Wilfred Ruprecht Bion

L’égrégore sous le regard de la psychanalyse

Publié par Géplu
Dans Divers

Le texte ci-dessous est l’œuvre d’un Frère que nous appelerons Frémax, psychanalyste et praticien en psychothérapie. Il définit l’égrégore comme « une forme de communion psychique », qu’il aborde à l’aide des travaux de Wilfred Ruprecht Bion, un psychiatre anglais qui a beaucoup travaillé sur les traumatismes des militaires au front : « W. R. Bion a développé – entre autres et en son temps – une approche clinique singulière des petits groupes et des phénomènes psychiques, dans le champ de l’intersubjectivité, qui peut être appliquée à la clinique du travail en groupe restreint, tel qu’il a lieu en loge maçonnique », nous dit-il.
Un parallèle étonnant, qui donne un travail original et intéressant, l’auteur n’hésitant pas à mettre Rudyard Kipling à contribution à l’appui de sa démonstration…
Géplu.

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L’égrégore sous le regard de la psychanalyse,

ou Wilfred Ruprecht Bion*, le trauma et l’égrégore

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Il existe un phénomène appelé égrégore qui consiste à vivre en collectif restreint une forme de communion psychique. Plus qu’une émotion, cela provoque une sorte de résonance entre les personnes, les conduisant à intimement ressentir psychiquement la même chose. L’égrégore n’est pas un objet d’investigation clinique ou de recherche facile à construire et à manipuler, n’ayant jusqu’ici fait l’objet que de peu de publications, lesquelles ne rendent pas compte de travaux scientifiques, mais plutôt d’essais ou pensées d’auteurs, gardant toutefois dans leur champ leur pertinence propre.

L’égrégore est un terme utilisé (entre autres) dans les réunions entre les francs-maçons et ce de manière propre à ces derniers; en dehors de la littérature maçonnique il y a peu d’usage du mot [i], et jamais dans une quelconque approche conceptuelle des phénomènes de la psychologie ou de la psychanalyse des groupes.

Je propose de réfléchir à une approche conceptuelle de ce qu’est l’égrégore en étayant la démarche d’élaboration théorique, voire même scientifique par la référence à la psychanalyse, en tant que champ disciplinaire, et à la pensée d’un psychiatre et psychanalyste anglais du 20ème siècle, Wilfred Ruprecht Bion. Particularité de vie importante à souligner pour ce qui concerne W. R. Bion c’est qu’il a connu, en tant qu’homme et soldat, les deux grandes guerres qui ont marqué la première moitié du 20ème siècle. Lors de la guerre 14-18 Bion était officier, sur le champ de bataille, et fut confronté à l’indicible, à l’extrême en situation de combat, au trauma en tant qu’il a vécu « le réel de la mort. »

Ses écrits successifs, au fur et à mesure d’articles puis d’ouvrages en témoignent ; il lui faudra d’ailleurs, en ce qui concerne certains faits vécus sur le champ de bataille, plusieurs décennies pour en parler, en passant de l’usage de la troisième personne en se désignant par son propre nom à l’emploi de la première personne, en tant que « je ». Lors de la seconde guerre mondiale il fut mobilisé en tant que médecin-psychiatre et officier (médecin-colonel), notamment engagé dans la prise en charge psychique des soldats traumatisés par l’expérience du combat. C’est à cette époque qu’il initiera des expériences portant sur la prise en charge, en petits groupes, de sujets psycho-traumatisés ; ainsi, avec un demi-siècle d’écart il poursuivait – certes sans y faire référence de manière directe, c’est-à-dire clinique et scientifique – les travaux de Rivers qui, lui, avait « ouvert la voie » de la clinique du trauma psychique, en contact direct.
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« the history of post-traumatic stress disorder » (Photo d’illustration)

Quel rapport, quel lien avec le phénomène de l’égrégore ? Déjà, laissons à Bion l’exposé d’une de ses idées en cet extrait : « L’homme qui parle à un ami convertit les impressions des sens de cette expérience émotionnelle en éléments-alpha et devient ainsi capable de pensées du rêve, donc d’une conscience non troublée des faits, que ceux-ci soient les événements auxquels il est en train de participer ou ses sentiments à propos de ces événements, ou les deux. » On tentera plus loin de faire le lien entre cette citation et l’égrégore. Ici, même si ce n’est évidence, le lecteur peut connecter la phrase à l’expérience clinique d’un psy – en situation d’écoute – lorsqu’il s’agit d’entendre, au-delà même du « dire », ce que la charge signifiante porte de sens.

