Shaoul de Tarse, dit "Saint Paul", mi-juif mi-romain, le premier véritable "inventeur" du christianisme.

Le Nouveau Testament critique

Publié par Jean van Win

Jean Van Win, auteur notamment de Les derniers témoins de la vie de Mozart, de La loge secrète de Charles de Lorraine, de Un roi franc-maçon, Léopold 1er de Belgique, de Le sang des francs-maçons, de Valmy à Waterloo, de Voltaire et la franc-maçonnerie, sous l’éclairage des rituels du temps, ou encore de Contre Guénon, nous a adressé le texte ci-dessous, avec cette présentation :
Bien chers cousins de l’ami Hiram, le confinement et le rappel de circonstances « historiques » se prêtent à des lectures parfois arides.
Voici un échantillon de ma prose qui date de quelques années, mais que je ne renie pas. J’étais alors membre d’une loge RER, rite que j’ai beaucoup aimé, comme le Rite Français. Je vous l’adresse au nom de la critique historique, qui est toujours l’inspiratrice de mes écrits désordonnés. Toutefois, je serais aujourd’hui plus mesuré en ce qui concerne les dates précises des rédactions des évangiles, dates qui sont aujourd’hui TRÈS contestées par nombre d’exégètes parfois très violents.
Puisqu’un virus malicieux vous en donne le temps, et que vous êtes médiatiquement dans l’ambiance voulue… pax vobiscum !
Johannes Winghius

Cette « analyse critique du Nouveau Testament », qui intéressera au premier chef nos Frères du Rite Ecossais Rectifié -mais pas que- est certes un peu longue, mais comme le dit Jean « puisqu’un virus malicieux nous en donne le temps »…   🙂

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Le Contexte historique.

Avant d’examiner les différents textes qui composent ce qu’on appelle le Nouveau Testament, il est nécessaire de tracer brièvement le contexte historique et religieux dans lequel une tradition, orale dans un premier temps, et un corps doctrinal écrit dans un deuxième temps, vont prendre naissance. Les événements se déroulent au 1er siècle de notre ère, en Palestine, essentiellement en Judée et en Galilée, et puis leur notoriété s’étend très rapidement aux villes du pourtour méditerranéen. L’analyse critique des textes de l’Ancien et du Nouveau Testaments est une discipline récente qui ne remonte qu’à la 2nde moitié du XVIIe siècle. En 1902, le pape rappelle encore ceci :

« Dieu n’a pas livré les Saintes Ecritures en jugement privé de savants, mais il en a confié l’interprétation au magistère de l’Eglise ». Diverses écoles critiques, inaugurées par Reimarus au XVIIe siècle et illustrées par Frédéric Straus au XIXe siècle en Allemagne cherchent à replacer les événements dans un contexte historique et géographique acceptable pour la raison, et s’efforcent de confirmer ou d’infirmer l’historicité des personnages. La lecture des Ecritures devient possible ; l’Evangile n’est plus un livre où tout est vrai, et malgré le poids de 18 siècles d’exégèse exclusive et intéressée, l’histoire nettoyée peut enfin être extraite de la légende. Les évangiles, on le sait aujourd’hui, ne restituent pas l’enseignement de Jésus tel qu’il l’a donné, mais constituent un enseignement sur l’enseignement de Jésus, qui est une construction intellectuelle due aux rédacteurs successifs des textes.

Le pivot : Jean le Baptiste.

Au 1er siècle de notre ère, Jean le Baptiste est le représentant le plus connu d’un courant religieux et populaire, petit groupe néanmoins beaucoup moins structuré que les trois mouvements religieux juifs dominants : les Pharisiens, les Sadducéens et les Esséniens. Au fur et à mesure du développement du christianisme naissant, Jean le Baptiste prend une importance grandissante en raison même de ses rapports avec Jésus [1], qu’il baptise, et apparaît comme le pivot entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Et nous verrons dans un instant que testament est synonyme d’alliance, c’est à dire d’un contrat établi entre l’homme et Dieu.

Les courants juifs contemporains du Baptiste.

Jean le Baptiste vit dans l’attente prochaine du Jugement Dernier. Cette croyance va de pair avec un vif mécontentement populaire portant sur les institutions religieuses juives : les Sadducéens, installés dans leur pouvoir et compromis dans des alliances suspectes avec l’occupant romain ; les Pharisiens, redoutables casuistes et abstracteurs de quintessence incompris des petites gens ; les Esséniens, assoiffés de pureté fanatique et l’exerçant en un milieu strictement refermé sur soi-même.

La dissidence de Jésus.

Les premiers chrétiens constituent donc un courant juif parmi bien d’autres mais en conflit ouvert avec les prêtres sadducéens, qu’ils accusent d’avoir assassiné leur fondateur Jésus, juif lui-même, n’ayant jamais mis les pieds hors de Palestine. Car voici qu’apparaît ce que le professeur Henri Guillemin appelait « la bande à Jésus ». Un groupe minuscule de va-nu-pieds, mené par un charpentier exalté, un ensemble hétéroclite de pêcheurs et de gens fort ordinaires, venu de Galilée, qui va non seulement répandre un message nettement en marge des conceptions juives conservatrices et patrimoniales, mais qui va manifester ensuite une volonté d’ouverture « vers les nations » bien propre à stupéfier la société juive de l’époque.

L’audience de Jésus.

A qui s’adresse ce groupuscule de SDF, de « sans domicile fixe » ? A ceux qui ne trouvent pas place dans les courants du judaïsme du 1er siècle, aux réprouvés, aux déracinés, aux pauvres, aux handicapés, aux prostituées, aux collecteurs d’impôt tant haïs, et Matthieu lui-même sera l’un d’eux. Et puis aussi aux malades, aux lépreux, aux fous, et même aux morts. Enfin, aux fils prodigues, aux ouvriers de la dernière heure, aux vignerons homicides, aux créanciers impitoyables, aux intendants malhonnêtes, et, sur la Croix, jusqu’aux malfaiteurs repentants… Avec des mots très durs pour les riches et les possédants, « qui passeraient plus facilement par le chas d’une aiguille que par la porte du Royaume ».

Le message eschatologique [2] du groupe.

Leur message est clair. Comme Jean le Baptiste, qui a du reste enrôlé et baptisé leur chef, les chrétiens sont persuadés que la fin du monde est proche et qu’ils vivent leurs derniers moments sur terre. Saint Paul lui-même, vingt à trente ans après la Crucifixion, affirmera encore à ses contemporains que la fin des temps surviendra avant leur mort personnelle.

Trois évangélistes le confirmeront à la fin du siècle : « En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas avant que tout ne soit arrivé ». (Mc 13-30; Mt 24-34; Lc 21-32). Tous, ils sont persuadés que le Fils de l’Homme reviendra sur les nuées pour prononcer le Jugement Dernier. Le Nouveau Testament tout entier, et pas seulement l’Apocalypse, doit être lu dans cette perspective eschatologique. Et ce groupe est loin d’être aussi conformiste qu’on l’a parfois prétendu. Il est vrai que l’on peut faire dire aux textes évangéliques bien des choses et leur contraire, comme je le mettrai en évidence dans ma conclusion. Il est vrai aussi qu’on y trouve nombre de témoignages de la stricte observance, par les disciples, des prescriptions liturgiques juives traditionnelles. Il est vrai aussi qu’on y trouve autant de preuves d’un distanciement par rapport à ces mêmes prescriptions, voire même de la prise de libertés beaucoup plus grandes encore (allant jusqu’à leur viol pur et simple) que Jésus a manifestées par rapport au Sabbat et à la plupart des rites juifs, privilégiant toujours l’Esprit au détriment de la Lettre.

Le Nouveau Testament proprement dit.

Les Eléments constitutifs du Nouveau Testament.

Le Nouveau Testament se définit bien entendu par rapport à l’Ancien. Il s’agit de l’ensemble des écrits retraçant la révélation évangélique. Le mot testamentum, traduit du grec Diathèkè, sert à désigner l’alliance contractée par Dieu avec le peuple juif et celle qu’il devait renouveler à l’époque messianique. Il s’agit donc d’un contrat conclu avec Dieu, et le Nouveau Testament est la convention établie entre Jésus-Christ et l’humanité rachetée par lui.

Le mot évangile vient du grec eu-angelion, qui signifie « bon message ou bonne nouvelle ». Il n’y a en réalité qu’un seul évangile, qui est celui de Jésus, la Bonne Nouvelle en question étant le rachat de nos fautes par son Sacrifice et la résurrection des morts, étendue à toute l’humanité, mais dont il reste le paradigme. Mais comme il existe plus d’une centaine de récits évangéliques les plus divers, l’usage de désigner les rédactions variées s’est répandu en les désignant par le nom de leur auteur supposé. Ce qui donne l’évangile selon Jean, selon Marc, selon Matthieu, selon Luc plus tous les autres ainsi que nous allons le voir. La réalité de ces personnages peut du reste être mise en doute, car il s’agit plus vraisemblablement, vers la fin du 1er siècle, du besoin éprouvé par diverses communautés chrétiennes de coucher enfin par écrit une tradition orale transmise par trois générations successives, de l’an 30 à l’an 120 de notre ère environ.

Et voici les six groupes de textes inspirés, répartis en 27 volumes distincts, composant l’ensemble des écrits connus sous le nom de « Nouveau Testament », du grec Kainè Diathèkè.

Groupe 1 : les évangiles selon Saint Matthieu, Saint Luc, Saint Marc.
Groupe 2 : l’évangile selon Saint Jean.
Groupe 3 : les Actes des Apôtres, écrits historiques.
Groupe 4 : les épîtres de Saint Paul : aux Romains, aux Corinthiens ( 1° et 2°), aux Galates et aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, aux Thessaloniciens, à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux.
Groupe 5 : les épîtres dites Catholiques : de Saint Jacques, de Saint Pierre, de Saint Jean, de Saint Jude.
Groupe 6 : l’Apocalypse de Saint Jean, c’est à dire la Révélation.

A – Les quatre évangiles canoniques.

Sur la centaine de textes évangéliques dont les morceaux épars nous sont parvenus, l’église catholique en a retenu quatre, qui sont dits canoniques, c’est à dire conformes au Canon de l’Eglise. Un canon est une règle, le mot venant du grec « canôn » qui signifie roseau, végétal rectiligne servant à tracer les lignes droites. Un évangile canonique est donc un texte déclaré régulier. Les quatre évangiles qui furent ainsi sélectionnés parmi une bonne centaine d’autres sont ceux dits de Marc, Matthieu, Luc et Jean.

La sélection des évangiles canoniques.

Quels furent les critères de sélection utilisés pour retenir certains d’entre eux, et quels sont les textes qui furent rejetés, et pour quelles raisons ?

Un document en latin fut découvert au XVIIIe siècle par un prêtre italien appelé Muratori; ce document mentionne la liste des ouvrages reconnus comme ‘saints’ par l’Eglise de Rome aux alentours de l’an 180 de notre ère, soit 150 ans après l’exécution de Jésus. Les critères de sélection sont surprenants et ne sont pas d’ordre chronologique. Ils ne reposent pas non plus sur le nom des auteurs supposés, car ni Marc, ni Luc, ni Paul ne firent partie du groupe des douze disciples dont certains deviendront des apôtres. Le seul critère qui paraît avoir joué est celui de l’usage des églises existantes à cette époque. Certains écrits furent adoptés comme étant normatifs pour la foi des assemblées locales, et d’autres furent déclarés hérétiques, tels notamment les écrits gnostiques. Mais certains textes, tel l’évangile de Pierre, furent déclarés canoniques par l’église syrienne par exemple, et non par d’autres églises. C’est donc un certain empirisme qui présida à la sélection des écrits dits réguliers. Cette attitude génère une classification manichéenne en deux grands groupes : les écrits canoniques d’une part, et les écrits apocryphes [3] d’autre part.

