Portrait d'Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau par François-Jean Garneray (Musée de la franc-maçonnerie)

La tradition démocratique du Rite Français, des origines à nos jours

Publié par Cécile Revauger
Dans Divers

Un article de Cécile Révauger, paru dans le numéro 16 de janvier 2021 de Joaben, la revue du Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF, et publié ici avec l’autorisation de l’auteure et la direction de la revue.

« Dans ce numéro de Joaben, « Le Rite Français entre Tradition et Révolution », nous avons choisi de mettre l’accent sur la position charnière du rite qui en fait l’héritier de la tradition de la maçonnerie française, née des « Modernes », et du mouvement révolutionnaire qui a participé à fonder notre démocratie, dans la lignée des Lumières. Qui mieux que Cécile Révauger pouvait tracer à grands traits la tradition démocratique du Rite Français, de ses origines à nos jours ? »

Christian Pessey, Rédacteur en Chef de Joaben

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La tradition démocratique du Rite Français, des origines à nos jours

Comment faire la part des choses entre ces réflexions souvent entendues : « Vous avez dit démocratie, oui, c’est évident en franc-maçonnerie » et à l’opposé, « trop de démocratie tue la démocratie » car « nous sommes dans une société initiatique ». Il faut avouer que parler de démocratie dans une société qui se veut initiatique pourrait sembler paradoxal. Alors que le concept de démocratie renvoie au gouvernement du peuple pour le peuple, à la représentation de tous les citoyens, à leur égalité fondamentale en droits et en devoirs, celui d’initiation repose sur la sélection d’un petit nombre d’élus sur des critères assez fluctuants. Alors que l’idéal démocratique signifie une ouverture au monde, la voie initiatique se traduit par une fermeture, ou du moins un repli sur l’institution. De façon manichéenne, certains opposent la voie exotérique à la voie ésotérique. Plus simplement, il s’agit de tenter de concilier l’ouverture sur le monde à la progression personnelle de chacun et chacune au sein d’une société librement choisie. Tout est question d’équilibre. Nous tenterons de montrer ici que l’idéal démocratique est bien au cœur de la démarche maçonnique, mais que des obstacles importants ont dû être surmontés au cours de l’histoire. C’est le défi qu’a constamment relevé le Rite Français, tant dans les loges bleues du Grand Orient de France que dans les Ordres de Sagesse.

Des Lumières aux droits de l’homme, l’émergence d’un courant démocratique

La Glorieuse Révolution de 1688 sonne le glas de la monarchie de droit divin et instaure une monarchie parlementaire en Angleterre. Certes le peuple n’a toujours pas le droit de vote, les dissidents religieux ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière, mais c’est un premier pas vers la démocratie. La preuve que toute démocratie est relative, étroitement liée à une période donnée. Le contexte était suffisamment favorable pour permettre la naissance de la Grande Loge d’Angleterre (1721, si l’on se réfère aux travaux les plus récents [1]), et quinze ans plus tard celle de la Grande Loge d’Ecosse (1736). La franc-maçonnerie telle qu’on la connait aujourd’hui ne pouvait naître que dans un contexte de relative émancipation politique, religieuse et sociale. Les loges furent les premières structures à rassembler anglicans et dissidents, aristocrates et bourgeois, grands négociants et petits commerçants, artisans, officiers et marins… Certes les hommes de même milieu se rassemblaient souvent dans les mêmes loges, mais les murs de différentiation sociale se lézardaient peu à peu. La franc-maçonnerie était cet espace privilégié qui rassemblait ceux qui « sans elle seraient restés à une perpétuelle distance. » Il était très peu question de rituel, pas du tout de symboles, et la convivialité était le maître mot des premières loges qui se réunissaient, on le sait, dans des tavernes qui leur donnaient leurs titres distinctifs (At the Goose and Gridiron, At the Crown, At the Swan, etc). En quelque sorte, les loges testaient les valeurs des Lumières au quotidien, en pratiquant de façon concrète la tolérance religieuse et en encourageant leurs membres à s’éduquer, voire à parfaire leurs connaissances scientifiques et philosophiques. La Royal Society représente cette osmose entre franc-maçonnerie et recherche scientifique, même si tous les membres communs aux deux institutions ne s’appelaient pas Desaguliers. L’important était que le savoir devenait peu à peu accessible à un plus grand nombre de personnes et ne se limitait plus au clergé. A l’époque des très aristocratiques clubs anglais, les loges représentaient sans aucun doute un espace de sociabilité en voie de démocratisation. La sociabilité était le réel moteur de ces premières loges, le rituel se limitait à la récitation de catéchismes pour chaque grade. Comme on le sait, le grade de maître n’apparut que tardivement, dans les années 1730. Jusque-là, on ne parlait que d’apprentis et de compagnons. De plus, le concept d’initiation était totalement étranger à la franc-maçonnerie. Dans les premières décennies du dix-huitième siècle on ne parlait que de maçons « acceptés », jamais d’ »initiés ». C’est de cette maçonnerie, qualifiée de « Moderne » par la Grande Loge des Anciens, elle-même apparue pourtant beaucoup plus tardivement, dans les années 1750 en Angleterre, que nous sommes les héritiers. Notre Rite Français est dans le droit fil du rite pratiqué par les premières loges anglaises, comme on le constate lorsque l’on se réfère aux révélations de 1730 de Pritchard et à quelques autres textes français de divulgation. En France, le rituel de la Grande Loge des Anciens, qui s’est très largement imposé au moment de l’unification des Modernes et des Anciens en 1813, lors de la fondation de la Grande Loge Unie d’Angleterre, n’a jamais trouvé d’écho. Or ce rituel était beaucoup plus chrétien et beaucoup plus lourd aussi que celui des Modernes, comportait par exemple des prières d’ouverture et de fermeture de loge et un rituel très élaboré d’installation du vénérable. Les Anciens avaient toujours reproché aux Modernes de manquer de références spécifiquement chrétiennes. C’est par allusion à la Grande Loge des Modernes, que le Rite Français a parfois été appelé « Rite Français moderne ». Le qualificatif de « moderne » est donc aujourd’hui tout à fait superflu, d’autant plus qu’il n’avait été appliqué que par dérision à la première Grande Loge d’Angleterre par la Grande Loge des Anciens. Il suffit de dire que notre Rite est directement issu du rite des premières loges anglaises. Paradoxalement, c’est en France et non en Angleterre que le rituel des « Modernes » a perduré.