Pour qui peut faire le lien avec le texte de Rudyard Kipling – qui sera évoqué plus loin – verra l’évidence de l’adaptation conceptuelle de la théorie de Bion à la fraternité vécue en loge. Il est connu que W. R. Bion a développé – entre autres et en son temps – une approche clinique singulière des petits groupes et des phénomènes psychiques, dans le champ de l’intersubjectivité, qui peut être appliquée à la clinique du travail en groupe restreint, tel qu’il a lieu en loge maçonnique. Il est donc possible, selon moi, d’appréhender conceptuellement le vécu particulier éprouvé par les membres participant à une tenue, lorsque les membres du collectif éprouvent une émotion/sensation singulière qui est spécifiquement qualifiée « égrégore. »

Il s’agit, selon les auteurs de la littérature maçonnique, d’une sorte de mouvement psychique et affectif collectif, émergent sans décision et de façon spontanée. Si, selon ce qu’en dit la littérature maçonnique, l’égrégore est recherché, voire se ferait en ouverture des travaux, il n’y a rien d’implicite ; la résonance psychique, telle qu’elle semble pouvoir être vécue, ne surgit qu’en de rares occasions, celles-là même où peut se constituer le « corps à plusieurs », concept issu de la psychanalyse de guerre. Différent de l’empathie, l’égrégore [ii] s’évoque au carrefour du vécu émotionnel et d’une forme de ressenti global, sans que jamais il ne soit fait (en maçonnerie spéculative) d’élaboration théorique du phénomène, quant à son lien avec le psychisme. Je renvoie le lecteur, pour référence à la littérature, à la nouvelle de Rudyard Kipling « Dans l’intérêt des frères ». Ce texte d’une vingtaine de pages, peu connu des initiés eux-mêmes, décrit sur le mode de la fiction (les personnages et les scènes narrées par Kipling sont de son invention mais s’inspirent directement de son expérience personnelle, à sa façon Kipling a été un ethnographe de son époque, notamment en ce qui concerne ce texte), l’organisation du travail au sein d’une loge maçonnique, à Londres, dans les années du premier conflit mondial.
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Petite chirurgie dans les tranchées

J’ai noté, en effectuant une revue de littérature approfondie, que si entre eux les francs-maçons parlent du phénomène de l’égrégore ils ne le théorisent pas ou bien succinctement et selon leur démarche philosophique propre. On peut dire que sur ce sujet la franc-maçonnerie possède ainsi sa propre démarche théorique, champ disciplinaire intellectuel, spéculatif et philosophique qui s’outille de concepts propres, de références historiques et symboliques. On sait toutefois que des loges dites « de recherche », constituées de membres en général exercés à la méthodologie de recherche (quelle qu’en soit la nature), travaillent sur des sujets singuliers ; selon la singularité des ateliers, les sujets sont principalement axés sur : culture, histoire, tradition, symbolisme, mystique. Il n’y a pas – à proprement parler – en loge bleue de développement de travaux de recherche à référence scientifique, tels ceux développés en laboratoire d’université. Pour le frère qui connait à la fois le travail à couvert, de midi à minuit, et l’ambiance particulière des salles de réunion de laboratoires universitaires dans les sciences humaines, comme des séminaires de psychanalyse, les différences sont claires. Elles peuvent sans doute paraitre obscures au néophyte, et ce dans les deux univers que sont la maçonnerie spéculative comme celui de l’université. Quand je dis que ce phénomène particulier n’est pas théorisé, je réfère à un corpus scientifique spécifique (champ des sciences humaines) ; il semble que la pensée maçonnique – qui n’exclut certes pas la démarche scientifique – ne soit pas constituée/référée de manière « scientifique » mais selon une approche philosophique qui lui est propre, spécifique donc et sans avoir de lien direct avec la philosophie qui peut s’entrevoir elle-même dans le champ universitaire.

