“Théâtre maçonnique”, diorama conservé 265 rue Royale (Bruxelles) dans les locaux du SCPLB. Photographie : Serge Marteaux. (dimensions réelles : plus ou moins 20 X 30 cm)

Les dioramas maçonniques

Publié par Pierre Noël

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Les dioramas maçonniques : 

Deux approches bien différentes de la franc-maçonnerie au XVIII° siècle.

“Théâtre maçonnique”, diorama conservé 265 rue Royale (Bruxelles) dans les locaux du SCPLB. Photographie : Serge Marteaux. (dimensions réelles : plus ou moins 20 X 30 cm)

Les théâtres miniatures ou dioramas furent une innovation de l’imprimerie au XVIII° siècle. C’était un procédé ingénieux de montage de feuillets en carton, insérés dans une boîte, qui s’écartent lorsqu’on l’ouvre grâce à un système de soufflet à la façon d’un accordéon, produisant un effet de relief par la disposition des feuillets successifs dans un volume clos [1]. Cet effet, tel une scène de théâtre, permettait au spectateur de voir en relief le tableau qui sans lui serait resté statique. Les maîtres du genre furent les frères Martin (1684-1756) et Christian (1672-1735) Engelbrecht, graveurs-imprimeurs à Augsbourg. Ils se rendirent célèbres par des crèches de Noël, des portraits, des épisodes antiques et/ou bibliques, des scènes de bataille, des paysages … dont les plus anciens datent des années 1730. Parmi elles, se trouve une représentation d’une loge de Francs-Maçons dont l’auteur des images est le graveur Jeremias Wachsmuth (1711-1777). Il en existe encore de nombreux exemplaires suggérant que leur production, quoiqu’artisanale, se fit à relativement grande échelle. Ils se trouvent pour la plupart dans des musées maçonniques, à Bayreuth, à Rosenau (Autriche), à Paris (au musée de la GLDF et à celui de la GLNF), à Londres, à Manchester. Il y en a deux à Bruxelles, l’un au Centre de Documentation maçonnique du GOB (rue de Laeken), l’autre dans les collections du SCPLB (rue Royale). A cela s’ajoute une reproduction en noir et blanc dans l’ouvrage de Erich Lindner, Die königliche Kunst im Bild (Graz 1976) [2]. Tous donnent une impression de déjà-vu, ne différant que par des détails que seule une observation attentive peut déceler dans le décor, le nombre de personnage et les différences vestimentaires. Tous semblent copiés ou inspirés de la gravure de Louis Fabrice Dubourg dans le recueil (1736-1741) de Bernard Picart (mort en 1733) longuement discuté sur hiram.be. Pour des raisons évidentes de copyright, ma description [3] ne portera que sur l’exemplaire de la rue Royale, reproduit en-tête de cet articulet, le seul que j’ai tenu en mains avec le respect que l’on peut imaginer.

Une assemblée socratique

La scène représente, non une société secrète pratiquant des gestes rituels énigmatiques mais un groupe de gentlemen éduqués, discutant de questions scientifiques, consultant divers ouvrages, mesurant le monde à l’aide d’instruments de mathématiques … sous l’œil bienveillant de Minerve (à gauche), déesse de la sagesse, des arts et de la connaissance, et celui de Mercure (à droite), dieu des marchands, du commerce et père de l’hermétisme, tous deux sur un piédestal placé devant une colonne au chapiteau vaguement dorique.

Au centre sont assis huit personnages (les officiers de la loge) autour d’une table en U qui fait face au spectateur. Le maître portant le soleil sur la poitrine trône sur un haut siège dont le dossier orné de symboles maçonniques (on reconnait une équerre et une truelle) est flanqué de colonnes torsadées portant l’une le soleil (à droite), l’autre la lune (à gauche), le tout surmonté d’un globe terrestre au centre [4]. Sur la table sont disposés des livres, des outils de maçonnerie et des instruments de mathématiques, truelles, compas, règles, équerres.

A l’avant-plan, on voit plusieurs groupes de personnages. A gauche, l’un d’eux assis lit un livre, l’autre observe la scène. A droite, deux autres munis d’équerre sont engagés dans une discussion animée devant une sphère armillaire. Au centre, les deux derniers mesurent sur une mappemonde les mers et les continents au moyen de compas.

Derrière le maître de la loge, se trouve une pyramide faite de blocs de pierres taillées de plusieurs étages. Sur l’un d’eux est une statue d’Hercule bien reconnaissable à sa forte carrure, à la dépouille du lion de Némée sur sa tête et à la massue qu’il tient de la main gauche, allégorie de la force. Plus haut se tient une autre déesse, couronnée de feuillages, un cœur enflammé dans la main gauche et un caducée dans la droite ? Est-ce Vesta, est-ce une allégorie de la Nature ? Je ne sais pas mais toutes ces images suggèrent quelque chose qui domine la Force brute. L’esprit dominant la matière ? Après Minerve (Sagesse) et Hercule (Force), on attendrait la Beauté mais ce serait sans doute pousser trop loin le besoin de trouver partout ce qui peut correspondre aux idées d’aujourd’hui.

A l’arrière-plan on devine d’autres personnages (neuf en tout) dont deux désignent la déesse inconnue, l’un de sa canne (à droite), l’autre d’un signe de main (à gauche). Enfin on en voit un dernier, seul, au sommet d’un amas de pierres informes qu’il semble mesurer ou ordonner au-moyen d’une règle ou d’un fil à plomb.

Le fond de la scène est une colonnade en plusieurs arceaux et deux étages, décor habituel de l’époque qu’on retrouve dans le frontispice du Livre des Constitutions d’Anderson.