Si le port des épées en loges marque bien une volonté de démocratisation à la veille de la Révolution Française, il n’en va pas de même de la multiplication des hauts grades tout au long du XVIIIe siècle en France.

De la naissance du GODF à 1877, la consolidation de la démocratie au sein de l’obédience

La fondation même du Grand Orient de France répond au désir de fédérer des loges dispersées, placées au sein d’une Grande Loge qui a perdu toute autorité. Ce désir de centralisation s’accompagne d’une volonté de démocratisation. Dès le 14 février 1773, est levé le principe d’inamovibilité des maitres, c’est-à-dire que désormais les vénérables doivent être élus et ne sont plus nommés à vie. Se pose très tôt la question de l’unification des rituels, tant les loges et surtout les ateliers supérieurs ont fonctionné dans la plus grande diversité, pour ne pas dire dans le désordre. Il n’échappe à aucun historien aujourd’hui que le foisonnement des hauts grades correspond à la volonté croissante des élites sociales de l’époque de se distinguer des loges bleues et de leur recrutement de plus en plus roturier. Comme au dix-huitième siècle les rituels n’étaient pas consignés par écrit, qu’ils n’étaient connus paradoxalement qu’à travers des divulgations telles que Masonry Dissected en Angleterre ou Le Secret des Francs-maçons de l’Abbé Pérau en France, pour ne citer que ces deux exemples, les frères désireux d’élaborer de nouveaux rituels et d’échafauder les grades à leur convenance pouvaient donner libre cours à leur imagination. La multiplication des grades et des rites compromet inévitablement la démocratie dans la mesure où elle implique une sélection de plus en plus sévère, fondée sur des critères fluctuants. C’est précisément ce que comprirent Roëttiers de Montaleau et les commissaires de la Chambre des Grades chargés entre 1782 et 1785 d’examiner les rituels existants et d’en proposer une version sobre, unifiée, à la fois pour les trois premiers degrés et pour les quatre ordres du Rite Français. Comme les maitres d’œuvre restèrent les mêmes, une réelle continuité s’établit entre les sept degrés du Rite Français (3+4), qui dès le départ refléta donc une progression et non une supériorité des hauts grades par rapport aux trois premiers degrés. Pour les hauts grades, Montaleau et son équipe réalisèrent un tour de force, celui de compresser 81 grades en 4 [2], tout en gardant l’esprit de ces grades, mais en les reclassant dans quatre grandes familles en quelque sorte, en les simplifiant, en les rendant ainsi plus accessibles, en mettant surtout en exergue quelques concepts originaux des Lumières, telles que la justice, l’émancipation, la libération des captifs (au troisième ordre) et l’accomplissement, la quête du bonheur (au quatrième ordre). Le Grand Chapitre Général, créé le 2 février 1784, est officiellement agrégé au Grand Orient de France deux ans plus tard, par décision de la 167e assemblée du GODF, le 17 février 1786. Son intégration effective au Grand Orient de France le 2 février 1788 le transforme en Souverain Chapitre Métropolitain [3]. Bien que le Grand Orient de France ait tout d’abord réagi très négativement à la publication d’un rituel des trois premiers grades, celui qui venait d’être mis au point par les soins de Montaleau et son équipe, les loges purent désormais disposer d’un document qui leur était accessible dans tout le pays. Le Régulateur du Maçon, la première édition du Rite Français, officiellement datée de 1801, mais qui n’apparut sans doute qu’en 1804 selon Pierre Mollier, permettait à tous les frères de travailler dans l’unité. De plus, comme l’explique Mollier, « quant à l’esprit général de la rédaction, un parti pris doit être souligné, celui d’estomper les formules ostensiblement religieuses que l’on trouve à plusieurs reprises dans le Rite Français des années 1740-1760 » [4]. Ainsi, alors que le récipiendiaire prêtait en 1785 encore serment devant « le Grand Architecte de l’Univers (qui est Dieu) », la parenthèse avait disparu du Régulateur de 1801, ce qui était un premier pas vers une sécularisation du rituel. Naturellement, on parlerait encore longtemps de « foi, espérance, et charité », jusqu’à ce que le rituel du quatrième ordre soit revu dans les années 2000. Ce rituel unifié et accessible à tous était nécessairement plus démocratique et moins dogmatique que ceux de l’Ancien Régime. Rite Français et Révolution Française ont les mêmes initiales… Il est certain que l’esprit de la Révolution Française a marqué la Chambre des Grades. Dès 1785, cette dernière supprime tous les privilèges des frères des hauts grades dans les loges bleues. Jusque-là, note Philippe Thomas, « les Frères appartenant à un haut grade se donnaient le privilège, par exemple, de ne pas se mettre à l’ordre, de sortir et de rentrer comme ils le voulaient, d’interrompre le vénérable etc. Dorénavant, il n’était plus question de tolérer, en loge, les frasques de Frères distingués dans des ateliers dits supérieurs. [5] » Quatre années plus tard, le 27 février 1789, la Chambre d’Administration du Grand Orient de France écrit à toutes ses loges une missive fondamentale mais pourtant méconnue, que Pierre Mollier a publiée in extenso. On y perçoit l’esprit démocratique de 1789 : les loges restent souveraines, par l’intermédiaire de leurs représentants aux Assemblées Générales du Grand Orient de France : « La Constitution du Grand Orient, Très Chers Frères, est donc purement démocratique : rien ne s’y décide que par le vœu des Loges, porté aux Assemblées Générales par leurs représentants […] Les Loges qui voudront travailler régulièrement dans les Hauts Grades, trouveront dans ces nouveaux Règlements, ce qu’elles ont à faire pour se conformer au vœu du Grand Orient & pour correspondre avec lui, selon les Règles qu’il a cru devoir établir relativement à cette partie de son Administration ».  Les loges désireuses de proposer des hauts grades à leurs membres doivent le faire en conformité avec les règlements du Grand Orient et de plus sont invitées « à fixer elles-mêmes le nombre des chapitres que chaque Orient, et surtout les villes capitales peuvent comporter ; leur intérêt particulier, dans cette conjoncture, doit céder au bien général. [6] » Dès le départ, les grades dits supérieurs du Rite Français, qui se pratiquaient dans des chapitres,  se plaçaient donc dans la stricte continuité des trois grades des loges bleues, sous l’égide du Grand Orient de France, sans qu’il y ait la moindre notion hiérarchique entre loges et chapitres. L’esprit démocratique de la Révolution Française avait sans nul doute influencé les rapports entre loges et chapitres au sein du Grand Orient de France. C’était les loges qui prenaient l’initiative de demander la création de chapitres. C’est ce qui explique qu’en cette fin de XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, avant l’apparition du Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1804, mais plusieurs années après encore, les liens entre loges et chapitres aient été très étroits.