Les évangiles apocryphes.

Ce deuxième groupe, qui est aujourd’hui étudié et qui commence à être bien connu des exégètes surtout rationalistes, fut rejeté à cause de sa prétention à faire accéder au salut par la connaissance (en grec gnôsis) de type initiatique et ésotérique, inaccessible aux gens du commun. Ces écrits apocryphes sont aujourd’hui enfin publiés, tels l’évangile de Marie, l’évangile de Thomas, l’évangile de Pierre, de Barthélémy, ou encore l’Apocalypse de Pierre et les Actes d’André. Je citerai simplement les trois familles de textes apocryphes, car ils expriment bien les mentalités religieuses existant au cours des premiers siècles de développement du christianisme:

  1. les évangiles judéo-chrétiens, rédigés de 100 à 150 de notre ère. ( Evangile des Hébreux, des Egyptiens, des Ebionites, des Douze Apôtres, de Pierre.)
  2. Les évangiles gnostiques, découverts à Nag Hamadi, datant de la seconde moitié du 2e siècle.( Evangile de Vérité, de Philippe, de Thomas.) Ce dernier contient 114 logia, c’est à dire des paroles secrètes confiées par Jésus à Thomas, dont on retrouve des échos précis chez Matthieu, Marc, Luc et Jean, mais aussi des paroles de Jésus tout à fait inédites et profondément troublantes, car en rupture très nette avec le judaïsme traditionnel, telle le fameux : « Je suis le Tout. Fends le bois: je suis là. Soulève la pierre et tu m’y trouveras ». (Th. 73-77.)
  3. Les évangiles-fiction. Ils comblent un vide qui est celui de la vie de Jésus entre l’enfance et le début de la prédication. Trente ans d’ignorance sur ce sujet, c’est beaucoup. Ces écrits retracent les prétendus séjours de Jésus en Iran, aux Indes, au Tibet, et versent dans l’occultisme et la divagation imaginative la plus dévergondée. Ils datent du 2e siècle au 6e siècle, et sont donc trop tardifs pour avoir pu figurer au Canon du 2e siècle.

Les sources des évangiles.

Nous sommes donc confrontés à un nombre très important d’écrits classés arbitrairement en canoniques et apocryphes, nous relatant avec des différences de contenu considérables l’histoire de la Bonne Nouvelle, l’orthodoxie et l’hétérodoxie de certains de ces textes n’étant nullement démontrée à l’origine.

Puisque « c’est à la source que l’eau est toujours la plus pure » ainsi que je l’aurai répété ma vie durant, voyons quelles sont ces sources. On nous dit que le christianisme émane du judaïsme. Cette opinion, quoique fondée en tradition, j’insiste, est en partie historiquement fausse. En effet, le christianisme, bien qu’ayant recours aux Ecritures juives, n’a pas adopté Yahwé comme dieu « unique ». Le Dieu du christianisme comporte trois personnes en une. Son alliance (testamentum) avec ce Dieu n’est pas réservée au seul Peuple élu. La circoncision est abandonnée dès le début et remplacée par le baptême emprunté à  Jean le Baptiste. Abraham n’y joue que le rôle de membre honoraire d’une religion où il n’a plus d’autre importance. Les rites du judaïsme et du christianisme sont fondamentalement différents.

Alors, quelles sont les sources de ce mouvement que j’ai qualifié de révolutionnaire [4] au sens étymologique du mot, bien entendu ? Comment se sont élaborés ces récits, plusieurs générations après le déroulement des faits relatés, dans une langue étrangère à la Judée et à la Galilée où ils  seraient  survenus ?

Adoptons une chronologie simplifiée, bien qu’il soit aujourd’hui établi que Jésus est en réalité né vers…-5 à -7 avant J.C. Mais acceptons les dates suivantes par souci de clarté, qui ne sera en tout état de cause qu’approximative :
– Naissance de Jésus en l’an 0.
– 30 années d’ignorance presque complète sur sa personne et ses activités.
– Début de sa prédication en l’an 30 ou 31.
– Exécution en l’an 33.
– Epîtres et voyages de Paul de 50 à 67.
– Elaboration de l’Evangile de Marc vers 70
– Elaboration de l’Evangile de Jean vers 95.

Les épîtres de Paul et l’évangile de Marc sont donc les sources les plus anciennes dans lesquelles se perçoivent les matériaux évangéliques. Mais à ce jour, personne n’a pu affirmer avec exactitude où les évangiles ont été écrits, ni par qui, ni pour qui, ni contre qui. Les ressemblances trouvées dans ces divers textes laissent supposer l’existence d’un texte antérieur qui leur serait commun. Aucune trace n’en a été trouvée. Tout ce que l’on sait, c’est qu’à l’origine, il y a transmission orale d’un récit ; que le contenu de cette transmission antérieure nous est inconnu, car seul est connu celui des évangiles écrits.

Ici encore, deux sources originelles sont admises depuis les recherches du bibliste allemand Schleiermacher en 1832. D’abord, Matthieu et Luc ont utilisé le texte de Marc qui leur est indiscutablement antérieur,  mais aussi un autre document perdu, que l’on appelle le document Q (comme Quelle en allemand qui signifie Source.) Ce document serait à l’origine de tout ce qui, dans Matthieu et Luc, ne se trouve pas chez Marc. On obtient donc le schéma suivant :

Ce schéma illustre la théorie de la double source, qui paraît admise de nos jours par tous les exégètes du Nouveau Testament, quelle que soit leur confession ou leur absence de confession religieuse.

D’autres hypothèses ont été faites, mettant en jeu d’autres documents parfois beaucoup plus nombreux. Hypothèses donc que tout ceci. Les Sources ne sont nullement certaines, si ce n’est que la trace la plus ancienne est un minuscule fragment de papyrus de 6 x 9 cm (le papyrus Ryland de Manchester) en langue grecque, qui remonte à 150 de notre ère, les plus anciennes copies sur parchemin remontant en gros au IVe siècle. Il y a donc un trou entre la rédaction des premiers textes et les manuscrits les plus anciens en notre possession, qui sont des copies de copies. Cette longue durée a rendu possible un grand nombre d’erreurs, volontaires ou non, qui se trouvent à la fois dans les 27 volumes du Nouveau Testament dont il sera question ici, mais tout autant dans les nombreux volumes, également traditionnels à l’origine, que l’Eglise disqualifia pour des raisons très contestables.

Les éléments constitutifs de la tradition évangélique.

A tout Seigneur tout honneur : les quatre évangiles canoniques. Comme les Mousquetaires, ils sont trois plus un. Marc, Matthieu et Luc sont réputés synoptiques [5]. Si ces trois évangiles peuvent difficilement être mis en parallèle pour les événements précédant la Passion, autant Marc, Matthieu et Luc se suivent-ils l’un l’autre avec précision, depuis l’entrée de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa mise au tombeau. On pourrait les lire sur trois colonnes parallèles et c’est pour cette raison qu’ils sont dits synoptiques. Seulement deux d’entre eux, Matthieu et Luc, racontent certains événements relatifs à l’enfance de Jésus, événements qui sont antérieurs à la prédication de Jean le Baptiste. Quant à l’évangile selon Saint Jean, non seulement il n’a pas le caractère des synoptiques, mais encore son contenu est tellement différent des trois autres qu’il mérite une analyse et un commentaire tout particuliers. Ce dernier suivra dans quelques instants et je m’efforcerai de ne pas déflorer le sujet de la prochaine conférence de notre TRF. Piet van Brabant sur le Johannisme.

  1. Les évangiles synoptiques.

Quels sont donc les points de convergence et les points de divergence de ces trois récits réguliers ? Et comment furent-ils élaborés, même si nous ne savons que bien peu de choses sur ce sujet particulier ?

La rédaction en grec. Un écrivain chrétien du IIe siècle, Saint Irénée, évêque de Lyon en Gaule, nous livre son témoignage que voici : « Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Evangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmet, lui aussi par écrit, ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigne en un livre l’Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publie enfin lui aussi l’Evangile, tandis qu’il séjourne à Ephèse, en Asie ». [6]Un autre témoignage important est celui que Papias, évêque d’Hiérapolis, nous donne aux environs de 120 déjà : « Marc, qui avait été l’interprète de Pierre, écrivit exactement tout ce dont il se souvint…il n’avait pas entendu le Seigneur et n’avait pas été son disciple…Matthieu réunit en langue hébraïque les logia de Jésus et chacun les interpréta comme il était capable ».

Donc, nous possédons ici deux témoignages intéressants sur la rédaction en langue hébraïque du texte attribué à Matthieu, qui ne pouvait du reste être que l’araméen à l’époque considérée, araméen qui était aussi la langue de Jésus. Aucune trace n’en subsiste, bien entendu, et tous les textes de tous les documents composant le Nouveau Testament nous sont exclusivement parvenus en langue grecque, même si le grec de rédaction est parfois fortement contaminé par la présence de nombreux hébraïsmes. Ceci est le cas de toute langue appartenant à une minorité qui se trouve confrontée à une majorité linguistique proche, telle par exemple le français du Québec, mâtiné d’anglicismes, et le français populaire de Bruxelles, truffé de néerlandicismes. Une question très importante et fortement débattue consiste à savoir si les textes grecs constituent les traductions de textes antérieurs hébraïques, ce qui confirmerait l’origine juive de la religion nouvelle, et non son origine  exclusivement hellénistique, ce qui est la thèse de l’école rationaliste notamment. Que savons-nous ? Le Nouveau Testament a été transmis intégralement et exclusivement en grec. Marc et Jean sont rédigés en un grec peu littéraire où abondent, selon les experts, les tournures sémitiques. Mais RIEN ne permet de considérer le texte grec comme une traduction. Matthieu, selon Papias et Irénée, proviendraient tous deux d’un écrit sémitique antérieur. Mais, selon les linguistes spécialisés, l’analyse littéraire du texte de Matthieu prouve qu’il ne s’agit pas d’une traduction.

Caractéristiques essentielles des quatre évangiles canoniques.

La chronologie des écrits évangéliques, qui est plus ou moins acceptée de nos jours est la suivante : Paul est le tout premier à écrire. Il le fait dès les années 50, soit 20 ans à peine après les événements tragiques de Jérusalem, c’est à dire la Passion et la Crucifixion. Je reviendrai à Paul plus loin car il est très important de constater que Paul, qui nous laisse la relation la plus ancienne, la plus proche et donc la plus crédible de ces événements, ne relate pratiquement rien de ce qui va constituer le corps littéraire et doctrinal des évangiles plus tardifs.

Le texte attribué à Marc date d’environ l’an 70. Les textes selon Matthieu et Luc datent de 80 environ et celui de Jean, rédigé à Ephèse et à Patmos, date des années 90 à 100, soit 60 à 70 ans après l’exécution de Jésus le Nazoréen. Marc donc, qui écrit vers 70, est le moins systématique. Il s’intéresse surtout au paradoxe de Jésus, rejeté par les hommes mais triomphant par Dieu. Il rapporte peu de ses paroles et insiste surtout sur la manifestation du Messie crucifié et la nécessité de la souffrance du Christ pour opérer le rachat des hommes, parce que, dit-il, « c’était annoncé par les Ecritures ». Entendons par là l’Ancien Testament.

Matthieu est très différent. Le texte est construit et repose sur un plan rigoureux, allant des récits de l’enfance jusqu’à la Résurrection, en un ensemble harmonieux en sept parties. Il détaille l’enseignement de Jésus et insiste sur le thème du royaume des cieux. Matthieu s’attache lui aussi à démontrer, dans l’œuvre de Jésus, « l’accomplissement des Ecritures » et se réfère constamment, à cette fin, au texte de l’Ancien Testament. Tout ce qui s’est produit était la volonté de Dieu annoncée dans les Ecritures. D’une violence parfois outrancière et difficilement compréhensible, Matthieu montre que l’enseignement de Jésus constitue la Loi Nouvelle qui accomplit l’ancienne. Le verbe accomplir est l’objet d’interprétations très opposées, nous allons le voir.