L’encadrement monumental de l’ensemble, décor de théâtre de style néo-classique, est surmonté d’un cartouche portant l’inscription Franc-Maçons Freÿmaurer Loge, ce qui ne laisse plus de doute qu’il s’agit d’une assemblée de Francs-Maçons bien reconnaissables à leurs tabliers et à leurs outils.

Plusieurs remarques s’imposent :

  • Leur vêture est celle des années 1730-1750 avec un habit (justaucorps) orné de boutons du haut en bas, cintré à la taille, évasé vers le bas comme un vêtement féminin et soutenu par des paniers (assez semblable aux futures crinolines), un gilet et un haut de chausses (ou culotte à la française). La plupart des personnages portent le tricorne noir uni, couvre-chef usuel de l’époque, sans signification ésotérique quoi qu’on puisse en dire [5].
  • Ils portent des grands tabliers descendant jusqu’aux genoux attestant leur qualité de franc-maçon. Aucun ne porte l’épée, interdite dans toute loge bien menée.
  • Plusieurs, dont le maître de loge sur son trône et deux personnages assis à l’avant-plan (à gauche) plongés dans leur lecture, sont manifestement copiés de la gravure de Picart dont on sait que la première apparition est l’édition amstellodamoise de 1736 (l’édition parisienne de 1741 a été discutée sur hiram.be). L’ornementation du trône (de la chaire) est identique dans les deux représentations, l’une étant la copie de l’autre, elle-même reproduisant la chaire en usage dans la loge La Paix fondée à Amsterdam en 1734 ou 1735.

Cette assemblée n’a aucune des caractéristiques d’une tenue maçonnique telle que nous les connaissons. Il n’y a ni position rituelle (mise à l’ordre), ni placement protocolaire des assistants, ni même hiérarchie apparente (en-dehors du président de séance). Elle semble n‘avoir pour but que l’étude, la discussion courtoise, l‘échange d’arguments mesurés, l’examen de questions scientifiques ou philosophiques à l’aune de la Raison et de l’intellect. C’est bien d’une académie qu’il s’agit à l’exemple de toutes celles qui fleurissaient à l’orée du XVIII° siècle, la Royal Society for improvement of knowledge (1660) de Londres [6], l’académie des sciences de Paris (fondée par Colbert en 1666), l’académie royale des sciences de Prusse (fondée à Berlin en 1700, dont Leibniz fut président). Toutes prenaient pour exemple l’académie de Platon, établie dans un jardin à proximité d’Athènes. Comme le dit Andreas Önnefors [7], l’idéal en était la société « socratique », vouée au dialogue, à l’étude et au partage des connaissances. La représentation idéalisée du diorama n’est pas sans rappeler la fresque célèbre de Raphael, L’école d’Athènes.

Et pourtant, cette vision idyllique, idéalisée autant qu’erronée de la Société des Francs-Maçons n’est pas celle que donnaient les premiers catéchismes, les premières divulgations, les premiers documents qui nous enseignent à quoi ressemblaient les activités des loges, leurs secrets et leurs pratiques rituelles. Sans nous appesantir sur les sources anglaises et écossaises, retenons que ces dioramas sont sinon contemporains, en tout cas très proches du pamphlet Masonry Dissected … As it is deliver’d in the Constituted Regular Lodges (Samuel Pritchard, 1730) et de la divulgation [8] du Secret de la Société des Francs-Maçons par les soins du Lieutenant-général de Police de Paris, René Hérault (1691-1740), dans la Gazette de Hollande, n° VI du 21 janvier 1738 et n° VII du 24 juin 1738 [9]. Le déroulement d’une tenue maçonnique et son contenu étaient donc déjà connus dans les grandes lignes, le passage symbolique des ténèbres à la lumière dans le cadre du temple du roi Salomon, la division en plusieurs grades [10], l’emploi de mots et signes de reconnaissance et la menace tout aussi symbolique de pénalités impraticables. Cette introduction rituelle était suivie de réunions fraternelles dont la convivialité créait des liens qui étaient le bénéfice de cette société de frères. Tout cela était connu pour autant qu’on s’y intéresse et ce devait être le cas des imprimeurs d’Augsbourg [11]. Il n’empêche qu’ils ont présenté la loge des Francs-Maçons comme ce qu’elle n’était pas, une assemblée de gens studieux, de savants ou de philosophes reconnus par leurs pairs, confusion fâcheuse qui tend à persister de nos jours.

Une société initiatique et conviviale.

Un témoin de cette confusion est un pamphlet qui parut la même année que la divulgation d’Hérault dans la gazette de Hollande, qui sera aussi l’année de la bulle de Clément XII, In eminenti apostolatus specula, la première condamnant les francs-maçons à l’excommunication majeure (avril 1738).  Pour faire bonne mesure, la Relation apologique (sic) sera condamnée par l’inquisition romaine et brûlée en place publique en 1739, après qu’elle eut été diffusée dans l’Europe entière par le périodique publié dans la ville de Luxembourg (partie intégrante des Pays-Bas autrichiens), La Clé du cabinet des princes de l’Europe, et traduite en allemand sous le titre Gründliche Nachricht von den Frey-Maurern nebst beygefügter historischen Schutzschrift (deux éditions en 1738 et 1740) et en suédois.

Le pamphlet est signé J.G.D.M.F., initiales de Jean Gautier des Malines, Franc Maçon, révélant partiellement son véritable nom, Jean Faget qui fut médecin puis journaliste, huguenot réfugié en Angleterre puis en Hollande comme tant d’autres. Il fut panthéiste et surtout antipapiste. Le lieu d’impression (Dublin) est évidemment factice.