L’histoire du chapitre L’Encyclopédique de Toulouse, qui porte le même nom que la loge dont il émane, est à cet égard très révélatrice. Fondé en 1813, ce chapitre a pris soin d’établir « un pacte social et de bonne foi » avec la loge dont il partage les locaux. On y lit que si des dégâts matériels sont malencontreusement causés par le chapitre, en aucun cas ils ne pourront être pris en charge par la loge. L’article sept pose une fois pour toutes en termes très clairs l’égalité entre tous les frères : « 7° Il demeure toujours plus strictement convenu que tous les Frères en Loge Symbolique sont toujours égaux et qu’il ne peut y avoir aucune différence entre les membres de ladite Loge et celle des Hauts Grades ni aucune prééminence. »

Tourte, l’auteur de l’histoire du chapitre, commente ainsi cet article, non sans clairvoyance : « Seule la dernière disposition (citée ci-dessus) pourrait surprendre, si l’on oubliait certaines prescriptions des Statuts généraux du Rite Ecossais Ancien et Accepté d’alors en faveur des Hauts Grades au cas de visite, même occasionnelle, dans un Atelier symbolique. Ces prétentions, dont on retrouve la trace assez postérieurement à la fondation du Chapitre L’Encyclopédique, n’avaient pas cours dans les Hauts Grades du Rite Français, mais on pouvait appréhender qu’elles ne s’y introduisent plus tard, et on se prémunissait contre elles pas avance » [7]. Contrairement à la plupart des chapitres de cette époque, qui ne résistèrent pas à l’engouement pour le tout nouveau Rite Écossais Ancien et Accepté (apparu en France en 1804), le chapitre L’Encyclopédique survécut contre vents et marées jusqu’en 1874. Cependant, il n’accepta pas la mesure prise par le Convent du Grand Orient de France de 1873 qui mettait un terme à la représentation des chapitres aux convents. Il s’agissait pourtant d’une mesure démocratique, visant à mettre sur un pied d’égalité tous les frères, sans considération de leur appartenance éventuelle à un atelier supérieur. Cette mesure eut des effets collatéraux, puisqu’elle encouragea le développement des ateliers du Rite Écossais Ancien et Accepté, qui s’estimaient mieux représentés dans une structure séparée, le Suprême Conseil. Les quelques rares chapitres de Rite Français qui avaient survécu, tels que L’Encyclopédique, délaissèrent alors le Rite Français au profit du Rite Écossais Ancien et Accepté. Le chapitre L’Encyclopédique reprit ses travaux en avril 1880, après six ans d’interruption, et n’adopta alors le Rite Écossais Ancien et Accepté qu’à une très faible majorité, à une voix près…On imagine que la rupture fut douloureuse pour des frères qui avaient de tout temps affiché leur idéal démocratique, comme au sein de la célèbre loge toulousaine du même nom dont ils étaient issus. Le Grand Orient de France était pourtant porté par un réel élan démocratique et laïque. Au moment même où la « liberté de conscience » se substituait à l’obligation de croire en « l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme », dans l’article 1 de la Constitution du Grand Orient de France, le titre de « président du Conseil de l’Ordre » remplaçait désormais celui de « Grand Maitre ». Dix ans plus tard, en 1887, Louis Amiable revoyait le Rite Français en expurgeant le rituel de formules liturgiques. Tout cela montre le lien intrinsèque entre laïcité et démocratie. Il s’agissait d’œuvrer au perfectionnement de l’humanité et non simplement à celui d’une élite, fut-elle comblée de connaissances subtiles et prétendument supérieures.

Les enjeux démocratiques du Rite Français de nos jours

Si les loges bleues du Grand Orient de France sont toujours restées fidèles au Rite Français dans leur immense majorité, il n’en a pas été de même dans les ateliers dits supérieurs. Le Rite Français a sommeillé du début du XIXe siècle aux années 1960, à quelques exceptions près. René Guilly en fondant en 1963 le chapitre Théophile Desaguliers puis Roger d’Alméras en 1974 au sein du chapitre interobédientiel La Chaine d’Union, eurent le mérite de redonner vie au Rite Français alors que depuis plus de cent ans le Rite Écossais Ancien et Accepté avait exercé un monopole sur les ateliers dits supérieurs. Simplement, en reprenant in extenso les rituels de 1785, ils avaient fait l’impasse de la modification fondamentale de 1877 qui étendait à tous les frères du Grand Orient de France l’obligation de respecter la Liberté Absolue de Conscience. De 1963 à 1999, le chemin fut long et difficile jusqu’à la refondation du Grand Chapitre Général que nous connaissons aujourd’hui et qui résulte de l’unification de deux Grands Chapitres, reflétant deux courants distincts, bien que des partisans de la liberté de conscience se soient répartis dans les deux, dans des proportions différentes [8]. Aujourd’hui la liberté absolue de conscience est un principe intangible du Grand Chapitre Général comme du Grand Orient de France, dans le droit fil de l’idéal de tolérance religieuse des Lumières. L’article 1er des Constitutions du Grand Orient de France est régulièrement lu à l’ouverture de chaque tenue de loge et de chaque conseil de chapitre. Les maçons se rappellent ainsi constamment que la franc-maçonnerie « travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité » et « a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la Liberté Absolue de Conscience ». C’est bien un esprit d’ouverture et non de repli sur soi qui doit présider à tous les travaux. C’est ce qui a permis à plusieurs frères d’œuvrer pour la séparation de l’Église et de l’État, pour la promulgation de la loi de 1905 et de s’impliquer régulièrement dans le combat pour la laïcité.

