 oreilles le binôme Boaz puis Yakin (avec l’attouchement de la poignée de main ou griffe) ; et au degré de compagnon on communiquait à chacune des 2 oreilles Marrow puis Bone (avec l’attouchement des 5 points dits du « compagnonnage » : fellowship). Lorsque la légende et le degré de maître apparaîtront, Marrow/Bone sera transféré au degré de maître, et Boaz/Yakin sera scindé et distribué selon les rites à l’un ou à l’autre des 2 premiers degrés.

Les omissions et silences de Pierre Noël : incapacité à respecter le devoir méthodologique d’impartialité, ou projection subjective d’une herméneutique personnelle ?

L’étude comparée, point par point, des catéchismes des Moderns et des Antients met en évidence 2 faits : le silence des Antients sur l’intégralité du développement des Moderns sur la « lettre G », et chez les Antients la substitution de « 12 frères » aux « 15 frères » initiaux de la légende d’Hiram des Moderns. Ces deux différences étaient-elles vraiment si insignifiantes qu’un historien se refuse à les prendre en compte ? J’ai assez expliqué par le passé que chez les Moderns, le développement sur la « lettre G » portait sur la méthode géométrique utilisée depuis le XVII° siècle par les philosophes déistes britanniques (et français) qui étaient des rationalistes de première main. Or le rationalisme est incompatible avec la croyance théorique au sens de « croire que » (en latin : « credo ut » ; je parle de croyance théorique pour la différencier de la croyance pratique ou « credo in » qui consiste à « se fier en », confiance qui n’est pas celle de l’entendement mais celle de la volonté en acte). C’est là un fait majeur lorsqu’on constate que Ahiman rezon emploie huit fois le verbe believe (« croire »), signe qu’il n’était pas rationaliste, à la différence de la Grande loge de Londres de 1730 dont les « Devoirs d’un franc-maçon » de 1723 ne contenaient aucune mention de believe (qui n’apparaît que dans la partie histoire du métier et dans l’Approbation, et n’est donc pas « d’obligation » ; rappelons que l’article 1 des Devoirs de 1723 n’obligeait qu’à la religion naturelle pratique qu’est l’orthopraxis morale, laquelle n’est pas une croyance). Il n’est donc pas possible d’accepter la conclusion que, curieusement, Pierre Noël place au quasi début de son discours alors qu’en toute rigueur méthodologique il aurait dû la placer à la fin de sa démonstration. Il écrit : « Les différences entre les deux Grandes Loges sont certes bien réelles mais elles ne tiennent pas à une approche différente des problèmes « existentiels », bigote et soumise aux Eglises/Consistoires d’une part, libérale et imprégnée du newtonisme de l’autre ». Un philosophe rompu à l’interprétation des textes ne peut être d’accord avec ce type de conclusion.

Conclusion

S’il est vrai qu’un philosophe peut facilement commettre des erreurs sur des points d’histoire qu’il ne maîtrise pas, en retour je dois admettre, suite à l’examen que je viens de faire d’un texte d’un historien, que les historiens ne sont pas en soi compétents pour interpréter la philosophie d’un rite maçonnique. Et la cause ne tient pas seulement à un manque d’instruction et de formation philosophique : cela tient aussi au fait que l’activité philosophique est une vocation qui nécessite un travail de plusieurs décennies pour porter des fruits. C’est pourquoi les textes d’historiens paraîtront le plus souvent à mes yeux de nature exotérique lorsqu’ils font preuve de défaillances en matière d’interprétation philosophique des textes maçonniques. Dans pareil cas il est impossible de se référer à leurs travaux et de les citer.

Patrick Négrier

jeudi 23 avril 2020
  • 77
    pierre noel
    10 mai 2020 à 21:33 / Répondre

    “… Rome became the Center of Learning as well as Imperial Power, uti they advanced to thei Zenith of Glory. Under AUGUSTUS CAESAR (in whose Reign was born God’s MESSIAH, the great Architect of the Church) who having laid the World quiet by proclaiming universal Peace, highly encourag’d those dexterous Artists that had been bred in the Roman Liberty, and the learned Scholarsand Pupils ; but particularly the great VITRUVIUSS, the father of all true Architects to this Day.
    Therefore it is rationally believ’d, that the glorious AUGUSTUS became the Grand-Master of the Lodge at Rome, having, besides his patronizing Vitruvius, much promoted the Welfare of the Fellows-Craftsmen, as appears by the many magnificent Buildings of his Reign, the Remains of which are the Pattern and Standard of true Masonry in all future Times … expressed by the name of AUGUSTEAN STYLE” (Anderson 1723, p 24- 25).
    Ces quelques lignes sont-elles un traité d’architecture, un recueil de recettes utiles à la construction d’un pont, d’une cheminée ou d’un Arc de Triomphe ? Sont-elles suffisantes pour apprendre à connaître la construction romaine et sa grandeur ? J’avoue n’en être pas plus avancé.

    • 78
      Désap.
      11 mai 2020 à 10:37 / Répondre

      Ah …
      Ainsi Protagoras et Gorgias restent pour certains des exemples.
      Sont-ils toujours parmi nous, à l’instar de ce Grand Architecte de l’Eglise ?
      Concurrence déloyale 🙂 🙂

  • 76
    Désap.
    10 mai 2020 à 19:19 / Répondre

    75 –
    1/ Etudier l’Histoire romaine et on comprendra, lire Vitruve (dit « le père de tous les vrais architectes » dans le texte d’Anderson) aide également.
    2/ Faire une étude objective des Constitutions dites « d’Anderson » et la nécessité première apparaitra, notamment le chapitre concernant Cesar Auguste.
    3/ En résumé, pour Pierre Noël : se faire violence 🙂🙂

  • 75
    pierre noel
    10 mai 2020 à 17:59 / Répondre

    #74 « Pour ce qui est du métier romain, le connaitre c’est connaitre l’Histoire de la Rome antique, République et Empire pour lesquels la construction est à la fois fondatrice et identitaire.
    Le collectif Anderson en 1723 n’invite à rien d’autre et comme prérequis à la pratique maçonnique »
    L’auteur de ces lignes pourrait-il les expliquer et, une fois n’est pas coutume, révéler les sources de ces affirmations (qui peuvent s’appliquer à tous les empires et toutes les nations) ?

  • 74
    Désap.
    10 mai 2020 à 12:17 / Répondre

    @ Négrier et Taillades,
    Vous ne pouvez pas discourir ni échanger sur les Old Charges sans connaitre au minimun l’Histoire du métier médiéval et l’idéal serait de connaitre également celle du métier romain.
    C’est comme prétendre parler de cuisine arguant que l’on connait ses recettes ; c’est à la fois illusoire et incohérent.
    A l’évidence Négrier ne connait pas cette Histoire, il a besoin de vérifier ce que j’avance auprès des historiens et Taillades ne montre pas plus de connaissances.
    1/ Je fuis le fantasme comme la peste
    2/ Ce que j’avance est basic, ne m’appartient pas, je rapporte ce qui ressort des travaux des historiens.
    J’ajoute que ce qui vous réconciliera est la réalité du métier, car vos thèses, sans que sembliez le percevoir, se rejoingnent ; un bémol toutefois, dans le métier lorsqu’il s’agit de « maitre(s) » ce sont des gens du métier, les maitres d’oeuvres, dont le premier d’entr’eux est l’architecte, celui dont il est question dans le Cooke de mon point de vue.
    Pou ce qui est du métier romain, le connaitre c’est connaitre l’Histoire de la Rome antique, République et Empire pour lesquels la construction est à la fois fondatrice et identitaire.
    Le collectif Anderson en 1723 n’invite à rien d’autre et comme pré requit à la pratique maçonnique, notamment la partie improprement dite « historique », qui n’est pas autre qu’une exhortation à cette étude et par ailleurs une description des objectifs de la GL. Le reste de cet Ancien devoir est règlementaire et donc d’un intérêt bien moindre puisqu’il suffit de son respect, cependant que le maçon effectif sera architecte, celui aura saisi les réalités et la philosophie du métier, et participera par ses travaux à la poursuite de la définition toujours plus précise de cette dernière.

  • 72
    NEGRIER
    10 mai 2020 à 03:44 / Répondre

    Définitivement non : dans le texte anglais, il y a un génitif qui est « congegations of all masters and fellows », et le sujet du verbe « should be made » est « by all masters », ce qui explique que certains transcripteurs anglais du texte apposent une virgule entre « masters » et « of all etc. » pour la bonne intelligence du texte.
    Traduire autrement va à l’encontre de la logique du texte, et aboutit à faire de « maîtres de tous les maîtres » un sujet qui convoque les assemblées avec les « compagnons », ce qui est une ineptie complète car ce ne sont pas les « compagnons » qui partagent avec les autres l’initiative et la responsabilité de convoquer des assemblées.
    Comme je l’ai déjà dit, avant de prétendre dater des textes, il faut apprendre à les comprendre, car ce sont les vertus herméneutiques qu’on déploie dans l’interprétation exacte des textes qui permettront ensuite de les dater avec exactitude, et non l’inverse. Ce n’est pas en s’obstinant sottement dans des contre-sens qu’on gagne des lecteurs.

    • 73
      David Taillades
      10 mai 2020 à 11:15 / Répondre

      Les anglais, avec qui je travaille, estiment que les deux interprétations sont possibles et qu’il n’y a pas d’ineptie à comprendre que les assemblées seraient convoquées par des maîtres de tous les maîtres, (de tous les) compagnons et (de tous les) maçons. C’est donc à l’initiative seule des maîtres de tous les autres membres du métier (maîtres, compagnons et maçons) que se ferait l’assemblée.
      Une telle approche implique une vision en district ou région, ce que des transcripteurs anglais (qui ont mis la virgule) on ajouté dans le texte.
      En parlant de logique : si tous les maîtres du pays devaient convoquer une assemblée, ils faisaient comment ? Un fax ? un mail ? 😉 Ils faisaient d’abord une assemblée pour décider d’une assemblée avec le autres ? On parle, dans ce texte, d’une assemblée qui fédère tous les tailleurs de pierre du pays… A l’époque gothique, il devait y en avoir des maîtres (je ne parle pas de maître d’œuvre/architecte) dans le pays… non ?
      Pour ce qui est de l’obstination et de l’aveuglement, ou de contre-sens, pas de commentaire de ma part…
      Les critères de datation des textes ne reposent pas sur de l’interprétation/traduction, rien à voir. Donc, pas de mélange des genres.
      Bon dimanche.

  • 70
    NEGRIER
    9 mai 2020 à 20:19 / Répondre

    Le Cooke ne parle pas de « maîtres de tous les maîtres » : il dit que des maîtres devraient réunir en assemblées tous les maîtres maçons et compagnons dudit art et que ceux qui devraient alors être « faits maîtres » seraient à cette fin examinés sur les articles écrits ci-après dans le manuscrit, et qu’ils seraient éliminés à moins de faire preuve de leur capacité et de leur habileté au profit des seigneurs qui doivent les employer. Ce texte ne porte donc pas sur le rite (rite d’admission en loge qui sert à « faire un maçon ») mais seulement, dans le cadre opératif du métier, sur la promotion professionnelle de certains compagnons et de leur élévation à la fonction appelée « maîtrise » qu’est la « maîtrise d’oeuvre », laquelle ne saurait en aucun cas être confondue avec un degré rituélique. Dans ce contexte il n’est pas impossible que les « maîtres » qui convoquaient ces assemblées aient été des « maîtres d’ouvrage ».

    • 71
      David Taillades
      9 mai 2020 à 23:17 / Répondre

      Voici ce qu’on trouve dans le Cooke (v. 708 – 711) : […] congregacions scholde be made / bi maisters of alle maisters / Masons and felaus in the / foresayde art […]. Les « /  » correspondent aux sauts de ligne.
      On peut donc traduire par : [des] congrégations devraient être convoquées / par les maîtres de tous les maîtres / Maçons et compagnons de / l’art en question […].
      Le Cooke évoque donc clairement « les maîtres de tous les maîtres ». C’est ce qui est écrit.
      Ensuite on lit : And so at suche / congragacions they that be mad / masters schold be examned / of the articuls after writen […].
      Je n’ai jamais évoqué un quelconque rite dans ce texte.
      La seule chose que l’on puisse dire, c’est qu’il confirme qu’il y avait des assemblées avec des maîtres, au-dessus des maîtres, des maçons et des compagnons.

  • 69
    David taillades
    9 mai 2020 à 19:09 / Répondre

    L’interprétation sans méthode préalable conduit à inventer des preuves et des chemins qui n’existent pas, W. McLeod en donne un bel exemple. De mon côté je suis très friand de Paul Feyerabend, l’enfant terrible de la science. Le risque de l’interprétation a priori peut mener dans des impasses… et l’âge aidant enfermer les idées dans des dogmes dont il est difficile de s’extraire. En partant d’une croyance, appuyée par des arguments empruntés à d’autres croyants, on finit par inventer une histoire qui n’a jamais existé… c’est tout le malheur de l’histoire de la FM. Qu’il y ait une intuition initialement, bien entendu, je dis seulement que si on n’applique pas une certaine rigueur on s’enferme dans une idéologie… Oui, je suis bien d’accord, la méthode est aussi ce chemin qui apparaît après qu’on l’ait parcouru. Mais l’un n’empêche pas l’autre.

    Le Cooke n’est en rien chrétien car il n’y a aucune référence spécifiquement chrétienne dedans. Étonnant pour un texte médiéval de l’Occident chrétien. Il suffit de lire le texte pour le voir : pas de Jésus, pas de Marie, pas d’Esprit saint, pas de 4 couronnés. Ceci démontre notamment son antériorité par rapport au Regius et témoigne ainsi d’une tentative de christianisation suite à l’édit de 1290 en Angleterre. Imaginer que des chrétiens aient écrit le Regius en premier pour retirer ensuite Jésus, Marie et les 4 couronnés et imposer aux maçons de prêter serment sur ce texte, va à rebours de l’histoire médiévale. Navré, mais il faut se méfier des « signes » qui apparaissent subitement, car il faut faire l’analyse fouillée des textes (dans le contexte de leur époque !) et lire les travaux de nos prédécesseurs à ce sujet. Concernant le Regius et le Cooke : Begemann, Speth, Knoop et Jones et dernièrement Cooper ont fait un travail passionnant… Les quatre premiers ont démontré (je parle ici de preuves objectives, pas de supposition) que le contenu du Cooke est plus ancien que celui du Regius. Personne n’a démontré le contraire, et c’est normal puisqu’il en va ainsi, et cela est tombé dans l’oubli… dommage. C’est une des raisons des inepties historiques auxquelles nous sommes arrivés aujourd’hui. En plaçant le Regius après le Cooke, on comprend mieux pourquoi il est expliqué aux maçons comment se tenir dans une église et dans la société anglaise… les étrangers sont ainsi « convertis ».

    Concernant l’hébreu, la traduction est celle donnée par Sefarim, bible hébraïque en ligne… faite par des Hébreux et confirmée par des hébreux (non maçon) de mon entourage… donc, si personne n’est d’accord… ce n’est certainement pas moi qui vais trancher.

    Il n’y a pas de virgule entre « masters » (noté « maisters ») et « of all masters » (noté of all maist’s) dans le Cooke (v. 708-711) comme chacun peut le constater en consultant les photos de l’original en ligne sur le site du British Museum ! Quand on étudie les OC on consulte les orignaux, ou les facsimilés dans les QCA, pas des transcriptions. Plus personne ne fait ce travail élémentaire et chacun y va de son interprétation historique… j’ai conscience que le sujet est complexe pour m’y être suffisamment cassé les dents pendant des années (en copiant aussi des bêtises !). Je ne donne donc pas de leçon, je témoigne d’un travail qui impose la rigueur si on veut arriver à y voir clair un jour. Ce que j’ai dis concernant le Cooke est donc vérifié et confirmé par des anglais.