Cet opuscule de 92 pages commence par défendre la société des francs-maçons contre les rumeurs la décrivant comme une société bachique, lieu de débauche et d’orgies, ce que devrait suffire à démentir la qualité sociale, morale et intellectuelle de ses adeptes. Il insiste sur ce dernier point qui devrait convaincre les gens de bien. Le préfixe franc est utilisé précisément pour distinguer le franc-maçon des simples manœuvres de la construction. Il s’agit au contraire d’une société consacrée depuis toujours aux sciences, aux arts, aux inventions utiles au bonheur des hommes par l’emploi constant de la Raison et de l’intellect mis au service de l’expérimentation et de la réflexion. Le but de la franc-maçonnerie est d’établir une compagnie ou académie qui soit une authentique confrérie en quête de connaissances, d’instruction dans le calme de conversations aimables et productives au milieu des livres, des instruments scientifiques, des globes et des astrolabes. Ces assemblées de sages et de gens d’esprit font plus de cas des arts et des sciences qu’on y épluche de près que des mets les plus exquis.

La société ne connaît pas de distinction oiseuse entre ses membres. Un membre, une fois admis après un examen sévère sur ses qualités morales, est l’égal de tous et participe également à toutes les activités et discussions de l’assemblée. Sa réception est fêtée seulement par la circulation d’une coupe d’or contenant deux pintes de vin qui circule de main en main entre tous les confrères qui en boivent une gorgée et se termine dans celles du néophyte qui boit le dernier après quelques paroles de remerciements. Il lui est ensuite remis le tablier et la truelle dont il se servira pour construire le temple de la vertu. Une accolade fraternelle termine la cérémonie et le néophyte prend sa place parmi les autres confrères. Comme insigne de leur distinction, ils portent un tablier blanc et une truelle dont ils se saluent comme les cavaliers se saluent de l’épée. Enfin la Relation raille ceux qui croient, après avoir lu le pamphlet d’Hérault (nommément cité [12]), que les candidats sont dépourvus de tous métaux, aveuglés, le pied gauche déchaussé (l’auteur se demande comment on peut distinguer un soulier droit et gauche !), qu’on lui découvre un grand espace vide sur lequel sont crayonnés deux colonnes et qu’après un serment sur l’évangile on lui murmure les mots Jakin et Boiaes, que le maître porte un collier triangulaire, que tout se fait par trois … Rien de tout cela n’est vrai ni n’existe dans les assemblées de francs-maçons dont l’enseignement se résume en peu de mots. Toutes choses ne sont qu’un dans l’univers et cet un est en toute choses. Ce qui est en toutes choses est Dieu, immense et sage (p 39). On ne peut s’étonner après une telle profession de foi panthéiste à la John Toland que toutes les religions, toutes les convictions et persuasions soient également admises dans la société.

Conclusions désabusées

La différence entre ces deux présentations, celle des premières divulgations et celle de la Relation apologique et du théâtre maçonnique dont il s’inspire, saute aux yeux. La première est celle d’une société initiatique telle que plusieurs d’entre nous la connaissent, avec son scénario bien connu d’accès progressif à la lumière après une décomposition de l’être profane et sa reconstruction dans le néophyte (mort et renaissance heureusement symboliques). Les modalités en sont aussi nombreuses que diverses (dans les multiples degrés maçonniques comme dans d’autres traditions). La seconde est celle d’une société studieuse, savante, dont les membres cherchent à résoudre des problèmes qui se présentent à eux et partagent leurs résultats avec leurs collègues.

Les deux sont-elles identiques ? La réponse est évidemment négative, ne fût-ce que par leurs ambitions. La première s’adresse à l’homme dans sa totalité, sans s’arrêter aux détails. Elle est promesse d’absolu et se veut définitive (ne dit-on pas que l’initiation maçonnique est une fin en soi et qu’on est maçon pour l’éternité ?).  Dans le second cas, les réponses sont nécessairement ponctuelles puisque le sujet traité, quel qu’il soit, est inépuisable.

De là vient la confusion dont je parlais en commençant. La société savante de la Relation n’est pas celle des premières loges maçonniques. Cela a-t-il changé en 275 ans ? Avant d’être admis en maçonnerie, je croyais y trouver des hommes supérieurs par l’intelligence, les connaissances et les intérêts. Je croyais naïvement que leurs travaux étaient nécessairement consacrés à la recherche de la Vérité. J‘ai déchanté depuis, non sans m’attacher à d’autres aspects de notre société, son côté ludique, sa convivialité et surtout l’ouverture incomparable qu’elle donne sur le monde. Mais j’ai aussi constaté au fil des enquêtes et des interrogatoires de profanes que (involontairement ou non) les maçons entretenaient la confusion laissant entendre qu’ils cherchaient sans cesse la Vérité et qu’elle était au bout du chemin, ce qui fut cause de bien des déceptions et explique bien des abandons en cours de route, chez les r… comme chez les adogmatiques, car tout jeune initié se rend bien vite compte que de cela on ne parle jamais en tenue.  Après tout, la Vérité n’est-elle pas aussi illusoire que les Idées de Platon, le Progrès de certains ou le Dieu d’autres ?

 