De fait, on peut explorer, au travers du recueil et de la narration, le symbolisme de l’égrégore en le soumettant à l’approche de la psychanalyse. Il s’agit d’élaborer conceptuellement ce phénomène particulier, inconnu des cliniciens de la psyché [iii], en tant qu’il semble pouvoir étayer, voire réparer, les douleurs morales, jusqu’aux effractions psychiques dues aux situations psycho-traumatiques. En référence à l’approche proposée par Sandor Ferenczi, dès la fin de la guerre, on peut évoquer le fait qu’aucune intention inconsciente de recherche d’un bénéfice quelconque ne s’exprime ; la fraternité en loge, qui fait se reconnaitre les frères entre eux, n’entretient en rien – par la réciprocité symbolique des regards inter-croisés – quoi que ce soit d’une monstration morbide, donc pas de position voyeuriste parce pas d’exhibition. Ceux des frères venant en loge (référence au texte de Kipling) semblent n’avoir d’autre intérêt que de retrouver les conditions mêmes de la fraternité vécue entre initiés.
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La question posée revient à reconnaitre, décrire, élaborer – littéralement décortiquer – ce qui semble s’activer dans l’égrégore qui puisse avoir une sorte de capacité à restaurer/étayer le psychisme des membres d’une assemblée réunie dans le cadre d’une tenue maçonnique ; on comprendra pourquoi je me réfère à la nouvelle de Kipling, « Dans l’intérêt des frères. » Ni psychothérapie [iv], ni démarche de relation d’aide, la maçonnerie spéculative trouve à faire surgir dans ses réunions des instants rares en résonances psychiques. Quelques auteurs ont tenté l’esquisse d’une psychanalyse de la Franc-Maçonnerie mais sans questionner ce que l’initié pouvait éprouver psychiquement dans l’intimité des loges [v]. Car si l’émotion est partagée, verbalisée, il n’en est rien d’une élaboration groupale de la part psychique vécue. Pour ce qui le concerne, Bion n’a pas eu ce type d’expérience et ses premiers travaux avec les « petits-groupes » ont été conduits dans le cadre de l’institution sanitaire, militaire et psychiatrique. En tant que psychiatre, allant au-delà de l’approche seulement allopathique à partir de la sémiologie, Bion s’est initié à une approche psychanalytique de groupe, tentant de porter attention à la nature de la pensée (individuelle et groupale) ; il a ainsi conceptualisé certaines des conditions qui figent la pensée comme celles qui la permettent ou la remettent en mouvement. Là où des auteurs développent le concept de « gel de la pensée » en ce qui concerne la décompensation sur un mode psychotique dissociatif, Bion semble n’avoir pas porté davantage attention ou perspective diagnostique de « psychose » ; s’agissait d’une approche psychiatrique, au sens médical du terme, on connait le champ du risque qui enclose le sujet dans la catégorie diagnostique : le porteur du diagnostic n’est plus vu qu’au travers de cela, voire de sa codification (si référence par exemple au DSM), et se trouve maintenu en terme de considération clinique dans cet espace devenue sa « case ».

Si Bion a travaillé à la Tavistok clinic il n’a pas usé du concept de la courbe de Chesnut Lodge, telle qu’elle fut – dans cette institution américaine – conceptualisée afin de rendre compte des glissements possible entre catégories diagnostiques, au gré des mouvements d’influence du contexte sur le fonctionnement de la pensée (et, de fait, retour à Bion). L’auteur du « Livre de la jungle » – qui comptait lui-même parmi les initiés – et de « Dans l’intérêt des frères » fut un homme marqué, traumatisé, comme les frères de la loge « La Foi et les Œuvres » (qui constitue le cadre de la nouvelle). Non pas parce qu’il aurait eu quelques blessures au combat, dans les tranchées de 14-18 ou ailleurs. Il fut meurtri par la perte de son fils, pour lequel il avait usé de son influence afin qu’il soit accepté en école militaire, devienne officier et puisse participer avec honneur au combat contre l’ennemi ; sans son intervention son fils jack n’aurait pu être engagé, ayant été refusé par trois fois à l’incorporation dans différents corps d’arme.

J’ai relevé le phénomène de résonance symbolique à la lecture de « Dans l’intérêt des frères ». Lorsque je dis « lecture », je précise qu’il a fallu que je travaille le texte en allant questionner les références anthropologiques contenues ; élaboration des codes, rites, du langage maçonnique, etc. S’il ne s’agit que d’une vingtaine de pages, le fond constitue une matière qu’il convient d’élaborer, de découvrir quant à ce qu’elle apporte de signifiants (anthropologie). Kipling, en cela suivi par nombre d’auteurs depuis, savait glisser deux niveaux de sens à une même phrase, voire à un même mot, selon l’usage fait dans le corps du texte. Ainsi, qu’en dire de ce texte ? Qu’est-il possible de développer qui soit quelque peu construit et non pas simplement répondant à la narration d’une impression d’ensemble, de ses effets éventuels, intellectuels, émotionnels ou psychiques ? Il s’agit d’une assemblée d’hommes dont nombre d’entre eux sont blessés gravement, mutilés ; groupe de gueules cassées et autres manchots ou unijambistes, ils sont démobilisés parce que plus aptes au combat, et n’aspirent pourtant pas au repos. Dans la pensée de Bion, quand un proche est blessé, quand un ami souffre, quand un frère est en peine, rien n’est meilleur que de rester simplement proche, près de lui, sans chercher à l’influencer, pour simplement lui permettre de recouvrir – petit à petit – l’envie de vivre, de continuer, de cheminer sur la voie de la vie.

