trois singes

Laisser les métaux à la porte du Temple

Publié par Emerek Le Fol

Chronique du Mercure – 5

Nous avons, en tout cas je l’espère, tous en mémoire cette injonction qui nous est faite de « laisser les métaux à la porte du temple », signifiant ainsi la nécessité impérieuse qu’il y a de marquer, de manière nette, la frontière entre un monde profane et un espace-temps sacralisé où, si les préoccupations du monde réel sont bien présentes, elles sont analysées avec la distance et la hauteur nécessaires, recul et esprit critique. Ce retrait (pour ne pas dire cette « retraite ») fait de silence, de lenteur, de patience, dans un espace et un temps autres que ceux du monde profane sont des éléments préalables nécessaires pour que nous puissions, éventuellement, « apporter à l’extérieur les vérités acquises dans le temple », avec quelques chances d’être écoutés et entendus. C’est ce retrait préalable, qui fonderait la légitimité de la parole publique de la franc-maçonnerie institutionnelle, que les obédiences soient « sociétales » ou pas, faisant d’elles des autorités « spirituelles » reconnues comme telles.

Tout franc-maçon conséquent est, à priori, d’accord, en théorie, avec cette nécessité de laisser les métaux à la porte du temple, mais qu’en est-il dans la pratique. Pour ma part, à en juger par le comportement de nombre de « dirigeants » d’obédiences et de nombreux frères et sœurs, j’ai le sentiment que non seulement nombre d’entre nous ne laissent plus aucun métal à la porte du temple, mais qu’ils entrent dans celui-ci, inconsciemment et de bonne foi, avec les plus vils métaux de la société profane présents dans leur cerveau…

La société profane est, entre autres, une société de l’information et de la communication. Celle-ci a des caractéristiques que la franc-maçonnerie n’a pas encore analysées, ce qui explique la communication amatrice des obédiences et la mauvaise image de la franc-maçonnerie. Sans développer tout ce qui la caractérise, je n’en cite que quel-qu’uns de ses éléments, utiles pour étayer mon propos. Société de la vitesse et de la précipitation, où un flot continu d’informations (ou plus exactement de sur-renseignements insignifiants qui aboutissent à une sous-information) n’abordant que la surface du réel ; société où ce flot continu d’informations insignifiantes entrainent des « réactions » (le buzz) sans recul ni analyse ; société du sensationnalisme, de l’exhibitionnisme, donc du voyeurisme où, au nom parait-il d’une nécessaire transparence démocratique les médias font « fond de commerce » de « révélations » ; société dont le langage est un « volapuk » technocratique, techniciste, économique, qui, tout en prétendant rendre compte du réel alors qu’il ne rend compte que de son apparence structure la propre vision des consommateurs que nous sommes tous. Voilà les plus vils métaux qu’il aurait fallu ne jamais laisser entrer dans le temple ; et on aurait été en droit de penser, si l’on avait été « vigilant », que la franc-maçonnerie, sa réflexion supposée sur la notion de secret, ses serments sur le fait de ne rien divulguer à l’extérieur de ce qui se passe dans le temple, sa lente maturation de thématiques dans le « secret » des loges avant qu’elle n’expose un avis sur des problèmes éthiques et moraux mettant en cause ses principes, auraient permis qu’elle se protège et qu’elle apprenne à ses membres à se protéger des pires travers de la société contemporaine.

A en juger par certains comportements, tous les travers de la société profane, tous les excès de cette société médiatique, ont déjà sinon pénétré dans le temple ou à tout le moins contaminé la conscience de certains qui le fréquentent. C’est bien là, pourtant, le plus vil des métaux. Qu’en est-il de la  glorification du travail quand nombre de textes de planches tracées en loge doivent plus à la consultation d’internet qu’à un travail de réflexion personnelle ? Qu’en est-il de la réflexion sur la Cité idéale et du souci d’améliorer l’homme et la société quand les propositions de questions à l’étude des loges doivent plus à la lecture récente d’articles de presse, à moins que ce ne soit à l’intitulé d’une motion du parti que l’on fréquente par ailleurs, qu’à une réflexion prospective guidée par nos idéaux ? Qu’en est-il du serment de ne pas révéler l’appartenance d’un frère lorsqu’on raconte avec complaisance les détails de son parcours maçonnique à des médias spécialisés dans le sensationnalisme (je ne pense pas que ce soit le Premier Ministre qui ait donné des informations sur son ancienne appartenance maçonnique à L’Express) ? Qu’en est-il du devoir de discrétion quand se multiplient les groupes ouverts de discussion sur Facebook, où les propos tenus par les sœurs et les frères relèvent plus des brèves de comptoir d’un café du commerce que de la discussion sereine qui sied entre francs-maçons ? Qu’en est-il de l’initiation quand un Grand-Maître accepte l’invitation d’une chaîne de télévision dont les valeurs sont aux antipodes de l’humanisme, dans une émission « c’est votre argent » ( ?!?!?!), en acceptant d’être présenté comme « Le patron de la semaine » ( ?!?!?!) , en y tenant des propos « managériaux » que ne renierait pas un chef d’entreprise. On pourrait, malheureusement, multiplier sans fin les exemples de ces dérives.

Chacun d’entre nous est responsable, en ses grades et qualités, dans ses dires, ses actes, son comportement, de l’image de la franc-maçonnerie dans le public. Certes, l’exemple devrait venir d’en haut, mais malheureusement, il semblerait que plus l’on accède aux postes de responsabilité des obédiences, plus on oublie les leçons que la fréquentation des loges et la réflexion sur les préceptes maçonniques auraient dû nous donner. C’est à se demander si certains ont été initiés tant leur comportement est calqué sur celui, le plus négatif possible, qui règne dans les entreprises.