[1] Dans mon enfance, il existait des crèches de Noël selon le même procédé. Il y en avait un chez ma grand-mère, qu’on exposait chaque année à proximité du sapin. J’adorais !
[2] Voir aussi Philippe Langlet. Lectures d’images de la franc-maçonnerie. Dervy 2013
[3] L’exemplaire du CEDOM est décrit par Andreas Önnefors dans Secret Savants, Savant Secrets : The Concept of Science in the Imagination of European Freemasonry (2014)
[4] Le trône, avec les astres, le globe et la décoration du dossier est identique à celui de la gravure de Picart.
[5] Ce n’est qu’au début des années 1990 qu’il fut décidé après des heures de parlottes d’adopter le tricorne au RER (GPDG) puisque de temps immémorial.
[6] Celle qui fait saliver certains commentateurs.
[7] Andreas Önnerfors (2014) : Freimaurerei als „sokratische Gesellschaft“? Die Loge als Idealtyp aufgeklärter Wissensbildung.”
[8] L’affaire est trop connue pour que je m’y attarde.
[9] In G.H. Luquet : La Franc-Maçonnerie et l’Etat en France au XVIII° siècle. 1963. pp 294-298)
[10] Le grade de Maître et sa légende ne seront décrits (en France) que quelques années plus tard (Abbé Pérau, le Secret des Francs-Maçons, 1742-1744).
[11] Rappelons que la première loge allemande fut fondée à Hambourg le 6 décembre 1737 à la Taverne d’Angleterre, par Charles Sarry (un huguenot d’origine française), Peter Carpser (un médecin), le baron von Oberg, Peter Stüven (un avocat) et Johann Daniel Krafft (un marchand de cuir). Elle deviendra Absalom en 1741 et Absalom aux trois orties en 1765.
[12] D’où la datation approximative de la datation, postérieure à janvier 1738.

dimanche 15 novembre 2020
  • 26
    pierre noel
    24 novembre 2020 à 17:16 / Répondre

    Je reçois de mon vieil ami, P.R., une copie de « La Clef du Cabinet des Princes de l’Europe », mensuel publié à Luxembourg, au XVIII° siècle. En 1737, il était imprimé « Chez André Chevalier, Imprimeur de Sa Majesté Impériale et Catholique (1), & Marchand Libraire ». Le n° de mai 1737 annonce que l’Ordre des Francs-Maçons institué depuis longtemps en Angleterre s’est établi à Paris, mais « la Cour étant informée qu’elles avaient lieu, les défendit absolument, comme étant dangereuse à cause du secret inviolable qu’on exige de ceux qu’on admet ».
    Le n° de mars 1738 comprend la Réception des Francs-Maçons (p 166- 171). C’est la divulgation bien connue d’Hérault, déjà publiée dans la Gazette de Hollande en janvier (reproduite dans Luquet). Il faut noter que le candidat prête serment sur l’Evangile de Slt-Jean (que cela plaise ou non). Une note indique qu’«on y admet tout bon sujet de toutes les conditions de vie & de toutes les religions, excepté les Juifs, les Turcs & les Payens » (cette note manque dans Luquet !).
    Le n° d’avril 1738 parle d’une « prétendue » publication faite par le Lieutenant-Général de Police de Paris et de la cérémonie « forgée » de la Réception et annonce « une petite brochure pour la désabuser absolument » (p 339). Suit une apologie en 11 couplets, débutant par « Oui, mes Frères, souffrirez-vous/Que notre auguste Compagnie/Soit sans cesse exposée aux coups/De la plus noire calomnie ? ». La « Relation Apologique et historique … » est reproduite, telle que l’édition de Dublin, et s’étend sur trois numéros (mai et juin). Elle cite nommément la divulgation d’Hérault la taxant de fausse et mensongère (elle cite trop précisément le texte d’Hérault pour qu’il y ait méprise). La conclusion est claire : la « Relation Apologique », publiée un mois après le pamphlet, est bien une riposte à la divulgation d’Hérault qui avait dévoilé l‘essentiel de ce que faisaient les fm dans leur loge avant l’introduction du 3° degré qui n’est pas décrit ni cité (peut-être n’est-ce qu’un défaut d’information du Lieutenant de Police !). Or la Relation décrit à la perfection ce que décrit le diorama discuté ici : une société d’érudits et d’amateurs des connaissances de leur époque.
    1) A l’époque, Charles VI d’Autriche père de L’impératrice Marie-Thérèse. Le duché de Luxembourg faisait partie des Pays-Bas Autrichiens.

    • 27
      J. P. Bouyer
      25 novembre 2020 à 12:23 / Répondre

      « Quoi ! mes Frères, souffrirons-nous (au lieu de  » Oui, mes Frères, souffrirez-vous »)
      Que notre auguste compagnie
      Soit sans cesse exposée aux coups
      De la plus noire calomnie ? »

      sont les premiers vers de la célèbre « apologie des Francs-maçons » de Procope
      (cfr http://mvmm.org/c/docs/naudot03.html#p )

      • 28
        pierre noel
        25 novembre 2020 à 17:57 / Répondre

        Désolé pour le pauvre scribe luxembourgeois. Il a confondu « Quoi » et « Oui »! Qu’attendre d’autre d’un provincial loin de toute civilisation ?

  • 25
    J. P. Bouyer
    21 novembre 2020 à 18:51 / Répondre

    Attention (remarque pittoresque mais totalement hors sujet) :
    au XVIIIe siècle, qualifier la maçonnerie d’ « assemblée socratique » pouvait avoir un tout autre sens, comme on le voit ici :
    http://mvmm.org/c/docs/prof1737.html#a

    • 29
      pierre noel
      26 novembre 2020 à 17:11 / Répondre

      # 25 : Remarque ni pittoresque ni hors sujet ! Accuser les francs-maçons de sodomie, de débauche et d’impiété était habituel (dans la littérature hostile à l’Ordre) depuis l’apparition de ces « sociétés ». Le duc de Wharton en fit les frais à tort ou à raison.
      (Ni Socrate ni les Grecs de son temps ne condamnaient cette pratique !)