Pulsion de vie contre pulsion de mort, libido contre thanatos. Pulsion de vie, c’est ce qui se rattache aussi à l’amour (libido) au sens large ; de fait ce qui unit. De l’autre côté c’est l’inverse, la pulsion de mort (proposée en premier par Sabina Spielrein) qui est répulsion, qui cherche à séparer, à rejeter, à détruire. Le psychiatre et psychanalyste Jacques Lacan (lui-même contemporain de Bion) théorisera le concept de jouissance – poursuivant davantage la notion freudienne – lorsque le sujet auto-entretient souffrance et symptomatologie, profitant (jouissant) de ce dont il dispose pour en tirer quelque profit ; il ne s’agit pas, précisons-le, d’un processus conscient ou pré-conscient mais d’un phénomène qui est couramment identifié dans la cure-type par les analystes chevronnés sur le plan clinique, au-delà d’avoir assimilé la matière intellectuelle nécessaire aux bases pratiques.

La pulsion de mort, chez le sujet, est – de fait – inconsciente et peut prendre des aspects trompeurs, au travers de nombre de symptômes manifestant parfois un « renversement en son contraire » et donnant une présentation clinique opposée – ou inverse – à ce qui est (réellement, profondément) dans l’inconscient. L’humain est fort complexe et le néophyte a souvent de grande difficulté à se représenter les outils psychanalytiques qui charrient sens et symboles ; tout comme, selon ce qu’il se dit, le profane ne peut saisir le sens du symbole maçonnique, hors cadre de l’initiation. Affaire de culture, les auteurs de l’anthropologie sociale et culturelle, tout comme les pionniers (et continuateurs) de l’ethnopsychanalyse – depuis George Devereux – peuvent être convoqués en référence méthodologique, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’architecture de la pensée conceptuelle, selon ce qu’elle organiser et promeut le regard du chercher sur l’objet reconnu et constitué.
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Soldats canadiens rassemblés dans un trou d’obus

Dans son texte, une nouvelle d’une vingtaine de pages, Rudyard Kipling décrit comment on remet en vie, comment on réinscrit à la vie des hommes mutilés psychiquement. Bien entendu, le frère Kipling ne se pose pas en clinicien de la psyché mais, sans le savoir, il va faire la description fine des conditions d’un processus qui – en d’autres lieux – pourrait prendre le nom de psychothérapie de groupe. C’est là, dans ces lignes, qu’il y a – en filigrane – quelque chose de l’ordre de la fonction Alpha, notion propre à Wilfred R. Bion, qui fait transiter le « non-penser » (des éléments Bêta qui seraient constitués des images inconscientes du trauma, mort et destruction, destructivité et haine) vers et en une autre (re)constitution psychique, vers la pensée libre et détoxifiée (éléments Alpha). Rappelons que W. R. Bion est de ces analystes qui, en quelque sorte implicitement, ont constitué ce qu’on a appelé « l’école anglaise de psychanalyse ». Bion, en effet, analyse par Mélanie Klein, a été contemporain de D. W. Winnicott ; ne serait-ce que ces trois noms – et personnalités – évoqués et nous avons déjà un socle de base pour entrevoir la singularité clinique de l’école anglaise, du moins dans l’intervalle des années 1950- 1980 environ, sur le 3ème quart du 20ème siècle.

Comme l’évoque R. Kipling, quand ceux des frères qui sont mutilés n’ont plus de langue pour parler ou de mains pour faire de gestes on « invente » autre chose qui leur permette de rester en vie, proches de tous, au milieu de tous ; on crée et anime une loge, berceau (symbolique) fondamental d’apaisement qui puisse être réceptacle (des angoisses, d’éléments inconscients toxiques ou porteurs de toxicité) et apporter harmonie entre tous, par le soutien inconditionnel et la solidarité pratiquée. Là, à la façon d’un Autre incarné par le groupe, devenant une mère suffisamment bonne[vi], la Loge crée-t-elle la possibilité d’un cadre de (ré)étayage psychique, soignant, pansant les plaies et béances psycho-traumatiques. Ceci se faisant sans volonté psychothérapique, mais au gré des effets (inattendus) causés par le Rituel (maçonnique), au travers de l’agrégat humain (groupe restreint) propre à provoquer l’égrégore. Le rituel, si on peut ici le comparer à un élément courant des pratiques développées dans le champ des psychothérapies, serait ce qu’on nomme « le cadre » ; organisateur propre à définir la structure et les limites de ce qu’il est possible de travailler, de ce qui est à mettre au travail, dans un environnement assurément sécure (par la posture et présence du thérapeute). Rappelons à nouveau que l’égrégore, s’il se vit dans un partage intuitif et collectif, n’est pas décidé ; ceci est un point fondamental pour comprendre ce phénomène, à l’inverse de situations qui peuvent provoquer un vécu émotionnel anticipé, tel un spectacle comique ou tragique. L’égrégore surgit, entre tous, comme si une onde psychique vibratoire traversait dans un même temps tous les corps présents, touchant chacun.e inconsciemment, en faisant naitre une sensation rare.
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Poilu confiné dans la tranchée. Lieu du combat et lieu de la mort. L’expérience de l’extrême.

