La Franc-maçonnerie est-elle une religion de substitution ?

Publié par François Cavaignac

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La place de plus en plus importante prise par les religions dans la vie sociale en France ne peut qu’interroger le franc-maçon laïc, membre du GODF, qui, fondant ses convictions sur la loi de 1905, pensait naïvement que la religion relevait de la sphère privée. Vision très certainement dépassée quand il voit les atteintes régulières portées à la laïcité tout au long du XXe siècle et l’accélération de ce mouvement depuis les années 1980. Une question insidieuse lui vient à l’esprit quand ce franc-maçon, historien de surcroît, constate l’évolution des opinions dans le monde maçonnique : la franc-maçonnerie ne serait-elle pas de nature religieuse et, plus précisément, ne serait-elle pas une religion de substitution ?

On peut relever qu’il y a globalement deux grandes conceptions de la franc-maçonnerie : d’un côté celle qui revendique comme principe fondateur la croyance en un Dieu révélé, soit expressément, soit sous la forme du Grand Architecte de l’Univers ; de l’autre celle qui s’affranchit résolument de toute croyance en Dieu, sans nécessairement la condamner, mais en déclarant que chaque homme est libre et capable de progresser sans elle. On est donc en présence d’une franc-maçonnerie religieuse et symbolique, plutôt chrétienne, et d’une franc-maçonnerie libérale et adogmatique, plutôt philosophique et sociétale. Avec sa pléiade d’obédiences l’espace français propose toutes les nuances et combinaisons philosophiques possibles, ce qui permet à chacun d’adhérer à la structure qui convient à sa recherche… Et normalement, la  franc-maçonnerie libérale et adogmatique, philosophique et sociétale (GODF, DH, GLFF) aurait dû depuis longtemps avoir réglé la problématique de la relation avec la religion, surtout après la période de laïcisation de la société française menée par le Grand Orient entre 1870 et 1914.

Pourtant il me semble que la question, qui a toujours été pendante depuis qu’on use du terme de franc-maçonnerie, se pose à nouveau aujourd’hui crûment : la franc-maçonnerie n’est-elle pas devenue pour beaucoup une religion de substitution ?

La nature religieuse de la franc-maçonnerie

Dans un premier temps il peut être nécessaire de rappeler succinctement que des liens existent ontologiquement entre la franc-maçonnerie et les religions, du fait même de la nature originelle religieuse de celle-ci. Mentionnons d’abord le catholicisme des origines : si l’on admet la filiation opérative la maçonnerie médiévale était fondamentalement catholique : on trouve dans les Old Charges des invocations à « Dieu, Notre Seigneur » et aux saints, des références explicites à la Vierge Marie, la mère du Christ, ou à l’Église, des prières, des cantiques, la recherche du salut de l’âme, etc. Chronologiquement vient ensuite l’influence protestante : si l’on admet la filiation des Lumières et de Newton on relève que la franc-maçonnerie spéculative a été créée par des protestants : Désaguliers (1683-1744) est un prêtre anglican, Anderson (1684-1739) est pasteur presbytérien, Ramsay (1686-1743) est protestant avant de se convertir au catholicisme. On discerne une nette influence protestante aux débuts du XVIIIe siècle : usage affirmé de la raison, libre examen, humanisme, tolérance. De même il paraît difficile de nier le fondement religieux des Constitutions d’Anderson (1723) : le texte de l’article 1er  (« Concernant Dieu et la Religion »), qui a donné lieu à toutes les interprétations possibles et imaginables, y compris avec des contorsions sémantiques hasardeuses, concerne bien l’aspect religieux :  » […] un maçon ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux » [1]. Enfin, le contenu des rituels est tangible : à l’exception du Rite Français, rite officiel du GODF, largement laïcisé, la plupart  d’entre eux ont un contenu religieux ; ils sont parsemés d’éléments bibliques (mots sacrés, mots de passe, acclamations), de personnages et de légendes issus du même milieu (Hiram et Tubalcaïn, Salomon et Zorobabel) qui y jouent un rôle important;  la référence johannique est omniprésente.

La généalogie maçonnique montre ainsi l’imprégnation continue des idées religieuses dans la construction de la franc-maçonnerie. De nos jours des notions comme « le sacré » et « la spiritualité » font partie intégrante du corpus maçonnique. L’idée est même très répandue que l’Église aurait perdu la dimension ésotérique du christianisme primitif et que la maçonnerie l’aurait retrouvée et conservée au fil du temps.

Subtilités sémantiques, à l’exception du GODF, vis-à-vis de la religion

Cette proximité, sinon cette porosité, entre religion et franc-maçonnerie a justifié de la part de celle-ci plusieurs mises au point. Rappelons que  la Grande Loge Unie d’Angleterre, qui fait indéniablement partie du courant religieux précité, a précisé à plusieurs reprises que la franc-maçonnerie n’était pas une religion, car le domaine du dogme et de la théologie n’était pas le sien ; elle a précisé qu’elle ne voulait pas recréer une religion maçonnique ni fournir un substitut à la religion. Pour cela elle a trouvé une formule parfaitement hypocrite : « La franc-maçonnerie n’est pas une religion mais une société d’hommes religieux » [2].