    Le fait d’être universitaire n’est pas une garantie d’apodicticité, certes, et c’est même vérifié, on est d’accord, mais imaginer qu’on peut se passer de toute rigueur académique pour élucider un sujet aussi complexe que les origines de la FM…

    Afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté concernant mes propos : je ne suis pas là à donner des bons ou mauvais points ou pour imposer quoi que ce soit. Je suis, comme tout cherchant sincère, à la recherche de la compréhension des origines de la FM. Une de mes conclusions, après une étude très poussée des Old Charges, à partir des originaux ou facsimilés, comme de tout ce qui a été écrit (ou presque) les concernant, c’est que la chronologie actuelle des textes et leur classification sont totalement fausses car tout repose sur la datation des supports et non des contenus ! Or, les textes ont été maintes fois recopiés dans le temps et leurs originaux sont perdus. La démonstration que j’en donne n’a pas été réfutée à ce jour et elle ne peut pas l’être car je montre clairement que ceux qui ont daté les textes l’ont fait sans aucune rigueur : il faudrait les croire sur parole, point barre. Or, il existe un moyen de dater les textes à partir de leur contenu… j’en donne les pistes dans mes derniers travaux et cela est mieux préciser dans un article publié cette fin d’année. Qu’on discute à partir de là mes datations, et qu’on les conteste, pas de problème, avec plaisir, je suis en train de les affiner car je fais d’autres découvertes dans des textes que je relis… tout n’apparaît pas du premier coup… loin de là !
    La jeunesse a cela de bon qu’elle ne se contente pas de boire les paroles de ses anciens, qu’elle respecte !, mais qu’elle va déranger dans leurs petites habitudes et certitudes afin de les aider à se défaire de leurs croyances. L’échange intergénérationnel est fondamental et il n’y a pas des gâteux d’un côté et des prétentieux insolents de l’autre…
    L’histoire n’est jamais définitivement écrite car elle ne peut l’être… 30 ans qu’on disait la même chose sur les origines de la FM… dorénavant cette approche est mise à mal puisqu’un lien organique est démontrable et démontré entre les tailleurs médiévaux et les spéculatifs modernes.
    Au plaisir d’un échange de vive-voix à l’occasion.
    AF

  • 68
    NEGRIER
    9 mai 2020 à 16:46 / Répondre

    Il est faux de penser que la méthode doit précéder l’interprétation : c’est l’inverse qui est vrai, comme l’enseigne l’expérience à n’importe quel auteur âgé. C’est ce qui fit dire au grand sinologue Marcel Granet, jouant avec humour sur l’étymologie du mot méthode : « la méthode, c’est le chemin après qu’on l’a parcouru ». En effet, c’est seulement une fois qu’on a compris avec exactitude qu’on découvre à la fin quel chemin il aurait fallu emprunter.
    Le Cooke était un texte chrétien : il cite la Bible ; et s’il mentionne les arts libéraux de la République de Platon, c’est parce que ces sept arts composaient l’essentiel de l’instruction et de l’éducation médiévales (cf. le Didascalon de Hugues de Saint-Victor). Rien à voir directement en soi avec l’hébreu.
    Il est un peu téméraire de chercher à donner des leçons d’hébreu à quelqu’un qui a un certificat d’hébreu obtenu en 1987-88 à l’IC de Paris avec un professeur d’hébreu prestigieux (D. de la Maisonneuve) et pratique l’hébreu presque quotidiennement depuis plus de 40 ans. Je le redis de manière catégorique : il est impossible de traduire Hiram ‘avîv par « maître Hiram ». En hébreu ‘av n’a qu’un seul sens : « père » ; quand à « maître », il se dit ba’al, de même que « seigneur » se dit ‘adon. Houram ‘avîv signifie « Hiram est son père », le titre de « père » étant attribué par le langage au géniteur, le Lexicon de Gesenius indiquant seulement en sus que le titre de « père » (‘av) peut être attribué par analogie à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, exercent une forme de paternité intellectuelle, morale ou spirituelle (analogie seulement et non identité avec la paternité biologique), comme par exemple un « auteur », un « fabricant », un « nourricier », un « maître » (master), un « enseignant », et un « propriétaire ». Mais ce n’est pas parce qu’en hébreu on pouvait appeler entre autres choses « a master » en lui disant oralement « père » (‘av) que cela autorise à traduire ‘av par « maître ». Il ne faut pas confondre le sens littéral d’un mot, et les objets auxquels l’usage attribue par analogie ce signifié.
    Dans le Cooke, il y a une virgule entre « masters » et « of all masters », si bien que le texte ne parle en rien de « maîtres de tous les maîtres » (génitif), mais expose au contraire une apposition où le concept général de « maîtres » se trouve suivi d’un ajout qui précise qu’il s’agissait d’envisager ces maîtres-ci dans leur ensemble ou « totalité » (all).
    Les Old Charges constituant une tradition évoluant de manière plutôt cumulative, le fait que les Quatre couronnés du Regius aient été abandonnés dans le Cooke signe à mes yeux l’antériorité du Regius sur le Cooke.
    « Rallier à soi le plus d’adhésion », c’est ce qu’on appelle le sens commun, lequel a le plus souvent tort. Le sens commun n’est pas le bon sens ! qui est généralement le propre des minorités. Le sens commun est généralement le fait de ce que Héraclite appelait comme tant d’autres auteurs comme Platon (y compris le pasteur James Anderson à plusieurs reprises dans ses écrits ecclésiastiques, mais avec des mots anglais équivalents) avec mépris les « polloi », c’est-à-dire la majorité.
    Quant à croire que les universitaires seraient une garantie d’apodicticité, n’importe quel auteur expérimenté et âgé sait que c’est impossible. Soyons généreux : au lieu de prendre un exemple chez les universitaires maçons (y compris chez mes amis auteurs maçonniques aujourd’hui tous décédés) où les exemples d’erreurs pullulent, je prendrai un exemple en philosophie : la plus grande bévue du Docteur Martin Heidegger a été de vouloir à tout prix présenter l’Idée platonicienne du Bien comme une réalité métaphysique, ce qui était impossible : c’était une réalité éthique qui a des effets métaphysiques, ce qui n’a rien à voir avec l’illusion de Heidegger qui cherchait à tout prix à heideggeriser les auteurs classiques qu’il lisait.
    La jeunesse est prétentieuse et insolente, mais les auteurs âgés deviennent patients.

  • 67
    David Taillades
    9 mai 2020 à 09:45 / Répondre

    Le piège, en science, est de se faire une « idée de » avant de travailler un sujet. Non pas que cela soit « mal » en soit, mais tout simplement parce que cette idée peut rapidement devenir un aveuglement, une obsession. W. Begemann avait une « idée » des origines de la FM… il avait découvert toutes les preuves du lien organique entre tailleurs de pierre anglais et maçons spéculatifs londoniens, mais il avait préféré conclure que non, cela ne pouvait pas être ça. C’est à tomber à la renverse ! H. Carr, c’était fait une idée… E. Ward aussi… des thèses qui ne tiennent pas la route : ni l’une ni l’autre… même si chacune d’elle contient une part de « vrai ». L’Histoire est complexe !

    Aynon est une déformation d’Amon qui signifie « artisan » en Hébreu. Amon donne phonétiquement Aymon, Aynone, A mon, Ammon… etc. Pourquoi de l’hébreux ? Et bien parce que le Cooke n’est pas un texte de chrétiens pour chrétiens, comme son analyse le met en évidence… Oui, le contenu du Cooke, plus ancien que le contenu du Regius, met clairement en évidence que ces artisans n’étaient pas des chrétiens… ce qui explique bien des choses.

    Houram aviv, les hébraïsant confirmeront, signifie littéralement « maître Hiram ». Avi ou Aviv a été déformé pour donner abi, de la racine ab, qui signifie père. Alex Horne, des AQC, avait souligné cela il y a quelques années déjà.

    La « perception » d’un troisième degré est implicite car deux manuscrits (rarement lus) indiquent clairement que la hiérarchie sur le chantier était la même dans la loge. On ne comprend pas les Anciens Devoirs si on en lit seulement une dizaine ou même une trentaine… car il faut rechercher les divergences (pas seulement dans les déformations des mots mais aussi dans l’ajout ou le retrait de certaines charges), pour chercher d’où elles viennent, et pas les similitudes. W. McLeod c’est ainsi lourdement trompé en éliminant tous les « détails ».
    On lit déjà dans le Cooke qu’il y a « des maîtres de tous les maîtres, maçons et compagnons »… ce qui est valable pour la loge, la chambre ou le hall, soit tous les liens où se réunissent les maçons. Cela s’appelle un « silence » documentaire, les archéologues connaissent très bien cela. On n’écrit pas une évidence dans un texte. La présence de maîtres en loge (et non pas du maître de la loge) est confirmée par plusieurs manuscrits tous datant d’avant la Réforme.

    Naymus Grecus est la déformation progressive de « named carolus secondus » que l’on trouve dans le Cooke, William Watson et Henery Heade. On constate que ce Charles le Second disparaît du temps de l’original du Melrose n°2… soit entre 1430 – 1460 (date à laquelle j’arrive mais qui est confirmée par David Stevenson, dans son dernier article publié dans Heredom, et sans concertation préalable entre-nous). C’est alors qu’apparaissent Naymus Grecus et Charles Martel.

    Encore une fois pour comprendre le contenu des Old Charges, il faut en étudier beaucoup (de mon côté j’en suis à la centaine maintenant) et surtout les placer dans le contexte historique anglais, en lisant notamment les ordonnances royales régulant le métier, j’en donne une liste à la fin de mon article à paraître en novembre. Enfin, il vaut mieux essayer de les lire dans le bon ordre… c’est-à-dire en commençant par le Cooke et non pas le Regius, puisqu’il a été démontré par Begemann, Speth ou encore Knoop et Jones que le contenu du premier témoigne incontestablement de son antériorité. Si le Cooke que nous avons aujourd’hui est bien un texte copié vers 1450, son contenu témoigne d’une pratique du métier en place déjà au début du siècle précédent. Enfin, pour tuer toute polémique, le polychronicon cité dans ce manuscrit ne peut pas être attribué à Higden (dont l’œuvre est traduite vers 1390), démonstration faite par Hamer, car il peut tout aussi bien l’être à Jean de Salisbury… En effet, son Policraticus, texte rédigé deux siècles plus tôt que celui de Higden, était également nommé polychronicon.

    La révision profonde de ces textes était nécessaire car toute la chronologie actuelle est fausse, intégralement fausse, raison pour laquelle toutes les thèses des origines sont bancales. Comme l’a démontré T. Kuhn, une thèse est valide non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle rallie à elle le plus d’adhésion, formant ainsi un paradigme dominant… mais les paradigmes finissent par s’épuiser face aux impasses dans lesquelles ils finissent. Il faudra du temps pour que « l’idée » des origines de la FM, telle qu’elle est conçue aujourd’hui par beaucoup, s’évapore… mais cela arrivera… chaque chose en son temps 😉

  • 65
    NEGRIER
    9 mai 2020 à 07:05 / Répondre

    Il faudrait demander aux historiens si un chantier possédait une ou plusieurs loges. Mais même si ce dernier cas exista parfois, cela ne veut pas dire qu’une de ces loges pratiquait un degré rituélique de maître au sens moderne. Ni le délicieux recueil de Hughan, ni les copies que j’ai tirées des AQC n’attestent l’existence d’un tel degré distinct de la maîtrise au sens de « maître d’oeuvre ». Il est vrai que les Constitutions de 1723 s’inscrivent directement dans la tradition des Anciens devoirs, mais leurs concepteurs (les décideurs « approbateurs » de la GL de Londres) et leurs rédacteurs (Anderson 1ère partie ; Désaguliers 2ème partie ; Payne 3ème partie) opérèrent une triple révolution : la 1ère partie ou Histoire du métier contient quelques éléments empruntés aux catéchismes du MW ; la 2ème partie ou « Devoirs » déconfessionnalisa l’appartenance et constitue l’un des premiers textes laïcs des temps modernes ; et la 3ème partie innova en « réglementant » une obédience qui était une organisation entièrement nouvelle eu égard à sa composition sociale et à ses buts tant spéculatifs que de simple sociabilité de nature d’abord éthique.

  • 64
    Désap.
    8 mai 2020 à 22:33 / Répondre

    62 – Pourtant, d’un point de vue très pragmatique et parfaitement réel il fallait bien que les maitres des différentes loges intervenant sur le chantier se réunissent sous l’autorité de l’Architecte pour résoudre les problèmes d’organisation et techniques se présentant quasi journellement.
    Les grands chantiers ou les ouvrages complexes tel que les ponts nécessitaient l’intervention de plusieurs corps d’états et plusieurs loges d’un même corp d’état.
    Également, la hiérarchie du métier médiéval comportait cinq niveaux de maitrise sous les ordre directs de l’Architecte.
    Comprendre la maçonnerie sans une solide culture du métier opératif me parait très hypothétique.
    Je me permets de rappeler que Anderson ne parle que de maçonnerie opérative, 1723 est un Ancien devoir et s’en réclame

  • 62
    NEGRIER
    8 mai 2020 à 21:06 / Répondre

    Les Old Charges constituent, malgré leurs divergences et occasionnelles modifications, une véritable tradition littéraire, textuellement homogène. Je ne pense pas qu’on puisse travailler sur eux sans s’être d’abord fait de cet ensemble une première idée de son contenu à la lumière des règles ordinaires de l’interprétation. Ayant traduit une dizaine de ces textes, je pense actuellement que si la forme Aynon qu’on y rencontre sous diverses orthographes ne devait rien à la chanson française des Quatre fils Aymon, elle n’était qu’une déformation originellement involontaire (et non volontairement « cachée ») d’Hiram car cet Aynon est présenté dans certains OC comme étant le fils du roi de Tyr Hiram, et II Chro. 2,12 présente l’artisan bronzier du temple Hiram de Tyr comme s’appelant Houram ‘avî (transcription en partie phonétique) ce qui signifie en hébreu : « Houram est mon père », de même que II Chro. 4,16 l’appelle Houram ‘avîv (« Houram est son père »), deux précisions qui font sémiotiquement de Hiram l’artisan bronzier le fils de Hiram le roi (en hébreu Hiram est mis pour ‘Ahîram qui signifie « mon frère est en haut »). Il a suffi d’une première faute de copiste pour que la déformation malencontreuse d’un originel Hiram en Aynon finisse par être recopiée dans des versions ultérieures d’OC. Je n’ai jamais perçu dans les OC de troisième degré dit de maître qui impliquât la présence permanente de plusieurs maîtres en loge. En ce qui concerne les détails pratiques du rite de réception dans les OC, ils sont suffisamment décrits en 3 lignes dans les textes pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté ni d’obscurité à ce sujet. Prichard reproduit ce bref rituel de réception selon les OC au début de sa Maçonnerie disséquée de 1730. Il y a dans les OC un élément qui conserve un caractère assez énigmatique pour susciter et justifier une recherche à ce sujet : c’est la mention d’un Namus graecus (« nom grec ») qui est évidemment mis à la place d’un nom que le copiste ne parvenait pas à déchiffrer. A ceux qui prétendraient réviser à l’excès la chronologie des OC mais aussi celle des catéchismes du Mason word, je conseille de commencer par tenter de comprendre le contenu de ces textes.

    • 63
      pierre noel
      8 mai 2020 à 22:05 / Répondre

      Quiconque connaît un peu les OC sera d’accord avec Négrier qui répète ici ce que chacun sait.

  • 61
    pierre noel
    8 mai 2020 à 17:18 / Répondre

    J’ai lu et relu avec beaucoup de plaisir le dernier ouvrage de David Taillades (Franc-Maçonnerie, l’histoire retrouvée, 2019) après avoir lu les deux premiers. Taillades balaye d’un revers de mains les auteurs classiques et rétablit (dit-il) la chronologie « réelle » des Old Charges qu’un vain souci philologique et des idées préconçues ont égarée (ses arguments sont-ils convaincants ?) Cela lui permet de lire dans les OC une trame historique apparemment passée inaperçue jusqu’à lui, centrée sur le maître maçon du temple de Salomon, dont le nom réel (Hiram) est caché sous un nom d’emprunt et n’est révélé qu’au cours des mystères sacrés (la maîtrise) pratiqués à l’insu de tous et connus des seuls free-masons depuis la nuit des temps (ce qu’ignore l’école « académique »). Ces pratiques initiatiques (mort et renaissance) auraient été supprimées par la Réforme car idolâtres. Anderson a omis, par ignorance ou par choix délibéré, la maîtrise maçonnique dans les constitutions de 1723, car Hiram et sa légende, relevant de la « sainteté », étaient incompatibles avec la théologie protestante. Cette « maîtrise » authentiquement initiatique ne sera partiellement révélée autour de 1725, par des extraits énigmatiques d’abord, puis par Prichard et le « Dialogue entre Simon et Philippe ». Mais il faudra attendre Dermott et les Antients pour qu’elle apparaisse au grand jour (ce qui est pur wishful thinking puisque la maîtrise des Anciens ne diffèrent en rien de celle de leurs rivaux).
    L’histoire est belle, l’hypothèse séduisante. Elle est relatée avec brio, talent et conviction. Elle sera accueillie avec faveur par beaucoup, surtout par les adeptes de la méta-histoire. Elle évoque la tradition primordiale de Guénon, le Matin des Magiciens et son réalisme fantastique, les commentaires « historiques » des rituels maçonniques … Je la lis avec plaisir et sans réserve, mais, permettez-moi de le dire, je ne suis pas convaincu par ce qui paraît souvent des désirs pris pour des réalités.

    • 66
      David Taillades
      9 mai 2020 à 09:00 / Répondre

      Merci Pierre No d’avoir lu mes ouvrages, très imparfaits, je le concède sans détour. Oui, parfois j’ai forcé le trait (qui ne l’a pas fait ?). Mais je corrige avec le temps et avec mes correspondances soutenues avec John des AQC. Je prépare un travail qui sera bien plus conséquent et où le déroulement de l’analyse sera plus académique.

      Concernant mon dernier opus, mes arguments ont été validés par des universitaires et des pairs outre-Manche. Bien entendu, toutes mes conclusions ne résisteront pas avec le temps, comme l’a écrit mon postfacier, mais la méthode proposée sort la recherche d’une impasse de 130 ans.

      Un article arrive à la fin de l’année. Ma méthode d’analyse, qui repose sur une démarche scientifique, y sera clairement exposée et 7 manuscrits seront étudiés pour expliquer comment l’utiliser pour placer un texte dans le temps. J’attends bien attendu le débat contradictoire argumenté à partir de faits historiques et pas des désirs personnels ou. croyance. Donc, j’attends de mes contradicteurs un travail fourni sur les Old Charges, pas la lecture ou traduction d’une dizaine de ces textes, mais de tous ceux que j’ai étudié ainsi que l’etude détaillée des travaux de mes prédécesseurs. Sans ce travail préalable, ce sera du blabla reposant sur des idées préconçues 😉

  • 60
    Désap.
    7 mai 2020 à 12:02 / Répondre

    59 – Merci cher David T. de rappeler ce que doit être la rigueur de l’ historiographie.
    Je rejoins ton analyse des Old Charges et leur datation.
    J’aimerais qu’il en soit de même à propos des Moderns.
    Leur projet n’était pas politique, il était éthique au sens protreptique du terme, qui mène à la réflexion théorétique à propos de laquelle Aristote disait qu’elle est utile même pour la vie pratique.
    Le même affirmait : « s’il faut philosopher, il faut philosopher ; s’il ne faut pas philosopher, il faut (pour le nier) philosopher ; ainsi de toute façon, il faut philosopher. » De cette philosophie qui est initiatique, s’efforçant de rendre intelligibles les enseignements de l’Egypte.
    Qui aura lu les néoplatoniciens de l’Antiquité tardive ne manquera pas de constater la filiation d’esprit et d’objectif des Constitutions 1723 et des rituels RF 1785 dont rien ne permet de douter de l’objectivité de Montaleau à revenir aux anciens usages, ceux d’Anderson.
    Au-delà de la lettre G, bien que celle-ci le résume, c’est précisément cela qui distinguent les Moderns de l’église Antients.
    De l’exhortation à la Connaissance en 1723, 1815 force à ne plus pratiquer que l’exégèse des Ecritures, dont Celse disait en 178 « qu’est-ce ce dieu soumis aux passions ? » Tout est dit.