Luc est un écrivain de grand talent, une âme beaucoup plus délicate. Il écrit lui aussi vers 80, soit un demi-siècle, ou encore deux générations après les événements de Jérusalem. Manifestant un grand respect des sources, son apport le plus appréciable est un recueil de logia, c’est à dire de paroles de Jésus lui-même, qu’il combine avec ses sources personnelles. Luc insiste sur l’idée théologique qui lui est chère : Jérusalem est le lieu où doit s’accomplir le salut. Il souligne la miséricorde de son maître pour les déshérités et les affligés, ainsi que la nécessité d’abandonner ses richesses. L’Esprit Saint occupe dans son œuvre une place prépondérante.

Quant aux divers styles des trois synoptiques, on peut, selon les linguistes,  les schématiser comme suit : Marc est rugueux, incorrect, pollué d’archaïsmes. Matthieu est rempli d’éléments aramaïsants. Le style de Luc est complexe et respectueux des sources.

Jean, le texte atypique.

Et enfin, Jean, qui nous concerne de beaucoup plus près, puisque nous sommes Maçons de Saint Jean. Cet évangile se présente sous la caution du « disciple que Jésus aimait », soit un personnage qui fut l’un des deux premiers à suivre Jésus. Il se différencie fortement des écrits synoptiques et paraît influencé par le courant religieux essénien que l’on retrouvera dans les documents découverts à Qumrân. Quatre notions essentielles le distinguent particulièrement, le rendant atypique par rapport à la tradition des trois autres évangiles, et en font un écrit mystérieux et fascinant pour les authentiques francs-maçons de tous les temps:

  1. Il accorde une importance très grande à la Connaissance, annonçant à mon avis les fondements de la Gnose;
  2. Il recourt constamment au dualisme, opposant régulièrement les notions de Lumière et de Ténèbres, de Vérité et de Mensonge;
  3. Il insiste sur la nécessité de l’amour fraternel, ce qui caractérise bien le milieu judéo-chrétien et l’époque dans lesquels Jean écrivait, c’est à dire plus de vingt ans après la destruction du Temple de Jérusalem.
  4. Il met clairement en lumière le sens de la vie, des gestes et des paroles de Jésus, qui sont autant de signes qui furent peu compris au moment des événements relatés, à commencer par les disciples, Pierre en tête..

Mais il porte en outre, bien davantage que les synoptiques, une attention particulière à la vie sacramentaire instituée par Jésus au sein de la vie liturgique juive, la religion nouvelle s’exprimant par le moyen de sacrements. Le fait de boire du sang, lors de l’Eucharistie, se situe aux antipodes des pratiques judaïques. Le mystère chrétien, écrit-il, est vécu dans le culte et les sacrements. Le quatrième évangile constitue un effort plus important visant à l’intelligence plus profonde du mystère de Jésus. Connaissance et Amour sont les fondements de la pensée de Jésus telle que nous l’a transmise Saint Jean, comme ils sont ceux que notre loge s’est très consciemment assignée lors de sa fondation. Cette volonté est nettement marquée dans notre Règle spirituelle, lorsqu’elle affirme au point deux du chapitre consacré aux Devoirs Spirituels : « le rôle de la loge initiatique est de transmettre l’initiation aux Frères et de les mener vers la Connaissance et l’Amour ». Volonté qui ne doit rien au hasard…

Je n’aborderai pas ici les interprétations gnostiques qui ont été faites du Prologue de l’Evangile de Jean. Peut-être notre BAF Piet van Brabant les mentionnera-t-il dans son morceau d’architecture sur le Johannisme. Je ne vois pour ma part, dans le Prologue, qu’une illustration de la pensée centrale de Jean : Jésus est le Verbe, et il s’est fait chair, envoyé par le Père afin de retourner à Dieu, une fois sa mission de régénération accomplie. Et les hommes n’ont pas reçu le Verbe, qui est aussi Lumière. C’est la phrase qui préside à tous nos travaux, ici, au-dessus de ma stalle. Une autre idée essentielle de Jean est que Jésus met un point final aux institutions juives en les accomplissant. C’est du reste chez Jean que l’on retrouve les mots les plus durs à l’égard des juifs. Je reviendrai plus loin sur la notion d’accomplissement.

Il faut souligner l’importance et l’originalité de la tradition johannique et accepter l’idée que l’auteur du 4° évangile connaissait les faits dramatiques de Jérusalem par une autre voie que celle des synoptiques, voie qu’il faut bien qualifier de « source autonome ». N’est-il pas le seul et unique témoin oculaire ? Ce qui n’est le cas d’aucun autre évangéliste. L’auteur, en outre, connaissait parfaitement les coutumes juives, la mentalité rabbinique et la casuistique des Docteurs de la Loi. Mais surtout, la personne même de Jésus demeure, dans son texte, profondément humaine, vraie, touchante, comme en témoigne la scène de la Crucifixion rapportée par Jean, et qui se démarque tellement de celles relatées par les trois synoptiques.

Je vais faire avec vous, mes BAF, ce que je fais d’habitude avec les anciens rituels maçonniques, c’est à dire de la comparaison raisonnée de textes. Voici, fortement résumées, les trois relations synoptiques de cette effroyable scène, puis, celle, atypique, de Jean :

Matthieu : Vers trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte : « Eli Eli lema sabaqthani ». L’un des assistants courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre et la fixant sur un roseau la lui présenta à boire. Et voici que le voile du temple se déchira en deux du haut en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent; les tombeaux s’ouvrirent, les corps de nombreux saints ressuscitèrent. Le centurion qui gardait Jésus dit : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ». Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance.

Marc : A midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures. Jésus cria alors d’une voix forte : « Eloi ¨Eloï lama sabaqthani » ce qui signifie: « Mon Dieu Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Quelqu’un courut, emplit une éponge de vinaigre et la fixant au bout d’un roseau, il lui présenta à boire en disant : « Attendez, voyons si Elie va venir le descendre de là ».  Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. Et le voile du Sanctuaire se déchira du haut en bas. Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

Luc : « L’un des malfaiteurs crucifiés dit : Pour nous, c’est juste, mais lui n’a rien fait de mal. Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi ». Jésus répondit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Alors, le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu; Jésus poussa un grand cri et dit : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». Et sur ces mots il expira. Le centurion rendit gloire à Dieu en disant : « Sûrement, cet homme était juste ». Tous ses familiers se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée.

Jean : je vous transcris le récit dans sa totalité. Aucune des trois autres narrations, qui comportent des événements spectaculaires et des paroles édifiantes et solennelles, ne rend un ton aussi véridique que celui-ci. La tradition religieuse musicale en a repris le thème dans de nombreux Stabat Mater décrivant cette scène déchirante : « Près de la croix de Jésus se tenait debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala. Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ». Il dit ensuite au disciple : « Voici ta mère ». Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif « . Il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche. Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit: « Tout est achevé » et inclinant la tête, il remit l’esprit.

Voici sept observations personnelles concernant ce dernier texte qui, pour moi, en ma qualité de Maçon de Saint Jean, est le plus important du Nouveau Testament :

  1. Jean est le seul évangéliste à mentionner la présence au Calvaire de Marie.
  2. Jean est le seul à mentionner la transmission de Jésus à Jean.
  3. Jean est le seul disciple présent des Douze; tous les autres se cachent, Pierre en tête.
  4. Jean est le seul évangéliste témoin oculaire de la Crucifixion.
  5. Les autres évangélistes rapportent des faits et des phrases édifiantes qui ne sont pas rapportés par Jean.
  6.  » J’ai soif » est une phrase terrible qui témoigne de l’authenticité du récit de Jean.
  7. Mais surtout, et je précise qu’il s’agit ici d’une interprétation qui m’est personnelle, deux petits mots qui passent quasi inaperçus sont de la plus grande importance : « dès lors ». Jean nous relate comment Jésus mourant confie sa mère à Jean, et comment il donne le disciple qu’il aimait à sa mère. Et aussitôt, le texte ajoute : dès lors, tout était achevé. Dès lors signifie « à partir de cet instant précis » mais avec une connotation de causalité. On pourrait traduire par « dès cet instant et en conséquence de cet instant… »

Et il est clair que l’endroit où ces deux mots sont placés dans le texte se rapporte à la transmission qui vient d’avoir lieu. Le texte grec, traduit littéralement, dit : « Après ceci, sachant le Jésus que tout était  maintenant fini, etc. » Peut-on en déduire une filiation spirituelle de Jésus à Jean, plus plausible et moins « institutionnelle » que celle de Pierre ?

Ce qui nous concerne aussi directement, nous Maçons, c’est l’affirmation forte, claire et répétée par Jean, que Jésus est la Lumière du monde, que son combat est celui de la Lumière contre les Ténèbres, qu’il est en définitive l’accomplissement des grandes figures messianiques de l’Ancien Testament. C’est la Crucifixion décrite par Saint Jean qui est le plus souvent représentée par les peintres du Moyen Age et de la Renaissance.

La Croix se dresse entre les symboles cosmiques que sont le soleil et la lune, marquant l’universalité et l’intemporalité du christianisme. De part et d’autre, Saint Jean et Marie. Au pied de la Croix, un crâne, celui d’Adam, le responsable de la Chute, l’homme par qui l’humanité fut dégénérée.

Sur la Croix, celui dont les bras largement ouverts et tendus sur l’axe horizontal du gibet englobent le monde entier. Enfin, l’axe vertical, l’Axis Mundi portant le corps meurtri de Celui dont le Sacrifice rachète l’homme déchu et le régénère, le reliant de la terre au ciel par la Nouvelle Alliance. La Chute de l’humanité est une notion essentielle sur laquelle repose toute la construction spirituelle du Rite Ecossais Rectifié.

La Crucifixion, supplice romain des plus horribles procédant par une très longue asphyxie. En voici quatre représentations inspirées par les récits contradictoires laissés par les évangiles. Le soleil et la lune encadrent souvent le Crucifié, la lune étant toujours située à sa gauche, donc à droite sur le tableau. Ces symboles montrent l’universalité du christianisme, ce qui en grec se dit katholikos. Le crâne d’Adam figure souvent aussi au pied de la Croix.

Qui donc est l’auteur mystérieux de ce texte johannique plus inspiré qu’aucun autre 

La Tradition dit Jean, fils de Zébédée [7]. Saint Irénée nous dit aussi, vers 180 : « Jean, disciple du Seigneur, le même qui reposa sur sa poitrine, a publié aussi l’évangile pendant son séjour à Ephèse ». Le Canon de Muratori, dont je vous ai parlé au début de cette planche, l’attribue formellement à Jean l’Apôtre, témoin oculaire des faits rapportés. C’est donc, à mes yeux, le texte le plus riche, avec ceux de Paul, mais aussi le plus crédible, car il fut écrit par un membre de la « bande à Jésus », celui que Jésus aimait entre tous, au point de lui donner sa mère.

Sa langue et son style dénotent une origine probablement sémitique, selon les experts, bien que je ne puisse personnellement pas suivre Claude Tresmontant dans ses conclusions visant à démontrer l’existence d’un texte hébraïque antérieur au texte grec signé par Jean. [8]

Fortes divergences des diverses rédactions.

Face à l’ensemble des textes qui constituent le Nouveau Testament, on ne peut que constater le nombre de divergences, de contradictions et même d’incompatibilités absolues existant entre les diverses rédactions. Le seul récit de la Crucifixion en est un exemple, car en effet, lequel des quatre évangélistes dit vrai ? Et encore, on ne compare ici que quatre récits, alors qu’il en existe des centaines, dont la plupart ont été écartés sans justification aucune. Mais il existe en outre d’autres divergences, beaucoup plus fondamentales, concernant la personnalité de Jésus lui-même, auxquelles je tenterai dans quelques instants de donner une explication logique.