  • 19
    DaXaD
    20 novembre 2020 à 17:35 / Répondre

    Bonjour,
    Désolé pour ceux qui trouvent ce divertissement inutile, mais moi ça m’amuse et me distrait. Il nourrit la culture générale.
    En feuilletant l’ouvrage La Lyre maçonne, recueil de chansons, dédiée au Marquis de Gage, de 1768, reprise en grande partie de Recueil de chansons de la très-vénerable Confrairie des Francs-Maçons de 1752, je pense avoir identifié l’allégorie du fond du diorama.
    Il s’agirait de la déesse Astrée. Elle représente toutes les vertus ou la Vertu. Elle tient éloigné enroulé sur un bâton un serpent qui représente les vices. Elle suscite chez les FFMM un cœur ardens (sic). Sa tête est entourée d’étoiles. C’est la vierge qui a donné son nom à la constellation de la Vierge. Son orbe d’étoiles a été attribuée par le christianisme à la Vierge Marie et puis au drapeau européen. Elle porte sur la poitrine un pectoral double cercle qui représente la course des constellations.
    À l’époque où a été réalisé ce diorama, un nombre important de chansons, de poèmes, d’odes composés par des FFMM ou pour la FM ont pour objet Astrée. C’est l’allégorie la plus célébrée.

    • 21
      J. P. Bouyer
      20 novembre 2020 à 19:04 / Répondre

      « un nombre important de chansons, de poèmes, d’odes composés par des FFMM ou pour la FM ont pour objet Astrée. »
      C’est parfaitement exact. On en trouvera d’ailleurs un abondant échantillonnage ici :
      http://www.mvmm.org/c/docs/naudot55.html#o

    • 22
      pierre noel
      20 novembre 2020 à 20:58 / Répondre

      Excellent ! Je n’avais pas pensé à Astrée, déesse de l’âge d’or qui quitte ce bas-monde lorsque l’âge d’or fait place à un monde d’airain puis de fer (avant le nôtre fait de bric et de broc !).
      Depuis lors, elle attend, parmi d’autres étoiles, de revenir parmi les hommes, lorsqu’il y fera beau.
      Dame Frances Yates a écrit un très beau livre sur « Astrée. L’idée impériale au XVI° siècle » (paru en français en 1989). Le thème en était l’illusion que Elisabeth Ière personnifiait Astrée ramenant l’âge d’or en Angleterre.
      Comme Daxad, je trouve ce divertissement amusant et distrayant, plein d’enseignements, loin des (parfois) lugubres dissertations sociétales.

      • 23
        pierre noel
        20 novembre 2020 à 21:40 / Répondre

        Autre hypothèse ! N’est-ce pas plutôt Uranie (en grec ancien Οὐρανία / Ouranía, « la Céleste », fille d’Οὐρανός / Ouranós, « le Ciel »), la Muse qui présidait à l’Astronomie et à l’Astrologie (les deux disciplines étant indissociables chez les Grecs) ?
        On la représentait vêtue d’une robe de couleur d’azur, couronnée d’étoiles, et soutenant des deux mains un globe qu’elle semblait mesurer, ou bien ayant près d’elle un globe posé sur un trépied, et plusieurs instruments de mathématiques.

  • 18
    Criton
    19 novembre 2020 à 18:54 / Répondre

    Ceux qui souhaiteraient voir « pour de vrai » le Diorama pourront le découvrir en visitant le Musée de la Maison des Maçons – Musée Bibliothèque de la GLNF, lors de sa réouverture quand sera venu le temps du déconfinement…
    Ils pourront également y découvrir de visu le bijou de la Große National-Mutterloge „Zu den drei Weltkugeln“ (la Grande Loge Mère Nationale « Aux trois Globes ») fondée à Berlin en 1740, ainsi que le portrait d’un Vénérable d’une Loge de Poméranie porteur de ce bijou et d’autres items.
    Nous vous accueillerons avec plaisir et fraternité.

    • 20
      J. P. Bouyer
      20 novembre 2020 à 18:06 / Répondre

      pour voir ce pittoresque bijou, non pas en présentiel, mais en photo, vous pouvez visiter la page

      http://mvmm.org/c/docs/loges/3g.html

    • 24
      pierre noel
      21 novembre 2020 à 11:57 / Répondre

      Remarquons sur ce bijou l’aigle prussien couronné, celui qui n’a qu’une tête !!! Contrairement à l’aigle autrichien (ou russe) qui a deux têtes, comme le futur aigle du REAA.
      Raison de plus (une de plus parmi tant d’autres) pour refuser la paternité du rite à F II. les Constitutions latines « de 1786 » décrivent très précisément l’aigle à deux têtes, emblème de la monarchie austro-hongroise que 20 ans de guerre et l’annexion de la Silésie séparent de F II .

  • 15
    pierre noel
    18 novembre 2020 à 12:44 / Répondre

    Les cartons colorés du diaporama ici discuté ne furent, n’en doutons pas, qu’une distraction pour le public oisif du temps (comme le premier cinématographe le fut à la fin du XIX° siècle) mais il est surtout l’illustration quasi parfaite de la « Relation Apologique et Historique de la Société des Francs-Maçons ».
    José Ferrer Benimeli s.j. est un des rares auteurs (avec W. Moss dans AQC 51, 1938) à faire état de la Relation apologique (également négligée par les honorables commentateurs d’hiram.be) dans sa thèse monumentale « Les Archives secrètes du Vatican et de la Franc-Maçonnerie-histoire d’une condamnation », 908 pages publiées en espagnol à Caracas en 1976, en traduction français en 1989 à Paris (Dervy-livres). Il lui consacre trois pages (191-194) sous l’inter-titre « Condamnation d’une publication maçonnique, 1739 ».
    Le 16 février 1739, l’Inquisition romaine condamnait à être brûlé par le bourreau un livre écrit en français (La relation apologique et historique …, publié à Dublin en 1738), car « il enseignait et contenait des propositions impies ». La sentence fut exécutée « le 25 février sur la place de Sainte -Marie de la Minerve (1), à la sortie de la Sainte Messe », moins d’un an après la fulmination (avril 1738) de la bulle In Eminenti condamnant la secte des Liberi Muratori).
    Or La « Relation apologique » ne décrivait pas une société de francs-maçons telle celle d’Anderson ou des divulgations, mais « une école de sciences, d’arts et de bonnes moeurs ; une académie cultivée dont les membres possèdent différents dons et constituent la société la plus érudite du monde », une société où « la différence de religion n’a rien à voir puisque personne n’a de compte à rendre et il vaut mieux que chacun croie en silence et se conduise bien, plutôt que se conduire mal et parler continuellement de ses croyances ».
    Benimeli souligne que, par ironie du destin, ce livre-apologie des francs-maçons fut le seul à être condamnée par l’Inquisition à être brûlé, alors que ni le Livre des Constitutions de 1723 ni les éditions ultérieures ne furent seulement mis à l’Index (je n’ose parler des Divulgations des années suivantes!).
    1) Cette église gothique (Santa Maria sopra Minerva) se trouve dans le quartier du Panthéon, place de la Minerve (d’où son nom)