Voilà longtemps que, nous tous, nous avons perdu de notre vigilance. Si nous n’y prenons garde, si nous ne rectifions pas nos comportements, encore quelques années de cette évolution et ce ne sera plus la peine de marquer une frontière entre le temple et le monde profane, l’agora publique aura pénétré et supplanté le temple. Si nous ne nous demandons-plus, chaque jour, qu’est-ce qu’être initié, il n’y aura plus bientôt que des tabliers sans maçons qui prendront la parole. Le caractère initiatique et ésotérique de notre institution aura vécu. Ce que les aléas de l’histoire n’ont pas réussi à faire disparaître en près de trois cents ans, la société de l’information et de la communication est en train de le réussir en quelques années : faire disparaître la seule société initiatique de l’Occident.

Les « dirigeants des obédiences », qui ne sont jamais que les éphémères porte-paroles exotériques de sociétés initiatiques, par nature ésotériques, feraient bien d’y réfléchir avant que de se précipiter, tête baissée, dans le miroir aux alouettes d’une médiatisation non pensée, non élaborée, non contrôlée, et chacun d’entre nous, en nos grades et qualités, devrait y veiller pour ce qui le concerne et, éventuellement, rappeler les dirigeants « à l’ordre », lorsqu’ils dérapent… C’est justement parce que nous baignons dans une société de l’information et de la communication, à laquelle nous ne pouvons échapper, qu’il convient plus que jamais de réfléchir avant que de dire n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand et comment, juste histoire de se faire connaître et remarquer. Cela s’appelle, parait-il, la Maîtrise ! Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons prétendre continuer à « éclairer l’avenir »…

Emerek Le Fol

 

dimanche 31 mai 2015
  • 3
    Michel De Grave
    3 septembre 2019 à 20:23 / Répondre

    Guillaume, ayons le sens du relatif. J’aime beaucoup la phrase du pape François « Qui suis-je pour condamner? »; variation de « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre », phrase oubliée pendant deux millénaires. Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Soyons des jeteurs de ponts plutôt que des jeteurs d’anathème et nous aurons rendu l’avenir plus lumineux.

  • 2
    guillaume
    4 novembre 2018 à 11:37 / Répondre

    Emeric le Fol écrit: « laisser les métaux à la porte du temple ».

    Emeric le Fol parle des plus vils métaux, mais il n’y a pas « pires vils métaux » que les livres saints dans les loges, mais apparemment on ne veut pas s’en apercevoir.

    Ne faut-il pas laisser Eric le Fol, les livres immoraux et criminogènes, comme la bible, le Coran, les Evangiles (Nt) qui incitent au meurtre et à la haine contre l’infidèle, hors du temple maçonnique, au lieu de prêter serment sur ceux-ci? Même l’Eglise avait peur que la lecture de la Bible incite à l’athéisme tellement, c’est une idéologie inhumaine.

    Asia Bibi condamnée à mort pour avoir soi-disant blasphémé contre Mahomet a finalement été acquittée parce que le pape est intervenu (il n’intervient jamais pour un athée condamné à mort dans les pays musulmans, cela passe notamment souvent en Arabie saoudite par décapitation), mais des dizaines de milliers de fanatiques pakistanais, demandent la mort de cette femme chrétienne et menacent les juges de les tuer. Ce comportement est le résultat d’une idéologie coranique endoctrinée dans des milliers de madrasas, le Coran criminogène est la base de cet endoctrinement religieux criminel.

    Dans la Bible, le Coran, les Evangiles, les 3 dieux (Yahvé, Jésus et Allah disent qu’il faut tuer les infidèles. Yahvé dit: il faut tuer les homosexuels(Lévitique 18.22). Les incirconcis (Genèse 17.14) les infidèle (lapidation) (Exode 22.20). (Deutéronome 13,6 -10). les blasphémateurs de Yahvé (Lév. 24.16 et Deut. 13,6 -10).la fille non-vierge avant mariage (lapidation Deutéronome 21,22), la mort pour adultère Dt. 22-22). (Lévitique 20.10). Femmes adultères sont enfermées jusqu’ce que la mort s’en suive (Coran: Sourate IV, 19) ,la liste est trop longue pour énumérer tous ceux qu’il faut tuer.

    On trouve « les métaux les plus vils », c’est-à-dire ces livres saints immoraux sur l’autel maçonnique dans 95% des temples maçonniques, sans que les francs-maçons s’offusquent de cette barbarie religieuse?

    La recherche spirituelle en loge: laquelle? on en parle constamment, mais personne ne dit ce que qu’il entend par cette recherche? La vérité (ou les vérités) ne se recherchent pas dans la superstition religieuse.

    Au Pakistan, c’est la mort pour blasphème contre le prophète (295c du CP), c’est la mort pour les infidèles dans la Bible, le Coran et les Evangiles?

    Sur l’autel maçonnique on ne devrait trouver que la « Déclaration Universelle des droits de l’homme » qui est en opposition totale avec les livres barbares dit saints qui engendrent tant de mal dans le monde.

  • 1
    alain-jacques Lacot
    2 juin 2015 à 10:05 / Répondre

    Nous sommes dans une « société du spectacle » , c’est un fait , dont le fonctionnement est aux antipodes de celui de la FM. Comme le souligne Emerek le fol , il y a , effectivement, un danger qu’elle ne nous contamine. Entre le repli dans le silence, inenvisageable et la médiatisation tous azimuts , il serait temps que les obédiences réfléchissent à ce que devrait être leur stratégie de communication.

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