Certains auteurs ont décrit comment un groupe de soldats, au combat, dans la brousse ou les tranchées, vivait comme une sorte de mouvement de « corps à plusieurs », faisant que le moindre geste de chacun, avant qu’il ne s’esquisse, semble avoir été perçu, deviné, anticipé pour être accompagné. Dans la Loge évoquée par Kipling, à chacun des blessés on fait faire une action, même la plus simple ou anodine, pour qu’il puisse participer de la préparation de la tenue ou du rangement du temple ; de manière simple, sans fioriture et en toute humilité, chacun agit « dans l’intérêt des frères. » Il n’y a qu’à se souvenir des prescriptions des psychologues de l’époque qui avaient préconisé un « retour à la vie normale », moyennant certes et pour beaucoup de mutilés le port de prothèses, en remettant en situation de travail tous ceux qui pouvaient.

Il n’est toutefois pas simple d’élaborer le phénomène singulier de l’égrégore par les outils de la pensée psychanalytique. La psychanalyse, comme la franc-maçonnerie, a ses outils, du moins des concepts dont la puissance symbolique permet d’agir sur la matière de l’inconscient. En me référant toujours à la nouvelle de Kipling, j’ai poursuivi encore l’exploration des affaires psychiques et affectives contenues dans les lignes, révélant la subjectivité fraternelle des membres de la Loge. Le référentiel psychanalytique auquel je me réfère n’a pas d’exclusivités d’obédience ou d’école ; dans ma démarche, de fait, pas d’allégeance symbolique à un « maitre » charismatique qui ait légitimité de pensée sur une corporation. Je me reconnaitrais ainsi parmi cette nouvelle génération de psychanalystes que – dans la littérature spécialisée – on appelle les « intégratifs. » Ainsi, la démarche intégrative consiste – non pas à faire feu de tout bois – mais à ne pas limiter l’approche clinique à un seul courant de pensée, à une seule « obédience » psychanalytique. Si la créativité clinique est possible, elle se doit toutefois de respecter un référentiel ; et ce référentiel ne doit en aucun cas avoir les effets connus des dogmes qui ont généralement produit des clones de fondateurs et/ou sclérosé la pensée des continuateurs.

Si on prend appui conceptuel dans le corpus scientifique de la psychanalyse – entendue ici comme champ disciplinaire à la fois clinique, scientifique et même (puisqu’il existe) universitaire -, il me semble pertinent de nous référer (entre autres, parce qu’à l’évidence ils sont aujourd’hui très nombreux) aux travaux/pensées/écrits d’auteurs tels : W. R. Bion, C.- G. Jung, E. Fromm, S. Ferenczi, J. Lacan. On peut faire par ailleurs une esquisse de lien(s) avec la clinique psychanalytique du trauma, dans son acception clinique première, même sous la formule anglo-saxonne de PTSD [vii] et des définitions psychothérapiques et analytiques proposées par Thomas Salmon.

Je me pose la question de la fonction d’étayage psychique de l’égrégore ou, pour le dire autrement, de ce qui fait que la Loge fonctionne comme « une mère suffisamment bonne », en capacité de restaurer image et estime de soi, aux fins d’une reconstruction psychique post-traumatique. Pratiquement, pour le dire plus simplement, l’effet inattendu du travail maçonnique (autrement dit la présence en loge au sein d’un groupe humain homogène restreint, stable et fidèle) pourrait effectivement constituer en une forme de thérapie [viii], qui n’est pourtant pas – conceptuellement – une psychothérapie.

Le Rite pratiqué en Loge vient à formaliser une sorte de cadre psychique et – par son organisation (développement, observation rigoureuse) – symbolique définissant des limites, en sorte des « bordures » symboliques, tel qu’on peut le comparer au pare-excitation freudien (certains ont évoqué les modes de confinement séquentiels comme pouvant remplir fonction de pare-excitation) ou encore à la « barrière de contact » comme l’exprime W. R. Bion. Le concept d’égrégore permet d’évoquer aussi la référence au paradigme de psychanalyse de guerre (développé notamment par des auteurs et cliniciens tels C. Barrois ; F. Davoine et J. -M. Gaudilière ; D. Laub ; Th. Salmon ; J. Rivers).
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Soldats au Val de Grace pris en charge par des psychiatres militaires.

L’égrégore, phénomène éminemment psychique et collectif, s’éprouve sans intention et permet de dépasser le trauma en activant la résilience propre à chacun, comme la résilience du cœur de Loge. La part de charge affective basée sur l’inconditionnelle fraternité entretenue entre les membres de la Loge vient à faire fonction Maternelle et remplir ainsi la fonction Alpha que propose Bion. Au Japon, lorsque deux ou plusieurs personnes ressentent dans le même temps la même émotion ou sensation psychique on parle de « I shin den shin », expression pouvant être traduite par : « de mon esprit à ton esprit. » Dans ce cas aucun mot ne peut décrire le vécu, seuls les échanges par communication analogique, non verbale, semblent suffirent à signifier le partage du vécu.