sceau du GODFCes arguments ne sont pas parvenus à convaincre le monde profane qui assimile largement franc-maçonnerie et religion dans les classements philosophiques et littéraires : il suffit de consulter les rayons des librairies où les ouvrages maçonniques s’étalent entre religion, spiritualité, vie personnelle et bien-être ! Les auteurs maçons eux-mêmes ont toujours entretenu le flou sur cette question, qui a toujours été une question clé. C’est le cas par exemple de Charles Fauvety (1813-1894), protestant, journaliste et auteur maçonnique, initié en 1847. En 1859 il publie un article dans le Monde maçonnique avec le titre provocateur : La franc-maçonnerie est-elle une religion ? [3] L’idée sous-jacente était de faire de l’Ordre une religion laïque ; cette question va diviser les Frères pendant plusieurs années, et rencontrer beaucoup d’hostilité au sein du GODF [4]. Bien sûr Oswald Wirth (1860-1943) à son tour abordera le sujet : il écrit en 1891 un texte au titre identique : La franc-maçonnerie est-elle une religion ? Il explique que les religions classiques ne sont que des « prétendues » religions qui pratiquent « le cléricalisme, […] le mensonge, l’hypocrisie, la superstition et le fanatisme ». Il affirme : « […] Il est permis de dire que la Franc-maçonnerie tout en n’étant en rien une religion au sens étroit du mot, réalise véritablement le suprême idéal religieux de l’humanité. Ce n’est point, dès lors, une religion particulière quelconque, mais c’est en toute vérité la religion universelle, pure et vraie, à laquelle tous les hommes éclairés finiront forcément par se rallier » [5].

Plus récemment un auteur comme Luc Néfontaine affirme que la franc-maçonnerie n’est pas une religion mais une « religiosité séculière » sinon une religion potentielle pour deux raisons : d’une part elle est culturellement syncrétiste et d’autre part elle propose un système de sens alternatif qui est une transcendance floue [6].

Le GODF, depuis la suppression de l’obligation d’invocation au Grand Architecte de l’Univers en 1877, est plus clair. Il rappelle -fort à propos- en annexe à sa Constitution plusieurs extraits de la discussion de 1876 et du vote de 1877 : « La franc-maçonnerie n’est pas une religion, […] elle n’a point par conséquent à affirmer dans sa Constitution des doctrines ou des dogmes » ; « elle est étrangère à tout dogme et à tout credo religieux quelconque ». En conséquence elle ne doit pas se livrer aux discussions théologiques, « qui n’ont jamais amené que des troubles et des persécutions » ; les Églises sont toujours violentes car le dogme est par nature « inquisiteur et intolérant ». Malgré cela la pression du courant religieux étant ce qu’elle est dans le champ social il a fallu en 1998 que le GODF se redéfinisse en affichant officiellement qu’il était une obédience adogmatique.

La littérature en faveur du rapprochement franc-maçonnerie/religion

La littérature, institution reflet du réel et témoignage historique, offre bien des exemples de la relation franc-maçonnerie/Religion. L’idée qui prévaut -et qui est très répandue, notamment chez de nombreux francs-maçons spiritualistes- est que la franc-maçonnerie et l’Église seraient deux branches séparées d’un tronc commun initial issu d’une religion primitive de l’humanité. Quelques exemples parmi d’autres montreront cette proximité. Dans le roman mondialement connu qu’est La montagne magique (1924) Thomas Mann fait reposer l’intrigue sur le personnage de Naphta, juif converti au catholicisme et devenu jésuite : « […] Il ne peut pas vous avoir échappé que […] les jeux symboliques du cérémonial maçonnique se retrouvent dans le symbolisme liturgique et architectural de notre sainte Église catholique » [7]. Jules Romains suit la même ligne dans Recherche d’une Église (1934) [8] : le personnage de Lengnau, dont le modèle est très certainement Oswald Wirth, explique qu’il y a en réalité un rapprochement entre l’Église catholique et la franc-maçonnerie. Le point d’ancrage est principalement la pratique des rites, dont le sens est différent mais dont la nature est très proche, et accessoirement le mysticisme, que la franc-maçonnerie a toujours pris en compte : le Grand Œuvre c’est « la catholicité totale » car l’Église et la franc-maçonnerie sont « les seuls soldats de l’Universel… » [9]. Un autre récit qui peut paraître moins sérieux en raison du côté sulfureux de son auteur mais qui a eu un impact non négligeable est celui de Roger Peyrefitte, Les fils de la lumière (1962) : quelques aphorismes, ancrés dans les esprits des maçons plus souvent qu’on ne le croit, en donneront une idée : « Il y a deux grandes forces spirituelles, l’Église et la Franc-maçonnerie » ; « La maçonnerie est la religion des religions » ; « La morale maçonnique, c’est la morale chrétienne sans l’Évangile ». Enfin il serait injustifié de ne pas citer le livre de Christian Jacq, Le Moine et le Vénérable (1996) qui a eu un succès certain chez les francs-maçons et dont l’argument ultime qui domine toute l’action est que l’Église et la Franc-maçonnerie sont les deux seules forces spirituelles susceptibles de s’opposer à la barbarie.

Sauf à dénier aux éléments précités toute valeur probatoire, il faut donc reconnaître que la franc-maçonnerie a manifestement des liens organiques naturels avec la religion. Or, malgré la laïcisation menée par le GODF et dans un contexte historique de progrès scientifique et d’effacement des religions au XXe siècle, elle ne s’est pas départie de cette enveloppe ni de cette culture religieuses. Au contraire, pour moi, cette influence religieuse s’accentue.