  1. Les Actes des Apôtres. 

Outre les évangiles synoptiques, canoniques et apocryphes, le Nouveau Testament comporte des textes essentiels intitulés les Actes des Apôtres. Ils apparaissent, eux aussi, comme Matthieu et Luc, vers 80 après JC, soit 50 ans après les événements décrits. Ces textes sont moins connus, moins lus et moins commentés que les évangiles. C’est regrettable, car ce livre unique en son genre, constitue un trésor pour notre connaissance des origines chrétiennes, dont il détaille l’histoire. L’église s’accorde assez tôt pour en attribuer la paternité à Saint Luc, car l’auteur est certainement un juif hellénisé, médecin et compagnon de voyage de Paul. L’intérêt de ce document est que son auteur recourt à des sources abondantes et fut lui-même témoin oculaire de bien des faits qu’il relate. La langue grecque employée contient des archaïsmes évidents et le contenu traite de divers éléments fondateurs : la communauté juive primitive de Jérusalem, des personnages tels Pierre et Philippe, la communauté chrétienne d’Antioche, des informations venant de Paul et enfin des notes personnelles.

Trois faits saillants marquent le contenu des Actes : d’abord, Luc y prend une défense énergique de Paul vis à vis des autorités romaines; ensuite, il souligne le caractère purement religieux du conflit opposant les Juifs à Paul; enfin, il raconte l’histoire des origines chrétiennes. Ce qu’il ne dit pas est, hélas, profondément regrettable : pas un mot sur l’activité des autres apôtres, ni sur la fondation des églises d’Alexandrie et de Rome, ni sur l’apostolat de Pierre en dehors de la Palestine. Malgré ces lacunes, l’exposé de la force d’expansion spirituelle du christianisme est magistral, plus particulièrement sur le point crucial de l’ouverture  au Salut faite aux païens. Les frères de Jérusalem, par exemple, restent fidèles à la Loi juive, alors que les chrétiens hellénisants rompent, eux, avec le culte du Temple, avec la circoncision et la stricte observance des prescriptions mosaïques. Ce qui constitue, on s’en doute, l’acte de naissance officiel du christianisme universel.

  1. Les Epîtres.

L’avant-dernier groupe constitutif du Nouveau Testament est composé par les Epîtres, c’est à dire la correspondance adressée aux églises par Paul, Jacques, Pierre, Jean et Jude. L’essentiel à en dire est que leur contenu est principalement doctrinal, tandis que les quatre évangiles canoniques et les Actes sont historiques, et l’Apocalypse prophétique.

Les épîtres sont donc, pour la plupart, non-identifiables avec précision, en dépit de divers noms d’auteurs qu’on leur fait porter. Seule, une faible portion des lettres de Paul peut lui être attribuée avec certitude. Mais le mérite de cette correspondance, même anonyme, est que le christianisme s’y est élaboré dès les années 50, donc bien avant que le récit de cette élaboration ne revête la forme historique que lui donneront les évangiles synoptiques, et ce à partir des années 70 au plus tôt. Les épîtres de Saint Paul sont des lettres envoyées à des destinataires multiples qui devaient être lues dans l’assemblée des fidèles. C’est probablement l’activité fébrile de Paul qui a entraîné, pour lui, la nécessité de rester en contact avec ses ouailles des diverses églises du pourtour méditerranéen. Paul, j’y insiste, se met à écrire dans les années 50, et c’est ainsi que nous voyons naître la toute première forme littéraire sous laquelle se manifestent la pensée et la doctrine chrétiennes.

Les Epîtres sont donc, davantage peut-être que les évangiles et les Actes des Apôtres, les textes chronologiquement les plus proches de la Source, dans lesquels se décèlent des éléments moins sujets à caution, à mon opinion, que les récits édifiants qui seront élaborées après l’année 70 par diverses églises  hellénistiques.

Les Epîtres « catholiques ».

Outre les épîtres de Saint Paul, les sept autres épîtres du Nouveau Testament ont été groupées en une même collection, malgré des origines très diverses. Leur qualification de « catholiques » vient de ce que la plupart d’entre elles visent les chrétiens en général, davantage que des communautés particulières, ainsi que le font celles de Paul. Je reviendrai bientôt à ces dernières, en vous parlant de ce personnage hors du commun, qui fut l’organisateur prodigieux de la propagande [9] chrétienne.

  1. L’Apocalypse de Jean. 

Le dernier document constitutif du Nouveau Testament est le texte de l’Apocalypse de Saint Jean, texte prophétique dont la tradition situe la composition en l’île de Patmos, petit îlot du Dodécanèse. Ce texte est important pour nous, non pas pour cette seule raison d’ordre affectif, mais bien par son contenu qui, comme toujours chez Jean, possède cette dimension profondément ésotérique qui  caractérise ses oeuvres.

En effet, l’auteur d’une apocalypse reçoit sa révélation sous forme de visions ( apocalypse en grec signifiant révélation) et les transpose par écrit, alors que le prophète  s’exprime oralement. Ces visions n’ont de valeur, mieux encore n’ont de sens, qu’en vertu du symbolisme dont elles sont chargées. Tout, dans une apocalypse, a valeur symbolique : les chiffres, les choses, les parties du corps, les personnages, car le voyant traduit en symboles toutes les idées que Dieu lui suggère. Pour le comprendre, il faut donc se livrer à un jeu intellectuel qui nous est familier, c’est à dire entrer dans son jeu et retraduire en idées les symboles qu’il propose. Il y a donc re-création de la part du lecteur, et s’il y a re-création, il y a appropriation, ce qui me paraît être la finalité de la méthode symbolique et initiatique.

Depuis des siècles, les apocalypses ont toujours eu beaucoup de succès dans certains milieux juifs, y compris chez les Esséniens de Qumrân. Le Nouveau Testament n’a retenu qu’un seul de ces textes dans son Canon, texte dont la paternité est attribuée à l’apôtre Jean, auteur du quatrième évangile, exilé en l’île de Patmos en raison de sa foi en Christ. Cette paternité est contestée pour diverses raisons. L’Apocalypse se distingue fort des autres écrits johanniques par sa langue et par son style, selon les linguistes. Mais aussi par certaines vues théologiques, notamment en ce qui concerne la Parousie [10] du Christ. Il est donc difficile et contesté d’assigner un même auteur à tous les écrits johanniques. On admet toutefois aujourd’hui que l’Apocalypse fut rédigé dans l’entourage immédiat de l’apôtre, vers 95 de notre ère. Il devait donc être âgé d’environ 82 ans, si l’on admet l’hypothèse que Jean avait 20 ans lors de l’exécution de Jésus en 33. Ceci est corroboré par le style des épîtres rédigées à Ephèse, où l’expression « mes bien-aimés petits-enfants » est sans cesse utilisée par le patriarche. Et n’est-ce pas là l’origine de la locution « mes bien-aimés Frères », propre à notre seul Rite Rectifié qui se réfère plus qu’aucun autre à Jean l’Apôtre ? J’aime à le croire, personnellement.

Le contenu de l’Apocalypse mérite un instant d’arrêt et de méditation. Replaçons ce texte inspiré et fantasmagorique dans son contexte historique. Nous sommes au cœur d’une période de troubles cruels et de violentes persécutions subies par le christianisme encore naissant vers 95. Le vieux Jean lui-même sera exilé sur l’îlot minuscule et désert de Patmos. C’est là qu’il rédige, lui ou plusieurs autres, peu importe, un écrit visionnaire destiné à relever et à affermir le moral des chrétiens persécutés. Il proclame en termes vigoureux que Dieu viendra délivrer son Peuple de ses oppresseurs, venant lui rendre non seulement la liberté, mais, de plus, la puissance et la domination sur ses ennemis, qui seront châtiés et même exterminés. Car le vieux Jean possède un tempérament fougueux et combatif. Rome et l’Empire romain, persécuteurs de l’Eglise, sont identifiés à la Bête. Ils adorent Satan, ce qui est une allusion directe au culte païen des empereurs romains. Une vision grandiose reprend le thème de l’anéantissement de la Bête opérée par le Christ glorieux. Et voici qu’apparaît l’établissement définitif du Royaume céleste, dans l’état de perfection de la Jérusalem nouvelle durant son règne sur la terre. Ceci est le contenu historique du livre de l’Apocalypse. Mais une portée d’une autre nature peut y être décelée : Dieu est avec son Peuple Nouveau, auquel l’unit son propre Fils. Les fidèles n’ont rien à craindre ; ils seront définitivement vainqueurs de Satan.

Je conclurai cette brève évocation en qualifiant l’Apocalypse de grande épopée de l’espérance chrétienne et de chant de triomphe de l’Eglise persécutée. C’est sans doute à ce double titre qu’elle figure au Canon des écrits sacrés du Nouveau Testament, et son caractère profondément ésotérique–car tout y possède un double sens–en fait une lecture obligée pour tout franc-maçon, surtout rectifié.

Paul le Propagandiste.

Il est plus que temps, à présent, de quitter Patmos et l’an 95, pour revenir en arrière, vers les années 50, dans le sillage d’un personnage hors du commun nommé Paul. Ce dernier, à la fois par son action et par le texte de ses épîtres, crée un problème aujourd’hui encore non résolu : comment se fait-il que l’on trouve dans les évangiles canoniques tant de précisions et d’histoires diverses qui sont détaillées avec minutie après l’an 70 de notre ère, alors que Paul, véritable créateur du christianisme universel ouvert aux païens et qui écrit à partir de 50, ignore en majeure partie ce que diront abondamment les évangiles une vingtaine d’années plus tard ?

Certains historiens chrétiens, pour tracer un aperçu des débuts du christianisme en pays juif, se servent chronologiquement d’abord des évangiles puis ils ont recours à Paul pour illustrer l’évangélisation du monde païen. Cette méthode, qui place la charrue avant les bœufs dans un but intéressé, est déplorable. Je suivrai pour ma part la stricte chronologie des événements qui, grâce à la critique historique scientifique, ne peut plus être contestée de nos jours. Paul est le premier et donc le plus proche témoin des débuts de la nouvelle religion. Il se considère comme l’apôtre du Christ et non de Jésus ; pour Paul, le Christ est un être de Lumière venu du ciel.

Paul est devenu ennemi de la Loi juive et de la circoncision ; il ne pratique pas non plus le baptême, et affirme qu’il suffit de croire au Christ et de suivre son enseignement pour être sauvé. Il n’a pas connu les événements survenus en 30-33 à Jérusalem. Il tourne même le dos à Jérusalem et s’adresse aux pays d’Asie Mineure, de Syrie, de Grèce et finalement d’Italie. Dans ses écrits, je le répète, il ignore l’activité de Jésus à Jérusalem ; il ignore Marie, Joseph, Hérode, Pilate, la Passion. C’est donc un très sérieux problème qui se pose désormais à l’exégèse néo-testamentaire, et qui consiste à comprendre, et ensuite à expliquer comment et surtout pourquoi apparaissent dans des écrits beaucoup plus tardifs (de 20 à 100 ans plus tard)  une série de personnages et de faits ignorés du premier en date des chroniqueurs. D’où sont donc extraits ces éléments nouveaux et additionnels ?

J’esquisserai une explication personnelle dans ma conclusion, et je reviens à l’incontournable Paul. Il s’agit d’un personnage fabuleux qui eut une vie digne d’une superproduction hollywoodienne. Shaoul, c’est son vrai nom, naît en 10 à Tarse, en Cilicie, non loin d’Antioche, le centre le plus brillant de la civilisation grecque d’alors. Il meurt à Rome, décapité en 67, à l’âge de 57 ans à peine. Comme Jean, il a 20 ans environ lorsque meurt Jésus.