Depuis le 14 octobre 1998, date de la rupture de la convention de 1946 par le Grand Maitre d’alors, Philippe Guglielmi, et son conseil de l’ordre, les juridictions de hauts grades ne sont plus placées sous l’autorité du Grand Collège des Rites (qui était exclusivement composé de dignitaires du Rite Écossais Ancien et Accepté). Ainsi le protocole approuvé par le Convent du Grand Orient de France le 3 septembre 1999 donnait officiellement délégation au Grand Chapitre Général pour la gestion du Rite Français des Hauts Grades. Le Rite Français a fait école, si l’on peut dire, car aujourd’hui les quatre autres juridictions (Rite Écossais Ancien et Accepté, York, Rite Écossais Rectifié, Memphis Misraïm) dépendent elles-aussi directement du Conseil de l’Ordre.

Dans les faits, cela signifie qu’il n’y a aucune relation hiérarchique entre les ateliers de hauts grades et les loges, mais une simple relation de continuité. Cela est d’autant plus vrai au Rite Français qui se compose de sept ordres, trois et quatre (le cinquième ordre n’étant pas considéré comme un ordre initiatique). Cette continuité contribue à garantir l’absence d’emprise des Ordres de sagesse sur les loges bleues.

Dans la pratique, on constate de plus en plus que le temps écoulé entre deux degrés, depuis celui d’apprenti jusqu’au quatrième ordre, à quelques exceptions près, est de deux ans. De même qu’il faut être maitre depuis deux ans pour demander à être reçu au premier ordre au sein du Grand Chapitre Général. Cette progression régulière, qui respecte toutefois le rythme de chacun, coupe court à toute tentation malencontreuse que pourraient avoir les frères ou les sœurs de faire preuve d’autoritarisme ou d’arguer d’une quelconque hiérarchie autre que symbolique.

Les prises de paroles au sein d’un chapitre de Rite Français se font directement, de façon claire et assumée : chaque élu se lève, demande la parole qui lui est accordée par le Très Sage ou par l’Intermédiaire du Grand et du Sévère Inspecteur, comme cela était le cas semble-t-il dans plusieurs loges aux siècles précédents où l’on ne se contentait pas de lever la main en restant assis.

La mixité a été un pas décisif dans la démocratisation du GODF, dans les loges bleues comme dans les juridictions de hauts grades, même si le terme de mixité ne figure toujours pas dans les Constitutions. Comme dans toute institution qui se dit démocratique, l’équilibre entre le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire est primordial. C’est cet équilibre qui a permis aux Convents de 2010 et 2011 de mettre un terme à la discrimination de genre, après de multiples rebondissements. Notons que le Grand Chapitre Général a été la première juridiction à recevoir une sœur, et ce dès 2010, en la personne d’Olivia Chaumont. Comment concevoir de nos jours une société démocratique qui resterait fermée aux femmes ? Cependant il ne suffit pas d’accepter le principe de mixité (en commençant par le nommer), il faut le mettre en œuvre, ce qui prend beaucoup plus de temps. Souhaitons simplement que les sœurs n’aient pas atteint le plafond de verre et que tous les offices, toutes les fonctions, leur soient peu à peu accessibles.

Dans ces conditions, il n’y aura plus contradiction entre société démocratique et société initiatique.

Un long chemin a été parcouru depuis les premières loges anglaises jusqu’à nos jours, en passant par la fondation du Grand Orient de France, l’affirmation de la liberté de conscience, la refondation du Grand Chapitre Général et enfin la mixité. L’histoire prouve que ceux qui ont délaissé la dimension sociétale et philosophique de la franc-maçonnerie au profit de la seule dimension initiatique, qui ont multiplié les rites, complexifié les rituels de façon à les rendre les plus ésotériques possible, comme ce fut le cas au XVIIIe siècle avant le travail de Roëttiers de Montaleau et de son équipe, se sont éloignés de la tradition démocratique. Tout maçon, toute maçonne du Rite Français a compris qu’aujourd’hui la hiérarchie ne pouvait être que temporaire et symbolique, que la démocratie était le moteur de tous nos travaux.