Un constat frappant : la liturgisation inexorable de la pratique maçonnique

Nous assistons en effet depuis le début du XXe siècle à une accentuation des normes rituéliques qui représente à mon sens une véritable idéologie de réaction conservatrice, y compris au sein du GODF, et qui véhicule une spiritualisation contraire aux orientations des années 1877-1924. Les exemples sont nombreux :

Le vouvoiement s’est imposé dans certaines obédiences : il se veut marqueur de dignité et de respect mais il efface le tutoiement révolutionnaire qui représentait l’amitié entre républicains et contredisait le vouvoiement aristocratique.

Dans les loges du XIXe siècle les applaudissements étaient courants pour manifester l’adhésion de l’auditoire maçonnique, de nombreux procès-verbaux de tenues en font foi ; or ils ont été progressivement supprimés au point que de nos jours aucun maçon n’oserait penser que cela ait pu exister [10].

Le port du tablier, symbole essentiel du maçon qui nous paraît être un « impératif catégorique » aujourd’hui, était tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle : il n’était quasiment plus porté par les Frères dans l’entre-deux guerres. C’est le convent de la GLDF de 1936 qui a émis le vœu que les Maîtres, à tout le moins, le portent dorénavant en loge.

Les trois colonnes Sagesse, Force et Beauté qui sont pour les pratiquants du REAA un instrument symbolique fondamental à l’ouverture et à la fermeture des travaux, et dont la remise en cause serait impensable, ne furent instaurées que dans les années 1930 sous l’impulsion, là encore, de la GLDF.

L’affectation de la Bible comme Volume de la Loi Sacrée, à laquelle tiennent tant les spiritualistes attitrés malgré une interprétation historique tendancieuse [11], tout comme le positionnement des Compagnons sur la colonne du Midi datent, aussi incroyable que cela puisse paraître, des années 1950 et notamment du convent de la GLDF de 1954 [12].

La suppression de la possibilité de fumer en loge, même s’il faut convenir honnêtement qu’elle traduisait effectivement une certaine désinvolture, date des années 1970.

Enfin depuis les années 2000 un mouvement, dont je ne suis pas parvenu à situer l’origine mais qui montre le grignotage de cet esprit de sérieux, promeut à la fois l’usage du pupitre et le port d’une tenue sombre. Le pupitre se justifierait au nom du principe qu’il ne faut pas interrompre le positionnement institutionnel et initiatique du Collège des Officiers ; la tenue sombre signifie que nos réflexions sont profondes au point de ne pas supporter un égaiement des couleurs, toute autre tenue étant par nature incorrecte. Le point le plus extravagant est désormais pour l’orateur quel qu’il soit de parler au pupitre tout en restant à l’ordre.

Ce phénomène de liturgisation croissante dans la pratique des rites s’est accentué après 1968 où de nombreux « soixante-huitards » ont été initiés et ont manifesté très vite une attirance envers les rites [13]. Je ne suis pas le seul à penser de la sorte : Louis Trébuchet, spécialiste reconnu du REAA, relève le même phénomène : les rituels sont devenus tatillons et précis sur des détails de plus en plus codifiés, ce qui est une véritable névrose du rituel [14]. De même dans un article de l’excellente revue Critica Masonica dont il est le responsable éditorial Jean-Pierre Bacot explique que ce mouvement de spiritualisation de la franc-maçonnerie française est tel que les spiritualistes sont aujourd’hui majoritaires aux 2/3 en France [15].

Le succès d’un symbolisme dogmatique

Je pense que cette situation est une conséquence directe du développement régulier du symbolisme depuis la fin du XIXe siècle. Initié -si j’ose dire- par Oswald Wirth (1860-1943) et repris par René Guénon (1886-1951) dont la critique du monde moderne trouve de nombreux échos dans les loges, il s’est développé avec vigueur après la Seconde Guerre mondiale. En France, il semble bien que ce soit sous l’influence de Guénon qu’une partie des francs-maçons se soient remis à l’étude approfondie des rites et du symbolisme [16]. Bien sûr nous savons tous combien le symbolisme est un facteur de rapprochement avec la démarche religieuse ; cet élément s’accentue à l’excès lorsque le symbole devient une finalité en soi, adossé la plupart du temps au concept enraciné de Tradition. Les auteurs partisans de ce courant de pensée n’hésitent pas à expliquer que la nature du symbole met sur la voie du divin ou qu’il fait apparaître la foi comme une conviction intuitive [17]. Dans la pratique maçonnique, ce qui surprend aujourd’hui et qui traduit cet esprit de sérieux évoqué ci-dessus, c’est la sacralisation du rite. De nombreux Frères et Sœurs expliquent qu’à travers la pratique du rite ils ont retrouvé le sens religieux de leur enfance. L’affirmation la plus explicite me semble être celle de Jean-François Var, franc-maçon érudit [18] et parallèlement archiprêtre orthodoxe, auteur de La Franc-maçonnerie à la lumière du Verbe (2013). Dans une interview du 25 avril 2014 il affirme : « La franc-maçonnerie m’a ramené à une foi profonde et chrétienne. […] La franc-maçonnerie m’a apporté l’importance des rites. Toute vie humaine est rituelle. Il y a des rites païens, commerciaux ou sportifs et leur importance au sein des liturgies m’avait échappé. Je les ai exécutés un peu machinalement. Inversement, la foi chrétienne m’a fait approfondir la substance de l’initiation maçonnique » [19].