Wilfred Bion nous dit que « La psychanalyse n’est pas une façon de dire aux gens des choses que nous ignorons ; il est bien plus question de découvrir quelque chose. » Ainsi, la Loge vient (à) occuper des fonctions de grand Autre faisant que s’opère une digestion/transformation (psychique) des éléments Bêta en éléments Alpha (fonction Alpha). Ce qui est appelé « égrégore » en franc-maçonnerie convient ainsi d’un phénomène psychique collectif, partage intuitif d’éléments vivants et résidant dans l’inconscient de chacun (nous pourrions ajouter le concept jungien d’archétype pour développer encore ce point), ceci pouvant aller jusqu’à aider à la restauration d’une psyché effractée, dispersée, voire – à l’occasion – rencontrant/vivant des expériences limites (peut-être même psychotiques). Pour Bion, la métamorphose des éléments, ce qui les fait changer – lorsque les conditions sont réunies – consiste en une sorte de digestion. A l’instar d’un organisme vivant (ceci allant de la mitochondrie au mammifère) qui dégrade, absorbe, régénère (sans omettre la fonction d’élimination des déchets) la transition des éléments Bêta (toxiques, ou toxifiés, qui empêchent la pensée libre) en des éléments Alpha (charge neutre en quelque sorte) nécessite un processus de transformation. Un tiers vivant (le parent, un proche, un ami) ou bien symbolique (du nounours de l’enfant à la Loge pour les maçons) peut remplir une sorte de fonction de réceptacle, favorisant un apaisement psychique, une dissolution de l’angoisse. On comprend maintenant ce qui peut s’activer psychiquement dans le phénomène collectif de l’égrégore.

Pour que ce phénomène puisse surgir, des conditions sont à réunir qui semblent le pouvoir par et au travers ce qui est nommé « rituel » ; la codification précise, symbolique, presque immuable de la façon de tenir réunion en Loge protège les frères et les sœurs, sécurise (ce qui rend l’enfant sécure c’est la capacité intuitive de sa mère à détecter et neutraliser son angoisse au travers de gestes anodins, de paroles tendres, du fait de le bercer en fait) et ouvre par la concentration (intellectuelle) nécessaire à la possibilité d’un autre vécu, ici apaisé, rassuré parce que dans un environnement rassurant, à couvert. Il ne s’agit pas d’un mode de réunion pouvant éventuellement nous faire évoquer des séances de médication de pleine conscience en groupe, telle que s’en développe la pratique.

Avec W. R. Bion comme référent quant aux paradigmes des fonctions Alpha et Bêta l’égrégore trouve un sens autre, nouveau, en restant – pour les francs-maçons – ce phénomène partagé uniquement au sein de la Loge et uniquement dans le cadre de l’observance du Rite pratiqué. Ainsi, pour le préciser car c’est utile, l’égrégore n’est pas – de près ou de loin – similaire ou proche de ce qu’on nomme « liesse » et ne convient pas aussi d’une émotion partagée. Non contagion mimétique, car s’activant psychiquement, l’égrégore permet l’alliance subtile – au-delà d’une chaine humaine symbolique – entre les uns et les autres de ce qui est la part la plus intime d’eux, à savoir : l’inconscient.

 

[i] Le mot se retrouve principalement dans la littérature occultiste, notamment dans des approches pratiques tenant de la croyance et de la superstition. Intégré au langage maçonnique pour signifier la nature de la concorde recherchée en loge, le terme égrégore n’a ainsi pas vu dans ces deux champs de développement conceptuel.
[ii] Le mot est employé – selon certains auteurs – par Victor Hugo dans « La légende des siècles » ; on le trouve notamment usité en occultisme. Je n’ai pas davantage poussé la recherche dans ce champ toutefois.
[iii] Evoquons ici les psychanalystes et psychologues.
[iv] Certains auteurs, dont Jacques Fontaine, ont proposé comme paradigme le fait que le travail maçonnique pouvait constituer une forme de thérapie.
[v] J. -L. Maxence, L’égrégore ; Ed. Dervy
[vi] « La mère suffisamment bonne » est une expression-concept proposée par le pédiatre-psychanalyste D. W. Winnicott.
[vii] Post Traumatic Stress Disorder ; en français SSPT : syndrome de stress post traumatique.
[viii] Ce qui rejoint là le paradigme de Jacques Fontaine.