  • 57
    Etienne Hermant
    5 mai 2020 à 17:30 / Répondre

    Un apaisement dans les échanges est un gage d’approfondissement de ceux-ci.
    J’ai du mal avec des échanges à tir tendu, c’est donc de bon augure.
    .
    Je reprends les numérotations pour plus de visibilité.
    .
    1/ Approche historique.
    Afin de tâcher de cerner la complexité du fait maçonnique l’approche historique se doit d’être multiforme : géopolitique, sociologique, économique, philosophique, religieuse, voir théologique, culturelle, sociétale, architecturale.
    Il convient d’approcher l’étude des sujets concernés sous tous ses angles, sans en omettre, à la fois sur base d’une solide documentation, mais aussi en englobant les différents arcanes à disposition qu’il faudra décrypter.
    Pour ma part je ne m’inscris pas dans des clivages et j’avoue ne pas les comprendre.
    Je ne me revendique pas historien, mais si ce terme n’est pas trop présomptueux je lui préfère « chercheur » avec toute l’humilité nécessaire à son accomplissement.
    On peut être étonné du nombre d’affirmations péremptoires simplistes qui circulent sur des évènements qui demandent un long travail d’investigation souvent réparti sur plusieurs années.
    Cette notion de « vérité absolue » cache le plus souvent, soit de l’ignorance, soit un jeu partisan, soit encore de burlesques théories du complot, et quelques fois les trois…
    2/ Bilan. Apparition du degré de Maître.
    On pourrait dire que ces recensements existent, du moins partiellement, dans le sens que les différentes recherches s’appuient les unes sur les autres.
    L’étude des « Old Charges » et leurs suites sous forme de catéchismes portent les noms de Wilhelm Begemann, de plusieurs membres d’AQC, d’Herbert Poole, de Wallace Mc Leod et plus récemment de David Taillades qui pour sa part, dégage un troisième degré dès le 17e siècle.
    Il faudra bien admettre que nous voguons dans des zones particulièrement opaques desquelles fleurissent beaucoup d’hypothèses dont la crédibilité n’est pas toujours au rendez-vous.
    3/ « Apolloniens » ou « Apolliniens ».
    Comme je l’ai indiqué, la référence faite aux « Apolloniens » dans la convocation de l’« Antediluvian Masonery » pourrait raisonnablement désigner la Societé « Philomusicae et Architecturae Apollini » qui éleva des compagnons à la maîtrise à la même époque (12 mai 1725).
    Les « Apolloniens » (apparition du terme en 1557 et réapparition au 18e siècle) étaient des partisans du dieu Apollon en référence à sa beauté et à la notion de perfection et d’idéal, avant que la philosophie s’en empare.
    Or la « Société Apolloni » dont le fer de lance était le célèbre violoniste et compositeur Geminiani, magnifiait la beauté à travers les Arts.
    Son acte fondateur est assez explicite à cet égard et fait intéressant c’est
    « LA GEOMETRIE » qui fut choisie pour honorer les « Arts et Sciences » que la « Society » fait coïncider avec la musique et l’architecture, objets de cette Loge maçonnique (l’article 17 de ses statuts : Nul visiteur ne sera admis s’il n’est FRANC-MACON).
    Concernant cette « Society » on peut favorablement se référer aux commentaires très complets de R.F. Gould dans l’AQC (volume 16 : Page 112 à 128).
    4/ Apparition du Degré de Maître.
    A mon sens il faudrait diversifier les appellations qui me semblent plus appropriées pour cerner cette notion.
    « Griffe et mot de Maîtres » (et non du « Maître de la Loge ») pour le Ms Sloane de 1700, avec Maha-byn transmis en deux temps par les points du compagnonnage qui sont détaillés.
    « Trois catégories de maçons » pour le Ms Trinity College de 1711, avec pour chacune des catégories ses secrets respectifs, avec la présence du mot Matchpin en pressant la colonne vertébrale du maître et en glissant un genou entre les siens.
    « Trois classes d’Apprenti, Compagnon et Maître » pour le Ms A Mason’s Examination de 1723, avec le respect de la « Règle de Trois », le mot Maughbin, les points du Compagnonnage détaillés au nombre de six.
    « Quatre étapes sans significations de dénominations de degrés » pour le très intéressant Ms The Whole Institutions of Free-Masons Opened de 1725, avec Jachin/Boaz et index, Magboe/Boe et poignet, Gibboram/Esimberel et coude, Je suis/Jéhova avec attouchement au creux du dos ou « Excellent et Excellent et l’Excellence est une autre réponse », avec les cinq Points du Compagnonnage.
    Et une explication pour Magbo et Boe qui signifient Marrow in the Bone et peut donc se rattacher à un 3e Degré.
    Notons que Giblim signifie « Excellent maçon » et que c’est le qualificatif qui définit au 18e siècle un maçon de l’Arc Royal et que Jéhova est quelquefois écrit Géova (autre signification de la lettre G ?).
    On aurait donc ici les degrés d’Apprenti et de Compagnon avec Jachin/Boaz, le degré de Maître avec Magboe/Boe et un degré de l’Arche Royal avec Je suis/Jéhova, Excellent et Excellent.
    Prichard, qui n’a rien inventé, associera légende, mots et points simultanément en 1730.
    Je pense que l’erreur consiste à rechercher une linéarité de départ en imaginant une progression Apprenti, Compagnon, Maître, hauts-grades.
    Dans les faits tout semble se superposer.
    9/ Non, nous ne sommes pas opposés.
    Les dates que j’ai retranscrites et que vous donnez font référence à la copie et non à l’original.
    J’indiquais simplement que ce Ms reflétait une activité maçonnique qui s’est déroulée en Angleterre entre 1724 et 1730 sans affiner une date.
    Nous nous rejoignons donc.

    • 58
      pierre noel
      5 mai 2020 à 19:16 / Répondre

      Pourquoi parler de « tir tendu » ?
      Tout cette discussion repose en pratique sur deux livres de KJ&H, l’un de 1943 (réédité en 1963), l’autre de 1945 (réédité en 1978), ouvrages que vous citez à chaque phrase.
      Vous pouvez ajouter à cela les AQC si vous en disposez (surtout les vieux, d’avant la WWII).
      Sur cette base limitée, certains « philosophent », c’est à dire qu’ils inventent/postulent des développements dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont « unproven ».
      Nous serons d’accord pour dire que le grade de « maître-maçon » (son rituel, sa fonction dans une loge non-opérative) doit être apparue entre 1724 et 1730.

    • 59
      David taillades
      6 mai 2020 à 10:15 / Répondre

      Cher Étienne,

      En effet, la recherche pousse à l’humilité tant la tâche est complexe.

      Afin d’avancer sur le sujet, il faut renoncer à prendre en compte les travaux de Hughan, Poole et même ceux de McLeod sur les Old Charges. Les deux premiers ont toujours daté les textes à la force de leur conviction : aucune preuve n’est jamais avancée. De plus Hughan est tristement connu pour ses transcriptions… médiocres. Donc, à éviter.

      Concernant McLeod, qui prend VRAIMENT le temps de lire son travail (ses différents articles) et ne se laisse pas impressionner par une approche qui peut sembler « savante », découvre qu’il « fabrique » purement et simplement la preuve dont il a besoin pour valider sa théorie. L’original perdu est une invention sans fondement scientifique, elle élimine toutes les disparités des textes pour inventer un texte imaginaire. Demande à Thomas Römer si une telle démarche est scientifique et ce que cela donnerait si l’on étudiait les textes bibliques ainsi ! Renoncer aux spécificités des textes, c’est se couper de preuves authentiques ! On veut des écrits et quand il y en a, certains préfèrent les tordre pour que cela rentre dans leur cadre idéologique. Enfin, W McLeod omet deux manuscrits (qu’il connait pourtant bien) dans sa classification… serait-ce parce qu’ils ruinent sa thèse et tout le bricolage des datations qu’il a opéré au regard de ce qu’ils contiennent ? Force est de constater qu’il y a, dans la classification amorcée par W. Begemann, d’importants problèmes puisque des textes sont inclassables et donc considérés comme divers ! Knoop et Jones avaient fustigé Begemann, comme d’autres avant eux. W. Begemann avait découvert bien des choses et, comme Speth ou Woodford, avaient bien mis en évidence la différence de datation entre le support et son contenu ! Leurs suiveurs ont oublié les datations qu’ils avaient mis en évidence et, pire, ont confondu la datation du support avec la datation de leur contenu ! Cette erreur est à l’origine de tous le problèmes d’interprétation des origines de la FM. Pour le dire autrement : le problème de « l’histoire » de la FM repose sur le fait que toutes les datations données des Old Charges sont fausses !

      Il y a donc du juste ou du vrai dans tout ce qui est écrit ici et là, même dans les oppositions. Dire que le « grade » de MM, tel que nous le connaissons aujourd’hui semble bien être « apparu » entre 1725 et 1730, est vrai, dans une certaine mesure. En effet, les opératifs ne parlaient pas de « degree » (ce mot était connu depuis longtemps mais concernait les compétences ou capacités des apprentis comme on le voit dans les Old Charges). L’utilisation de ce terme « degree », pour la maîtrise (mais également apprenti et compagnon), semble bien être « nouveau » pour une loge non-opérative, en effet. Mais quand on sait que l’original du Dumfries n°4 (avec ses catéchismes) date d’entre 1509 et 1534… on voit bien qu’Hiram n’est pas un inconnu du métier comme, semble-t-il, l’Arche Royale dont on voit des bribes dans ce texte. Peut-on dire que c’étaient les mêmes rituels déjà à cette époque ? Rien ne permet de le conclure. Cependant, les artisans pratiquaient des mystères qui leur étaient propres, et qu’ils devaient garder secret, comme c’est noté dans le Harris n°1, dont l’original est du milieu du XVe siècle. Des mystères qui devaient disparaître avec le passage de la Réforme… mais qui sont vraisemblablement entrés en clandestinité, comme le catholicisme (fait avéré), jusqu’au retour de Jacques Ie d’Angleterre… Donc disparation, réapparition, déformation, adaptation, passage de l’Angleterre à l’Écosse, puis de l’Écosse à l’Angleterre, puis à nouveau de l’Angleterre à l’Écosse… tout cela rend la lecture des origines difficile…

      L’histoire n’est pas linéaire, ce n’est pas un progrès continu… illusion mortelle. L’histoire comporte des avancées techniques certes, mais aussi des pertes, des reculs, des retrouvailles… Si l’on considère la FM londonienne dans cette perspective on peut alors comprendre qu’elle s’est construite sur une tradition qui appartenait bien autrefois au métier, mais qui avait déjà dû être altérée dans le temps, et que la GL de Londres souhaitait en faire quelque chose de spécifique… dans le cadre du projet « politique » qui était le sien 😉

  • 56
    Etienne Hermant
    5 mai 2020 à 11:11 / Répondre

    Pierre Noël, je précise ma pensée.
    Lorsque j’écris « se faire allumer » je ne parle pas de vous à moi, mais de Patrick Négrier à vous.
    Mon interpellation ne contient pas d’éléments philosophiques.

  • 54
    Etienne hermant
    4 mai 2020 à 12:08 / Répondre

    D’accord, mais vous vous trompez d’interlocuteur.
    Ce n’est pas moi qui aie posé le problème des datations, je n’ai fait que répondre à une interpellation sur le sujet.
    Je sais que se faire allumer n’est jamais très agréable, mais je n’en suis pas le déclencheur.
    Belle journée

    • 55
      pierre noel
      4 mai 2020 à 17:39 / Répondre

      Je n’allume personne ! Je tente de ramener certains débats à leurs véritables proportions que la philosophie tend à noyer comme le poisson.

  • 52
    pierre noel
    3 mai 2020 à 18:10 / Répondre

    Vous n’exagérez pas un tout petit peu ?
    Ergoter sur une date, 1725, 1726, 1727 …. Vous croyez vraiment que c’est important ? Si oui, grand bien vous fasse !
    Mais, acceptez, je vous prie, que cela risque de n’intéresse que bien peu de lecteurs.

  • 51
    Etienne Hermant
    3 mai 2020 à 16:51 / Répondre

    – 45 – Je ne veux pas paraître insistant, mais les éléments que j’ai mis en avant pour avaliser la date de 1726 afférant à la coupure de presse « Antediluvian Masonry » pourraient avoir un sort meilleur qu’un discrédit sur la seule base d’un Ms, le Wilkinson, dont la datation de 1727 est loin d’être date d’évangile.
    .
    Prenons deux manuscrits que j’ai exposés sommairement et qui montrent une proximité de date et de faits avec nos maçons antédiluviens.
    1/ La « Philo-Musicae et Architecturae Societas Appoloni » fondée le 18 février1725.
    Une référence est faite dans « Antediluvian Masonry » aux « Apolloniens ».
    Cette « Société » fut fondée à partir de la Loge se réunissant Queen’s Head dans Hollis Street à Londres (« dans une Loge consistant d’un nombre de Maîtres suffisants pour son objet »).
    Le Ms et ses minutes, de sa création en 1725 à sa disparition en 1727, se trouvent au British Museum (« Additional MS N° 23,202 ») et ont été étudiés par Robert F. Gould pour A.Q.C. (présenté en 1859 par John Henderson).
    Cette « Société » se présente dans ses minutes comme étant un Loge.
    Le 12 mai 1725, cette Loge fait « passer Maîtres » (« passed Masters ») le Frère Charles Cotton Esquire (dont on suit toute la progression : Apprenti, Compagnon de Métier, Maître) et le Frère Papillon Ball.
    Il est également fait état du Frère Jacques Murray « régulièrement passé Compagnon de Métier et Maître ».
    Auparavant, avant sa création début 1725, quatre de ses fondateurs ont été passés Maîtres dans la Loge de « Queen’s Head » qui a été constituée le 22 décembre 1724.
    Un 3ème Degré et une datation sont ici formellement attestés.
    2/ Le Ms « Simon and Philip » avec une datation de 1725 après rectification d’une datation de 1740.
    On constate une semblable proximité avec l’« Antediluvian Masonry » qui reprend des éléments du Ms « Simon and Philip » (catéchisme en deux degrés) que j’ai déjà détaillé, dont la légende du meurtre d’Hiram encore incomplète, et les innovations apportées par les Moderns.
    Une copie de ce manuscrit anglais fut découverte en 1943.
    Des photographies de l’original furent mises à jour en 1945, provenant de la Grand Lodge Library à Londres.
    Ce texte se trouvait dans un manuscrit comprenant deux autres catéchismes datés respectivement de 1724 et 1725.
    Le Ms. Dialogue Between Simon and Philip… serait daté de 1725 et non de 1740 comme l’avaient erronément daté, dans un premier temps, Douglas Knoop et ses coauteurs, date reprise souvent sans vérification.
    Knoop rectifiera pourtant cette erreur de datation en 1944 à la suite d’une analyse plus fouillée du document : « Si les expressions « Règlement Désaguliers », « Anciens maçons » et « Nouveaux maçons » sont interprétées dans le sens suggéré maintenant, la version du Dialogue, avec ses notes, pourrait avoir été écrite vers 1725 et non 1740 ».
    Notons en surplus que ce texte ne fait pas mention d’éléments repris par le Ms de Samuel Prichard de 1730, ce que les divulgations qui lui sont postérieures ne manquent pas de faire.

    Voilà deux documents qui apparaissent plausibles en 1725, tangents à l’« Antediluvian Masonry » de 1726 (où tous les éléments de légende d’Hiram s’y retrouvent), qui font écho de son contenu et signalent tous les trois un 3éme degré avec pour « Simon and Philip » cette huitième note « La raison de ces trois grands coups n’est pas connue des apprentis, mais du Maître. Cela vient d’Hiram le Grand Maître dans le Salomon, assassiné par trois apprentis et achevé par le troisième coup que le dernier apprenti lui donna… » et ce N.B. « Le cercle et la flamme sainte sont ajoutés quand des maîtres sont relevés ».

    Concernant le Ms « Wilkinson », la date de 1727 n’est pas si évidente à concrétiser.
    Ce Ms qui se trouve à la Bibliothèque de Northampton, est retranscrit dans le recueil de Jones et Hamer : « The Early Masonic Catechisms » (seconde édition).
    Jones et Hamer se sont livrés à une étude paléographique du document.
    Leur conclusion est que le texte a été rédigé soit entre 1730 et 1740, soit entre 1750 et 1790.
    Des textes qui servent d’aide-mémoire, mais susceptibles de copies d’un document plus ancien.
    Il a été, en effet, établit que ce Ms reflétait une activité maçonnique qui s’est déroulée en Angleterre entre 1724 et 1730.
    Une marge en lieu et place d’une date pivot.