Il est clair en tout cas que de nombreux Frères et Sœurs amplifient la sacralisation du rite : ils soutiennent que la démarche maçonnique est tout à fait complémentaire à la pratique religieuse et qu’il suffit au franc-maçon de cloisonner ses réflexions et ses croyances. Ceci n’est pas nouveau ! Dans un chapitre intitulé Mystères de la franc-maçonnerie [20] Jules Romains fait prononcer à l’un des personnages une diatribe véhémente contre la franc-maçonnerie. Il y affirme que pour un certain nombre de Frères, la franc-maçonnerie est une nostalgie de la religion : les mystères sont laïques et républicains au lieu d’être religieux, et, en loge, le franc-maçon est à la fois le prêtre et le fidèle [21]. Rien n’a changé ! Il y a là pour moi aujourd’hui une sacralisation des rituels qui est la mise en œuvre du  mouvement de ritualisation normative développé plus haut ; et il ne s’agit de rien d’autre qu’une substantialisation intégriste du rite pour le rite.

Le risque d’une pratique religieuse excessive de la franc-maçonnerie

Ce mouvement -profond- me paraît déséquilibrer la franc-maçonnerie adogmatique et sociétale, dont le GODF se fait le porte-parole depuis 1877. Nous ne respectons plus convenablement l’équilibre demandé par nos principes constitutifs qui nous enjoignent de travailler à améliorer « à la fois » l’homme et la société. La priorité est désormais accordée au travail personnel sous couvert de perfectionnement et l’introspection est devenue dans les faits le principal objectif de la démarche maçonnique. Certes, les Frères et Sœurs attachés à leurs croyances religieuses n’en sont pas moins d’excellents maçons et il ne me viendrait pas un instant à l’esprit d’essayer de les convaincre de changer d’opinion. Mais il faut convenir qu’accorder la primauté à la seule pratique du rituel revient insensiblement à stériliser la pensée altruiste, à inhiber la spéculation intellectuelle (le rituel est répétitif), et à se fossiliser. Je partage pleinement l’avis de JP Bacot pour qui au sein de la franc-maçonnerie et du GODF la liberté d’interprétation et le narcissisme contemporain font primer la volonté de développement personnel sur le rapport aux autres : on se protège ainsi d’une société de plus en plus agressive et difficile à comprendre [22]. Or les sujets d’actualité tant sociaux, économiques que philosophiques, ne manquent pas : outre la laïcité déjà évoquée, relevons les libertés publiques de plus en plus menacées y compris par des pouvoirs qui se disent républicains, la construction européenne laborieuse y compris au niveau maçonnique, les problèmes climatiques, la réhabilitation urgente de la démarche scientifique, le transhumanisme et l’intelligence artificielle inquiétants, etc., etc. Bien sûr nous ne restons pas inactifs dans nos temples et nombre de commissions et de colloques ad hoc le montrent. Mais certains Frères et Sœurs qui commencent à s’interroger regrettent que la franc-maçonnerie ne soit plus porteuse d’un véritable projet de société cohérent, lisible et présentable. Il s’est produit depuis 1945 une transformation lente mais radicale : les maçons ont orienté leurs réflexions autant vers la philosophie que vers la politique, ce qui fait qu’aujourd’hui, insensiblement, les Frères et Sœurs ont donné la priorité à leur entière liberté philosophique individuelle ; le symbolisme et la pratique liturgique du rite leur ont fourni le cadre nécessaire. Le risque est évident : c’est celui de nous endormir dans le confort du rituel et le bien-être de l’amitié et du conformisme.

Ainsi nous sommes en train insensiblement de devenir une institution caritative comme les autres : elle promeut la solidarité au nom de nos principes d’émancipation et de dignité humaine mais elle ne propose plus de réforme sociale d’envergure. En ce sens les réflexions sur le Revenu universel par exemple semblent s’être perdues dans les sables mouvants des différents programmes des partis politiques [23] alors qu’au départ elle était une idée maçonnique [24]. Ironie du sort, c’est l’Église qui reprend aujourd’hui l’idée à travers les interventions du pape lui-même !

Conclusion

A la question initiale : La franc-maçonnerie est-elle une religion de substitution ? Je réponds : oui pour beaucoup de Frères et Sœurs, même s’il s’agit d’un mode dégradé du phénomène religieux.

Cette spiritualisation de la franc-maçonnerie est-elle un risque ? Je réponds : à mon sens, oui, pour les raisons énoncées ci-dessus.

Bien sûr, cela va sans dire mais il vaut mieux le rappeler, il ne doit y avoir aucun malentendu ni équivoque à propos de l’analyse présente : il n’est pas question, au nom de la simple liberté absolue de conscience, de condamner les Frères et Sœurs dont le comportement correspond à celui décrit et critiqué ci-dessus. De même il n’est pas question non plus de nier l’apport des religions dans l’histoire de la pensée humaine ni dans celle de la franc-maçonnerie. Il n’est pas question enfin d’envisager la suppression du symbolisme et du rite, essence même de l’Ordre : cette mise sous le boisseau nous transformerait en banale association profane.

Simplement je désirerais participer à la prise de conscience d’un événement sourd, insidieux, régulier et progressif qui modifie notre raison d’être et il appartient aux chercheurs dont les historiens de le faire.

Nous devons rester impérativement des hommes et des femmes de progrès qui travaillent bien sûr à la construction de soi mais aussi à l’édification d’une société juste. Or la franc-maçonnerie n’est ni une Église ni un parti politique ; elle a un statut particulier en tant que  société de pensée initiatique. L’équilibre qu’elle requiert entre le perfectionnement de soi et l’amélioration de la société n’est pas facile à obtenir mais il constitue la « voie maçonnique » ; se consacrer seulement à l’une des deux options est une erreur, il faut simultanément mener les deux entreprises. Et ceci tout à fait est possible en pratiquant une franc-maçonnerie rituélique mais non dogmatique, qui considère le symbole et le rite non comme des fins transcendantes mais comme des moyens -exceptionnels, certes, mais moyens quand même- de réflexion, d’émancipation et de progrès.