Ce personnage de roman, le véritable propagateur du christianisme primitif, vient au monde et est éduqué dans le plus pur judaïsme. Prénommé Shaoul, il suit le parti des Pharisiens, parmi lesquels il se distingue par son fanatisme. Le père de Shaoul possède un privilège important : il est aussi citoyen romain. Personne plus que Shaoul n’aime la race juive. Personne ne célèbre plus hautement le judaïsme palestinien, sous sa forme la plus pure, la plus sévère, la plus ardente qu’est le pharisaïsme, l’un des groupes que je vous ai décrits en début de cette planche. Personne plus que Shaoul n’observe les prescriptions de la Loi mosaïque. En bon émigré juif, Shaoul parle et écrit facilement le grec, mais son style, comme tous ceux de sa condition dans le monde hellénistique, est chargé d’hébraïsmes et de syriacismes. C’est pourquoi le grec de ses épîtres se comprend d’autant mieux que les tournures hébraïques de sa pensée peuvent être reconstituées.  L’idolâtrie qui pénètre la vie grecque n’inspire qu’horreur et mépris à ce pharisien fanatique. Il suit avec grande attention les enseignements d’une école rabbinique de Jérusalem, qui lui apprend la dialectique subtile et l’exégèse ingénieuse qui caractériseront plus tard ses textes fort bien argumentés.

Ses études terminées, Shaoul retourne à Tarse. Il n’a jamais connu le Jésus des évangiles et, à ce moment, ignore encore tout de la Passion. C’est ce pharisien rigoriste et exalté qui prend une part active au martyre d’Etienne, et ce au nom de la cause du Temple et de la Loi. Sa rage antichrétienne ne se limite pas à Jérusalem. Il l’exerce dans les villes avoisinantes et décide même de rejoindre Damas en Syrie, afin de contribuer à abattre l’hérésie naissante. C’est sur cette route que se produit l’événement bien connu, l’apparition d’une explosion lumineuse qui le désarçonne et d’une voix tonitruante qui l’apostrophe : « Shaoul, Shaoul, pourquoi me persécutes-tu ? ». La vie de celui qui sera désormais Paulos, puis Paulus, puis Paul, en sera brisée en deux parties. Le plus farouche persécuteur des chrétiens se fait instantanément le plus ardent de leurs propagateurs, comportement assez bizarre que plusieurs exégètes attribuent à une forme d’hystérie assortie de syncopes et de crises d’épilepsie qui auraient affecté cet homme de petite taille, chauve, corpulent, aux jambes courtes et au nez saillant, selon les Actes des Apôtres.

Paul se met aussitôt en activité, une activité inlassable et des plus fébriles, ceci sans se rendre à Jérusalem, afin de bien montrer qu’il n’a pas reçu sa doctrine de ces intermédiaires que sont les Apôtres, mais bien directement du Christ Ressuscité. Paul reconnaît devoir sa conversion à la seule grâce divine. Et, très logiquement, proclame l’inutilité des cérémonies extérieures de la Loi mosaïque. C’est par une autre voie qu’il faut atteindre à la Vérité, celle de la foi au Christ. Une telle prise de position revient à proclamer la déchéance de l’Ancienne Loi et à faciliter l’entrée des Gentils [11] dans le Royaume.

Paul se met à voyager, afin de prouver aux Juifs répartis sur le pourtour méditerranéen que Jésus est bien le Messie des Ecritures. Mais finalement, il se rend tout de même à Jérusalem, où le contact avec les chrétiens est plein d’embarras, fort pénible, et très bref. C’est lors de son séjour à Antioche que Paul conçoit l’idée d’une vaste propagande de l’Evangile dans le monde païen. Le plan est appliqué avec méthode : il vise la conquête du monde juif mais aussi, suite à l’hostilité témoignée parfois par ce dernier, du monde des Gentils.

La prédication se répand avec une vitesse stupéfiante en Asie Mineure, en Grèce, en Italie. C’est la ville d’Antioche qui est la base de départ de ces missions. L’itinéraire en est tracé d’avance : ce sont les comptoirs juifs échelonnés le long du littoral de la Méditerranée, et la prédication prend place dès que Paul arrive dans les synagogues. Lorsque l’accueil est froid, voire hostile en ce milieu, Paul ne se laisse pas démonter ; il loue une salle ailleurs, s’adresse à un autre auditoire, et fonde une nouvelle communauté autonome. On y reçoit avec joie une religion qui offre le double avantage de contenter les aspirations spirituelles les plus élevées, tout en débarrassant du joug du légalisme juif. Peu à peu, mais systématiquement, Paul, Barnabé et ses amis établissent un corps de « presbuteroi » [12], c’est à dire d’Anciens. Ces prêtres deviennent les dépositaires de l’autorité de Paul et gouvernent les ecclesiae [13].

La doctrine exposée par Paul est simple, mais il la construit sur nombre de citations tirées de l’Ecriture, c’est à dire de l’Ancien Testament. La voici en résumé : le Messie, [14] devait, selon les prophètes de l’Ancienne Loi, souffrir une mort violente pour ressusciter ensuite. Jésus le Nazoréen [15] est ce Messie, puisqu’il a réalisé ces deux conditions. Paul porte ensuite ce message en Grèce et se fait entendre par l’Aréopage à Athènes. La notion de résurrection demeure évidemment étrangère aux esprits rationnels grecs et ne remporte qu’un succès limité. Il part alors pour Corinthe, où se développe le premier noyau d’une église hellénique. Afin de rester en relation avec les églises déjà fondées plus au nord, Paul se met à écrire et à envoyer ses célèbres épîtres au départ de cette ville, qui devient dès lors un centre chrétien très important.

Après divers voyages et divers allers-et-retours au départ d’Antioche, Paul dirige ses pas vers l’Orient et s’arrête à Ephèse. Cette ville est consacrée au culte d’Artémis (soit Diane en latin) et constitue un centre de pèlerinage très fréquenté. Elle comporte une colonie juive  importante en relation constante avec Rome, Alexandrie et Jérusalem. Il y fonde bien sûr une église, se rend ensuite à Jérusalem où il est arrêté à l’instigation des juifs d’Asie qui lui reprochent farouchement d’essayer d’introduire des païens dans le Temple. Cité à comparaître devant le tribunal du Grand Prêtre, il s’écrie ceci, qui est assez « paradoxal » pour l’idée que l’on se fait généralement des chrétiens des premiers temps : « Je suis pharisien, fils de pharisien, et l’on m’accuse pour mon espérance dans la résurrection des morts « . [16] Il est alors, lui aussi, déféré à l’autorité romaine. Mais de sa cellule, il reprend de plus belle sa prédication, et avec succès. Etant citoyen romain de naissance, Paul fait alors appel à l’empereur et se voit transféré à Rome, où sa longue détention n’empêche pas qu’il y propage la foi nouvelle. Le Christ a des adeptes jusque dans la maison de Néron lui-même, non seulement dans le petit peuple des déshérités, mais aussi parmi les familles patriciennes, ce qui est proprement stupéfiant comme performance pour un prisonnier ! Sa dernière épître à Timothée, qui demeure à Ephèse, date de 66. Entre temps, la loi romaine avait établi que les cultes étrangers non approuvés par le Sénat fussent interdits. Condamné au seul titre de chrétien, Paul est décapité le 29 juin de l’an 67, au lieu dit Trois Fontaines, sur la route d’Ostie. Il a 57 ans.

Différence de contenu entre Paul et les évangélistes.

Ceci termine cette odyssée incomparable, vécue par le plus énergique et le plus dépouillé des propagandistes du christianisme naissant. La fin de cette aventure nous conduit au début de tout autre chose : les textes des évangiles qui seront dits canoniques, et soulève une question dès à présent, qui conduira progressivement à ma conclusion : comment donc se fait-il que Paul, qui fonde tant d’églises locales dans diverses parties du monde connu, Paul qui a finalement des contacts avec les chrétiens de Jérusalem où il se rend à plusieurs reprises, comment se fait-il qu’il ne mentionne rien, ou presque rien, de ce qui, plusieurs années après sa mort à Rome, constituera l’ensemble des récits du Nouveau Testament ? Comment se fait-il qu’une différence de contenu aussi considérable existe entre la Bonne Nouvelle prêchée avec tant de conviction de 50 à 67 par Paul, et les autres textes grecs qui tous apparaissent au plus tôt après 70, et, selon d’autres écoles d’historiens, après 100 voire même entre 120 et 160 ? Comment et pourquoi Paul ignore-t-il la tradition orale que Marc, Luc, Matthieu (et une centaine d’autres non canoniques, ne les oublions pas) vont élaborer, construire, retoucher, compléter vers la fin du Ier siècle ? Il ignore tout, sauf l’essentiel, bien entendu, c’est à dire l’Incarnation, la Passion, la Mort, la Résurrection et la Rédemption. Mais les récits multiples et édifiants qui racontent la vie de Jésus ne lui sont pas connus. Ils n’apparaîtront que bien plus tard.

On observe aussi chez Paul, le premier des chrétiens, des divergences doctrinales qui pourraient le faire qualifier de « déviationniste » par ses successeurs réputés canoniques. On sait depuis la Genèse que Dieu créa l’homme doté d’une âme immortelle et d’un corps mortel. Or, dans la 1ère épître aux Thessaloniciens, ch.V,23-24, Paul écrit : « Que tout ce qui est en vous, l’esprit, l’âme et le corps, se conserve sans reproche jusqu’au jour de l’avènement de N.S. Jésus-Christ ». Le texte grec est sans équivoque : « kai holoklèron humôn to pneuma kai hè psuchè kai to sôma ». Affirmation surprenante de l’assemblage ternaire, et non plus binaire, de l’homme qui sera reprise par Willermoz, pour qui seuls les animaux sont formés d’une âme et d’un corps ! Cette affirmation sera même introduite et approuvée lors du Congrès de Wilhelmsbad en 1782 et se retrouve au 1er grade du RER, en provenance directe du rituel des Elus Coën, qui comporte la réplique suivante: D : Qu’avez-vous perdu ? R : La connaissance du corps, de l’âme et de l’esprit. Il est clair que pour justifier l’orthodoxie de sa pensée, Willermoz s’appuie sur Saint Paul, mais sur lui seul. Est-ce bien certain ?

On trouve en effet une correspondance inattendue mais absolument identique à cette conception ternaire de l’homme au sein de l’hindouisme cher à Guénon. Parmi les quatre buts de la vie figure en bonne place le plaisir et l’amour (kâma). Dans un célèbre guide de conduite morale et légale (sûtra) consacré au kâma (le Kâma-Sûtra), son auteur Vâtsyâyana explique que kâma représente « la volupté du corps, de l’esprit et de l’âme sous l’emprise d’une sensation exquise ». La recherche du plaisir et de la satisfaction des sens est une impulsion humaine naturelle qui élargit l’expérience et la connaissance, et le plaisir sensuel constitue l’un des buts légitimes de la vie.