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Revues
Le Coq-Héron :
– Wilfred Bion : la psychanalyse en devenir, Le Coq-Héron, n°216, Toulouse, Erès, 2014
– Influences des apports de la psychanalyse anglaise, après Klein, Bion, Winnicott, Balint…, Le Coq-Héron, n°235, Toulouse, Erès, 2018

* Wilfred Ruprecht Bion – Psychiatre, psychanalyste, auteur, Wilfred Ruprecht Bion est né le 8 septembre 1897 à Mathura, en Inde britannique. Ses parents l’envoient en Angleterre, suivre une scolarité d’internat quasi traumatique d’un point de vue affectif. La première guerre est déclarée alors qu’il n’a pas abouti ses études. Sitôt majeur il s’engage, aboutit une école d’officier, ce qui le fait accéder au grade de capitaine. Il reprend ensuite des études d’histoire, étudie par ailleurs le français, enseigne peu de temps pour dès le début des années 1920 reprendre des études de médecine.
Primé en chirurgie, se considérant peu doué, gauche avec la figure féminine, il choisit d’exercer en psychiatrie. Très tôt attiré par la psychanalyse, il fera quelques 12 années de divan, entre son premier analyste, John Rickman et Mélanie Klein, figure incontournable de la psychanalyse anglo-saxonne, chef de file – si je puis dire – de l’Ecole anglaise. Lorsque la seconde guerre éclate il est mobilisé comme médecin psychiatre, au grade de colonel. Il s’occupe durant le second conflit mondial de soldats affectés psychiquement par la perspective du combat et les conséquences des affrontements.

Rudyard Kipling – auteur, romancier, poète, Prix Nobel de Littérature. Point commun avec Bion, Rudyard Kipling, est né lui aussi en Inde britannique, mais à Bombay, le 30 décembre 1865. Il décède à Londres, le 18 janvier 1936. Ecrivain de renom, conteur, génie de la littérature, Prix Nobel de littérature. Nombre des ouvrages qu’il a publié étaient destinés à un jeune public, sans pour autant se limiter aux jeunes gens, il fut un écrivain de romans d’aventure, souvent colorés de références maçonniques tel « L’homme qui voulut être Roi ».
Quelques œuvres majeures : « Le livre de la Jungle », « L’homme qui voulut être Roi », « If », poème mondialement connu.
Citations de R. Kipling : « Il n’y a pas de plaisir comparable à celui de rencontrer un vieil ami, excepté peut-être celui d’en faire un nouveau. », « On ne paie jamais trop cher le privilège d’être son propre maître. ».

mardi 29 septembre 2020
  • 8
    Emanuel
    30 septembre 2020 à 23:21 / Répondre

    Pas besoin de faire appel à la psychanalyse pour se faire une idée de l’égrégore. Il suffit de regarder un match de foot ou autre à la télé pour voir comment il ou elle se forme.

  • 7
    VINOIS Bernard
    30 septembre 2020 à 12:12 / Répondre

    Opinion personnelle: approche très intéressante mais focalisée trop limitativement sur l’intersection commune du travail maçonnique, de la pathologie et orientée vers la thérapie et la guérison. A mon humble avis, l’égrégore n’est pas exclusivement ni nécessairement thérapeutique, son champ est beaucoup plus large. Pour moi, l’égrégore – en loge ou ailleurs – est psychodynamique, résonance d’affects et de sentiments, (re)constructif. Il peut certes être maçonnique, passer et circuler en loge, mais pas nécessairement ni exclusivement. Pour certain.e.s, il passe par la prière, la méditation, la contemplation, le chant a capela, le concerto, la symphonie, la séance de psychothérapie, la cure psychanalytique, etc… Dans mon approche et ma com-préhension de ce phénomène proprioceptif, les éléments « Bêta » ne sont pas nécessairement pathologiques, ils peuvent également ressortir de sentiments positifs générant des émotions salutaires, convertibles en éléments « alpha » par l’égrégore collectif, par fusion, confusion, alliance subtile, résonance simultanée des affects et des sentiments… « liesse »?… Au fait, « égrégore »: féminin? ou masculin? ou les deux?… puisqu’il.elle est maternel.le…

  • 4
    Désap.
    29 septembre 2020 à 14:27 / Répondre

    Article remarquable, merci à ce Maçon de nous aider à retrouver l’intelligence.
    .
    Plotin a écrit :
    – alors laissant toute connaissance raisonnée, conduit jusqu’au beau et résidant en lui, on étend sa pensée jusqu’à lui en qui on est ; et, emporté par la vague montante de l’intelligence, soulevé jusqu’en haut par le flot qui gonfle, on voit tout à coup, sans savoir comment.
    .
    A propos de la métaphysique de Plotin, en 1924 Léon Chestov écrit :
    – La dialectique appartient aux genres de l’Etre, et plus on s’élève dans la considération des hypostases de l’Ame et de l’Intellect, plus on doit se rendre à l’évidence que l’énoncé de la différence doit être abandonné, jusqu’à l’abandon du Language lui-même.
    Il y a donc une téléologie du silence qui anime le projet du langage philosophique.
    .
    Egrégore.