 

[1] Andrew Prescott et Susan Mitchell Sommers, « Searching for the Apple Tree: Revisiting the Earliest Years of English Organized Freemasonry », dans Reflections on 300 Years of Freemasonry, sous la direction de John S. Wade, Q.C.C., Lewis Masonic, 2017.
[2] Colette Léger, Les 81 Grades qui fondèrent au siècle des Lumières le Rite Français, Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, éditions Conform, 2018.
[3] Cécile Révauger et Ludovic Marcos, Les Ordres de Sagesse du Rite Français. Au cœur de la franc-maçonnerie libérale, des Lumières à nos jours, Paris, Dervy, 2015.
[4] Pierre Mollier, Le Régulateur du Maçon, Les Grades Symboliques du Rite Français. Histoire et textes fondateurs, Paris, Dervy, 2018, p.104.
[5] Philippe Thomas, « Histoire et sagesse du Rite Français », dans Le Rite Français, l’esprit d’un rite, Paris, Les Cahiers de Villard de Honnecourt, 2019, n°111, p. 45.
[6] « Le 27 février 1789, A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, au nom et sous les auspices du Souverain Grand Maitre ; la Chambre d’administration du GODF à toutes les Loges régulières du royaume », dans Pierre Mollier, Les Hauts Grades du Rite Français. Histoire et textes fondateurs. Le Régulateur des Chevaliers Maçons, Paris, Dervy, 2017, p.361-362.
[7] L. Tourte, Historique du Souverain Chapitre L’Encyclopédique, Vallée de Toulouse, 1813-1913, Toulouse, Bibliothèque Maçonnique Toulousaine, 1913, p. 48. Je remercie Jean Charles Nehr d’avoir attiré mon attention sur cette monographie.
[8] Pour le récit de cette unification voir Révauger-Marcos, ibid..

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La revue Joaben peut être commandée chez Conform édition

samedi 9 janvier 2021
  • 6
    Peter Bu
    16 janvier 2021 à 15:06 / Répondre

    Ai-je bien lu ANNWN :

    « Si l’on définit la ‘démocratie’ comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre. »

    D’après la suite, non seulement ce n’est pas possible, mais même pas souhaitable: « La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever ». Enfin, « Une élite véritable ne peut être qu’intellectuelle »…

    Jusqu’ici, cela vaudrait encore la peine de discuter, de citer des exemples où la démocratie fonctionne et d’autres, où la direction d’un pays par l’« élite intellectuelle » mène droit à la catastrophe.

    Puis advient le paragraphe « la ‘mixité’ maçonnique représente tout simplement une tentative de transporter, dans le domaine initiatique lui-même qui devrait encore plus que tout autre en être exempt, la conception ‘égalitaire’ qui, se refusant à voir les différences de nature qui existent entre les êtres, en arrive à attribuer aux femmes un rôle proprement masculin et qui est d’ailleurs manifestement à la racine de tout le faux ‘féminisme’ contemporain ». « L’égalité c’est la fin d’une race, ‘tous dégénérés’, ‘tous fous’, tous égaux (et masqués) dans la bêtise ou dans la bassesse. »

    Mais que ce discours d’extrême droite fait-il sur ce site s’adressant à mouvement qui inscrit, sur son socle, « liberté, égalité, fraternité » ?

    Le problème n’est évidemment pas qu’il a été publié, mais qu’un tel charabia a pu être pensé.

  • 5
    Peter Bu
    13 janvier 2021 à 17:33 / Répondre

    Ai-je bien lu ANNWN : « 

    Si l’on définit la ‘démocratie’ comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre. »

    D’après la suite, non seulement ce n’est pas possible, mais même pas souhaitable: « La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever ». Enfin, « Une élite véritable ne peut être qu’intellectuelle »…

    Jusqu’ici, cela vaudrait encore la peine de discuter, de citer des exemples où la démocratie fonctionne et d’autres, où la direction d’un pays par l’« élite intellectuelles » mène droit à la catastrophe.

    Puis advient le paragraphe « la ‘mixité’ maçonnique représente tout simplement une tentative de transporter, dans le domaine initiatique lui-même qui devrait encore plus que tout autre en être exempt, la conception ‘égalitaire’ qui, se refusant à voir les différences de nature qui existent entre les êtres, en arrive à attribuer aux femmes un rôle proprement masculin et qui est d’ailleurs manifestement à la racine de tout le faux ‘féminisme’ contemporain ». « L’égalité c’est la fin d’une race, ‘tous dégénérés’, ‘tous fous’, tous égaux (et masqués) dans la bêtise ou dans la bassesse. »

    Mais que ce discours d’extrême droite fait-il sur ce site s’adressant à mouvement qui inscrit, sur son socle, « liberté, égalité, fraternité » ?