L’hindouisme diffère donc du tout au tout d’avec le christianisme, qui considère que la chair doit être ignorée, à tout le moins dominée voire méprisée, au profit exclusif de l’esprit et de l’âme. Carl Jung a montré l’existence d’archétypes apparaissant indépendamment des contraintes du temps et de l’espace. N’est-il pas curieux, à cet égard, de trouver une conception ternaire de l’homme identique au sein de l’hindouisme et d’un christianisme guère très orthodoxe ? Surprenante et très surréaliste chaîne que celle de Saint Paul, Willermoz, Pasqually et le Kâma Sûtra…

Pour essayer de comprendre ceci, qui est essentiel pour une appréciation objective et correcte de ces textes fondateurs, il faut rechercher les informations portant sur l’élaboration des évangiles. Or, cette analyse va nous conduire à constater des contradictions évidentes, et ce à plusieurs égards. Et ce sont ces contradictions elles-mêmes qui vont nous aider à comprendre la réalité probable et à la considérer avec plus d’intérêt et d’attachement encore. Je rappelle brièvement qu’il n’existe aucun autographe de ces textes. Nous n’avons que des copies de copies, toutes rédigées en grec sans exception aucune. L’analyse des textes montre des rédactions successives, des additions, des rectifications, des majorations et des interpolations [17] qui prouvent l’existence de rédactions multiples. Outre les textes déclarés ultérieurement canoniques, il existe une masse de documents chrétiens apocryphes, soit environ 5000 manuscrits en grec, dont 100 sur papyrus et 4.900 sur parchemin.

Elaboration des évangiles.

Comment donc ont été élaborés ces textes qui sont manifestement des œuvres collectives, et qui comportent de nombreuses refontes effectuées au fil du temps ? Ensuite, dans quel but ont-ils été composés ? [18] Un premier constat relatif aux matériaux employés. Les citations et les recours aux textes de l’Ancien Testament sont très nombreux. Nous l’avons déjà constaté dans le récit de la Crucifixion laissé par Jean; Paul lui aussi a recours à ce système. Rien que dans Marc, le professeur Alfaric a relevé 240 phrases qui sont de purs emprunts à la Bible juive. Il paraît aujourd’hui évident que les judéo-chrétiens ont interprété ces antiques textes juifs afin de démontrer que Jésus y était annoncé, voire même que sa biographie était écrite d’avance. Tout le monde sait aujourd’hui que le fameux « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est textuellement tiré de l’Ancien Testament, en Lévitique XIX-18. Les trente deniers payés à Judas pour prix de sa trahison proviennent de Zacharie (Za 11,13) et de Jérémie. Jean puise largement dans les Psaumes. L’Annonciation se trouve dans Isaïe (Is 3), la fuite en Egypte est dans Osée (Os 11,1), le massacre des Innocents provient de Genèse (Gn 35,19). La phrase célèbre rapportée par Marc et Matthieu lors de l’agonie de Jésus : « Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » figure textuellement dans le Psaume 22. Il est donc clair que les récits évangéliques n’ont pas pour objectif de constituer une chronique historique, mais au contraire forment un texte herméneutique, c’est à dire une interprétation symbolique d’une culture, et une recherche du SENS exact d’une tradition sacrée.

C’est Nietzsche qui constate que « partout, dans l’Ancien Testament, il devait être question du Christ, et rien que du Christ ». Cette technique de l’emprunt n’est pas sans analogie, quant aux intentions, avec l’acharnement que certains historiens maçons mettent à démontrer que la maçonnerie spéculative descend en droite ligne des bâtisseurs de cathédrales, voire d’ancêtres beaucoup plus anciens et respectables encore. Pour quelle raison tactique ?

Au premier siècle de notre ère, le christianisme ne peut se couper de ses racines juives, sous peine de passer pour une secte nouvelle, sans importance aux yeux de l’occupant romain. Et nous lui verrons prendre une certaine distance par rapport à cette ascendance juive dès lors que le Temple aura été détruit, la religion juive démantelée et les  Juifs dispersés après 70, date combien cruciale.

Deux grandes contradictions.

Les chroniqueurs qui rédigent cet ensemble de textes herméneutiques à la fin du 1er siècle s’appuient donc constamment sur l’Ancien Testament, qui doit servir de base à leur justification. Et voici la première des deux grandes contradictions que nous allons examiner maintenant.

Si le christianisme naissant est bien l’enfant du judaïsme, comment expliquer les oppositions parfois énormes entre Ancien et Nouveau Testament que ces mêmes textes mettent en évidence ? En voici les principales que je ne commenterai pas, me bornant à les constater, ce que chacun peut faire au vu des textes, et l’emploi du mot contradiction est une opinion personnelle que je ne demande à personne de partager :

  1. La Trinité chrétienne s’oppose à l’unicité absolue de Yahvé.
  2. La Cène, où le Christ donne son sang à boire, s’oppose à la Loi juive détaillée notamment dans Actes XV,20-29; Genèse IX,4; Lévitique XVIII, 10-14.[19]
  3. Lorsque Marc fait dire à Jésus qu’une femme qui répudie son mari, et épouse un autre homme, est adultère, il s’oppose au droit juif qui ignorait le divorce à l’initiative de la femme. C’est à Rome seulement que pareille répudiation était admise.
  4. Une religion théanthropique, c’est à dire qui affirme une liaison entre des êtres célestes et des créatures terrestres par l’intermédiaire d’un dieu-homme, ne peut provenir de Jérusalem, car elle est étrangère à la psychologie religieuse des Juifs. Elle est en revanche familière à la pensée grecque. Les métamorphoses d’Athéna, la déesse aux yeux pers, sont bien connues.

D’autre part, dès le début, les Juifs chrétiens ouvrent leur communauté aux non-Juifs. Les chrétiens ne respectent pas les interdits alimentaires, ne pratiquent pas la circoncision, n’ observent pas le repos du shabbat, adoptent le baptême instauré par Jean le Baptiste. Celui qui va le plus loin dans l’observation de ces divergences essentielles est Marcion, fils d’un évêque d’Asie Mineure, né à la fin du Ier siècle. Cet intellectuel de grand format affirme que Jésus n’est pas venu accomplir la Loi, mais l’abolir. Il va jusqu’à prétendre que l’évangile est l’antithèse de la Loi, et dévoile son caractère radicalement neuf. C’est Marcion qui invente le concept de Nouveau Testament, en opposition à l’Ancien, tout à fait périmé, selon lui.

On présente en général le Sermon sur la Montagne de Jésus comme illustrant l’idée que la Loi Nouvelle vient compléter la Loi Ancienne, et non s’y opposer. Relisons donc Matthieu au chapitre V, de 17 à 48. A six reprises, sans équivoque possible, Jésus martèle des phrases dont le début est toujours le même : « Vous avez appris qu’il a été dit…et MOI, je vous dis ceci : … ». A six reprises, l’Ancienne Loi est contredite et la Nouvelle Loi proclamée, en opposition avec l’Ancienne, et non en complémentarité. Je ne vous en donne que deux exemples, illustrations lumineuses de la doctrine chrétienne que Jésus affirme publiquement avec tant de conviction :

–Mt. V.38 : « Vous avez appris qu’il a été dit : « Œil pour œil, dent pour dent ». Et moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant ; si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui encore l’autre ».
–Mt. V.43 : « Vous avez appris qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras tes ennemis ». Et moi je vous dis : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent ».

Qui donc oserait prétendre qu’il y ait, dans ces commandements nouveaux, accomplissement de la Loi juive ? Il y a rupture, opposition radicale ; c’est une mentalité absolument neuve que Jésus instaure, avec des MOI répétés, et je ne puis, pour ma part, que donner raison à Marcion l’hérétique. Marcion qui fut excommunié par l’Eglise de Rome en 144… Cette interprétation m’est tout à fait personnelle, j’avais promis de vous le signaler.

En résumé, une première contradiction majeure s’impose à nous entre, d’une part, le recours à des matériaux que les judéo-chrétiens vont puiser dans l’Ancien Testament pour se donner une base légale et, d’autre part, l’existence d’oppositions très nettes apparaissant entre l’Ancien et le Nouveau Testament, tant au niveau du comportement sacramental et rituel qu’à celui de la doctrine et de la morale.

Contradictions chez Jésus lui-même.

Et voici qu’apparaît une nouvelle contradiction, et non la moindre, dont il nous faudra chercher l’explication, parce qu’elle concerne la personnalité même du fondateur de la religion nouvelle : Jésus.

Il est une image terrifiante qui se dégage des évangiles. Celle de Jésus le Pharisien, voire même de Jésus le Zélote, [20] selon plusieurs historiens quelque peu partiaux. Certaines des paroles qu’on lui prête permettent de concevoir, de sa part, une interprétation intégriste [21] de sa conception de la Loi. Je me bornerai à citer Matthieu et Luc en des textes que l’on connaît bien, mais sur lesquels on glisse souvent, en leur prêtant une signification imprécise, gênante et définitivement obscure.

Matthieu X,34-36 : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur terre, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère ; on aura pour ennemis les gens de sa famille ». On retrouvera identiquement cette stupéfiante affirmation en Luc XII, 51-53.

Luc cite une autre parole de Jésus : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple ». Luc XIV, 26. Le terrible verbe haïr demande une vérification précise afin d’éliminer toute erreur possible de traduction. Le texte grec porte : « ei tis ou misei ton patera… » Le verbe misein n’a qu’un seul sens : haïr, avoir en horreur. Le témoignage selon Luc ne peut donc être mis en doute. Et la parabole des mines rapportée par le même Luc ne se termine-t-elle pas sur : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence ». Lc XIX, 27.

Ce Jésus-là n’a à la bouche qu’injures, imprécations et menaces. Combien stupéfiante est sa violence verbale à l’encontre des Pharisiens, lorsque Jésus vitupère : « Serpents, race de vipères, sépulcres blanchis ».  Et aussi cette horrible malédiction, assénée à huit reprises au chapitre XXIII de Matthieu : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites,…que retombe sur vous tout le sang répandu sur la terre ».  Bref, comment concilier, ainsi qu’on l’a tenté si souvent, ce personnage fanatique et vitupérant, avec celui qui tend l’autre joue, lorsqu’on le frappe sur l’une. Avec Jésus prêchant l’amour de l’ennemi. Avec le poète inspiré et admirable des Béatitudes, avec le Juif pieux observant la Loi et ses prescriptions rituelles, avec le Jésus respectueux de l’ordre établi qui demande de rendre à César ce qui est à César, avec celui qui prie de laisser venir à lui les petits enfants ?… Le Bon Pasteur, ou Jésus contradictoire. On ne possède aucune description physique de Jésus. L’iconographie traditionnelle le représente grand, mince, portant moustache, barbe et cheveux longs et noirs. Ce stéréotype paraît dater de Byzance. En revanche, l’iconographie chrétienne des quatre premiers siècles montre un jeune homme imberbe, aux cheveux clairs coupés courts, vêtu d’une  tunique à la romaine. Il porte sur ses épaules une brebis ou une chèvre, démarquage évident de la représentation du Moscophore, appartenant, lui aussi, à la plus pure tradition grecque qui soit.

Les récits évangéliques ne nous permettent pas de distinguer laquelle de ces figures totalement contradictoires serait plus authentique ou plus historique que l’autre. Dans un même corps de textes, on soutient une opinion et son contraire, et des propositions radicalement antagonistes. L’ensemble se révèle donc hétéroclite. Il n’en reste pas moins que les gestes posés sont parfois plus éloquents que les discours rapportés. Il s’en dégage une personnalité qui valorise les petites gens méprisées, qui soulage les misères, qui accueille les exclus sans distinction, qui refuse les compromissions, qui pardonne les fautes dès lors qu’elles sont regrettées, et qui s’attire les pires ennuis par son intransigeance envers la bêtise, la vénalité, la vanité, la méchanceté, les préjugés et le rigorisme borné. Et qui affirme par-dessus tout, la primauté donnée à la Lettre sur l’Esprit !

Originalité de la Doctrine chrétienne.

Voici donc venu l’endroit d’esquisser brièvement l’essence et l’originalité de la doctrine chrétienne, toute métaphysique mise à part selon nos conventions. La religion chrétienne est incomparable, en ce sens qu’aucune religion de l’antiquité ou postérieure ne présente ces deux caractéristiques à mes yeux les plus importantes : d’abord, la divinité s’incarne parmi les hommes, contrairement à la plupart des dieux qui jusque là, vivaient dans les cieux, sur le mont Olympe, le mont Sinaï, où dans les grands phénomènes naturels. La divinité descend habiter parmi les hommes, se fait homme, vit un destin tragique d’homme, et triomphe de la mort. Cette destinée est ensuite promise à toute l’humanité. On n’avait jamais encore entendu cela, et on ne l’entendra jamais plus.