    • 53
      NEGRIER
      4 mai 2020 à 02:17 / Répondre

      Etienne, c’est notre travail de chercheurs d’insister, sinon nous n’aurions pas de résultats ; je me réjouis donc de votre insistance. Voici ce que je peux répondre à votre intervention dans l’objectif de préciser la naissance du 3ème degré de maître et de la légende d’Hiram.
      1. Je ne suis pas un historien mais un philosophe, mon premier travail n’est pas de dater les textes mais de les comprendre. L’interprétation philosophique permet parfois de les dater, mais les datations proposées par les historiens intéressent les philosophes car elles relancent l’interprétation. Je ne suis donc pas pour votre enquête d’historien le meilleur interlocuteur.
      2. Il serait intéressant de faire le bilan des diverses thèses actuelles des historiens (avec leurs arguments) pour dater les apparitions d’une part d’un degré de maître au sens strict et étroit du terme (impliquant la présence de plusieurs maîtres dans la même loge), et d’autre part de la légende du meurtre et du relèvement (c’est-à-dire de la résurrection) d’Hiram. N’étant pas historien, je ne peux faire ce travail.
      3. Je n’ai pas chez moi de documentation sur les Apolloniens et ne peux donc répondre à votre argument à ce sujet.
      4. Le premier texte qui alerte l’attention sur le problème de la datation de l’apparition d’un degré de maître est The whole institutions of free-masons opened de 1725 qui mentionne, au-delà du 1er degré (mot J/B comme depuis 1696), et au-delà du 2ème degré (mot M/B comme dépuis 1696), un « troisième mot » (Gibboram/Esimberel) qui induit l’idée de ce qu’on pourrait appeler une « maîtrise ». S’agissait-il là de la maîtrise au sens antérieur de fonction administrative de la présidence d’une loge, ou de la maîtrise au sens nouveau d’un degré qui aurait au-dessus de lui le maître présidant la loge ? Cette question appelle 2 réponses : primo comme je l’ai déjà dit, selon les Constitutions de 1738 l’acte de « faire des maîtres » en 1725 ne portait pas sur un troisième degré de maître mais sur le droit d’une loge particulière de faire des présidents de loge destinés à administrer des loges nouvelles (essaimage) ; secundo le mot Gibboram/Esimberel de cet au-delà du 2ème degré ne sera pas, en 1730, le mot du 3ème degré de maître, lequel sera l’ancien M/B du 2ème degré ; ce sont là 2 signes qui permettent de penser que dans ce catéchisme de 1725 l’au-delà du 2ème degré de compagnon ne désignait pas un 3ème degré de maître mais l’ancienne maîtrise au sens de fonction administrative de gouvernement de loge.
      5. Il n’y a pas de 3ème degré de maître dans le Graham de 1726 puisque le mot d’apprenti est J/B, ce qui fait ipso facto du mot de compagnon le traditionnel M/B (depuis 1696). Cependant on voit apparaître en lien avec ce 2ème degré de compagnon le thème de la tombe (de Noé, bâtisseur de l’arche du Déluge) et du relèvement du cadavre, ce qui est thématiquement cohérent avec le sens du mot de ce degré (Marrow/Bone). Dans ce catéchisme le ternaire « entered passed and raised » ne se rapportait pas à la séquence de trois degrés car un peu plus loin le « entered » est immédiatement suivi du « raised » qui se trouve suivi d’une longue séquence s’achevant avec l’évocation du mot M/B du 2ème degré qui sert à relever le cadavre de Noé avec les 5 points du « fellowship », sans aucune mention d’un 3ème degré de maître. Ce texte mentionne cependant une 2ème tombe d’architecte, celle de Betsaleel (tabernacle de l’exode), et enfin l’artisan bronzier Hiram du temple mais sans tombe ni aucune légende de meurtre ni de résurrection.
      6. Vous avez entièrement raison sur la très grande parenté du Simon et Philip avec l’Antediluvian, ce qui induit un voisinage de datation. Mais laquelle ? Je pense qu’on ne progressera sur la datation de l’Antediluvian que lorsqu’on aura progressé dans la datation de la version complète de la légende d’Hiram.
      7. Dans la Confession d’un maçon de 1727, B seul est le mot du 1er degré d’apprenti, et J seul est le mot du 2ème degré de 1727, ce qui laisserait supposer l’existence d’un 3ème degré, mais ce n’est pas le cas car il n’y a aucun mot M/B à lui attribuer : en effet ce catéchisme mentionne les 5 points sans le mot M/B et en les rattachant dans la même phrase à la fois au fellow et au master, ce qui est ambigu quoique le texte ne mentionne ni tombe d’un architecte ni aucune légende de meurtre ni de résurrection.
      9. D’un point de vue grammatologique il n’est pas plausible que le Wilkinson daterait de 1730-40 car connaissant nécessairement la légende d’Hiram de 1730 il en aurait fait état ; de plus comme je l’ai montré, sa comparaison de la loge à la tombe de maître Hiram en lien avec la lettre G initiale de Geometry cinquième science est sémantiquement autosuffisante et ne nécessite aucun complément pour être intelligible, ce qui autorise logiquement à dater le Wilkinson d’avant la légende de maître de 1730 (Prichard) qui me parait en être un développement. Mais je sais que vous pensez autrement sur ce point.

  • 49
    pierre noel
    2 mai 2020 à 19:22 / Répondre

    N’étant guère adepte de la « Disputatio », je me contente de lire ce qui est écrit.
    Art XIII (1723, Old Regulations) : Apprentices must be admitted Fellow Crafts and Masters only here (en Grande Loge, pn), unless by a dispensation from the Grand Master.
    Art XIII (1738, New Regulations) : On 22 Nov. 1725. The Master with his Wardens and a competent Number of the Lodge assembled in due Form (càd sans la présence du GM, pn), can make Masters and Fellows at Discretion.
    Je n’ai jamais dit ni pensé que cela signifiait que le grade de MM avait été « inventé » ce jour-là !

    • 50
      NEGRIER
      2 mai 2020 à 20:34 / Répondre

      C’est vous qui écrivez : « Le degré de Maître-Maçon en tant que degré séparé du Fellow fut approuvé en GL en 1725 ».
      Non : le texte de 1725 n’avait pas lieu d’approuver le « degré de maître maçon… séparé du Fellow » car la distinction du degré de Fellow d’une part et d’autre part de la fonction administrative de Maître président de loge datait de l’Edimbourg de 1696 et il n’y avait donc pas lieu de l’approuver : c’était un fait généralisé dans l’obédience. Et comme je l’ai expliqué dans un post, « le degré de Maître-Maçon en tant que degré séparé du Fellow » n’apparut comme « degré » proprement dit supposant comme tel l’existence de plusieurs maîtres dans une loge (et non plus comme simple fonction administrative de présidence) qu’après 1725.

  • 46
    pierre noel
    2 mai 2020 à 16:55 / Répondre

    Pour qui ne connaît pas le Ms Stanley, c’est une version des Old Charges, qui fut discuté par G.W. Speth dans AQC I : 127-129 (1886-1888).
    C’est un manuscrit sur parchemin, dont la calligraphie indiquerait un rédacteur élevé dans les années 1680. Il avait été présenté à Speth par un certain F. Stanley qui le possédait dans ses collections. Il ne diffère des versions habituelles des Old Charges que par quelques variations minimes mais, et c’est là son intérêt, il se termine par quelques vers de mirliton, intitulés
    « La prophétie de Frère Roger Bacon, disciple de Balaam, qu’il écrivit sur l’angle NE des pyramides d’Egypte en lettres capitales. »
    (Roger Bacon, 1214- 1294. Philosophe et franciscain anglais (Doctor mirabilis). En homme de son temps, il fut à la fois alchimiste et homme de science. Balaam est un prophète, dans Nombres 22-24. Quoique n’étant pas juif, il est un serviteur de Yahwe.)
    Ce « poème » fait allusion à la guerre de succession d’Espagne, à l’union des deux royaumes d’Angleterre et d’Ecosse (1707) et surtout à la paix d’Utrecht (1713) qui mit fin à la guerre entre la France et l’Angleterre.
    Il se termine par ces vers :
    “Ffree Masons beware Brother Bacon advises
    Interlopers break in & Spoil your Divices
    Your Giblin & Squares are all Out of Door
    And Jachin & Boaz shall bee Secrets no more”
    Pour Speth, le poème dut être écrit du vivant de la reine Anne, donc avant août 1714, mais après la paix d’Utrecht (avril 1713). Bacon met en garde contre l’irruption d’intrus chez les francs-maçons, vraisemblablement de gentlemen parmi les opératifs. Le risque en est la divulgation d’éléments rituels déjà existants (Giblin, l’équerre, Jachin et Boaz, auxquels on peut ajouter l’angle NE)
    L’intérêt du document est l’emploi de ces éléments rituels très reconnaissables bien avant le « revival » de 1717.

    • 48
      NEGRIER
      2 mai 2020 à 18:43 / Répondre

      Lorsqu’on lit une expression comme « Your Giblin & Squares » dans un texte où ces signifiants apparaissent, non dans une phrase où ils signifient activement de manière à pouvoir faire sens EN SOI et pouvoir être interprétés en soi dans leur visée propre, mais apparaissent comme objets censés être déjà connus et ayant dans le texte une signification qui ne leur est pas propre mais leur est conférée par le contexte, cela signifie en général d’après les règles de la grammatologie qu’ils renvoient implicitement et nécessairement à des emplois textuels antérieurs, et datent non du texte qui les mentionne mais du texte où ils exercèrent la première fois leur fonction de signifiants en soi. Or la première fois, dans la littérature maçonnique qui est une tradition littéraire, textuelle, où apparut Giblin comme signifiant exerçant sa fonction de signification de manière à faire sens en soi et pouvoir être interprété dans son intentionnalité propre, ce fut « The Grand mystery of free-masons discover’d » de 1724. Si donc un Ancien devoir a mentionné l’expression « Your Giblin & Squares », ce n’a pu être qu’après 1724 (pour le dire en clair, le texte que vous citez n’emploie pas Giblin pour en exposer le sens, mais comme prétexte et comme exemple pour signifier que le Giblin maçonnique, alors déjà suffisamment connu par ailleurs pour n’être pas commenté, ne restera pas secret et sera divulgué ; cela montre qu’il était déjà connu, et le devoir d’un maçonnologue est donc de rechercher le premier texte maçonnique qui exposa le sens de Giblin : ce fut, selon l’état de la documentation actuellement à ma disposition, celui de 1724 qui exposa que Giblin était le mot de Jérusalem, cf. I Rois 5,32).

  • 44
    Etienne Hermant
    1 mai 2020 à 12:48 / Répondre

    – 43 – Pour montrer la profonde malhonnêteté intellectuelle de ce contradicteur compulsif, manipulateur patenté, voici reproduit le dialogue avec le codicologue dont question (DAXAD).
    Je donne également ma réponse, mais il y en en d’autres qui vont dans ce sens.
    On peut retrouver l’entièreté des échanges dans l’article publié sur Hiram.be « Les meubles de la Loge avant et après Désaguliers ».
    Je laisse ainsi le soin à chacun de faire sa propre religion.

    DÉSAP.
    22 JANVIER 2020 À 18:58 / RÉPONDRE
    Les photos retrouvées en 1945 à la Grand Lodge Library in London sont présentées comme étant celle d’un manuscrit original dont la loge Quatuor Coronaty estime la date circa 1725.
    Notre frère Daxad, qu’il faut amplement remercier, nous informe d’une date qui ne saurait être antérieure au 19è siècle.
    Il s’agit en conséquence d’un document qui ne peut être tenu pour une divulgation des environs de 1725, pourtant estimer comme tel, après l’avoir étudié en loge, par la Grande Loge Unie d’Angleterre.
    C’est de mon point de vue scandaleux, il est patent que la Grande Loge Unie d’Angleterre se trouve parfaitement incompétente dans la datation de documents anciens et au minimum coupable de ne pas avoir pris soin de soumettre le document à des experts avant d’engager la crédulité de maçons par l’entremise du prestige auquel elle prétend.
    Il est dès maintenant impératif de porter la plus grande méfiance à tout document présenté comme étant une divulgation, ces divulgations ne pouvant dans tous les cas présenter le moindre caractère véritable des usages de la Grande Loges de Londres et Westminster et de la Grande Loge d’Angleterre.
    Je pense que cette discussion fera date.

    DAXAD
    22 JANVIER 2020 À 20:28 / RÉPONDRE
    Cher Désap.
    Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai avancé.
    Même si le document matériel ici présenté ou présenté dans l’article de Bernheim ne peuvent avoir été écrits en 1725, ils pourraient refléter une réalité antérieure, être une copie d’un document plus ancien. Je ne me suis prononcé que sur le support non sur le contenu.

    ETIENNE HERMANT
    28 JANVIER 2020 À 14:41 / RÉPONDRE
    Le catéchisme « Simon and Philip » est-il un écrit du 19e siècle, ou une retranscription datant du 19e siècle d’un document source, ou encore, puisque la théorie d’un complot généralisé orchestré par la GLUA a été envisagée sérieusement par un farouche contradicteur ; un faux fabriqué par Knoop et ses co-auteurs ?
    Pour ce dernier point il suffit de s’emparer des archives de la GLUA par les attendus qui s’y trouvent, pour immédiatement écarter cette théorie fictionnelle, à moins que l’on considère de facto, par une sorte d’effet du prince, que ces archives soient bidouillées, auquel cas nous ne devrions plus nous y fier…
    Mais il faudra bien faire le constat qu’il est difficile de privilégier ou d’écarter des archives selon les circonstances favorables ou non à une démonstration du moment.
    .
    Revenons à l’analyse du Ms.
    Une retranscription d’un texte maçonnique est loin d’être un fait unique.
    On en a une première occurrence avec le MS Grand Lodge N°1 qui porte la date du 25 décembre 1583, mais dont on a envisagé l’existence d’un texte précédent, un « original perdu » et dont l’analyse comparative faite par le British Museum à la demande d’Henry Sadler révèle une datation qui se reporterait à un siècle plus tôt que la copie (voir Henry Sadler « Masonic Facts and Fictions », 1887, Kessinger reprints, p. 209).
    La datation d’un manuscrit fait toujours l’objet de comparaisons avec d’autres manuscrits et écrits en lien avec l’étude des milieux culturels, politiques et sociaux correspondant aux différentes époques envisagées.
    Ici le tout est à insérer dans l’histoire britannique.
    Knoop et ses co-auteurs, et on pourrait ajouter « and Co » (ils n’étaient pas seuls à la manœuvre, loin s’en faut !) n’ont pas agis différemment.
    Ils ont comparé des textes similaires de la même époque : « The whole Institution of Masonry », 1724 et « The Grand Mystery of the Free masons opened », 1725, ainsi que des pratiques maçonniques afférentes à ces périodes de l’histoire maçonnique tel le Ms « Wilkinson » de 1727 ou encore le Prichart de 1730.
    .
    La « Convocation des Maçons Antédiluviens » issue d’une coupure de presse, daté de 1726, qui n’est donc pas une divulgation, reprend des éléments du Ms « Simon and Philip » que j’ai déjà détaillé, dont la légende du meurtre d’Hiram et les innovations apportées par les Moderns.
    Même dans le cas de figure d’un Ms dont la date a été formellement identifiée, des comparaisons s’imposent car il peut tout aussi bien s’agir d’un faux de l’époque comme ça pouvait se pratiquer.
    .
    Nous sommes bien loin de la conclusion définitive de notre contradicteur : « Ce document original intitulé « A dialogue between Simon, A Town Mason & Philip, A Travelling Mason » n’est pas une divulgation écrite aux alentours de l’année 1725.
    En conséquence de quoi, ce document ne saurait témoigner, ni de l’arrangement d’une loge de la Grande Loge de Londres et de Westminster, ni de quoique ce soit qui s’y rapporte. ».

  • 43
    Désap.
    30 avril 2020 à 21:07 / Répondre

    Ça phosphore dure sous les crânes à coups de conditionnels, un temps magique pour les romanciers à sensations et les historiens qui (feindent de) s’ignor(er)ent.
    On se souviendra que les mêmes ont, ostensiblement cette fois, ignoré les remarques d’un maçon universitaire, codicologue (expert en décryptage et graphologie) s’agissant du MS Simon &Philipp dont il attesta formellement et dans les mêmes condition que la GLUA en 1947 le contraire de ce que cette dernière affirmait à cette date, savoir ce « document » exclusivement connu sous forme photographique ne peut avoir été écrit aux alentours de 1725, mais au mieux au milieu du XIXè siècle et plus vraisemblablement en son milieu … voire en 1944 ! En conséquence de quoi ce « MS » de pacotille ne saurait constituer la moindre preuve de l’arrangement de la loge Modern aux alentours de 1725.
    Pour le reste, fidèles aux mêmes types de suppositions ; en France nous dirions qu’avec des « si » on construit Paris.

  • 42
    pierre noel
    30 avril 2020 à 19:25 / Répondre

    Ce qui est aussi remarquable dans ce pamphlet « antédiluvien » (évidemment écrit par des Maçons opposés à Désaguliers et à Anderson), c’est que tous les éléments de légende d’Hiram s’y retrouvent : the Widow’s son, the blow (mortel) of the beetle, la tombe, the Cassia (sic), … (sans oublier des mots du serment du … degré, Body burnt, Ashes, Winds… avec le rappel de la bible en prime).
    Comme le fait justement remarquer Etienne Hermant, la signification de la lettre G est évoquée sans autre commentaire.
    Le degré de Maître-Maçon en tant que degré séparé du Fellow fut approuvé en GL en 1725 seulement (comme le savent tous les lecteurs avisés de la 2° édition d’Anderson), ce qui rend plausible la date de 1726, que K&J (1978, p. 193) admettent sans être formels.
    [On pourra toujours insinuer que ce pamphlet est une autre forgerie de la GLUA!]
    les lectures étaient courantes dans les loges du temps (ceux de Drake, d’Oakley, de Clare) sans pour autant que l' »orateur » soit une fonction officielle.
    Henley était un de ces prédicateurs excentriques (anglican dans ce cas), fréquents dans le monde anglo-saxon.

    • 47
      NEGRIER
      2 mai 2020 à 17:23 / Répondre

      Dans les Constitutions de 1738 l’article du 22 novembre 1725 stipulant que « the master of a lodge with his wardens and a competent number of the lodge assembled in due form can make masters and fellows at discretion » ne prouve pas que le degré de maître était alors créé car l’inscription de cet article dans les « Règlements » de la Grande loge indique plutôt que dans le cadre juridique de l’obédience qui avait pour fonction de surveiller la régularité de chaque loge et d’éviter que sa culture secrète échappe à son autorité en sortant de ses rangs et en devenant sauvage, cet article reconnaissait à une loge particulière le droit et la liberté de créer d’autres loges précisément en créant d’une part des maîtres destinés à présider chacun une nouvelle loge, et d’autre part les compagnons censés être membres de ces loges nouvellement créées, ce qui était le meilleur moyen de garder le contrôle sur la création des loges modernes et d’éviter ainsi le phagocytage. Cet article de 1725 ne portait pas sur la création du degré de maître mais sur le droit des loges d’essaimer en créant des loges nouvelles, le degré de compagnon demeurant alors le second et le dernier de la hiérarchie, la maîtrise n’étant qu’une fonction de présidence et non un degré comme ceux d’apprenti et de compagnons qui supposât qu’il puisse exister plusieurs maîtres dans une loge. Je pense d’après ce texte qu’en 1725 il n’y avait encore qu’un seul maître en loge, et que dans cet article de 1725, les maîtres « faits » l’étaient non pour la loge dans laquelle ils étaient faits mais pour la loge qui était en train d’être créée en parallèle (on ne peut pas interpréter ce texte de 1725 comme une preuve de la création du degré de maître car le seul fait qu’il accorde à une loge le droit de « faire » des compagnons prouve à l’envi que ces compagnons n’étaient pas « faits » pour la dite loge mais pour des loges autres et nouvelles : en effet le droit de « faire » des compagnons était un fait acquis depuis l’Edimbourg de 1696 et il n’y avait donc pas lieu de l’autoriser à nouveau en 1725 puisque c’était déjà une pratique inhérente au rite moderne et généralisée dans l’obédience depuis sa création).

