Vuillaume 1822

Manuscrit Vuillaume : de nouvelles transcriptions disponibles

Publié par Géplu
Dans Divers

Comme nous vous l’annoncions ici le 2 décembre 2019, la Fondation Latomia a découvert l’an dernier un extraordinaire manuscrit regroupant l’ensemble des degrés du REAA de 1822, dont le rédacteur a pu être identifié comme étant Claude-André Vuillaume, auteur d’un non moins connu « tuileur ». Ce qui avait permis d’identifier le rédacteur du célèbre rituel de 1829 des degrés symboliques du REAA : il s’agit aussi de Claude-André Vuillaume !

La fondation Latomia proposant à ses adhérents une transcription commentée de ses nouveaux manuscrits en vis-à-vis de la numérisation de chaque page, la transcription de ce document exceptionnel est proposée en plusieurs livraisons successives au fur et à mesure de l’avancée du travail (le manuscrit fait plus de 1500 pages…). La deuxième livraison est mise à disposition depuis la mi-août 2020, et concerne l’ensemble des rituels du 4e au 14e degré.

Comme pour la transcription du manuscrit Quesada, Latomia a choisi de présenter ensemble les rituels des Hauts-Grades du 4e au 14e degré, ce qui correspond aux degrés actuellement travaillés en Loge de Perfection. La numérotation des pages et des notes est en continuité de celle de la transcription des rituels symboliques.

Trois autres manuscrits ont principalement servi de base de comparaison et d’aide à la transcription :
• Rituel dit « Quesada », œuvre de plusieurs copistes entre 1813 et 1821 (manuscrit n° 7834 de la Bibliothèque Nationale d’Espagne, Latomia 295-o,t-f à 301-o,t-f).
• Rituel dit « Kloss » collationné par Dubin du G. O. (Empire) (Grand Orient des Pays Bas, collection Kloss [Latomia 121-t-f]), copie exécutée entre 1815 et 1821).
• Rituel dit « Pyron » de 1812 (Collection du S. C. D. F., fonds russe).

De nombreuses notes indiquent les principales différences entre ces quatre versions sensiblement contemporaines (du 1er Empire à la 2de Restauration). Lorsque c’était nécessaire une comparaison a été aussi faite avec le manuscrit Francken de 1783 (copie de 1794, publiée dans Latomia 87-o-e), qui reprend les rituels de l’Ordre du Royal Secret (Rite de Perfection), précurseur du REAA. Comme pour les degrés symboliques, le manuscrit est entièrement de la main de Vuillaume. La copie est datée précisément de 1822, mais les textes recopiés sont souvent plus anciens, en particulier pour les degrés qui étaient seulement communiqués.

Une des particularités les plus intéressantes du manuscrit est le recours systématique à la langue hébraïque pour proposer des interprétations aux mots de passe et mots sacrés de chaque degré, dans la droite ligne de ce qu’avait déjà fait Vuillaume dans l’édition de 1820 de son Tuileur. Il faut cependant remarquer qu’il a principalement utilisé comme source de ses interprétations un autre Tuileur, celui de Delaulnaye, en validant souvent, sans autre recherche approfondie, les hypothèses de ce dernier.

La Fondation Latomia a donc procédé à une analyse détaillée de toutes les transcriptions hébraïques de Vuillaume, en rectifiant souvent son orthographe défaillante (en hébreu comme en latin), et en suggérant parfois des pistes de recherche alternatives, dont certaines ont déjà été proposées par d’autres chercheurs, comme Michaël Segall (alias Saint-Gall), Sam Eched ou Claude Guérillot.

On peut noter aussi le soin avec lequel Vuillaume a recopié tous ces rituels : par comparaison aux autres version connues (Quesada, Kloss et Pyron) il a souvent adapté les textes qu’il transcrivait avec le souci de fournir une version parfaitement exécutable, avec tous les détails nécessaires pour la mise en scène, dans les décors comme dans la déambulation. A contrario, en procédant ainsi, il a parfois résumé approximativement certains longs discours traditionnels avec quelques confusions historiques (comme la confusion entre les personnages de Noé et d’Hénoch dans sa version du rituel du 13e degré). Quoiqu’il en soit, ce souci d’adaptation, que l’on avait déjà noté pour sa version très aboutie des rituels symboliques, est probablement le témoin de cette volonté de la nouvelle équipe du Suprême Conseil, après la fusion de 1821, d’offrir aux Loges de sa Juridiction un corpus de rituels irréprochables.