    Le problème n’est évidemment pas qu’il a été publié, mais qu’un tel charabia a pu être pensé.

  • 3
    Désap.
    11 janvier 2021 à 10:25 / Répondre

    1 –
    Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :
    Article premier
    – Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
    .
    Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 :
    Article premier :
    Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
    .
    En DROITS, en DIGNITÉ et en DROITS, pas en compétences.
    .
    Faut lire avant d’écrire n’importe quoi, hein YHWH, pardon, ANNWN.

  • 2
    pierre noel
    10 janvier 2021 à 21:57 / Répondre

    Remarquable article montrant l’évolution depuis 1688 d’une société hiérarchisée (mais sans réel pouvoir) vers une assemblée démocratique, égalitaire et fraternelle (mais sans plus de pouvoir qu’un club de bridge, par exemple). La démonstration est indiscutable et imparable. Bravo !
    Et maintenant, on fait quoi ? On continue à faire des communiqués de presse que personne ne lit ? On devient un parti politique ? On ouvre un compte Twitter ? On se présente aux élections ? On continue à jouer au bridge ?

    • 4
      Désap.
      11 janvier 2021 à 10:50 / Répondre

      2 – On peut aussi ne parler que d’Histoire de la franc-maçonnerie et inventer la présence d’un Livre dès 1721 lors-même qu’il ne sera cité nulle part dans aucun document authentique de la GL jusqu’en 1813.
      On peut aussi faire du christianisme l’alpha et l’omega de la maçonnerie bien que le rituel soit construit sur les principes des Arts libéraux à l’image de la quasi totalité des Anciens Devoirs opératifs.
      On peut également ne parler que de la fondation de telle loge ou telle autre, de la réception de tel prince et de la date d’élévation du comte untel.
      Nul doute qu’à ces faveurs évoluera vers plus d’humanité et d’intelligence notre monde de brutes épaisses.