  • 41
    Etienne Hermant
    30 avril 2020 à 17:07 / Répondre

    – 40 – Quelle est la datation de cette convocation de l’« Antediluvian Masonry » évoquée ci-après et qui voit l’apparition de la lettre G sous férule de la maçonnerie ancienne (avec le Ms « Simon and Philip » de 1725 et son dessin des « Old Lodges » déjà mentionné) ?
    Cette convocation a été retrouvée dans un dossier de la Grand Loge anglaise parmi de vieilles coupures de presse disparates portant la mention manuscrite « 1726 ».
    Il n’y donc pas de date certaine, cette convocation faisant partie d’un lot.
    Néanmoins l’ensemble des éléments et références extérieures à la maçonnerie qu’elle contient sont cohérents avec cette datation.
    La référence faite aux « Apolloniens » dans la convocation pourrait raisonnablement désigner la « Societé Philomusicae Apollini » qui éleva des compagnons à la maîtrise à la même époque (12 mai 1725).
    Et les similitudes avec le Ms « Simon and Philip » de 1725 (d’abord daté de 1740 par Knoop et ses co-auteurs avant rectification) sont probantes (« new Lodge under the Desaguliers regulation » et « Old lodges »).
    Retenir cette datation n’est donc pas a priori incongru.
    .
    Que nous dit cette convocation adressée à « Tous les maçons qui ont été faits de la manière Antédiluvienne » sans en interférer ?
    1/ Tout d’abord cette appellation de « Antediluvian Masonry ».
    L’époque foisonnait d’appellations d’ancienneté en tous genres, chaque maçonnerie en revendiquant sa part pour en montrer l’authenticité : « Old masons », « Old Lodges », « Ancient », « Antient », « Antediluvian »…
    On ne peut rattacher ces qualificatifs à une mouvance particulière.
    Ces maçons pouvaient aussi bien être des « Moderns » rétifs aux changements, que des maçons d’une maçonnerie moribonde ou encore des pré-spéculatifs à la recherche d’une antériorité.
    Les identifier de facto aux « Anciens Devoirs » est purement spéculatif.
    Il va de soi que les identifier aux « Ancients », cette mouvance d’origine irlandaise connue vers 1739 et fondant une Grande Loge en 1751, ne porte pas plus sens.
    Une des hypothèses qu’on pourrait émettre est que la présentation de cette « Masonry » se présentant comme antérieur au Déluge pourrait avoir pour objectif de retrouver le vrai esprit du christianisme de ses débuts, en opposition avec cette « New Masonry » latitudinaire de la GLLetW, mais sans plus de certitudes.
    2/ « la signification de la lettre G ».
    Elle n’est pas donnée.
    On n’en sait donc rien, mais le libellé suppose une opposition de signification.
    À cette époque il y avait deux occurrences désignant la lettre G : « Chiblim », d’origine irlandaise, dès 1713 (Ms Stanley) et « Géométrie » dès 1723-1725.
    Étant donné l’opposition de l’ancienne maçonnerie vis-à-vis de la « New Masonry », cette catégorie d’anciens aurait pu se référer à « Ghiblim » et les modernes à « Géométrie » (signature en bas de document « Lewis Giblin, M.B.N).
    Mais cette maçonnerie à la dérive (« Il n’y avait pas assez de présents l’an dernier pour faire une loge juste et parfaite »), dont on ne trouvera pas d’autre trace, aurait tout aussi bien pu prendre « Géométrie » en référence aux textes des « Old Charges » qui spécifient que « cette science fut la première avant le déluge de Noé ».
    Il n’appartient donc pas de trancher.
    Les « Anciens Devoirs » ne mentionnent pas la lettre G.
    Ce qui est mentionné dès le Ms Régius (fin du 14e siècle) c’est, après avoir relaté la Géométrie selon Euclide, que la « Maçonnerie » est « la bonne Géométrie ».
    Signalons au passage que The Three Disctinct Knocks des « Ancients » mentionne le mot « Ghiblim » en « Ghibbilum », mot permettant l’installation d’un Maître de la Loge.
    La signification donnée à Géométrie n’est pas constante dans les « Anciens Devoirs ».
    Un basculement va commencer à s’opérer dans le Ms Grand Lodge N° 1, daté de la période de la Renaissance, qui voient l’intervention d’une frange d’érudits dans sa rédaction, différents des clercs qui instruisent le métier, en faisant état de « géométrie appliquée ».
    La signification de la Géométrie se différencie ainsi des Old Charges qui l’ont précédé en investissant le champ scientifique et architectural qu’investira en ses cours vers 1600 Jacques I d’Ecosse devenu Jacques VI d’Angleterre.
    La Géométrie se libère de la scolastique médiévale.
    C’est ce même champ dont vont s’emparer les « Moderns » en l’appliquant à leur environnement propre.
    3/ « Il y a aura plusieurs Conférences (Lectures) sur l’Ancienne maçonnerie »
    Ces conférences sont bien conduites par l’Ancienne maçonnerie sans références aux conférences des Moderns dont Stukeley fait état.
    Nombreux amalgames sont faits avec la pratique des « Ancients » de Dermott qui ne peuvent avoir d’écho ici.
    La « harangue dans le style Henleien », ne fait aucune allusion à la fonction d’orateur ayant cours à la GL de Londres et ne désigne pas les agissements de la GLL et W, mais se penche sur « l’antiquité des signes, Attouchements, Points, Griffes, Jointures, Poignets […] carrés longs, cassia, tombe moussue […] », pratiquée par cette Ancienne maçonnerie et qui n’apparaissent pas dans les « Anciens Devoirs ».
    Ceci est confirmé par la « description particulière donnée du Temple de Salomon » pratiquée par cette maçonnerie ancienne avec la description du meurtre d’Hiram : « avec toute l’histoire du fils d’une veuve tué d’un coup de masse, trouvé ensuite trois pieds Est, trois pieds Ouest, et trois pieds perpendiculaires, ainsi que la nécessité qu’il y a pour un maître à bien comprendre la règle des trois »
    Tous éléments qui n’apparaissent pas dans les « Anciens Devoirs » et qui laissent des interrogations quant à la spécificité de cette « Ancienne maçonnerie ».
    .
    -39- Certaines « voix » sont impénétrables…

    • 45
      NEGRIER
      2 mai 2020 à 15:54 / Répondre

      Le Wilkinson exposait en 1727 : « What is the form of your lodge ? A. : An oblong square. Q.: Why so ? A.: The manner of our great master Hiram’s grave. Q.: What is the center of your lodge ? A.: The Letter G. Q.: What does it signify ? A.: Geometry fifth science ». J’ai expliqué ce texte dans un post. Si donc en 1727 le Wilkinson ne connaissait, de ce qui deviendra plus tard la légende du 3ème degré, que la comparaison de la loge à la tombe de maître Hiram en l’occurrence reliée à la lettre G initiale de géométrie (élément placé chez Prichard au 2ème degré), il vient en conséquence qu’à l’époque de la rédaction du Wilkinson en 1727 la légende du meurtre et du relèvement (c’est-à-dire de la résurrection) d’Hiram avec les 5 points (je rappelle qu’en grec résurrection se dit « relèvement » : egeirein et anistanai), développement de ce bref passage du Wilkinson de 1727, n’était pas encore connue. Ce qui oblige à conclure que les nombreux détails donnés par le pamphlet « Antediluvian masonry » et qu’on retrouve dans la légende d’Hiram (chez Prichard en 1730) obligent à situer la rédaction de ce pamphlet après 1727, ce qui du même coup autorise à affirmer que dans ce pamphlet, la lettre G était bien l’initiale de Geometry comme mentionné en 1727 dans le Wilkinson, quoi que ce ne soit pas dit.

  • 38
    Etienne Hermant
    28 avril 2020 à 17:54 / Répondre

    Il a été abondamment question de la lettre G et de son interprétation en lien avec la maçonnerie des « Antients » et celle des « Moderns ».
    .
    L’iconographie de la lettre G se trouve illustrée pour la première fois dans le MS « Simon and Philip » (1725) par un dessin d’une Loge (ou Tableau de Loge, il y a ambiguïté) dont on indique qu’il s’agit de la « new lodge » de Désaguliers avec une lettre G au centre d’un cercle rayonnant.
    .
    On en sort le dialogue suivant :
    – Pourquoi avez-vous été fait maçon ?
    – Pour la lettre G (k)
    – Que signifie-t-elle ?
    – GEOMETRIE
    – Pourquoi GEOMETRIE ?
    – Parce qu’elle est la racine et la fondation de tous les Arts et Sciences.
    L’addenda (k) précise : « Vous pouvez observer pourquoi G est placé au milieu de la loge.
    .
    Le même catéchisme demande le « mot de maçon ».
    Il est répondu BOAZ qu’on épelle.
    L’addenda (d) indique que BOAZ « est pris dans le 7e chapitre du premier livre des Rois verset 21 » et que ce « verset vous est lu après votre serment, et très souvent l’ensemble du chapitre ».
    « Masonery Dissected » de Prichart (1730) donne la même importance à BOAZ en le signalant « Par quatre lettres » et en ajoutant « et la cinquième science, ce G véritable repose sur les règles de l’art et sur la proportion ».
    On peut observer ici une similitude avec « Simon and Philip » dans l’approche des Arts et des sciences.
    Des prémices d’un 3e degré y sont mentionnées avec la désignation d’Hiram « assassiné par trois apprentis et achevé par le troisième coup que le dernier apprenti lui donna ».

    Mais il apparaît dans ce même catéchisme un deuxième dessin en forme de croix ou de directions spatiales désignant « the form of the old Lodges » où la lettre G apparaît dans un losange qu’on retrouvera sous le nom de « Diamond », à savoir une pierre taillée en forme de diamant.
    Dans « Le Tuilage d’un maçon » de 1723, le « Diamond » fait partie des quatre « bijoux précieux en maçonnerie » avec l’Équerre, le Parpaing et la Planche à Tracer.
    .
    Cette apparition de la lettre G dans la l’ancienne maçonnerie se trouve confirmée par une convocation de presse des « Maçons Antédiluviens » datée de 1726 qui précise que « les francs et acceptés maçons ne connaissent rien à ce sujet » et font état en l’espèce « d’innovations par le Docteur et quelques autres des Modernes ».
    Cette lettre G est liée à un 3e degré qui ne dit pas son nom : Fils de la veuve tué d’un coup de maillet, rameau de Cassia, découverte d’une tombe moussue, règle de trois, M.B.N », avec une signature : « Par ordre de la Fraternité – Lewis Giblin, M.B.N ».
    .
    Ce qui interpelle en la circonstance c’est le terme « Giblin ».
    .
    Or « Giblim » est la première occurrence de la lettre G, bien avant GEOMETRIE.
    Lorsque la lettre G apparaît vers 1713, c’est « Ghiblim » qui y est accolé, comme sur le « Frontispice des Constitutions de Cole » en 1731, où la lettre G a pour signification « Ghiblim » ce qui est confirmé par la maçonnerie irlandaise.
    Et « Ghiblim » est accordé avec « Excellent Maçon », « Excellent constructeur » ou encore « Excellent Architecte »…
    On constatera que G pour « Ghiblim » apparaît structuré en un 3e Degré qui ne donne pas son nom, mais se retrouve dans une progression qu’on pourrait appeler « d’ordre initiatique » avec la progression physique suivante : Jackin/Boaz et index, Magboe/Boe et poignet, Giblin/Esimberel et coude (« The Whole Insitutions of Free-Masons opened » de 1725).
    Cette lettre G, dans la maçonnerie irlandaise, n’était connue que des Maîtres de Loge et signifiait « Ghiblim ».

    Historiquement la connaissance de la lettre G se fait par l’intermédiaire de « Ghiblim » qui étaient des habitants de la cité de « Gebal », une ville côtière de Phénicie, cité qui possédait une compagnie de tailleurs de pierre dont on dit qu’ils étaient « d’Excellents Maçons ».
    La lettre G faisait donc référence à des « Tailleurs de pierre » qui excellent dans leur Art… dont la Géométrie n’est pas absente !
    G s’attache très tôt à une notion de « Perfection ».
    L’assimiler à « God » n’est donc pas incongru.

    « Ghiblim », orthographié de différentes manières (Giblin, Giblun, Giblen…), se retrouvent dans le Ms « The Grand Mystery of Free-masons discover’d » de 1724, le Ms « A letter from the Grand Mistress… » également de 1724, le Ms « Institution of Free Masons » de 1725…

    La lettre G faisait l’objet, à l’entame du 18e siècle, de spéculations, ce qui vaut une mise en garde du Frère Bacon : « Le Frère Bacon conseille aux Francs-maçons de prendre garde aux mauvais sujets qui font irruption pour déranger leurs instruments : leurs Ghiblim et équerres vont se retrouver sur la place publique, et Jachin et Boaz cesseront d’être des secrets » (« Prophétie du Frère Bacon » 1713 »).

    La lettre G, en donnant sa première signification à « Ghiblim », ces Tailleurs de pierre d’élite, montre un lien entre « Tailleur de pierre » et l’Art de la Géométrie, et « Glory of God » nous fait penser à l’expression  » A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » que les opératifs (pré-spéculatifs) appelleront « Allmighity God », notamment dans le Ms Dumfries N°4.
    .
    Donné sans esprit d’opposition quelconque.

    • 39
      pierre noel
      28 avril 2020 à 19:59 / Répondre

      Il ne serait pas inutile de consulter l’article publié dans hiram.be « LES MEUBLES DE LA LOGE, AVANT ET APRÈS DÉSAGULIERS ».
      Un commentateur a tenté de prouver que « Simon et Philippe » était un faux fabriqué par la GLUA.

    • 40
      NEGRIER
      28 avril 2020 à 21:52 / Répondre

      Le titre de ce pamphlet « Antidiluvian masonry », que je pense être un peu postérieur à 1726, est une critique d’une forme de maçonnerie qui prétendrait être antérieure au Déluge (loufoque !), c’est-à-dire la première. Ce texte visait qui ? Apparemment la Grande loge de Londres dont les Constitutions de 1723 osaient remonter à Adam, c’est-à-dire à une période antérieure au Déluge. Il mentionne des « lectures » (conférences pratiquées par la GL de Londres comme le rapporta Stukeley, mais inexistantes chez les maçons pratiquant les Anciens devoirs) dans une loge anglaise « juste et parfaite » de la Grande loge de Londres (mention de la saint Jean-Baptiste qui servait à l’élection du nouveau grand-maître) ; conférences portant sur cette soi-disant ancienne maçonnerie et en particulier sur la signification de la « lettre G » : quoique ce symbole n’existait pas dans la maçonnerie des Anciens devoirs, cette lettre n’en était pas moins l’initiale de Geometry qui était mentionnée dans les Anciens devoirs comme « art libéral » et non comme « méthode géométrique » des philosophes déistes qui n’apparurent qu’au XVII° siècle et étaient donc ignorés des maçons des Anciens devoirs du Moyen-Age et de la Renaissance. Or le pamphlet avertit les maçons de la GL de Londres que des « innovations ont été dernièrement introduites par le Docteur » Désaguliers et quelques autres maçons Modernes comme les tableaux de loge tracés au sol (mentions de tape, moveable letters, mop) et l’étoile flamboyante. La synthèse de ces informations suffit à indiquer que ce pamphlet fut rédigé par des partisans de la maçonnerie plus ou moins moribonde des Anciens devoirs qui ignorait toute cette symbolique du Mason word pratiquée par les Modernes de la GL de Londres comme par exemple le tuilage (communication des mots B et J, ce que le texte appelle « lettering or giving the first or second » letter), maçonnerie des AD opératifs au sujet de laquelle les « maçons francs et acceptés ne connaissent rien en la matière ». Il est probable que dans ce texte le « Fils de la veuve tué par un coup de mailloche » a rapport à la légende du degré de maître de 1730. Mais qui était ce « Fils de la veuve » ? Apparemment l’artisan bronzier Hiram de Tyr qui fondit les deux colonnes de bronze du temple de Jérusalem (I Rois 7,13-14), mais pas seulement : lorsque Jésus de Nazareth, qualifié par J. Anderson « d’Architecte de l’Eglise » dans les Constitutions de 1723, commença son ministère, son père Joseph était décédé (comme indiqué par la descente de la colombe sur Jésus lors de son baptême). Quant à la « règle de trois » qui joue un rôle éminent dans le Graham de 1726, elle ne renvoyait pas à la Trinité (qui n’est pas une règle) mais à Gal. 2,9 et au-delà à Mt. 18,20 qui avaient fourni les prémices du règlement ecclésiastique selon lequel on ne pouvait ordonner quelqu’un comme ministre du culte à moins qu’il le soit par trois ministres, règlement ecclésiastique adapté par les auteurs du Graham à la sphère maçonnique. Le pamphlet était dirigé contre la maçonnerie des Modernes de la GL de Londres et son rite du Mason word (confirmé par la mention écossaise des cowan), et l’auteur ironise en prétendant « qu’il y aura un discours dans le style de » John Henley, prêtre anglican (1692-1756), allusion probable à la fonction d’orateur ayant cours à la GL de Londres mais non dans les loges opératives régulées par les AD. Le pamphlet se moque d’autant plus des Modernes de la GL de Londres qu’il évoque « l’antiquité des signes, attouchements, points, griffes… Bible, compas, équerre, compas, pavé mosaïque… signe pénal… serment accompagné de pénalité pour les parjures… mot de maître MBN (allusion à Marrow/bone) » etc. du rite de cette obédience (tous éléments absents des Anciens devoirs) alors que ce rite Moderne, n’étant guère antérieur à 1630, était apparu fort longtemps après les premiers Anciens devoirs que la littérature actuellement connue nous permet de dater de 1370 à la cathédrale d’York, la morale de l’histoire étant que si une maçonnerie pouvait raisonnablement prétendre à la plus haute antiquité (en l’occurrence le XIV° siècle), c’était celle opérative des AD et non celle des Modernes.