François Cavaignac

PS : Que le lecteur me permette ici une précision personnelle. Ceux qui me connaissent savent combien j’apprécie le symbolisme et notamment à travers le REAA que je pratique pleinement. Mais je fais partie de ceux qui pensent qu’une interprétation libertaire et agnostique du REAA est tout à fait « vivable », et j’ai déjà eu l’occasion de l’exposer sans pour autant m’attirer les foudres de mes Frères et Sœurs d’un avis contraire.

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[1] Ce même article 1er des Constitutions accentue le caractère religieux de la démarche maçonnique car la religion reste l’objectif ultime d’Anderson et constitue le fondement de son raisonnement : « […] il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord… ».
[2] Cette argutie est un sophisme parfait d’intolérance car il signifie clairement qu’il n’y a pas de place pour les non-religieux en franc-maçonnerie ! Voir le site internet concerné.
[3] Bibliothèque du Grand Orient de France.
[4] Voir Éric Saunier (sous la direction de), Encyclopédie de la franc-maçonnerie, article Fauvety par Yves Hivert-Messeca, Le Livre de poche, 2000.
[5] Bulletin maçonnique de la Grande Loge Symbolique Écossaise, n° 1004, avril 1890-mars 1891, communication faite par Wirth dans une Tenue Blanche, Bibliothèque du Grand Orient de France.
[6] Luc Néfontaine, Le protestantisme et la franc-maçonnerie, Labor et fides, 2000.
[7] Thomas Mann, La montagne magique, Arthème Fayard, Livre de poche, 1931, p 736.
[8] Ce livre (1934) constitue le septième des vingt-sept volumes des Hommes de bonne volonté.
[9] Jules Romains, Recherche d’une Église, éditions J’ai lu/ Flammarion, Paris, 1964, pp 284-310 pour ce passage.
[10] Voir à titre d’exemple Patrick Moron, De la philanthropie maçonnique à l’action républicaine : Vincent Pieglowski, un polonais Vénérable de la loge de Castres, Chroniques d’histoire maçonnique n°78, été 2016.
[11] J’ai évoqué ce point dans un de mes ouvrages Les mythes maçonniques revisités, Dervy, 2016, p 22.
[12] Sur les différents points relatifs à la GLDF voir le site de Jean-Laurent Turbet.
[13] Les sociologues et politistes « profanes » n’ont pas pour le moment analysé cet aspect peu connu mais peut-être plus révélateur qu’on ne pourrait le croire.
[14] De l’Écosse à l’Écossisme, T 4, 2017.
[15] Critica masonica, avril 2017 repris par hiram.be du 16 avril 2017.
[16] Chroniques d’Histoire maçonnique n°77, 2016, p 83. Le passage à deux tenues par mois date de 1951 : faut-il y voir un lien de causalité qui conforterait notre analyse précitée ?
[17] Voir la plupart des auteurs se revendiquant du symbolisme dont un parmi d’autres : Paul Diel, Le symbolisme dans l’Evangile de Jean, Payot, réédition 2004.
[18] Il est notamment le traducteur du MS Dumfries n°4 (circa 1710) dans le Cahier de l’Herne portant sur les documents fondateurs de la franc-maçonnerie, éditions de L’Herne, 1992.
[19] Ceci pose la question -qui mérite une contribution à elle seule- de la nature du rite : est-il de nature intrinsèquement religieuse ? Est-il obligatoirement lié au « sacré » ? Est-il un instrument qui y ramène ? Si oui, par quelle opération psychologique est-il efficace ?
[20] Jules Romains, Les hommes de bonne volonté, Recherche d’une église, éditions J’ai lu/Flammarion, Paris, 1964, pp 225-243 pour ce passage.
[21] Il est vrai que le caractère sacerdotal apparaît dans plusieurs rites de Hauts Grades.
[22] Op. cit.
[23] Je précise que pour moi le problème est collectif et ne dépend nullement de la politique des Grands Maîtres…
[24] Souvenons-nous du travail accompli par notre regretté Frère Yoland Bresson pour promouvoir cette idée.

lundi 30 novembre 2020
  • 69
    Etienne Hermant
    9 janvier 2021 à 17:59 / Répondre