    • 5
      William
      29 septembre 2020 à 18:40 / Répondre

      Désolé cher Desap, mais c’est du grand n’importe quoi !
      .
      La citation que tu attribues de manière péremptoire à Léon Chestov en 1924, est en réalité de Georges Leroux dans son Introduction au « Traité sur la liberté et la volonté de l’Un – « Ennéade » VI, 8 (39) de Plotin » (collection ‘Histoire des doctrines de l’Antiquité classique », dirigée par Jean Pépin, aux éditions Vrin, 1990).
      .
      Tu as probablement tiré cette citation de la page 16 de la thèse intitulée « Raison et mystique dans le néoplatonisme : antagonisme ou convergence ? » (Université de Montréal, 2004) – travail que tu as bien fait de télécharger.
      .
      Cependant, le téléchargement c’est bien, mais la lecture attentive et sérieuse, c’est mieux :
      .
      1/ Cela t’aurait permis de constater que Chestov n’est mentionné qu’en début de paragraphe et que tout le reste de ce (long paragraphe) ne lui est pas consacré, donc que la citation finale n’est pas nécessairement de lui.
      .
      2/ Cela t’aurait permis de lire correctement le renvoi à la note bas de page n° 4 qui renvoie ibidem à la note n° 3 qui elle-même renvoie…à « Leroux » et non à Chestov. Certes, les notes bas de page n° 1 et 2 renvoient à Chestov, mais quand on donne des leçons de méthode et de rigueur aux autres, la moindre des choses est de lire correctement les notes bas de page…
      .
      3/ Cela t’aurait surtout permis de t’intéresser un peu plus à Chestov que, manifestement, tu ne connais absolument pas : lui attribuer une telle citation « à propos de la métaphysique de Plotin » est tout bonnement un contre-sens et une totale méconnaissance du travail de Chestov.
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      4/ Cela t’aurait enfin permis de découvrir que la citation reproduite a été tronquée par l’auteur de la thèse. La citation exacte est la suivante (page 26 de l’introduction de G. Leroux au Traité de 1990) : « (…) Il y a donc une téléologie du silence qui anime le projet du langage philosophique et dont la manifestation appartient ultimement au langage de la théologie ».
      .
      Si tu arrives à passer outre le mot « théologie », je t’invite à découvrir le Traité et, notamment, l’immense introduction de Georges Leroux. Tu pourrais ainsi remplir ton petit pot de confiture.

      • 6
        Désap.
        29 septembre 2020 à 19:00 / Répondre

        5 – Je ne sais comment te remercier ; si tu as un moment, dis-moi.

  • 3
    pierre noel
    29 septembre 2020 à 12:29 / Répondre

    L’article est remarquable et explique bien la notion de stress post-traumatique qui existe depuis toujours mais n’a été reconnu comme une entité morbide qu’au cours de la 2° guerre mondiale (avant on se contentait de les fusiller pour lâcheté (on se souvient de l’image de Patton giflant un des ses soldat, atteint de SPTT, dans un hôpital militaire.
    La nouvelle ide Kipling est remarquable et devrait être lue (bien que cela parle de maçonnerie anglaise). La plupart des vétérans n’y sont pas atteints de SPTT mais de mutilations bien physiques. les occultistes ont parlé d’astral, d’eggrégore pour définir ce qui peut naître dans des entités collectives lors d’activités communes. Je ne suis pas convaincu qu’il s’agisse d’une manifestation de SPPT (ce que ne prétend pas l’auteur de l’article).

    René Guénon (qui s’y connaissait, paraît-il) écrit : « Tout d’abord, nous devons faire remarquer que nous n’avons jamais employé le mot « égrégore » pour désigner ce qu’on peut appeler proprement « une entité collective »; et la raison en est que, dans cette acception, c’est là un terme qui n’a rien de traditionnel et qui ne représente qu’une des nombreuses fantaisies du moderne langage occultiste. Le premier qui l’ait employé ainsi est Eliphas Lévi, et, si nos souvenirs sont exacts, c’est même lui qui, pour justifier ce sens, en a donné une étymologie latine invraisemblable, le faisant dériver de grex, « troupeau », alors que ce mot est purement grec et n’a jamais signifié autre chose que « veilleur ». On sait d’ailleurs que ce terme se trouve dans le livre d’Hénoch, où il désigne des entités d’un caractère assez énigmatique, mais qui en tout cas, semblent bien appartenir au « monde intermédiaire »; c’est là tout ce qu’elles ont de commun avec les entités collectives auxquelles on a prétendu appliquer le même nom. (Initiation et Réalisation Spirituelle, chap VI)

  • 2
    Gérard NOET
    29 septembre 2020 à 10:36 / Répondre

    Un texte de grande qualité à lire et à relire.

  • 1
    William
    29 septembre 2020 à 00:34 / Répondre

    Merci pour cette excellente lecture, à reprendre à tête reposée.

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