    • 16
      pierre noel
      18 novembre 2020 à 21:07 / Répondre

      La « Relation apologique et historique … par J.G.D.M.F.M. In-12, 92 p. A Dublin, chez Patrice Odonoko » est citée par Fesch, avec la citation de Tacite en tête : « Rara temporum felicitas, ubi sentire quid velis et quid sentire dicere possis (« (Rares sont les moments de bonheur où tu peux penser ce que tu veux et dire ce que tu penses »). Il ajoute « Point d’amant qui n’ait caché ce mistère à sa maîtresse ? Nul ivrogne, enfin, à qui le vin en ait fait vomir le secret ? Il faut donc, conclut-il, que cette Société soit bien suspecte et que ses usages soient bien dangereux ». C’est à quoi l’auteur répond. Fut condamné par sentence de l’Inquisition (1er février 1839 [sic] à être brulé). L’ouvrage fut erronément attribué à Ramsay, puis à Martin Clare. D’autres ont dit que c’était un canular en réponse à la divulgation d’Hérault. Une 2° édition parut « à Londres » en 1749

  • 9
    NEGRIER
    15 novembre 2020 à 18:42 / Répondre

    Décidément votre politesse affichée ne se départira jamais d’une ironie dont la bienveillance reste à mesurer ! Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que dans le diorama de votre article, les personnages représentés et censés être des francs-maçons manipulaient leurs instruments (équerre, compas, sphères terrestres et célestes) au sens littéral d’instruments de science plutôt que comme des symboles de disciplines d’arts libéraux dont on sait assez le rôle qu’ils jouaient non seulement dans les Old charges maçonniques, mais encore en Grèce antique dans la quête de la sagesse (rôle, chez Pythagore, de ce qu’on appellera au Moyen-âge chrétien le quadrivium) ainsi que dans la quête philosophique des Idées ou vérités éternelles (PLATON, République VII) ? Désaguliers lui-même s’intéressait à des sciences positives qui, chez lui, demeuraient stricto sensu les vestibules et les supports non seulement de la religion de la nature (relisez sa « Préface » au « Philosophe religieux » de Nieuwentyt), mais encore de la philosophie politique, puisque dans The Newtonian system of the world, the best model of government : an allegorical poem de 1728, il prétendait même déduire directement de la physique une philosophie politique, audace suprême dont on est d’ailleurs revenu aujourd’hui, ainsi que de l’illusion de la religion de la nature dont il était pourtant si féru ! Je pense que malgré la valeur certaine de votre personne et la qualité de votre discours, qui ne sera cependant jamais que celui d’un historien et non celui d’un philosophe en dépit de votre goût occasionnel pour des thèmes abstraits et existentiels, vous êtes et demeurerez probablement d’un parti-pris incorrigible ! A quoi bon discuter avec quelqu’un qui n’est pas capable d’ouïr les propos des autres ? Je vous plains ! Vous parlez dans votre article d’ « ouverture incomparable… sur le monde ». J’aimerais en voir le reflet chez vous…. Matthieu 7,2.

  • 8
    Camille
    15 novembre 2020 à 18:12 / Répondre

    Bonjour mes TCF. Tout le monde semble oublier de quoi il s’agit: un diorama de carton, représentant un théâtre. Donc, un théâtre au carré, donnant de la réalité une « représentation » qui prétend à la réalité encore moins que la scène d’un théâtre. Pourquoi y chercher une exactitude, des éléments de vérité, qui n’ont aucune raison de s’y trouver?

    • 10
      pierre noel
      15 novembre 2020 à 20:44 / Répondre

      Je suis bien d’accord avec vous que ce n’est qu’une « représentation » en carton donnant de la réalité une image factice. Mais à l’époque c’était une nouveauté qui devait paraître bien surprenante et fasciner les spectateurs, comme je l’étais, enfant, devant la crèche familiale (comme je le suis toujours devant ce diorama).
      Ils ne devaient pas chercher bien loin la signification du spectacle (ni chez Aristote ni chez Jamblique en tout cas !) mais s’extasier du résultat obtenu et réclamer des images du même genre..

  • 7
    pierre noel
    15 novembre 2020 à 17:23 / Répondre

    Comme d’habitude vos réponses me paraissent bien dogmatiques et péremptoires (« qui ne supportent pas de contradiction »), cachant leurs a priori sous une vernis d’érudition (réelle ou affectée, qu’importe).
    Je doute que les personnages/sujets concernés, curieux ou professionnels, représentés par ce diorama ou évoqués par cette Relation aient jamais voulu aborder autre chose que ce qu’on appelait alors la « philosophie naturelle » (qu’on appelle bêtement la science en général aujourd’hui).