    Cher Peter,
    Permettez-moi de vous prénommer pour empêcher les bévues et évitez ainsi de vous faire Roi à votre corps défendant…
    .
    Vous écrivez : « Vous semblez considérer que sa version moderne représente une suite plus ou moins continue de la FM des bâtisseurs des cathédrales.
    Vous situez le début de sa dernière étape en 1717. »
    Peut-être est-ce l’intitulé de mon ouvrage « 1717 Nous tenons Loge ce soir » qui vous le laisse croire, mais son sous-titre « Le Chapelain de la Loge St Paul » nous renseigne Anderson.
    Mon récit commence lors de la rédaction des « Constitutions » de 1723.
    .
    Cela étant je ne m’inscris pas dans la filière des différentes théories sur l’origine de la FM qui souvent sont limitatives en occultant la complexité du fait maçonnique.
    En d’autres termes, je ne m’impose pas de carcans.
    .
    Y a-t-il eu oui ou non une réunion en 1717 pour constituer la Grande Loge de Londres et de Westminster ?
    Ça reste de l’ordre de la prospective et les riches débats, notamment des historiens anglais, les Dr Prescott, Sommers et Berman et de John Hamill n’ont pas tranché définitivement la question, des partisans de l’une ou l’autre théorie continuent à en débattre.
    .
    Ma préférence est de considérer 1717 comme étant une date symbolique d’émergence d’une forme évolutive de maçonnerie, et de ne lui octroyer que cette importance.
    .
    Je n’ai jamais évoqué de « continuité » de la FM spéculative londonienne avec « les bâtisseurs de cathédrale » qui s’apparente à une théorie spécifique.
    .
    Je pars de différentes émergences qui se focaliseront vers 1721 (l’élection du duc de Montagu comme Grand-Maître) -1723 (la parution des « Constitutions » de la GLL et W).
    .
    Ces émergences sont multiples… et complexes : « Accepted-Masons », terminologie anglaise qui désigne une catégorie de maçons qui n’appartiennent pas au Métier ou qui s’en écartent, à travers une structure maçonnique spécifique avec dans un premier temps une pratique des « Old Charges », « Gentlemen-Masons » qui investissent des Loges Ecossaises établies, « Old Masons », qui soit sont du Métier, soit s’en revendiquent, mais qui jalousent leurs prérogatives (notamment en présentant les « Anciennes Constitutions » à chaque nouveau Grand-Maître lors de son Installation en référence à de très vieilles « Constitutions Gothiques »), la prolifération de clubs, dont ce club réunissant des petits artisans et dirions-nous à l’heure actuelle des professions libérales, et la pratique de catéchismes maçonniques d’origine écossaise, la venue vers 1720 de membres de la « Royal Society », de la Gentry, de divers milieux cultivés.
    .
    On pourrait résumer (bien qu’imparfaitement) ce foisonnement en reprenant la composition des Grands Officiers de la GLL et W présents sur le frontispice de 1723 autour des Grands-Maîtres, le duc de Montagu et le duc de Wharton : Pour Montagu (« Royal Society »), Josias Villeneau, 1er Grand Surveillant (tapissier), Thomas Morris le jeune, 2nd Grand Surveillant (maçon ou tailleur de pierre), Dr John Bael, Grand Maître adjoint (« Royal Society »), pour le duc de Wharton (gentry, Pair d’Angleterre), les Grands Surveillants Joshua Timson (forgeron), William Hawkins (maçon), Dr Désaguliers (« Royal Society »).
    Voilà un panachage sans équivoques.
    .
    Là où vous voyez une hypothèse (ce qui est légitime en soi et est constitutif d’une recherche) je vois un profond mystère.
    .
    Qu’est-ce qui a permis à une maçonnerie spéculative (on dira de « théorie ») en petit comité, de plus ou moins humble extraction, de s’en extraire pour parvenir à intéresser le prestigieux duc de Montagu au point d’en prendre la tête ?
    Bien sûr Désaguliers connaissait intimement le duc de Montagu (en dehors de la Loge) qui c’était entouré très tôt d’Huguenots, tels Désaguliers et Josias Villeneau dont il fit son 1er Grand Surveillant.
    Son père lui avait montré le chemin, lui qui avait convolé en juste noce avec une huguenote et les recevait souvent en sa propriété de Boughton.
    Mais çà n’explique pas tout.
    .
    Ce qu’on peut observer c’est que ce foisonnement hétéroclite ne donne pas l’impression d’une quelconque mainmise, qu’elle parvienne de la « Royal Society » ou d’autres courants tels hermétistes ou alchimistes.
    .
    On sait que le Franc-maçon William Stukeley, fondateur de la Society of Antiquaries, a discouru en Loge sur ses recherches archéologiques.
    Dans une note datée du 4 octobre 1723 Stukeley écrit : « J’ai lu mon discours sur l’amphithéâtre de Dorchester à la Loge, et j’ai donné une copie à chaque Frère ».
    Cà ne signifie pas que la Franc-maçonnerie naissante privilégiait ce courant archéologique pourtant essentiel à une Angleterre qui cherchait à établir ses racines en dehors du dogme de Rome.
    De même, le fait que les pasteurs Désaguliers et Anderson participaient activement de la religion officielle, ne signifie pas qu’ils privilégiaient leur religion au sein de la GLL et W.
    Les « Constitutions » de 1723 montrent le contraire quand il est affirmé qu’on doit laisser « à chacun sa propre opinion quelles que soit les dénominations et les confessions qui aide à la distinguer ».
    C’est le fameux « Centre d’Union ».
    .
    On pourrait multiplier les exemples et faire ce constat que les premiers rituels (catéchismes) utilisés par la GLL et W ne nous apportent aucun éclairage sur une quelconque spécificité sociétale ou une quelconque orientation philosophique déterminée.
    .
    Alors, est-ce que « cette nouvelle franc-maçonnerie devait être un territoire de libre examen de tous les savoirs sans que ni l’Église, ni la Royauté ne puissent s’en mêler. » ?
    Chacun se positionnera, mais ce « club » parmi bien d’autres, qui a réussi et qui se réunissait dans un but philanthropique dans un environnement de fraternité agissante (on aimait aussi boire et faire ripaille !) a vu une transformation se produire avec l’arrivée d’hommes de pouvoir et de culture.
    .
    Qu’en ont-ils fait à l’abri de leurs Loges dans une Angleterre qui s’écartait d’un pouvoir royal absolu, empreint de protestantisme latitudinaire, au carrefour des idées nouvelles tant philosophiques que scientifiques ?
    A priori rien qui puisse ébranler ni l’Eglise ni la Royauté…
    .
    On pourrait conclure de cette manière et reprenant deux de nos citations.
    Vous-même dans votre préface : « L’Art Royal nous invite à construire un pont »
    En ce qui me concerne je fais dire à mon personnage Désaguliers : « Nous ne défendons pas un clan particulier, mais visons l’universalité qui rassemble des gens d’opinions et de métiers différents. »