  • 1
    Annwn
    9 janvier 2021 à 09:34 / Répondre

    Deux mots (peut-être trois si vous le permettez) à propos de ce merveilleux régime qu’on appelle la « Démocratie ».
    La démocratie est une illusion.
    En effet, si l’on définit la « démocratie » comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre. Il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d’admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même être ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport. Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants du monde moderne est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible.
    C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel » : c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi. Mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées (sondages par exemple), y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé.
    C’est pour cela qu’on a pu dire que « l’opinion, c’est l’erreur du plus grand nombre ».
    « Ce n’est pas le nombre qui compte, dit Gandhi, mais la qualité… Je ne conçois pas le nombre, ajoute-t-il, comme une force nécessaire dans une cause juste. »
    Et René Guénon de confirmer : « L’avis de la majorité ne peut être que l’expression de l’incompétence. »
    Ceci permet de comprendre pourquoi le pouvoir politique (comme le pouvoir religieux du reste) se fonde volontiers sur l’ignorance du peuple et s’accroît d’autant que les esprits sont faibles, les gens incultes.
    Toute élévation du type humain demande un régime aristocratique : non pas celle due au hasard de l’hérédité et centralisée en une seule main, qui peut être despotique ou imbécile, et qui est une cause de ruine, de souffrances générales et de guerres perpétuelles, mais celle de l’Esprit.
    La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever, elle abat les têtes qui dépassent le niveau des médiocres, empêchant ainsi l’éclosion des types supérieurs, elle supprime le respect et rend les petits insolents.
    Insistons encore sur une conséquence immédiate de l’idée « démocratique » qui est la négation de l’élite entendue dans sa seule acception légitime. Ce n’est donc pas pour rien que « démocratie » s’oppose à « aristocratie », ce dernier mot désignant précisément, du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite. Celle-ci, par définition, ne peut être que le petit nombre, et son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle, n’a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la « démocratie », dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et aussi, par là même, la qualité à la quantité, donc l’élite à la masse. Ainsi, le rôle directeur d’une véritable élite et son existence même, car elle joue forcément ce rôle dès lors qu’elle existe, sont radicalement incompatibles avec la « démocratie », qui est intimement liée à la conception « égalitaire », c’est-à-dire à la négation de toute hiérarchie : le fond même de l’idée « démocratique » c’est qu’un individu quelconque en vaut un autre, parce qu’ils sont égaux numériquement, et bien qu’ils ne puissent jamais l’être que numériquement.
    Une élite véritable ne peut être qu’intellectuelle, et c’est pourquoi la « démocratie » ne peut s’instaurer que là où la pure intellectualité n’existe plus, ce qui est effectivement le cas actuellement. Seulement, comme l’égalité est impossible en fait, et comme on ne peut supprimer pratiquement toute différence entre les hommes, en dépit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un curieux illogisme, à inventer de fausses élites, d’ailleurs multiples, qui prétendent se substituer à la seule élite réelle. Et ces fausses élites sont basées sur la considération de supériorités quelconques, éminemment relatives et contingentes, et toujours d’ordre purement matériel. On peut s’en apercevoir aisément en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le présent état de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c’est-à-dire sur une supériorité tout extérieure et d’ordre exclusivement quantitatif, la seule en somme qui soit conciliable avec la « démocratie », parce qu’elle procède du même point de vue.