Ensuite, l’apport révolutionnaire, qui constitue le cœur même du message christique, assigne un objectif extrêmement élevé, une mission impossible pour la plupart d’entre nous : l’amour absolu de soi mais aussi de l’autre, y compris de ceux que nous n’aimons pas. Paradoxe supplémentaire d’une exigence folle, idéal utopique puisque hors de portée de la plupart d’entre nous.

L’Amour chrétien.

Relisons simplement le texte de Jean, sans oublier ses épîtres, pour nous pénétrer du sens de l’amour chrétien. Et relisons l’admirable texte de Paul, dans sa première épître aux Corinthiens, chap. XIII, 13, où il est question de la foi, de l’espérance et de la charité, ce qui est une traduction insatisfaisante du grec agapè, dont le sens est plus proche de aimer, chérir, traiter avec affection :

« Quand je parlerais les langues des hommes et des anges
si je n’ai pas l’amour
je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit.
Quand j’aurais le don de prophétie
Que je connaîtrais tous les mystères
Et que je possèderais toute science;
Quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes
Si je n’ai pas l’amour je ne suis rien ».

Même credo essentiel chez Jean. Au chapitre XIII-34 de son évangile, Jésus précise : « Je vous donne un commandement NOUVEAU : que vous vous aimiez les uns les autres ».

Il ne s’agit pas ici d’accomplir l’ancienne Loi, il s’agit d’une novation claire et nette. Dans sa première Epître, Jean revient sur ce thème fondamental de façon obsessionnelle : « Celui qui aime son frère est dans la Lumière ». Plus loin : « Son commandement est que nous nous aimions les uns les autres ». Plus loin encore : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier ». Combien profondément initiatique est cette proposition qui consiste à passer de la mort à la vie, alors que bien souvent la préoccupation  des religions antérieures fut de passer de la vie à la mort…

Et puis, l’apothéose, en ces quelques versets typiques du style de Jean qui procède par larges périodes répétitives, se complétant l’une l’autre par petites touches, et qui rejoignent avec tant de précision le message originel de Paul dans son épître aux Corinthiens : 

« Dieu est amour.
Personne n’a jamais vu Dieu, mais si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous.
Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu,
et Dieu demeure en lui ». 

Que ressort-il de révolutionnaire du Nouveau Testament ?

Une impression très forte, malgré les contradictions nombreuses dues sans doute aux tempéraments divers de ceux qui ont transmis vaille que vaille les valeurs du christianisme primitif. Une impression très forte livrée par un homme dont les idées neuves contrastent violemment avec celles de son temps et de sa société en pleine déliquescence, car il exalte le renoncement, la pauvreté, l’humilité, la douceur, la confiance, l’amour, le pardon, l’égalité et la fraternité, toutes idées peu familières à ses contemporains divisés. Le plus grand commandement, précise Jésus sans ambiguïté, est d’aimer Dieu, et le deuxième est d’aimer son prochain comme soi-même. Ceci constitue la pierre angulaire de tout le Christianisme.

L’opposition de la pensée de Jésus à tous les courants de l’époque fait de lui avant tout un insoumis, un homme assoiffé de pureté, un homme indigné, proclamant le devoir d’ingérence. Et ceci explique et même justifie peut-être la violence de certains des propos qu’on lui prête.

Comment expliquer ces deux contradictions marquantes qui affectent d’une part les écrits fondateurs, et d’autre part la personnalité extraordinaire de Celui qui marqua si profondément la civilisation de toute une planète depuis 2000 ans ?

Les évangiles après la destruction du Temple en 70.

On trouve dans le Nouveau Testament deux descriptions paradoxales du message chrétien. Celle du message de Jésus tel qu’il apparaît avant un événement capital pour le monde (mais aussi pour la franc-maçonnerie) et tel qu’il apparaît après ce même événement. De quel événement s’agit-il donc ?

La Ménorah ou Chandelier à Sept Branches en or massif, volé et ramené à Rome par les soudards de Titus. Fondu, comme l’Arche d’Alliance et ses Chérubins eux aussi en or massif, sans doute pour financer les jeux et la grandeur de Rome…

En l’an 70 de notre ère, les troupes romaines de Titus envahissent Jérusalem, investissent le Temple promis par David et construit une première fois par Salomon. Ils le pillent, l’incendient et le réduisent en cendres. L’arche d’Alliance, les Tables de la Loi, les Tables aux Pains de Proposition, le Chandelier à Sept Branches, l’Autel des Parfums sont volés par la soldatesque et transportés à Rome. De nos jours encore, on peut en admirer la splendeur dans les sculptures qui ornent les parois de l’arc de Titus dressé au pied du Colisée, en glorification de ce dramatique exploit.

La destruction du Temple entraîne des conséquences de la plus haute importance. L’exil des Juifs et la fin temporaire du judaïsme religieux. Juifs chrétiens et Juifs pharisiens rompent leurs dernières attaches, et les derniers Juifs chrétiens sont définitivement chassés des synagogues de la Diaspora. La réalité du judaïsme après la destruction du Temple permet l’apparition simultanée du judaïsme rabbinique et du christianisme universel, ce dernier étant désormais libéré de ses dernières accointances judaïques.

C’est peu après, soit vers 70 à 80, que des communautés chrétiennes, chassées des dernières synagogues, commencent à élaborer, par écrit cette fois, un corpus d’histoires très diversement interprétées, et qui révèlent nombre de rivalités internes. Le divorce religieux définitif entre Juifs et chrétiens est récent encore, dans les années 70, c’est à dire au moment où les écoles de Marc et Matthieu se mettent à écrire, sans charger encore ouvertement les Juifs. Mais Jean, qui ne rédigera avec ses amis que vers 90 à 100, soit une bonne génération plus tard, traite sans restriction cette fois les Juifs d’adversaires. C’est l’écrit le plus anti-juif du Nouveau Testament. Il va jusqu’à écrire (ou dicter) que « Jésus n’avait pas le pouvoir de circuler en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le tuer » (Jn.7,1). Il décrit même Jésus « renvoyant les Juifs à leur Loi » comme si elle n’était pas du tout la sienne. Les Juifs, pour Jean, sont l’ignorance, l’aveuglement, la rigidité, bref : le mal absolu. Jean écrit aussi, froidement, que Pilate « le leur livra pour être crucifié » (Jn 19-16) désignant ainsi les Juifs comme les bourreaux de Jésus. Et le texte original grec ne laisse aucun doute sur le sens à donner à cette affirmation.

Cette accusation terrible, qui sera lourde de conséquences pendant vingt siècles, l’aurait-il portée pareillement avant la chute du Temple et du judaïsme ? Quant à Paul, ce juif-romain converti, son anti-judaïsme va aussi loin, si pas davantage. Sa 1ère épître aux Thessaloniciens, II,15-16, dit : « Vous avez souffert vous aussi de la part de vos compatriotes ce qu’elles (les églises) ont eu à souffrir de la part des Juifs, de ces Juifs qui ont mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes, nous ont persécutés, ne plaisent point à Dieu et sont ennemis du genre humain… Mais la colère de Dieu est tombée sur eux pour y demeurer jusqu’à la fin ».

Conclusion.

En conclusion, on observe entre les premiers écrits de Paul, qui datent de 50, et ceux de Jean, qui sont de 90-100, une concordance étonnante à cet égard : une forte opposition religieuse au monde traditionnel juif et donc une grande indépendance doctrinale, une ouverture aux Gentils, et une puissante originalité par rapport au milieu religieux ambiant.

En revanche, les rédacteurs des évangiles canoniques et de l’ensemble des  textes constituant le Nouveau Testament vont, pour leur part, comme l’écrit Gérard Mordillat, « muer progressivement et savamment le prophète juif galiléen en Christ universel, et ce, par la puissance et la magie de l’écriture ». Ils s’appuient, à cette fin, sur les textes de l’Ancien Testament, qu’ils citeront encore abondamment, afin d’établir les preuves de l’accomplissement de l’Ancienne Loi.

A notre tour, Maçons Rectifiés, de nous appuyer sur les textes, afin d’éclairer notre entendement

Le rituel ne dit-il pas, lors de la clôture des travaux : « La Lumière se trouve à l’Orient, et c’est là seulement que vous pourrez la trouver ». Et la main du Vénérable Maître n’est-elle pas posée, à cet instant précis, sur le seul évangile de Jean, et non sur la Bible ?

Le Nouveau Testament est un texte littéraire, ésotérique et herméneutique fondamental, qui est aussi le livre le plus imprimé, le plus vendu et le plus lu au monde. Sa lecture, sa connaissance et sa méditation constituent, à mes yeux, une des deux bases nécessaires pour assurer une progression fructueuse et lucide dans notre Rite Ecossais Rectifié, la seconde étant l’Ancien Testament. Le contenu spirituel, ésotérique et symbolique du Volume de la Sainte Loi requiert les efforts de tout maçon rectifié. C’est pourquoi la Lumière « nécessaire pour perfectionner nos travaux se trouve à l’Orient ».

De même que radio Londres s’écoutait autrefois au travers de et malgré les brouillages allemands, de même aussi la pensée de Jésus doit-elle nous devenir familière et nourrir notre « âme » malgré les contradictions et les obscurités de ses premiers propagandistes.

Connaissance et Amour, nous dit Jean. Ne privilégions pas l’un de ces deux termes. Ils constituent les deux piliers indissociables de notre démarche spirituelle.

 

Tombe de Jean l’Evangéliste autour de laquelle fut construite la basilique de Saint Jean à Selçuk, Ephèse, Turquie d’Asie.

 