  • 35
    Hermant
    26 avril 2020 à 18:05 / Répondre

    On a abordé ici la question de savoir si une initiation antique était athée.
    .
    Posé de cette manière abrupte toute réponse réductrice trouverait ses nombreuses oppositions, ce qui par ailleurs a été souligné par un des protagonistes.
    .
    Si on se réfère au seul témoignage de Sextus Empiricus (pour la Grèce), il y avait de nombreux athées dans l’Antiquité.
    Outre qu’il faudra s’entendre sur ce que signifiait être athée à cette époque, il convient de mentionner qu’ils ne formaient pas une caste en opposition.
    .
    Religieux et vie en société sans nécessaire sens religieux voisinaient.
    .
    Pour en revenir à la notion de rites, les Grecs se servaient du verbe « telô » et substantif « teleté ».
    Ce verbe présentait de nombreux sens qui n’étaient pas nécessairement religieux comme : exécuter une tâche, s’acquitter d’une dette, mettre un terme…
    Un autre sens était : accomplir une initiation (initier).

    Cette polysémie montre que les anciens grecs faisaient des distinguos.
    .
    On ne peut réduire une civilisation archaïque à un système religieux, comme si l’homme vivait jour et nuit imprégné de religiosité.
    .
    La question délicate est de savoir si un Rite était spécifiquement d’essence religieuse.
    .
    Un point essentiel est que les paroles sacramentelles des Mystères ne comportaient aucun enseignement.
    Aristote disait que les initiés (tous teloumenous) ne devaient rien apprendre mais devaient être affectés d’émotions et acquérir une disposition.
    Psellos (IIe siècle) abonda dans ce sens et écrivit qu’il n’y avait pas d’échanges dialogués (pas de catéchismes qui auraient pu être recopiés !) et que l’initié subit aux Mystères d’Eleusis une impression qui illumine son intelligence.
    Stobée fait état en la circonstance d’un passage de l’obscurité à la lumière et associe ce passage à la mort symbolique.
    Il décrit l’initiation avec une certaine précision (je résume) : d’abord des courses au hasard, puis avant la fin, la frayeur est au comble, mais ensuite une lumière merveilleuse s’offre aux yeux, alors l’homme, dès lors parfait et initié, devenu libre célèbre les mystères une couronne sur la tête, il voit ceux qui ne sont pas initiés s’enfoncer dans le bourbier et les ténèbres et par crainte de la mort s’attarder dans les maux.

    Ces textes illustrent bien que cette part d’émotions et de dispositions susceptibles d’ouvrir à une autre réalité, transforme l’homme lui-même.
    Nous sommes ici avec des données qui excèdent le phénomène religieux… tout en participant d’un fait de société, mais en abolissant tout enseignement dogmatique.

  • 34
    NEGRIER
    26 avril 2020 à 17:02 / Répondre

    P. Noël écrit : « Les deux parties se mirent d’accord sur l’article premier de leurs Devoirs qui était un compromis subtil entre celui d’Anderson et celui de Dermott, mettant en avant la tolérance religieuse (Let a man’s religion or mode of worship be what it may) mais exigeant l’obéissance du Maçon à sa conscience (A Mason is, therefore, particularly bound never to act against the dictate of his conscience) » (au sujet des « Devoirs d’un franc-maçon » de 1815).
    FAUX par partialité : le texte de 1815 ajoute en précisant : « he is not excluded from the order, provided he believe in the glorious architect of heaven and earth ». Autrement dit un maçon qui ne croit pas au GADLU est et sera « exclu de l’Ordre » maçonnique. Thèse impossible à concilier avec les Devoirs de 1723 qui n’imposaient à chaque maçon que l’orthopraxis morale (« to be good men and true or men of honour and honesty ») et le laissaient par conséquent libre de ne pas comprendre correctement l’Art et d’être un athée ou un libertin. Ce qui fait incontestablement des « Devoirs » britanniques de 1815 une expression du triomphe absolu de la tendance fidéiste des Antients sur celle, rationaliste, des Modernes.

    • 37
      pierre noel
      27 avril 2020 à 10:42 / Répondre

      Pour l’insulaire indifférent aux catégories, l’ambiguïté d‘Anderson et de l’article I actuel conviennent parfaitement à son pragmatisme. Comme le disait George Orwell, “The (English) people are without definite religious belief, and have been so for centuries. The Anglican Church never had a real hold on them, it was simply a preserve of the landed gentry, and the Nonconformist sects only influenced minorities. And yet they have retained a deep tinge of Christian feeling, while almost forgetting the name of Christ. “(The Lion and the Unicorn, 1941)

  • 32
    Désap.
    26 avril 2020 à 11:58 / Répondre

    29 – @ Négrier,
    J’avais pris soin d’écrire « l’initiation antique en générale ».
    Je ne comprends pas pourquoi tu me réponds par les praticiens ?
    Je reformule cette question en rapport avec ton commentaire 18 de mainière, puisque tu me qualifies de la sorte, à déterminer ce que tu entends par « athée théorique », est-ce celui qui n’a aucun intérêt pour la Bible (mon cas) ou est-ce celui qui met en doute la réalité d’un Principe (je suis étranger à ce type d’idée) ?
    Partant, l’initiation antique unitaire en ses principes, qu’elle s’exprime symboliquement (Egypte), géométriquement (Pythagore) ou philosophiquement (Socrate > néoplatoniciens), la considères-tu théoriquement athée ?
    .
    Je précise que ceci a un rapport direct avec le sujet de l’article, rapport que je développerai même si je n’arrive pas à obtenir une réponse précisemment à ma question.

    • 33
      NEGRIER
      26 avril 2020 à 14:51 / Répondre

      Il existe trois formes d’athéisme théorique : l’athéisme critique qui dénonce les représentations fausses de Dieu par rapport à ce qui serait une représentation vraie (exemple de l’excellent Darwin qui démontra que le créationnisme est une aberration totale) ; l’athéisme ontologique ou de nom qui consiste à reconnaître l’existence de l’Etre voire son contenu doctrinal (l’ensemble des diverses essences des phénomènes) mais qui se refuse absolument à nommer cet Etre en utilisant le nom de Dieu (c’est le cas de Heidegger) ; et enfin l’athéisme radical ou nihilisme qui tend à nier l’existence d’essences au profit de l’affirmation dionysiaque personnelle des forces actives de la nature dans une perspective prométhéenne (exemple de Schopenhauer, et du « surhomme » de Nietzsche).
      Dans chacun de ces trois cas les athées (critique ; ontologique ; nihiliste) se positionnent d’abord par rapport au monde, au réel extérieur, et non par rapport à des cultures comme celle du judéo-christianisme (Bible). On peut donc très bien être un athée théorique (critique ; ou ontologique ; ou nihiliste) sans s’intéresser le moins du monde à la Bible ; exactement comme on peut s’intéresser à la Bible et en faire une lecture athée (critique ; ou ontologique ; ou nihiliste), ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’elle sera exacte.
      Enfin on ne peut chercher à savoir si une initiation antique était athée (au sens théorique) qu’en se fondant soi-même sur le critère d’une définition vraie du divin. Dans l’état actuel de notre échange verbal, je me refuse d’aborder cette question car les conditions ne sont pas remplies. Je peux seulement renvoyer aux quatre faits ci-dessous de la culture.
      1. Les anciens Egyptiens se faisaient une représentation de deux principes métaphysiques : l’Esprit (qu’ils comparaient aux « quatre vents » cardinaux) et l’Etre (personnifié sous la forme du dieu Amon).
      2. Pythagore vouait un culte à Apollon et aux Muses, mythologie qui reste à interpréter en termes philosophiques.
      3. Quant à Socrate, on l’accusa à tort d’être athée (au sens théorique) parce que, quoiqu’il respectât en pratique le culte rituélique à l’occasion sans adopter dans ce domaine un comportement systématique (car il suivait la voie des maîtres qui dispense par nature de pratiquer la voie des rites), on croyait qu’il ne respectait pas les dieux traditionnels de l’Etat et innovait en matière religieuse en traitant abondamment du daimon, lequel en vérité n’était autre qu’une dénomination pour désigner l’Esprit.
      4. Enfin avant Socrate, les philosophes présocratiques, qui étaient des partisans de la raison, opérèrent une petite révolution culturelle. En effet jusqu’à leur époque, les mythes symbolisaient les principes divins sous forme d’éléments du kosmos (les sept astres qui portaient des noms de dieux grecs : Mars, Jupiter, Mercure, Vénus, Saturne, etc.). Comprenant clairement, face à cette symbolisation cosmique du divin, qu’il fallait arrêter de considérer les sept astres comme des dieux car ce n’étaient que de vulgaires planètes matérielles sans rien de divin, les physiciens notamment ioniens décidèrent de désolidariser les 7 astres de toute fonction symbolique les rattachant aux dieux des mythes grecs, et ils se mirent donc à traiter des 7 astres en terme physiciens de terre, d’air, d’eau et de feu, ce qui était exact (pour la science de l’époque). Mais ce n’est pas parce qu’ils avaient montré que les 7 astres ne sont pas en soi des dieux que les principes divins, naguère symbolisés par des éléments du kosmos, n’existaient pas. Cependant pour un contemporain, comprendre ce que les anciens Grecs percevaient des dieux de leurs mythes nécessiterait aujourd’hui un travail colossal difficile à entreprendre. Disons seulement pour résumer que, comme l’indiquent les attributs des différents dieux grecs de l’Antiquité, ceux-ci se rapportaient aux leçons de la vie que chacun peut retirer de son expérience des divers champs de l’activité humaine (exemple : Poséidon synthétisait l’ensemble des leçons que pêcheurs et voyageurs sur mer retiraient de leur expérience de la mer).

    • 36
      NEGRIER
      27 avril 2020 à 07:42 / Répondre

      Dans le Phèdre 229 c – 230 b Platon décrit Socrate confessant que l’interprétation des mythes relatifs aux dieux et aux héros grecs « demande trop de travail, de raffinement », et qu’il convient de « leur refuser sa foi » et de « les ramener à la vraisemblance » mais que ce travail est « une grande perte de temps » et qu’il préfère, quant à lui, oeuvrer à se connaître-lui-même conformément au précepte du temple du dieu Apollon Pythien à Delphes, quoiqu’il finit son discours en invoquant paradoxalement la déesse Héra (pour la forme ? en tout cas il n’était pas athée mais refusait la croyance aux dieux et appréhendait les dieux des mythes comme des objets devant être interprétés dans le registre du « vraisemblable », c’est-à-dire de la raison).

  • 30
    pierre noel
    26 avril 2020 à 09:12 / Répondre

    27# = « … ceux de l’herméneutique historique, dont Pierre Noël serait le porte-parole, et Philippe Lenglet, Gerard Dachez, Pierre Mollier et Alain Bernheim les figures représentatives. Finalement c’est une querelle de chapelles, dans laquelle Patrick Negrier a tendance à s’enfermer un peu, comme la querelle des anciens et des modernes, des Antients et des Moderns. Il est dommage que ce débat soit conduit sur un ton aigre-doux. »

    C’est peut-être une querelle de chapelles, mais dans laquelle je ne m’enferme pas. Je n’entre pas, notamment dans cette discussion. J’ai répondu à une critique quasi ad hominem de Négrier au début de celle-celle-ci. (C’était le titre de sa contribution). J’ai ensuite donné à ceux (sans doute nombreux!) qui ne l’avaient lu le court extrait de Prichard où il parle de la lettre G, de la cinquièmes science et du « plus Grand que moi ».
    Le ton des échanges ne peut qu’être aigre-doux quand la scolastique rencontre la haine religieuse.

    • 31
      ERGIEF
      26 avril 2020 à 11:12 / Répondre

      30 Pierre Noël @ Pour être encore plus clair cher Pierre, sans prendre parti pour l’un ou l’autre, je soutiens ton attitude modérée dans cette affaire.

  • 28
    NEGRIER
    26 avril 2020 à 07:07 / Répondre

    Dans la Maçonnerie disséquée de 1730 le développement sur la lettre G mentionnait l’expression « A Point, a Line, and an Outside ; But a Solid is the last » qui était un emprunt au chapitre de Laërce sur Pythagore : « Des points. viennent les lignes, des lignes les plans, et des plans les solides » (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres VIII,25). Il convient de rappeler à ce sujet que Pythagore philosophait en un temps où, comme le rappellera Pierre Hadot professeur au Collège de France, nombre de philosophes étaient des maîtres spirituels enseignant en proposant des « exercices spirituels ». Le propre de Pythagore était d’utiliser les nombres des mathématiques (Tétraktys) et les figures de la géométrie (triangle) comme des exemples enseignant par analogie des valeurs (axiologie) et non pas des savoirs exotériques. Lorsque Platon écrivit sa République, il s’inspira du pythagorisme et présenta au livre VII un programme pédagogique destiné à l’éducation philosophique des princes destinés à gouverner la cité future et idéale de Kallipolis , et ce programme incluait la « géométrie » non pas comme science positive ou exotérique mais uniquement comme exemple censé enseigner par analogie des vérités de nature philosophique et notamment éthique : il écrit en effet, selon une traduction connue que je n’ai pas le temps de vérifier ni de corriger, qu’il envisage la « géométrie » uniquement si elle « tend à notre but qui est de faire voir plus facilement l’Idée du Bien » et si elle « oblige à contempler l’essence » « sans s’arrêter au devenir » (c’est-à-dire aux étants physiques sujets au devenir) car elle doit avoir « pour objet la connaissance de ce qui est toujours et non de ce qui naît ou périt » (Platon, République 526 c – 527 c). Si donc le catéchisme des Modernes de 1730 citait Laërce sur Pythagore qui géométrisait non en scientifique mais en maître spirituel, la « géométrie » des Modernes de 1730 ne doit pas être envisagée comme science positive mais comme instrument de philosophie, ce qui explique que le développement des Modernes sur la lettre G ait rapporté cette « géométrie » à des notions métaphysiques (Grand Architecte and contriver of the universe). Or lorsque les Antients présenteront la « géométrie » dans les Trois coups distincts à la partie de l’Apprenti, ce n’est pas comme instrument de philosophie qu’ils la décriront mais uniquement comme science positive (qu’on relise le texte svp). Il n’est pas inutile de rappeler que les références des Modernes à ce modèle de rationalité qu’était la « méthode géométrique » des philosophes (début des Constitutions de 1723 ; développement sur la lettre G dans le Prichard de 1730) se prolongea jusque chez Andrew Michael Ramsay dont le dernier ouvrage s’intitula : Philosophical principles of natural and revealed religion unfolded in a geometrical order (1748–49).
    Mais que pensent nos lecteurs du fait que, non contents d’avoir chassé le développement des Modernes sur la lettre G, les Antients observèrent un silence religieux sur la thèse des Modernes selon laquelle maître Hiram après sa résurrection des morts avait été réinhumé dans le Saint des saints, preuve que sa résurrection des morts n’était pas d’ordre physique mais uniquement psychique, morale et spirituelle ? (les Antients tenant fort au contraire qu’Hiram était ressuscité physiquement puisqu’après sa résurrection il ne fut pas réenterré)

  • 27
    ERGIEF
    26 avril 2020 à 01:16 / Répondre

    L’herméneutique est l’art d’interpréter les textes. Le terme est generique mais il se décline par disciplines, littéraire, historique, religieuse , philosophique etc. Ici nous avons un débat manifeste entre un tenant de l’herméneutique philosophique Patrick Négrier, et ceux de l’herméneutique historique, dont Pierre Noël serait le porte-parole, et Philippe Lenglet, Gerard Dachez, Pierre Mollier et Alain Bernheim les figures représentatives. Finalement c’est une querelle de chapelles, dans laquelle Patrick Negrier a tendance à s’enfermer un peu, comme la querelle des anciens et des modernes, des Antients et des Moderns. Il est dommage que ce débat soit conduit sur un ton aigre-doux. Mes frères, peut-être gagnerions nous à ce que vous recherchiez des points communs et des terrains d’entente, lesquels, sans tomber dans un consensus « mou », plutot que stagner nous feraient avancer et nous rapprocheraient de la Vérité. Connaissant le sens de la mesure et la courtoisie de Pierre Noël, ce ne doit pas être si difficile…

  • 26
    Désap.
    25 avril 2020 à 23:35 / Répondre

    18 – @Négrier,
    Tout d’abord, c’est avec profit que j’apprends que la révélation religieuse est le reflet de ce que nous révèle la Nature (??).
    J’avais bien saisi que la maçonnerie exploitée du point de vue religieux mène invariablement au fondamentalisme puisqu’il s’agit alors de tirer la quintessence de la Bible, mais je crains d’avoir fait preuve de naïveté, il est question en réalité de créationnisme.
    Cyrille ? Un salopard au milieu de ses pairs d’une religion qui a dévasté quatre mille ans de civilisation. Je me trompe ?
    La lettre G ? Il me semble l’avoir décrite en 15. Mais s’il faut y insister, je prends simplement appui sur le rituel, qui me dit Géométrie.
    Géométrie c’est Pythagore. Euclide pour la partie qui nous intéresse moins, son application mathématique. Et Platon qui respecte son maitre, Pythagore n’a jamais enseigné une science. Le reste … bon pour les créationnistes, parce que d’un point de vue maçonnique il se confirme que l’on pensait bien au Grec, voire le frontispice du livre des Constitutions édition 1723, parfois les choses sont plus simples qu’on l’imagine et on sait quoi penser des copies, de celles des penseurs d’évangiles, en comparaison de l’original.
    Mais ce qui m’interroge, ce que je suis curieux de savoir :
    Les Egyptiens, les Grecs, les Romains, l’initiation antique en général, c’est un athéisme théorique selon toi ?
    .
    PS : Ce qui concerne l’article de l’Histoire du métier dans les Constitions 1723 où il est question de la gloire d’Auguste, et du Grand Architecte de l’Eglise entre parenthèses (Jésus). Il faut lire cet article objectivement et dans son intégralité.
    Là s’éclaire mieux encore à quoi se ratache la lettre G. Si l’on est attentif, on remarque également que l’article se termine en indiquant sans détour que le père de tous les Vrais Architectes est Vitruve que l’on n’est toujours par parvenu à égaler à ce jour. Vitruve, premier siècle avant le Grand Architecte de l’Eglise et Messie de Dieu (Jésus).