    Remarquons aussi que dans la Franc-Maçonnerie moderne, nous trouvons l’existence d’une « Maçonnerie mixte », ou « Co-Masonry », comme elle est appelée dans les pays de langue anglaise.
    Cette « mixité » maçonnique représente tout simplement une tentative de transporter, dans le domaine initiatique lui-même qui devrait encore plus que tout autre en être exempt, la conception « égalitaire » qui, se refusant à voir les différences de nature qui existent entre les êtres, en arrive à attribuer aux femmes un rôle proprement masculin, et qui est d’ailleurs manifestement à la racine de tout le faux « féminisme » contemporain.
    Démocratie, ,égalité et uniformité : de « l’homme-robot » au transhumanisme.
    L’uniformité, pour être possible, supposerait des êtres dépourvus de toutes qualités et réduits à n’être que de simples « unités » numériques. Et c’est aussi qu’une telle uniformité n’est jamais réalisable en fait, mais que tous les efforts faits pour la réaliser, notamment dans le domaine humain, ne peuvent avoir pour résultat que de dépouiller plus ou moins complètement les êtres de leurs qualités propres, et ainsi de faire d’eux quelque chose qui ressemble autant qu’il est possible à de simples machines, car la machine, le robot, produit typique de notre Société, est bien ce qui représente, au plus haut degré qu’on ait encore pu atteindre, la prédominance de la quantité sur la qualité. C’est bien à cela que tendent, au point de vue proprement social, les conceptions « démocratiques » et « égalitaires », pour lesquelles tous les individus sont équivalents entre eux, ce qui entraîne cette supposition absurde que tous doivent être également aptes à n’importe quoi.
    Cette « égalité » est une chose dont la nature n’offre aucun exemple, puisqu’elle ne serait rien d’autre qu’une complète similitude entre les individus. Mais il est évident que, au nom de cette prétendue « égalité » qui est un des « idéaux » à rebours les plus chers au monde moderne, on rend effectivement les individus aussi semblables entre eux que la nature le permet, et cela tout d’abord en prétendant imposer à tous une éducation uniforme. Il va de soi que, comme malgré tout on ne peut pas supprimer entièrement la différence des aptitudes, cette éducation ne donnera pas pour tous exactement les mêmes résultats. Mais il n’est pourtant que trop vrai que, si elle est incapable de donner à certains individus des qualités qu’ils n’ont pas, elle est, par contre, très susceptible d’étouffer chez les autres toutes les possibilités qui dépassent le niveau commun. C’est ainsi que le « nivellement » s’opère toujours par en bas.
    « C’est toujours la même vieille tentation, écrit Louis Pauwels : convaincre les hommes de renoncer à leur autonomie, à leur singularité, à leur différence. À l’ère des machines et de l’informatique, beaucoup se prennent pour des robots. Or, les robots ne vivent pas. Ils n’ont pas d’intériorité. Ils ne connaissent qu’une loi, celle des tyrans qui les manipulent. » (Les dernières chaînes)
    L’égalité c’est la fin d’une race, « tous dégénérés », « tous fous », tous égaux (et masqués) dans la bêtise ou dans la bassesse.
    NB : Après 1789, la France est passée d’une monarchie qui avait pour contre-pouvoirs tous les corps intermédiaires, à une oligarchie financière dénuée de tout contre-pouvoirs, le tout sous le vocable trompeur de démocratie. La démocratie est le vêtement dont se pare le pouvoir sous le prétexte qu’existe une représentation populaire (pouvoir législatif). Mais cette représentation est, dans les faits, c’est-à-dire concrètement, catégorielle et non pas populaire parce que contrôlée par des partis politiques sous influence des puissances d’argent.

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