    • 70
      pierre noel
      9 janvier 2021 à 19:28 / Répondre

      « Y a-t-il eu oui ou non une réunion en 1717 pour constituer la Grande Loge de Londres et de Westminster ? »
      La réponse est évidement non ! Suffit de lire le seul texte dont nous disposions (celui de 1738).
      Oui, une vingtaine de convives s’est certainement réunie ce soir-là pour fêter l’occasion (midsummer’s eve) comme beaucoup d’autres à Londres et ont choisi l’un d’entre eux pour présider la soirée.
      Non, ils n’ont jamais pensé ou cru créer la « Grande Loge de Londres & Westminster » ! Ils ont simplement décidé de se revoir l’année suivante.
      Il ne reste que peu de traces de tout cela, mais elles sont connues . n’est-il pas temps de cesser d’avancer des hypothèses indémontrables ?
      Un roman reste un roman.

  • 68
    Peter Bu
    7 janvier 2021 à 10:43 / Répondre

    Etienne Hermant
    30 décembre 2020 à 17:30 /
    -64- Cher Peter Ubu,

    « Peter Ubu » : cela me rajeunit. On m’appelait comme cela à l’Université de théâtre de Bratislava -:)

    Étienne, vous connaissez l’histoire de la franc-maçonnerie infiniment mieux que moi. Je lis avec plaisir toutes les précisions que vous apportez.

    Vous semblez considérer que sa version moderne représente une suite plus ou moins continue de la FM des bâtisseurs des cathédrales.

    Vous situez le début de sa dernière étape en 1717. Roger Dachez pense qu’elle a commencé en 1721. En général on date la naissance de la FM moderne en 1723.

    Pour moi, si cette étape s’inspire de la chrétienté, comme de tous les autres savoirs et philosophies accumulés depuis l’Antiquité, son but est très différent. C’est ce but qui m’intéresse.

    J’ai émis l’hypothèse que cette nouvelle la franc-maçonnerie « devait être un territoire de libre examen de tous les savoirs sans que ni l’Église, ni la Royauté ne puissent s’en mêler. »

    Sinon, pourquoi les puissants de l’époque – savants, philosophes et aristocrates – se seraient-ils agrégés « aux petites gens » de la société de bienfaisance, réunissant les quatre loges de Londres en 1717 ? Pourquoi l’auraient-ils transformée en une sorte de club aux fonctionnement particulier? Ce ne sont pas des clubs qui manquaient en Angleterre mais celui-ci a été basé sur des règles et des pratiques étonnamment complexes.

    Ce qui précède n’est qu’une hypothèse que je développe en détail dans mon livre récemment sorti, « Les francs-maçons arrêtés au milieu du gué ». Elle donne à la FM une cohérence qui, autrement, n’existerait pas dans ce mouvement aux innombrables facettes. Ce n’est qu’une hypothèse (ubuesque?) mais je ne suis pas le seul à comprendre la FM de cette façon. Lisez, par exemple, l’introduction à cet ouvrage, écrite par Alain de Keghel et la postface de Hervé Marc, deux éminents dignitaires, l’un du GODF, l’autre de la GLNF. http://francmaconxxi.canalblog.com/archives/2020/11/03/38627073.html Vous serez surpris au moins autant que je l’ai été.

    « Et si nous nous lassons de ces considérations nous pourrons toujours entendre ce que nous disait Robert Samber, sous le pseudonyme d’Eugenius Philalethes, lorsqu’il invite les maçons à ‘éviter la politique et la religion’ »… (Conclusion de votre contribution 51).

  • 67
    Désap.
    30 décembre 2020 à 23:14 / Répondre

    1717 marque le retour définitif à la et de la raison.
    Désormais les diverses excommunications n’ont pour seule conséquence que de rassurer ceux qui les proclament, même les souverains de droit divin ne les suivent plus, on mesure ainsi la défaite de la religion face aux lumières de l’intelligence qui combattent pied à pied son obscurantisme depuis le XVè siècle.
    Malgré une historiographie scientifiquement établie, certains voient encore dans le christianisme une universalité qui aurait inspiré la grande majorité des mouvements ayant cherché très ouvertement à s’en émanciper.
    Sourions, la réalité ne sera jamais entamée par la foi 😊