    • 29
      NEGRIER
      26 avril 2020 à 07:44 / Répondre

      Toute culture religieuse qui s’enracine dans le « voir » (comme le prophétisme biblique : I Samuel 9,9) participe de la phénoménologie et donc de la révélation naturelle (c’est là l’origine vivante de la tradition).
      La Bible n’est pas créationniste puisque Genèse 1-2 n’était pas une cosmogonie mais un traité d’éthique signifié sous la forme symbolique d’une cosmogonie en raison de l’idée selon laquelle le bien crée et maintient à l’existence alors que le propre du mal est de détruire (comme lors du Déluge).
      De même qu’on ne peut juger l’essence de la culture maçonnique d’après les comportements des maçons, de même on ne peut juger aucune culture (religieuse ou philosophique) d’après les comportements de ses praticiens.
      On ne peut demander a priori si Egyptiens, Grecs et Romains étaient athées car cela supposerait qu’on possède déjà une notion certaine de Dieu pour évaluer d’après ce critère le cas des cultures de l’Antiquité, et cela reste à voir. Je refuse généralement de parler de Dieu avec autrui parce que c’est un mot dont on ne comprend le contenu qu’au terme du parcours intérieur. La seule chose dont on peut parler avec autrui c’est des choses qui nous sont perceptibles en commun : les évènements historiques de la vie privée et publique. Lorsqu’un individu a consacré plusieurs décennies à pratiquer la phénoménologie, il finit par avoir un coup d’oeil sur l’intelligibilité de l’ensemble de l’expérience de la vie, intelligibilité qui touche à dix champs philosophiques (anthropologie, psychologie, pneumatologie, ontologie, épistémologie, éthique, philosophie politique, pédagogie, sociologie religieuse, et eschatologie). Lorsqu’un individu récapitule ces données, il comprend alors et enfin que le mot Dieu ne faisait que désigner et synthétiser en un vocable unique l’ensemble des « noyaux » intelligibles de l’expérience de la vie dans les dix champs philosophiques que j’ai énumérés. Le philosophe Heidegger a dit une chose analogue en d’autres termes moins directs et plus doux que les miens : « Ce n’est qu’à partir de la vérité de l’être que se laisse penser l’essence du sacré. Ce n’est qu’à partir de l’essence du sacré que se laisse penser l’essence de la déité. Ce n’est qu’à la lumière de la déité que peut être nommé et pensé ce que le mot dieu doit nommer ».

  • 22
    FMC91
    25 avril 2020 à 15:48 / Répondre

    Bonjour,
    commentaire d’un lecteur choqué.
    Étant partisan de l’exposé des idées dans le cadre d’une confrontation respectueuse des protagonistes je suis absolument stupéfait de la véhémence des propos de Patrick Négrier, non seulement à l’égard des historiens en général mais aussi de façon ad hominem : traiter d’incompétents des chercheurs rompus à toutes les difficultés du métier manifeste déjà un mépris regrettable ; considérer qu’ils sont incapables de philosopher traduit une conception plus que restrictive de l’art de rechercher la sagesse ou la vérité ; enfin refuser de les citer comme références dans des documents publiés est le réflexe classique dans le monde universitaire pour ignorer tout concurrent éventuel, c’est une malhonnêteté intellectuelle évidente. On peut comprendre que des divergences aboutissent à des polémiques mais si le ton est globalement respecté la violence symbolique déployée est, me semble-t-il, une manifestation d’animosité qui dépasse l’échange intellectuel normal. c’est dommageable dans le milieu qui est le nôtre.

    • 23
      NEGRIER
      25 avril 2020 à 17:11 / Répondre

      Hélàs vous vous méprenez totalement. J’ai une estime très grande pour l’historien Pierre Noël au point que j’ai dans ma bibliothèque l’admirable livre de P. Noël intitulé Guide des maçons écossais que, si je me souviens bien, je cite plusieurs fois dans mon livre à paraître chez un grand éditeur français sur la pensée maçonnique. Mais ce n’est pas parce que j’admire la remarquable probité intellectuelle de l’historien Pierre Noël que je suis toujours d’accord avec lui ou avec d’autres historiens français. A cet égard j’ai une certaine complicité avec Alain Bernheim. Et il est évident qu’un philosophe comme moi, qui ai fait des études de philosophie (Sorbonne, Université de Paris IV), ne peut que désavouer des conclusions d’historiens reconnus (plus ou moins) comme Roger Dachez, Pierre Mollier et Pierre Noël qui sont unanimes pour conclure, à tort à mon avis, que les différences entre Antients et Modernes étaient peu significatives, minimes et négligeables. C’est un honneur pour moi d’avoir dans ma bibliothèque le livre de P. Noël et je ne le répèterai jamais assez. Je n’en considère pas moins qu’habitué aux erreurs herméneutiques d’historiens comme Révauger et d’autres, je suis obligé de constater que la compréhension qu’ont les historiens ou les philologues (comme le remarquable Philippe Langlet que je connais personnellement depuis 1973 !) des textes maçonniques accusent des contre-sens herméneutiques qu’un philosophe comme moi ne peut que relever et désavouer… dans le but unique de permettre aux lecteurs d’avoir un autre son de cloche de manière à ce que l’historicisme ne triomphe pas et qu’on accorde enfin aux philosophes herméneutes le droit d’exprimer un point de vue non seulement complémentaire mais aussi correctif !

  • 21
    Joaquim Villalta
    25 avril 2020 à 14:59 / Répondre

    Je trouve que l’exposition de Patrick Négrir sur ce sujet passionnant est bien argumentée, avec qui je partage son point de vue. Je dois vous remercier à vous tous pour cet habile débat qui nous permet de clarifier les spécificités des Modernes et des Anciens, malheureusement pas exactement comprises ou différenciées à un niveau profond. On ne peut donc considérer le Thématique de la lettre G, entre autres, tout tombant dans l’erreur de « simplifier » de manière exotérique et peu subtile, car on risquerait de ne pas en percevoir correctement le sens ultime et les positions entre les uns et les autres qui sont dans les antipodes philosophiques. Frat.

  • 20
    Didier
    25 avril 2020 à 14:01 / Répondre

    Très intéressant! Concernant les « Antients » est-il possible d’avoir quelques pistes de lecture? Merci.

    • 24
      NEGRIER
      25 avril 2020 à 17:19 / Répondre

      Oui. Vous pouvez trouver sur l’internet deux textes des Antients : d’une part Ahiman rezon (1756), et ensuite The Three distinct knocks (1760).

  • 19
    NEGRIER
    25 avril 2020 à 08:12 / Répondre

    Le développement sur la lettre G de 1730 n’avait pas seulement comme modèle un passage du Sloane n° 3329 de 1700 ; il reprenait aussi le passage suivant du Wilkinson de 1727 :
    « Quelle est la forme de votre loge ? Réponse : Un carré oblong. Question : Pourquoi ainsi ? Réponse : [C’était] la forme de la tombe de notre grand-maître Hiram. Question : Quel est le centre de votre loge ? Réponse : La lettre G. Question : Que signifie t-elle ? Réponse : Géométrie, cinquième science ».
    On remarque les 3 points suivants :
    1. Dans l’Histoire du métier des Constitutions de 1723, J. Anderson avait situé à l’époque du César Auguste « le Messie de Dieu, le Grand Architecte de l’Eglise » (désignation métaphorique de Jésus de Nazareth). Il n’en fallait pas plus, la loge représentant le temple de Salomon (archétype de l’Eglise) depuis les origines du Mason word, pour nommer allégoriquement (conformément aux principes grammatologiques de l’art de mémoire régulant la tradition du Mason word) ce « Grand Architecte » du nom de l’artisan bronzier des deux colonnes du temple de Salomon : Hiram.
    2. Pourquoi faire de la loge, figure du temple de Jérusalem, le lieu de la tombe d’Hiram, allégorie de Jésus ? La réponse est simple : cela revenait à affirmer que Jésus n’est pas ressuscité physiquement puisqu’il est enterré dans une tombe, signe que la résurrection des morts ne doit pas être interprétée en un sens physique mais spirituel, la résurrection des morts ne pouvant pas être celle du corps, destiné à mourir et à pourrir, mais celle de l’âme ou des moeurs ou de l’esprit dont le mode d’immortalité appellera un examen. Remarque en passant : le seul fait que les maçons du Wilkinson aient affirmé que Jésus (allégorisé comme Hiram) était enterré et ressuscité sur un mode non physique est un signe certain de rationalisme.
    3. C’est sur cette affirmation, selon laquelle Jésus (allégorisé Hiram) avait une tombe et n’était pas ressuscité physiquement, que les maçons du Wilkinson viennent greffer le thème de la lettre G initiale de Géométrie. Il apparaît ainsi que dans le Wilkinson de 1727, la Géométrie dite cinquième science n’est pas appréhendée comme science positive ou exotérique mais comme élément venant seconder, appuyer et corroborer l’idée que la résurrection des morts n’est pas une opération physique mais psychologique ou morale ou spirituelle. En quoi la Géométrie serait-elle capable de venir appuyer l’idée que la résurrection n’est pas un phénomène physique mais un phénomène psychique, ou moral, ou spirituel ? Je l’ai déjà dit plus haut : cet extrait du Wilkinson était l’expression d’une certaine forme de rationalisme, et le rapport qui existe entre rationalisme et Géométrie tient à l’existence de ce qu’au XVII° siècle Pascal appelait dans ses Pensées « l’esprit de géométrie » et qu’il distinguait de « l’esprit de finesse », le premier ayant rapport à la raison discursive hypothético-déductive, et le second à l’intuition intellectuelle que Husserl appellera la raison phénoménologique.
    Conclusion : si les Antients ont refusé de reprendre l’intégralité du développement des Modernes de 1730 sur la lettre G, c’est parce qu’ils rejetaient le rationalisme du Wilkinson et de la Grande loge de Londres qui affirmait que Jésus avait été enterré définitivement et n’était pas ressuscité sur un mode physique mais seulement sur un mode psychique, moral ou spirituel. Les Antients voulaient à tout prix maintenir contre vents et marées l’idée que Jésus était ressuscité des morts physiquement, position anti-rationnelle s’il en est. La preuve en est que les Trois coups distincts donnent de la légende de maître une version qui s’achève sur la résurrection d’Hiram grâce aux 5 points mais ne va pas plus loin CAR ELLE OMET VOLONTAIREMENT, CONTRE LA TRADITION, LE PASSAGE DES MODERNES QUI EXPOSAIT QU’APRES AVOIR ETE RELEVE PAR LES 5 POINTS, LE CADAVRE DE JESUS (ALLEGORISE HIRAM) ETAIT DEFINITIVEMENT DEMEURE UN CADAVRE PUISQU’IL « FUT ENTERRE DANS LE SAINT DES SAINTS » : « Where was Hiram inter’d ? A.: In the Sanctum Sanctorum » (Prichard, 1730). Et les Antients ne se sont pas bornés à taire l’idée ou le fait que Jésus n’était pas ressuscité physiquement ; ils allèrent, dans les Trois coups distincts à la partie de l’Apprenti, jusqu’à présenter la « Géométrie » uniquement comme une science positive et non comme une méthode ou un modèle de rationalité à utiliser en philosophie (contrairement au début des Constitutions de 1723). Et vous osez écrire que « le développement d’une Grande Loge ‘selon les vieilles institutions’ fut bien plus un phénomène social et une manifestation de classe qu’un conflit de rituels » ?

  • 18
    NEGRIER
    25 avril 2020 à 00:57 / Répondre

    Mon TCF Désap[prouve] une culture religieuse quelle qu’elle soit (il m’est totalement indifférent qu’on y soit opposé car comme Pierre Bayle j’admets parfaitement les différents types d’athéisme théorique), lorsqu’elle est traditionnelle, est toujours une expression de la révélation naturelle, vivante, permanente, véridique, universelle, éternelle et apodictique. Or les « noyaux » abstraits (pour reprendre le vocabulaire de Carlos Castaneda) de la révélation naturelle sont par essence de nature philosophique. Si bien qu’une religion traditionnelle est et sera toujours par nature une expression de l’activité philosophique (je ne dis pas de la culture philosophique), étant bien entendu qu’on doit toujours maintenir la distinction entre une culture religieuse en soi et les diverses manières dont les hommes l’interprètent et la traduisent en actes. Le fait que ce salopard de Cyrille d’Alexandrie ait lâchement fait assassiner la valeureuse philosophe grecque Hypatie ne préjuge en rien de la valeur (ou de la non valeur) de la culture judéo-chrétienne en soi.
    Mais quelle est ta position sur la question du sens profond de la lettre G ; sur la question de l’absence du développement sur la lettre G chez les Antients ; et en fin de compte sur la question de savoir si les Antients étaient consonnants ou dissonants d’avec les Modernes, et en quoi ?

  • 17
    NEGRIER
    24 avril 2020 à 19:35 / Répondre

    L’intégralité du développement initial des Modernes sur la lettre G (absente des textes des Antients) pose en premier lieu à l’interprète la question suivante : par quelle logique passe t-on, dans cet exposé, d’une première partie de nature métaphysique (mentions de la « chambre du milieu » ou Hêkal du temple de Salomon ; Grand Architecte plus Grand que le maître de loge) à une seconde partie dont le vocabulaire relève de trois registres distincts :
    1. le registre des sciences (« corps de différentes sortes découverts par la science » ; « cinquième science » qu’est la « Géométrie » en raison de ce que le Cooke présentait déjà la géométrie comme le cinquième des arts libéraux qui, dans la République de Platon, n’étaient pas pris au sens littéral de sciences mais comme modèles à imiter dans la connaissance philosophique ; « sciences bien ordonnées selon la noble structure de la poésie : un point, une ligne et une étendue, mais la fin est un solide ») ;
    2. le registre éthique (« juste » ; « respectable ») ;
    3. le registre métaphysique (« quatre lettres » qui n’étaient pas Boaz d’autant plus que dans l’hébreu de I Rois 7,21 le nom Bo’az se trouve écrit en trois lettres et non pas quatre : un bêt, un ‘ayin, et un zayin, ces « quatre lettres » étant plus vraisemblablement YHVH si l’on se base sur le fait qu’elles se rapportent à la lettre G qui se trouve au milieu du temple) ;
    4. et enfin un registre ambigu qui resterait à définir tant son vocabulaire est polysémique et équivoque : « règles de l’art et proportion » et « principes justes et libres » ?
    Le développement des Modernes de 1730 sur la lettre G ne partait pas de zéro : il s’appuyait sur un passage métaphysique et éthique du Sloane n° 3329 de 1700 qui exposait déjà : « De qui tirez-vous vos principes ? Réponse : D’un plus grand que vous. Question : Qui est sur terre plus grand qu’un franc-maçon ? Réponse : Celui qui fut porté au plus haut pinacle du temple de Jérusalem” (allusion à Jésus de Nazareth). Qu’est-ce qui amena les Modernes de 1730 à rajouter à ce premier exposé une référence à la géométrie dans un développement sur la lettre G qui parle de science mais aussi d’éthique et de métaphysique ? Je l’ai déjà dit dans des posts antérieurs. Les lecteurs peuvent à ce sujet relire le début des Constitutions de 1723 qui parle de la méthode géométrique, modèle de rationalité utilisé en philosophie.

  • 16
    pierre noel
    24 avril 2020 à 11:46 / Répondre

    Pour la clarté du débat, voici le passage de Pichard qui concerne la lettre G (grade de Compagnon). Rien de plus, rien de moins. A chacun sa lecture. La traduction est de Gilles Pasquier.

    – De quelle hauteur était la porte de la Chambre du milieu ?
    – Si haute qu’un Cowan ne pourrait planter une épingle à son sommet.
    – Qu’avez-vous vu en arrivant au centre ?
    – L’ image de la lettre G .
    – Que signifie encore cette lettre G ?
    – Le nom de quelqu’un qui est plus grand que vous.
    – Qui est plus grand que moi, qui suis Maçon libre et accepté, le Maître d’une Loge ?
    – Le Grand Architecte et Créateur de l’Univers, ou celui qui fut élevé jusqu’au Pinacle du Temple sacré.
    – Savez-vous transmettre la lettre G ?
    – Je ferai de mon mieux.

    (Le Grand Architecte de l’Univers, c’est Jésus, selon Mt 4,5. Par analogie, on peut dire que Jésus, lettre G, est « au milieu du Temple »)

    La transmission de la lettre G

    Le tuilé : Au milieu du Temple de Salomon se trouve la lettre G, une lettre bonne à lire et à voir pour tous, mais rares sont ceux qui comprennent, ce que signifie la lettre G.
    Le tuileur : Mon ami, si vous prétendez appartenir à cette fraternité vous pouvez dire tout de suite et avec exactitude ce que signifie cette lettre G.

    Le tuilé : Des corps de différentes sortes sont découverts par la science, qui paraissent dans leur perfection, mais personne sauf un homme ne saura ma pensée.

    Le tuileur : Celui qui est Juste saura.

    Le tuilé : S’il est Respectable.

    Le tuileur : Je suis à la fois Juste et Respectable, j’ai mission de vous demander de m’éclaircir tout de suite, puisque je peux vous comprendre.

    Le tuilé : Par quatre lettres et la cinquième science, ce G véritable repose sur les règles de l’art et sur la proportion, vous avez votre réponse mon Frère. (By Letters Four and Science Five This G aright doth stand, In a due Art and Proportion)

    N.B. : Les quatre lettres sont BOAZ (erreur manifeste pour le tétragramme). La 5e science est la Géométrie.