Enfin, de nombreux éléments, en particulier dans les rituels du 12e, 13e et 14e degré (cf. l’apparat critique de leurs transcriptions), démontrent que Vuillaume avait entre les mains, comme source de son travail, une version intermédiaire entre Francken et notre groupe de quatre manuscrits. Cette source reste pour l’instant inconnue et était peut-être rédigée en anglais.

La Fondation remercie tout particulièrement, pour leur rigoureuse précision habituelle, Patrice Tillet qui a assuré l’ingrate tâche de transcription primaire du manuscrit, et Paul Ninin qui a assuré la correction détaillée de la mise en page finale, avec de nombreuses suggestions et apports pour parfaire les notes de l’apparat critique.

lundi 31 août 2020
  • 5
    pierre noel
    1 septembre 2020 à 20:47 / Répondre

    Il faudrait parler de régularité, de droit d’aînesse ou de légitimité dans cette affaire.
    Il y a deux filiations aussi « légitimes » l’une que l’autre, l’une aux USA (Charleston et New York, Mitchel-Dalcho et Cerneau-Saint Laurent, pour résumer grossièrement les faits), l’autre à Paris (Grasse-Tilly et Hacquet). Toutes ces voies passent qu’on le veuille ou non par Saint-Domingue et la Jamaïque, hauts lieux de la traite d’ébène et des morts rapides des Européens par les « fièvres ». Dans tous les cas, ce sont des élaborations de « maçons » en quête d’une certaine perfection. leurs descendants sont tous également légitimes et dignes d’intérêt.

  • 4
    Pierre Mollier
    1 septembre 2020 à 12:47 / Répondre

    Voilà un beau sujet controversé de rentrée pour nous titiller un peu et nous remettre dans le bain 🙂
    En fait les deux sont les héritiers directs du « Premier Suprême Conseil Indivis » (1804-1814). Aussi légitime l’un que l’autre, ils sont fondés sur des conceptions du REAA à l’époque différentes (et ne se résument pas à « avec ou sans le GO »).
    Ce sont les deux Suprêmes Conseils historiques en France.

  • 2
    pierre noel
    31 août 2020 à 16:43 / Répondre

    Ne faut-il pas rappeler qu’entre 1804 et 1810, devant l’inactivité du SC, de nombreux organismes « sauvages » ou clandestins confèreront des grades « écossais » en divers lieux, Angers et Paris notamment, dont résultera l’exclusion (par le SC de 1804) d’Abraham et Fondeviolles ( par exemple).

  • 1
    Pierre Mollier
    31 août 2020 à 07:36 / Répondre

    Voilà une pièce bien intéressante qui va éclairer les débuts du REAA en France. Heureux de voir que le manuscrit Dubin est maintenant bien daté de 1815 et non plus de 1804 comme avant. C’est un recueil de grades qui accompagne la formation du Grand Consistoire/Grand Collège des Rites en 1815. Pour faire court, rappelons qu’entre 1804 et 1810… il ne se passe pas grand chose à part la réception de quelques Frères aux 31e ou 32e. A partir de 1810, le Premier Suprême Conseil commence à créer quelques ateliers et à promouvoir la pratique des hauts grades du REAA… Mais cette première activité est arrêtée par le contexte des grandes difficultés de l’Empire après 1812-1813 et la mise en sommeil du Premier Suprême Conseil en 1814. En 1815, les Frères qui re-forment le Suprême Conseil dans le sillage du Grand Orient doivent réaliser les outils et une structure pour développer les hauts grades du REAA au sein d’une « grande » obédience. Ils commencent à créer des « Conseils de 30e » et des « Consistoires du 32e » un peu partout en France. En 1821, les 33e qui refusaient l’alliance avec le GO « réveillent » le Suprême Conseil de France. Les manuscrits doivent être situés au regard de ces quatre périodes.

    • 3
      Yvan d’Alpha
      1 septembre 2020 à 10:22 / Répondre

      Le premier Suprême conseil créé en France se serait donc « transformé » en « Grand consistoire / grand collège » souché sur le Grand Orient de France dès 1815 ? Cela légitime donc totalement la pratique des degrés post-magistraux du REAA au Grand Orient, dans une juridiction qui serait donc héritière du premier Suprême conseil. Pourtant, le Suprême Conseil de France, souché sur la GLDF et créé en 1821, revendique avec force et vigueur cet héritage.

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