  • 4
    NEGRIER
    15 novembre 2020 à 13:56 / Répondre

    Les Constitutions de 1723 ne présentaient pas la maçonnerie comme étant d’abord un lieu de recherche de la vérité mais comme étant d’abord un lieu de pratique éthique (« to obey the moral law » ; « to be good men and true or men of honour and honesty ») et comme un lieu de sociabilité fraternelle (« center of union » ; « friendship »). Cependant la seule présence de symboles en loge implique que ces symboles étaient destinés à être interprétés dans la perspective d’une recherche des vérités, les vérités étant d’abord, entre autres choses, la compréhension des rapports logiques, rationnels de cause à effet existant entre les phénomènes. De fait le Graham exposait en 1726 : « what did you see in the lodge when you did see ? I saw truth ». Cependant les milieux initiatiques se différencient des milieux philosophiques (cf. le post-scriptum) en ce que dans les premiers, la pratique de l’éthique sert de véhicule pour s’acheminer vers la connaissance des vérités ; alors que dans les milieux philosophiques, le cheminement est inverse : c’est la connaissance des vérités qui, lorsqu’elle a effectivement lieu, sert de véhicule pour acheminer le sujet vers la pratique de l’éthique (on pourrait qualifier l’activité philosophique de gnose transformante). Comment les maçons sont-ils censés s’acheminer de la pratique éthique jusqu’ à la connaissance des vérités ? La culture maçonnique indique que les maçons ont pour cela, outre la révélation naturelle qui oeuvre à jamais en tout être humain (pouvoir illuminateur de l’expérience de la vie), deux instruments culturels à leur disposition : d’une part l’interprétation des symboles, et d’autre part l’épistémologie impliquée dans un certain nombre d’éléments du rite (comme la rédaction du testament philosophique servant de « memento mori » ; la rédaction des impressions d’initiation : consultation interrogative de ses propres sensations et impressions physiques, instinctives, émotionnelles ; les cinq sens ou perception des phénomènes sensibles ; le miroir ou connaissance de soi ; la lettre G figure de la rationalité ; oeil inscrit dans le triangle, figure du « voir » qui consiste moins à « voir » qu’à « être vu » au sens où les vérités ne sont pas des conquêtes mais des dons reçus ; les deux sphères terrestre et céleste exemples de totalité en ce qu’une connaissance vraie ne peut être que totale et non partielle). Le jugement d’un homme sur la notion de vérité n’est que le reflet du stade où il en est de sa recherche des vérités. Le jugement d’un sceptique ne sera jamais pris au sérieux par un philosophe qui a consacré sa vie à cartographier le contenu de la révélation naturelle en ses divers secteurs (anthropologie, psychologie, pneumatologie, ontologie, épistémologie, éthique, philosophie politique, philosophie du droit, pédagogie, sociologie, eschatologie).
    P.S. : La distinction socio-culturelle entre milieu initiatique et milieu philosophique fut établie par Platon qui distinguait dans le Phèdre 265 b (entre autres choses) d’une part la mania telestiken propre aux initiés pratiquant les rites ésotériques (distincts des rites exotériques célébrés dans la Grèce antique par les prêtres dans le cadre de la religion populaire), et d’autre part la mania erotiken commune aux philosophes (Eros étant dans le Banquet et dans le Phèdre une figure du « désir » philosophique de vérité, désir qui trouve son objet dans l’opération du « voir » célébré par Platon en République VI-VII ; rappelons à ce sujet que « voir » n’est pas autre chose que percevoir les évidences). Il est extrêmement éclairant de lire un certain nombre d’ouvrages sur les milieux initiatiques de la Grèce et de la Rome antiques car cela permet de comprendre que la sociologie du recrutement n’est pas la même dans les milieux initiatiques et dans les milieux philosophiques, ce qui explique directement la différence du rapport de chacun de ces deux milieux avec la question des vérités.

    • 5
      Désap.
      15 novembre 2020 à 15:28 / Répondre

      4 – je ne suis pas d’accord s’agissant de l’accès à la vérité.
      Le néoplatonisme, par Plotin, Porphyre et le Protreptique de Jamblique, et avant cela celui de Aristote, indique que l’accès à la vérité est conditionnée par la pratique des vertus et le détachement intégral des contingences, notamment celles concernant directement le corps.
      Ceci est peu contestable puisqu’il est évident que la condition manifestée répond nécessairement d’une illusion.
      Pour le reste de ton raisonnement je suis d’accord.
      Il est d’ailleurs plus qu’établi que la maçonnerie de Anderson ne saurait s’appuyer sur une quelconque révélation messianique.
      C’est toujours un grand plaisir pour moi de te lire.
      Bien Frat.

    • 6
      Désap.
      15 novembre 2020 à 15:48 / Répondre

      J’ajoute que Platon comme Aristote et les néoplatoniciens contestent le bien-fondé initiatique des milieux qui s’en réclament, ils considèrent que seule la Philosophie est réellement initiatique, savoir qu’elle seule mène à la compréhension par la culture de l’intellect, vecteur exclusif d’accès à la vérité.
      Porphyre composera un corpus de réformes des Mystères d’Eleusis fondé en ce sens, de sortes de les sortir du fantasme des croyances.
      On connaît la suite, les chrétiens s’acharneront à tout détruire et la spiritualité échouera dans le naufrage du messianisme.