    Le tuileur : Mon ami, vous répondez bien, si vous me donner les principes justes et libres je changerai votre titre d’ami dorénavant pour celui de Frère.

    Le Tuilé : Les sciences sont bien ordonnées selon la noble structure de la poésie un point, une ligne et une étendue, mais la fin est un solide.
    (The Sciences are well compos’d of noble Structure’s Verse, A Point, a Line, and an Outside; But a Solid is the last

  • 15
    Désap.
    24 avril 2020 à 11:45 / Répondre

    12 – Voilà qui ne cessera jamais de m’étonner.
    On cherche à faire correspondre les principes bibliques avec ceux des Grecs, quand bien mêmes c’est contradictoire.
    Les religieux ne cherchent pas à démontrer l’existence de Dieu, ils l’imposent par la Révélation.
    Les Juifs sont certes autorisés à la questionner et par là questionner Dieu, cependant que les réponses mènent invariablement à la Révélation. C’est le principe de la Kabbale, qui se veut universelle, prétend s’appuyer sur la symbolique, qui n’est rien d’autre qu’antique, et user de sa philosophie. Il ne s’agit en réalité que d’une usurpation, une manipulation visant à démontrer non l’existence de Dieu car ceci n’est pas sujet du moindre questionnement possible, mais à démontrer la vérité de la Révélation ; en d’autres termes, les questions que l’on pose n’existent que par l’incompréhension de la Révélation, on tourne en rond et surtout on est dans le dogme absolu, en définitive : il n’y a pas de question, ni sur Dieu et moins encore sur les principes de la religion.
    Ceci me rappelle la méthode d’un frère historien très connu qui, lorsque l’on remet en cause ses conclusions par démonstration, commence sa phrase par « la démonstration de notre frère est très pertinente » pour mieux la détruire, s’appuyant sur des postulats qu’il a lui-même établi sans les démontrer et que, de son point de vue, seul un esprit embrouillé ou manquant de connaissance remettrait en cause.
    Quant aux Chrétiens, chez eux c’est simple il n’y a pas de question, l’interlocuteur c’est Jésus, le fils de Dieu, Dieu lui-même, tout est dit, tu écoutes, tu appliques et tu te tais.
    Les Grecs c’est l’absolu contraire. Ils n’ont cessé de se remettre en cause les uns les autres et aucun ne s’est aventuré à établir des dogmes. Sauf les sophistes, ce qui aboutit à la mort de Socrate, dès lors tout le monde s’est arrêté et le sophisme rejeté comme la remise en cause s’arrête où l’incohérence commence.
    Il est là le problème, la Révélation fait fi de l’incohérence. C’est ce que constate les juifs hellénisés vers 40.
    On connait la suite, les exactions et destructions d’un (des) Cyril d’Alexandrie, etc.
    Le rituel maçonnique fonctionne-t-il selon les principes religieux ?
    Bien évidemment, si l’on interprète ses symboles selon une herméneutique biblique, on fera fonctionner le rituel selon les principes religieux.
    Mais dans ce cas on le trahi totalement. Car dès lors où se trouve le questionnement ? Il n’y en a plus, c’est la Révélation, l’élévation c’est la Résurrection, aimez-vous les uns, tu aimeras tes ennemies comme toi-même et c’est terminé. La maçonnerie, le rituel deviennent une autre pratique du christianisme, ou du judaïsme comme on voudra, ce sont les mêmes principes.
    Je m’inscris en faux.
    La fraternité n’est pas inconditionnelle, elle ne s’accorde que dès lors qu’un corpus de valeurs objectives est respecté, l’homme qui nait de l’élévation, et non renait, n’est pas celui coupable de fautes qu’on lui aurait pardonné, c’est celui capable de s’arrêter avant de les commettre, c’est celui capable d’appliquer les principes des premier et second grade. Ce n’est pas le cas des trois mauvais compagnons.
    La Géométrie, ce n’est pas la loi du Dieu de la Bible, ce n’est pas une Révélation, elle n’est en aucun cas intangible, elle a pour vocation d’être modifiée à tout moment, l’exigence est d’être en mesure de le faire, ce que Hiram n’a pas été capable de réaliser, c’est ce qui lui vaut la sanction.Si tu modifies la Géométrie par la vanité, tu trahis son principe et la sanction est immédiate -je ne voudrais pas abuser, mais c’est exactement ce que nous vivons avec ce virus.
    C’est la métaphysique grecque, le questionnement permanent, parce que nous ne connaissons pas Dieu tant que nous ne l’avons pas compris.
    Ce n’est pas cette Révélation qui s’exprime à travers un ésotérisme nébuleux qui prétend être riche de ses inversions qui interviennent au gré de ses nécessités qui nous permet la compréhension. Elle ne fait que nous obliger à croire que nous sommes incapables de comprendre et qu’il faut donc s’en remettre à ceux qui prétendent avoir compris, mais parce qu’il est possible de montrer qu’ils sont subjectifs, les Grecs l’ont fait, on crée un fils de Dieu, Dieu lui-même.
    Négrier, sur ce point je ne suis pas d’accord avec toi, ce que tu décris de la Géométrie n’est ni sa philosophie, ni la philosophie du rite des Moderns. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’estime que les degrés ne sont pas l’approfondissement des grades, mais une interprétation subjective. D’où la nécessité de travailler le grade de Maitre à la lumière de lui-même, mais également, ceci est fondamental, à la lumière des deux premiers grades.
    Comme beaucoup parmi nous, en adossant le rituel sur la Bible tu passes à côté de ce qui lui est infiniment plus vaste.
    Le cadre biblique n’est qu’un décorum visant à ce que les les Apprentis et Compagnons ne se sentent pas perdus avant d’être capable d’enjamber son cadavre. Ce cadre ne recouvre aucune signification.
    Frat.

  • 14
    willermoz 59
    24 avril 2020 à 09:57 / Répondre

    Merci également à Mr Négrier pour cet autre point de vue sur cette fameuse querelle..Cela fait la richesse du site.
    C ‘est parfois un peu aride mais on sent les convictions de l’auteur. Concernant J et B et le rhum Barbade ou Jamaïque je savoure l’anecdote « historique » citée par Mr Noël, on n’est pas loin de « Master and Commander » de Peter Weir , humour et impertinence, ça fait du bien aussi.

  • 13
    NEGRIER
    24 avril 2020 à 07:49 / Répondre

    Dans la Masonry dissected de Prichard (divulgation du catéchisme rituélique de la Grande loge de Londres de 1730), la « lettre G » était à la fois l’initiale de Geometry et [implicitement] de God parce que cette Geometry désignait allégoriquement la « méthode géométrique » utilisée alors pour démontrer les deux principes du déisme : l’existence de « Dieu » (God) et l’immortalité de l’âme.
    Le fait que le G était l’initiale de God était signifié : 1. par la « ressemblance de la lettre G » avec le rayonnement du chandelier à 7 branches sur le ou les pains de proposition dans la chambre du « milieu », c’est-à-dire dans l’Hêkal du temple de Salomon à Jérusalem ; 2. par le fait que le G était l’initiale de « Greater », « plus grand » que le « maître » de loge ; 3. par le fait que le G était l’initiale de « Grand Architect and contriver of the universe »; 4. par le fait que le G se rapportait à « quatre lettres », celles-ci étant YHVH (et non pas Boaz comme divulgué par erreur).
    Quant au fait que la Geometry en question désignait moins la science de ce nom que la méthode philosophique de ce nom, cela transparaît dans le langage allégorique du rite (conforme aux principes de l’art de mémoire régulant le langage du Mason word) qui rattache la Geometry à « l’Art » et à des « free principles », c’est-à-dire en clair aux « arts libéraux » qui, au livre VII de la République de Platon, comprenaient la musique, les mathématiques, la géométrie, l’astronomie et la dialectique (associée à la logique et à la rhétorique) censées conduire les philosophes-princes de la cité idéale à la « vision » finale de « l’Idée du Bien », notion empruntée à Parménide et relative au fait que c’est l’éthique du « faire être » qui permet à toutes choses de se maintenir à l’existence, ce « faire être » n’étant chez Parménide qu’un analogon, c’est-à-dire un équivalent, de « l’acte d’être » que les anciens Israélites désignaient par le tétragramme YHVH signifiant « Je serai ce que je serai » et qui portait sur le phénomène métaphysique, ontologique, d’actualisation des potentialités.
    Voilà en ce qui concerne la démonstration de l’existence de Dieu. Quant à la démonstration de l’immortalité de l’âme, elle était mise en scène dans la légende d’Hiram où le cadavre d’Hiram est enterré dans le « Saint des saints », siège de l’Arche d’alliance dont les 2 kerouvîm dorés représentaient les 2 modalités de l’immortalité : réduction à l’état de souvenir post-mortem, et réduction à l’état d’influence historique post-mortem.

  • 12
    NEGRIER
    24 avril 2020 à 07:03 / Répondre

    La « méthode géométrique » était un modèle de rationalité discursive faisant appel à la séquence : définitions, axiomes, propositions, démonstrations. Méthode employée par des philosophes déistes comme Descartes et Spinoza, et revendiquée par les Constitutions de 1723 (au début de l’Histoire du Métier) puis en 1730 dans le rite de la Grande loge de Londres (intégralité du développement sur la lettre G dans la Masonry dissected de Prichard). Il n’aura pas échappé à la sagacité des maçons que cette « méthode géométrique », expression du rationalisme discursif, fut soigneusement chassée de la maçonnerie par les Antients, que ce soit dans Ahiman rezon (qui ne mentionne pas une seule fois le mot Geometry) ou dans les Trois coups distincts (qui éliminèrent tout bonnement et simplement l’intégralité du développement sur la lettre G). Faîtes-moi plaisir chers amis : soyez impartiaux.

  • 9
    michel
    23 avril 2020 à 19:53 / Répondre

    J’avoue humblement ne pas avoir les connaissances pour me faire un avis !
    Par contre je serais très intéressé si Patrick Négrier pouvait développer un peu plus le J et B transmis aux apprentis et Marrow et Bone au grade de Compagnon (dernier grade ?) Je savais qu’à l’origine seul le « vénérable » portait le titre de Maitre de la Loge.
    Je n’ai jamais trouvé très heureux cet échange des lettres suivant les rites…
    Bien entendu si Geplu le souhaite.

    • 10
      NEGRIER
      23 avril 2020 à 21:25 / Répondre

      La communication de JB (ou de BJ) aux apprentis, et de MB aux compagnons, caractérisa le rite moderne du Mason word de 1696 à 1723 comme cela appert de l’étude comparée de l’ensemble des catéchismes édités en anglais par Knoop, Jones et Hamer sous le titre Early masonic catechisms.

  • 6
    pierre noel
    23 avril 2020 à 14:02 / Répondre

    La réponse estimable de P. Négrier ne concerne que partiellement mon articulet, n’en relevant que des détails annexes sans jamais aborder la question de fond. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, je ne suis ni historien ni « philosophe » (à vrai dire, je ne sais pas trop ce qu’« être philosophe » signifie). Je ne suis qu’un curieux impénitent, papillonnant d’un sujet à l’autre s’il l’intéresse.
    J’aime, c’est vrai, partager mes interrogations, surprises et constations quand il s’en trouve.
    Négrier juge mon incompétence telle que mes modestes interventions « ne méritent pas d’être citées ». J’en prends acte et le rassure : je n’ai aucun désir d’être reconnu, ni cité.

    Je lis régulièrement depuis trente ans ses développements, historiques, philosophiques et religieux (plus religieux que philosophiques, me semble-t-il), avec intérêt parfois, amusement souvent. S’il leur arrive d’être ingénieux, ils sont pas toujours crédibles.
    N’ayant aucun attachement aux religions en général, moins encore aux théologies ou aux « castes sacerdotales », mais seulement une curiosité de bon ou mauvais aloi pour ces choses, je n’entrerai pas dans le débat qu’il soulève dans son premier paragraphe.
    Pour les derniers, il entre dans des considérations qui sortent du cadre de mon articulet (la lettre G, les douze et les quinze …). Il enfourche à nouveau le sujet qui lui tient à cœur, le calvinisme, la lecture religieuse des fragments rituels … Là, aussi je ne le suivrai pas, étant encore moins théologien que philosophe. J’en prends acte mais n’en tiendrai pas compte.

  • 5
    NEGRIER
    23 avril 2020 à 13:41 / Répondre

    Newton était apparemment unitarien. A la Grande loge de Londres il y avait un athée théorique : Martin Folkes ; et le rationalisme des décideurs de l’obédience était si prononcé qu’il eut 2 conséquences : le départ de l’anglican William Stukeley, et l’absence du pasteur presbytérien James Anderson qui semble avoir déserté l’obédience d’avril 1723 à août 1730.

  • 3
    Jean_de_Mazargues
    23 avril 2020 à 12:20 / Répondre

    C’est un peu malhonnête comme procédé. Faut-il donc être philosophe pour faire une histoire de la philosophie ? Qu’est-ce que distingue un professeur de philosophie d’un philosophe ? Un philosophe, ou une personne qui se prétend tel, peut-il nier à un historien (même si M. Noël ne s’est pas lui, auto proclamé historien en exergue de son papier, me semble-t-il) de se mêler de philosophie? Et s’agit-il bien de philosophie ici, lorsqu’on parle de franc-maçonnerie?
    Au total, la critique de M. Négrier à propos de l’étude de M. Noël aurait eu plus de force si elle s’était contentée de commenter le texte plutôt que de mettre en cause des compétences de son auteur …

  • 2
    Un nuage et de l'eau
    23 avril 2020 à 12:11 / Répondre

    Notre Frère Patrick Négrier affirme, comme une évidence:

    «Le mysticisme est une herméneutique.»

    À la (re)lecture des définitions habituelles de ces deux mots, ça ne me semble pas si évident que cela:

    «Mysticisme: Attitude philosophique ou religieuse fondée davantage sur le sentiment et l’intuition que sur la connaissance rationnelle, et qui a pour objet l’union intime et directe entre l’homme et la divinité.» (https://www.cnrtl.fr/definition/mysticisme)

    «Herméneutique: Théorie, science de l’interprétation des signes, de leur valeur symbolique» (https://www.cnrtl.fr/definition/herm%C3%A9neutique)

    Pourrait-il nous (me) éclairer davantage sur ce point?

    • 4
      NEGRIER
      23 avril 2020 à 13:18 / Répondre

      La mystique est une attitude intellectuelle et morale qui repose sur une intuition sensible, et comme représentation mentale, elle est nécessairement une interprétation du réel, c’est-à-dire ce qu’on appelle une herméneutique.

      • 7
        Un nuage et de l'eau
        23 avril 2020 à 14:50 / Répondre

        Merci. Je ne sais pas si tous ceux qui se reconnaissent dans la définition du mysticisme voient les choses comme ça, mais merci de cette précision.

        • 8
          Jean_de_Mazargues
          23 avril 2020 à 19:20 / Répondre

          Surtout, affirmer que le mysticisme est une herméneutique, même en s’entendant sur la définition des deux termes, ne fait pas progresser le raisonnement d’un pouce.

          • 11
            NEGRIER
            23 avril 2020 à 21:50 / Répondre

            Vous avez raison. Pour en revenir au point focal, la phrase suivante de Ahiman rezon :
            « a mason is obliged by his tenure to believe firmly in the true worship of the eternal
            God, as well as in all those sacred Records which the dignitaries and Fathers of the
            Church have compiled and published for the use of all good men’ so that no one who
            rightly understands the Art can possibly tread in the irreligious paths of the unhappy
            libertine, or be induced to follow the arrogant professors of atheism or deism »,
            où l’emploie du verbe believe exprime une « croyance » dont les objets sont théoriques
            (que ce soit la Bible lue lors du « culte » rituélique eucharistique, ou les écrits des Pères de l’Eglise),
            est incompatible non seulement avec les « Devoirs d’un franc-maçon » de 1723
            qui n’obligeaient qu’à la religion naturelle pratique (orthopraxis morale)
            et laissaient par conséquent tout membre de l’obédience
            libre d’être un athée théorique ou un libertin
            (quoi qu’en dise l’historienne Révauger si calée pour commettre un contre-sens)
            mais est encore incompatible avec le rationalisme des Constitutions de 1723,
            où l’expression « the Elements of Geometry into Method »
            placée au début de l’Histoire du Métier
            désignait la méthode géométrique des philosophes déistes du XVII° siècle,
            méthode géométrique dont le rationalisme discursif
            était différencié par Pascal de « l’esprit de finesse » qu’est l’intuition intellectuelle
            (celle-ci étant l’équivalent de la raison phénoménologique décrite par Husserl).
            Autrement dit et pour le dire en clair, l’opposition irréductible entre le fidéisme radical de Ahiman rezon (c’est-à-dire des Antients) et le rationalisme extrême de la Grande loge de Londres de 1723-30 ne donne pas raison à P. Noël, bien au contraire.

  • 1
    Maxime
    23 avril 2020 à 11:36 / Répondre

    Ca vole toujours aussi haut.

    Je crois quand même que j’arrive à suivre.
    Je peux poser quelques questions ?
    Est-on persuadé que les membre de la RS et Newton étaient athées, ou même agnostiques ?
    Pourquoi pas « créationistes » ? Sinon, pourquoi avoir rajouté 4000 aux dates traditionnelles ?
    Et ce malgré les « antiquarians » qui avaient quelques os plus anciens à ronger.
    Et pour ce qui est d’Hiram et de sa résurrection, je n’oublie pas que celui qui renait n’est pas celui qui est mort.
    Un peu comme dans l’hypothèse du « jumeau » en ce qui concerne Jésus.
    Et pour les pas, pas d’accord : on ne lève pas le pied au 1er degré.
    Mais ce que j’en dis …

    • 25
      Tao
      25 avril 2020 à 18:45 / Répondre

      « Et pour les pas, pas d’accord : on ne lève pas le pied au 1er degré. »
      => Cela dépend du rite… Pas au tiens, visiblement. Mais au mien, oui…
      .
      Amitiés,

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