[1] Nous n’abordons pas ici la prétention de certains à nier l’existence historique de Jésus : le christianisme procède  d’une pensée originale, et il faut bien qu’un cerveau humain l’ait produite, comme toute pensée.
[2] Eschatologique : du grec eskhatos, dernier, et logos, science. Théorie des fins dernières de l’homme.
[3] Apo-cryphe signifiant en grec secret, caché.
[4]  De revolvere, mouvement circulaire indiquant un changement brusque et violent.
[5] Du grec sun-optein : voir ensemble et d’un seul coup d’œil.
[6] Irénée, Contre les hérésies, III, 1,1, Traduction A. Rousseau
[7] Zébédée : Zébédaïos (hébr : Zabadias) mari de Salomé et père des apôtres Jacques et Jean. Pêcheur aisé du lac de Galilée, possédant plusieurs serviteurs. Ses deux fils réparaient ses filets. Telle était la profession de Jean.
[8] La traduction littérale, par Tresmontant, de l’évangile de Jean, ainsi que ses commentaires d’une très haute érudition où les digressions sur les correspondances hébraïques abondent, reste un ouvrage de référence à lire et à relire. Voir bibliographie.
[9] Propagande, qui vient de ‘propaganda fides’, la foi devant être propagée. Il n’y a donc étymologiquement aucune connotation péjorative au mot.
[10]  Parousie : seconde et définitive apparition à venir du Christ sur terre, inaugurant le Royaume de Dieu.
[11] Gentil : de gens-gentis, nation. En style religieux juif : étranger, infidèle ou païen. Nom repris par les premiers chrétiens pour désigner les païens (de paganus : paysan, homme des campagnes).
[12] Presbuteros, qui signifie plus âgé en grec, donnera prêtre en français.
[13] Ecclesia qui ne signifie rien de plus qu’assemblée en grec, donnera église en français.
[14] Messiah en hébreu, se traduit par Christos en grec, et par l’Oint ou Christ en français.
[15] Nazoréen : on ne sait toujours pas ce que cet adjectif signifie exactement. Le texte grec de Jean détaille l’inscription qui ornait le titulus en grec, hébreu et latin, surmontant la croix : « Ièsous ho Nazôraïos ». La traduction « de Nazareth » est très approximative. Tout ce que l’on sait, c’est que la ville de Nazareth n’existait pas en l’an I de notre ère.
[16]  Dictionnaire de la Bible publié par l’abbé Vigouroux, tome IV, p.2222.  Ed. Letouzay, Paris, 1908.
[17] Interpolation : introduction dans un ouvrage de passages qui ne figurent pas dans l’original.
[18] L’école rationaliste, notamment de Paris, écrit  » fabriqués ».
[19] Ceci est probablement l’argument le plus décisif et mettant le mieux en évidence le divorce flagrant entre l’Ancienne Loi et la Loi Nouvelle, telle qu’elle fut mise par écrit après nombre de tribulations orales. Les auteurs de ces récits sont des Juifs fortement hellénisés, ayant perdu tout contact avec le judaïsme de Judée, associés à des candidats au christianisme d’origine purement païenne. La consommation de sang dans la Loi juive était et demeure strictement interdite. Les apôtres eux-mêmes ont maintenu cette interdiction aux premiers temps de l’évangélisation, tant pour les convertis provenant du judaïsme que pour ceux originaires de la gentilité. L’Ancien Testament abonde en expressions de ce tabou absolu : Ge 9:4 : « Seulement, vous ne mangerez point de chair avec son âme, avec son sang ». Le 17:14 :  » J’ai dit aux enfants d’Israël : vous ne mangerez le sang d’aucune chair ». De 12:33 : « Seulement, vous ne mangerez pas le sang ». Le 17:12 : « C’est pourquoi j’ai dit aux enfants d’Israël : personne d’entre vous ne mangera de sang ». Le 19:26 : « Vous ne mangerez rien avec du sang ». Sa 14:33 : « Le peuple pêche contre l’Eternel en mangeant avec le sang ».
L’effusion du sang des victimes constituait la partie essentielle des sacrifices. Le sang était répandu, car il représentait la vie, et c’est la vie qui était offerte à Dieu. Mais en aucun cas le sang ne pouvait être « mangé ». L’interdiction est absolue et ne fut jamais abrogée en milieu juif. Jésus, qui était rabbi et connaissait la Loi au point d’en confondre les Docteurs eux-mêmes dès l’âge de 12 ans, ne pouvait donc l’ignorer. En cette qualité, il ne peut s’être permis de prononcer les paroles qui lui sont attribuées par les groupes évangélistes hellénisés de la fin du siècle.
[20] Zélote : synonyme de zélateur : Juif dont la ferveur extrême confine au fanatisme. Ils suscitèrent la révolte de Judée qui valut, en 70, la prise de Jérusalem et le sac du Temple par les troupes de Titus.
[21] Intégrisme : disposition d’esprit qui prétend intégrer tous les aspects de la vie dans une seule doctrine religieuse. Parfois confondu avec le fondamentalisme, mouvement religieux qui ramène tous les aspects de la vie au seul sens littéral d’un livre tenu par lui pour sacré. Deux qualités qui se trouvent parfois cumulées…

Bibliographie.

  1. Textes historiques de référence :

L’histoire des évangiles. Michel Quesnel. Ed. du Cerf / Idées. 1987
L’Antiquité, l’Orient, La Grèce et Rome. Albert Malet. Hachette. 1921
Le symbolisme dans l’évangile de Jean. Paul Diel et Jeannine Solotareff. Payot. 1983
Jésus de Qumrân à l’évangile de Thomas. Les judaïsmes et la Genèse du christianisme. Alain Houziaux. Ed. Bayard / Centurion. 1999
Evangile de Jean. Traduction de Claude Tresmontant. ŒIL. 1984
Evangile selon Thomas. Dervy-Livres, Paris 1985
Evangile de Marie ( Myriam de Magdala). J.-Y. Leloup, Le Grand Livre du Mois, 1998.
La Sainte Bible d’après les textes originaux. Traduction de l’hébreu et du grec par l’abbé Crampon. Ed. Desclée et Cie. 1894-1904.
La Sainte Bible traduite par l’école biblique de Jérusalem. Ed. du Cerf, 1961.
Dictionnaire de la Bible en VI volumes, Vigouroux. Ed. Letouzay, 1912.
Texte original grec du Nouveau Testament. Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart. Nestlé-Aland, 1964.

  1. Textes critiques et sceptiques.

Jésus contre Jésus. G. Mordillat et Jérôme Prieur. Seuil 1999.
La fable de Jésus-Christ. Guy Fau. Ed. Union Rationaliste, 1964
Celse ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif. ( « Les maîtres de la pensée antichrétienne », Dir. Louis Rougier). Ed. du Siècle, 1926.
L’invention de Jésus, tome II : la fabrication des évangiles. Bernard Dubourg, Gallimard 1998.

  1. Approche très rationaliste.

Le christianisme et ses mystères. Georges Ory in Cahiers rationalistes 1964
Analyse des origines chrétiennes. Georges Ory in Cahiers rationalistes, 1961.
Ambiguïté des sources judaïques du christianisme. Georges Ory in Cahiers rationalistes, 1964.
La critique biblique et l’Eglise. Pierre Biermann in Cahiers rationalistes, 1963.

mercredi 15 avril 2020
  • 15
    Anwen
    2 août 2020 à 09:34 / Répondre

    « Le Nouveau Testament se définit bien entendu par rapport à l’Ancien. »
    Oui. Mais ce que l’on ne nous dit pas, et ce qu’il faut savoir, d’abord, c’est que l’Ancien Testament, sur lequel le Nouveau s’appuie, est un livre altéré, un livre destiné déjà à cacher quelque chose. Si on ne sait pas qu’il y a déjà dans les anciennes Écritures quelque chose que l’on cache, on ne peut pas comprendre les nouveaux Évangiles, puisque c’est le même mensonge qui continue.
    Origines et histoire du Christianisme : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/originesethistoireduchristianisme.html

  • 14
    Pellegrin Miche
    19 avril 2020 à 09:01 / Répondre

    Bonjour,
    Je travaille actuellement avec Marc-Alain Ouaknin sur une « Lecture talmudique des Evangiles ».
    Je vais donc lire attentivement ce texte et tenter d’établir des passerelles.
    Miche .P

  • 13
    Sacripant
    16 avril 2020 à 10:55 / Répondre

    Quel plaisir que de vous lire, TCF Jean van Win !
    Vous vous étiez fait un peu trop rare sur ce site ces derniers temps.
    Je garde toujours précieusement le texte de vos divers Morceaux d’Architecture pour les relire régulièrement.
    Revenez-nous le plus souvent possible svp !
    Avec Pierre Noël et quelques autres, vous êtes tout ce qui m’intéresse encore sur Hiram.be !

  • 10
    Désap.
    15 avril 2020 à 17:20 / Répondre

    Lire Louis Rougier c’est surement très bien, lire l’original est forcément mieux.
    https://arbredor.com/ebooks/DiscoursVeritable.pdf

  • 9
    Luciole
    15 avril 2020 à 15:46 / Répondre

    Intéressant et clair exposé,merci à JvW de nous l’avoir offert et à Géplu de l’avoir proposé.Je me sens moins ignorant.

  • 7
    Johannes Winghius
    15 avril 2020 à 14:30 / Répondre

    C’est très simple, mon bien cher Jacques du Sri Lanka. J’ai exhumé ce long texte à l’intention de quelques amis, maçons ou non, réguliers ou non, mâles ou femelles, à l’occasion de la fête de Pâques. Ces quelques amis ont en commun d’être des lecteurs de Hiram.be. Comment m’adresser à eux ? Certains sont frères, certains sont sœurs, certains ne sont ni l’un ni l’autre, mais, dans la mesure où il s’intéressent aux origines supposées et contestées du christianisme, je les considère tous comme des frères ou sœurs de mes frères. Il n’y a pas d’autre mystère dans l’emploi du substantif « cousin ». Il est moins restrictif que « ami ».
    Le reste de tes observations relève de ma vie maçonnique privée et n’intéresse que fort peu de monde.

    • 11
      de Flup
      15 avril 2020 à 17:45 / Répondre

      Réponse sympa et gentiment sophistiquée…

  • 6
    Jean_de_Mazargues
    15 avril 2020 à 13:05 / Répondre

    C’est passionnant, mais je n’ai pas encore terminé la lecture. Merci au site Hiram et à l’auteur pour cette communication.

  • 5
    joab's
    15 avril 2020 à 11:19 / Répondre

    oui, travail considerable … du Jean vW typique.
    Je m’interroge pour notre FM sur2 tendances extrêmes :
    – celle rejetant toute relation biblique et encore plus du NT au nom d’un anti-clericalisme militant.
    – celle voyant dans la FM qu’une déclinaison parmi d’autres de devotion chrétienne (ou juive).

  • 4
    Jacques Huyghebaert
    15 avril 2020 à 11:13 / Répondre

    Du lointain Sri Lanka où je lis avec un intérêt soutenu les articles paraisssant sur Hiram.be, j’aimerais que notre Frère ? Cousin ? Ami ? Jean Van Win, initié à 26 ans, en 1961, en la loge Les Vrais Amis de l’Union et du Progrès Réunis, au Grand Orient de Belgique, membre successivement de plusieurs obédiences maçonniques belges et auteur d’un grand nombre d’articles et de livres maçonniques, nous révèle lui même ce qui nous vaut d’être désormais d’être qualifiés de « cousins » et qu’il nous explique si la question n’est pas dépacée et s’il veut bien, un cheminement initiatique singulier – qui l’a conduit là où il est maintenant — lui qui écrivait encore il y a peu :  » la franc-maçonnerie est un mouvement moral polymorphe et progressiste, issu des Lumières, et laïque au sens français du terme. Ce mouvement est sans doute l’idée la plus noble que l’homme ait jamais eue ; il est destiné, par le recours à une méthode exclusive et incomparable, à inculquer la construction d’une armature morale, l’écoute bienveillante réciproque, et par conséquent la tolérance. »

    • 8
      de Flup
      15 avril 2020 à 15:36 / Répondre

      J.H., fin connaisseur, a t’il mis le doigt le doigt dans la plaie, tout en soulignant l’intérêt de la pièce de J.V.W., d’ailleurs absolument remarquable?

    • 12
      Désap.
      15 avril 2020 à 17:46 / Répondre

      4 – Le revirement peut s’expliquer de manière fort simple : le Nouveau Testament est un texte propre à rendre aveugle, dépendant et fanatique qui ne prend pas garde.
      Tous les ressorts du lavage de cerveau sont exploités, notamment cette histoire de mort et de vie arguant qu’antérieurement on glorifiait la mort (qui révèle soit une incompréhension fondamentale des sagesses classiques, soit bien plus probablement une manipulation de cuisine à l’adresse des faibles) et l’excellent
      Matt. 19.13-20.16
      Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l’homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël (condamnation des élites au profit des indigents, la ficelle est énorme mais pas assez semble-t-il pour des hommes du XXIè sc, pathétique)
      suivi du non moins excellent
      Bien des premiers seront les derniers et bien des derniers seront les premiers.
      Mais je n’ai certainement pas dû comprendre l’immense portée ésotérique d’une telle sophistique.

  • 3
    Anonyme
    15 avril 2020 à 10:49 / Répondre

    merci pour cette lecture offerte, beau travail !

  • 2
    Didier Stoner Eliot
    15 avril 2020 à 08:43 / Répondre

    Grand merci à Jean van Win!

  • 1
    ERGIEF
    15 avril 2020 à 01:10 / Répondre

    Merci mon BAF Jean pour ce travail magnifique.

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