  • 3
    pierre noel
    15 novembre 2020 à 12:21 / Répondre

    Les commentaires 1 et 2 confirment ce que j’avançais dans mon articulet. Ces dioramas de même inspiration diffèrent tous par des détails plus ou moins nombreux et plus ou moins significatifs (le plus significatif étant toujours le décor du théâtre).
    Ils se distinguent par le nombre de statues : 4 dans l’exemplaire RR, 3 dans celui du CEDOM (manque Hercule), 2 dans celui exposé à la BNF (manquent Hercule et la divinité féminine au centre de l’image). Dans tous les cas, la statue de droite représente un adolescent en pleine course, les cheveux courts au vent et les pieds chaussés de sandales (j’avoue y voir Mercure, ne connaissant pas de représentation de Vénus avec les cheveux courts).
    Le nombre de personnages varie : le personnage assis à l’extrême gauche (exacte copie de Picart) manque dans les exemplaires CEDOM et BNF.
    La référence à la loge berlinoise « Les trois Globes » est discutable et repose sur examen superficiel de l’image. Au-dessus sd la chaire du VM se trouvent certes 3 «sphères » disposées en triangle, mais il s’agit du soleil, de la lune et d’un globe terrestre (avec l’écliptique). Or la loge « Zu drei Weltkugeln » avait bien sur son sceau trois « globes » disposés en triangle mais il s’agissait de trois sphères identiques, ressemblant plus à des mappemondes (Langlet, op.cit. 2013, p. 39). En plus, cette loge fut créée en septembre 1740, dix-sept ans après la mort de Picart et deux ans après la Relation Apologique. Il n’y a aucune preuve à ma connaissance qu’elle ait utilisé une chaire comme celle représentée dans ces dioramas.

    • 12
      DaXaD
      16 novembre 2020 à 16:57 / Répondre

      En effet. Il était difficile d’interpréter l’allégorie de droite. Je l’avais comprise comme Vénus. En ayant accès à une copie du diorama du CEDOM, il apparaît clairement que l’image qui illustre cet articulet représente le diorama replié, aplati. L’image du CEDOM représente le même diorama complètement ouvert, déplié, étiré. On aperçoit alors que cette allégorie porte un caducée à double serpent dans la main gauche. Il s’agit donc bien de Mercure. Andreas Önnerfors a écrit un article en anglais en mai 2013 intitulé : Secret Savants, Savant Secrets: The Concept of Science in the Imagination of European Freemasonry, comme l’a écrit ici Pierre Noël. Il y décrit le diorama du CEDOM.
      L’allégorie du fond en bleu ciel porte un bâton autour duquel s’enroule un unique serpent et dans l’autre main un cœur ardent et irradiant. Elle porte aussi en pectoral un double cercle parfait. D’après l’auteur, cette allégorie est de nature spirituelle en se plaçant au-dessus de la Nature et des forces naturelles.
      Quant à Minerve, elle représenterait la connaissance théorique et Mercure, la connaissance pratique.

      • 13
        Camille
        16 novembre 2020 à 17:45 / Répondre

        Mon TCF, j’ai le plus profond respect pour toi-même et pour notre F Önnerfors, que je ne connais pas. Mais je persiste à penser que l’on perd son temps à chercher des idées profondes dans un diorama de carton, probablement destiné à amuser les dames ou les oisifs.

        • 14
          pierre noel
          16 novembre 2020 à 20:33 / Répondre

          Vous avez (bien sûr) le droit de ne voir dans tout cela qu’un passe-temps « pour les dames et les demoiselles », comme disait l’INR d’autrefois.
          Est-ce pour autant un objet de mépris ?

      • 17
        pierre noel
        19 novembre 2020 à 18:12 / Répondre

        Malheureusement, le diorama du CEDOM, discuté par A. Önnefors, est reproduit en noir et blanc dans son excellent article « Secret Savants, Savant Secrets: The Concept of Science in the Imagination of European Freemasonry ». On n’y voit donc pas les couleurs des allégories. Sur celui conservé à la RR, on distingue nettement les couleurs : bleue pour celle couronnée de feuillages, un bâton dans la main droite et un coeur embrasé dans la gauche ; ocre pour Hercule, Mercure et Minerve.
        La photographie de Serge Marteaux ne montre évidemment pas le relief, bien visible quand observe l’objet en 3D, qui devait émerveiller le spectateur du XVIII° siècle.
        Pour qui se demande qui est A. Önnefors. Il est Suédois, actuellement professeur (histoire des sciences et des idées) à l’université de Göteborg, également membre de la loge Quatuor Coronati 2076 (Londres). Il écrit en suédois, en allemand et en anglais.

  • 2
    yonnel ghernaouti, YG
    15 novembre 2020 à 05:55 / Répondre

    Concernant le diorama, je vous renvie à l’exposition temporaire « La franc-maçonnerie », organisée par la Bibliothèque nationale de France et présentée sur le site François-Mitterrand, du 12 avril au 24 juillet 2016. Y était exposé une scène – en fait six planches aquarellées – se déroulant à la Loge « Les Trois Globes » de Berlin (Berlin, vers 1760) https://bit.ly/2IsRvxV

    • 11
      pierre noel
      16 novembre 2020 à 16:17 / Répondre

      Le sceau de la loge « Zu den drei Weltkugeln » montre trois globes terrestres identiques posés, en triangle, sur un pavé mosaïque, surmontés d’un aigle couronné aux ailes déployées. En-dessous, l’année de fondation, 1740.
      Qui est intéressé peut le découvrir sur l’article « Loge Les trois Globes » sur le web (Google).
      L’ensemble est très différent de celui du diorama copiant la chaire de « la Paix » d’Amsterdam, formé par le soleil, la lune et un globe les surmontant

  • 1
    DaXaD
    15 novembre 2020 à 01:20 / Répondre

    Concernant les allégories reprises sur ce diaporama, il s’agit bien de Minerve (à gauche), d’Hercule (au fond au centre) et de Vénus (à droite). Ce sont les allégories depuis l’Antiquité et la Renaissance de la Sagesse pratique, de la force et de la beauté.
    On retrouve ces mêmes allégories associées ensemble avec les mêmes significations sur un plafond des grands appartements de Versailles ainsi que sur une médaille de Valerio Belli (début 16e siècle).
    Connaissant le milieu culturelle et éducatif de l’époque, ce n’est donc pas un anachronisme d’y retrouver les vertus SFB sous la forme de ces allégories. C’est même un lieu commun facilement identifiable pour les personnes de cette époque.

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