  • 65
    Etienne Hermant
    30 décembre 2020 à 17:30 / Répondre

    -64- Cher Peter Ubu,
    Je conviens de vos propos et vous en remercie.
    .
    J’aimerais nuancer lorsque vous indiquez, en rapport au contexte chrétien de la société anglaise : « Dans leur contexte il était prudent de se présenter comme croyants. ».
    .
    Ca signifierait que le duc de Wharton, fondateur du « Club de l’Enfer » où l’on pratiquait le libertinage, ainsi que le rejet de l’Eglise, n’aurait jamais, dans ces conditions, pu être désigné Grand-Maître.
    Ce même Wharton qui, lors de la réunion de Grande Loge du 24 juin 1722 entonna, dans cet environnement hanovrien, une chanson à la gloire des jacobites, « Let the King enjoy his own again ».
    C’est ce qui c’est pourtant produit.
    Ca signifierait également que le duc de Richemont, Martin Folkes, le duc de Montagu, athées déclarés (« Athées vertueux » selon l’expression de Pierre Bayle), n’auraient jamais pu être respectivement Grand-Maître pour deux d’entre eux, ni député Grand-Maître pour Folkes.
    C’est pourtant ces hautes fonctions qu’ils ont exercées.
    Les effets de mode jouaient dans une gentry qui désertait leur maison de campagne pour venir en saison s’égayer, voir se débaucher, à Londres dans les nombreux clubs de la ville.
    Le siècle était à une certaine tolérance, toute relative bien sûre, mais effective.
    Ainsi on pouvait voir voisiner en Bourse de Londres, juifs, mahométans et chrétiens, sans que cela ne présente la moindre poussée de fièvre.
    Et chacun de vaquer à ses occupations religieuses en toute liberté…
    .
    Je voudrais revenir sur votre affirmation : « Mais la FM créée par ces savants de la Royal Academy devait être un territoire de libre examen de tous les savoirs sans que ni l’Église, ni la Royauté ne puissent s’en mêler. »
    .
    Il n’apparaît pas que la FM fut créée par « ces savants de la Royal Society ».
    Aucun membre de la RS ne fait partie de la maçonnerie naissante, ni en 1716, lors de la réunion préparatoire de 1717 de la GLL et W, ni en 1717, lors de la nomination d’Anthony Sayer, ni en 1718, lors de la nomination de Georges Payns.
    Cette maçonnerie est constituée d’artisans divers, de « vieux » maçons qui tiennent à leur prérogative, de commerçants, petits boutiquiers, barbiers, brasseurs, marchands de vin…
    On ne compte aucun membre de Royal Society avant que n’apparaisse Désaguliers en 1719.
    On ne trouve rien de cet ordre dans les premiers registres de la Grande Loge de Londres.
    Et la présence de Désaguliers ne signifiait, par ailleurs, aucunement qu’il fut le porte-parole de la « Royal Society ».
    Rien de cet ordre dans les premiers Rituels anglais de 1723 et 1725 qui reprennent des catéchismes écossais.
    Rien de cet ordre non plus dans les « Constitutions » d’Anderson.
    Par contre on trouve dans les « Constitutions » de 1723 la mention de « Accepted Free Mason ».
    Ses « Constitutions », Anderson et Désaguliers les présentent comme celles de la « Très Respectable Fraternité des Francs-maçons Acceptés » et dans la partie « Chansons » ils font état de « Francs et Acceptés maçons ».
    Et ces « Accepted Masons » précédaient la naissance de la « Royal Society » de 1660.
    On en a deux exemples avec Elias Asmhole (« fait maçon » en 1646 en présence de six Frères au sein de la « Compagnie des Francs-maçons de Londres ») et Robert Moray qui appartenaient à une Loge en tant que « Accepted Mason » avant même qu’ils ne deviennent membres fondateurs de la « Royal Society ».
    Les archives de la Franc-maçonnerie londonienne font part, entre 1630 et 1677, de l’admission de treize « Accepted Masons » dans leur organisation, sans omettre de préciser que certaines archives étaient tenues secrètes et que de ce fait d’autres « Acceptés » ont pu passer entre les mailles du filet !
    Des « Accepted masons » qu’on retrouvera donc à l’origine de la Franc-maçonnerie spéculative londonienne.
    Rien n’indique donc que la Royal Society se soit constituée en une maçonnerie en vue de propager les idées des Lumières.
    .
    Une influence de la « Royal Society » (rationalisme scientifique) n’apparaîtra que vers 1730 avec l’afflue de membres au sein de la GLL et W.
    Mais tous les membres de la « Royal Society » n’étaient pas rationalistes, et ne parlaient pas d’une seule voix…
    .
    « Franche-maçonnerie » et « Royal Society » étaient deux entités séparées qui véhiculaient chacune leur propre « philosophie ».
    .
    La Charte du 2 avril 1663 octroyée par le roi Charles II à la « Royal Society for improvement of sciences » indique les travaux qui y sont déployés : « Nous (Charles II, roi d’Angleterre et d’Ecosse) sommes informés qu’un certain nombre de personnes compétentes et éminentes par leurs connaissances, intelligence et qualités… se réunissent hebdomadairement pour conférer des causes cachées des choses, dans le but de rétablir et corriger d’incertaines théories de Philosophie… Ils ont déjà fait des progrès considérables par diverses découvertes, inventions et expériences dans l’amélioration des mathématiques, de la mécanique, de la navigation, de la physique, et de la chimie. Nous avons donc décidé d’accorder notre protection royale, notre patronage et nos encouragements à cette Illustre Assemblée ».

    • 66
      pierre noel
      30 décembre 2020 à 18:20 / Répondre

      De quand date cette habitude bien française de rattacher à la Royal Society for improvement of knowledge tout ce qui ressemble de près ou de loin à la fm naissante ? Du bouquin d’Alain Bauer ?
      Personne ne parle de cette manie dans les loges hors de l’hexagone !

  • 64
    Peter Bu
    29 décembre 2020 à 15:29 / Répondre

    Cher Etienne (12 décembre 2020 à 16:18),

    Merci de votre commentaire de mes réflexions. Je reviens à ce débat un peu tard, mais le temps passe si vite…

    Évidemment, que les fondateurs de la FM moderne étaient en majorité, sinon tous, chrétiens. Même s’ils ne l’avaient pas été, ils avaient deux bonnes raisons de se référer à la chrétienté.

    D’une part, comme je l’ai écrit dans ma contribution (n°(54), ils voulaient faire la synthèse de tous les savoirs humains.

    D’autre part, dans leur contexte il était prudent de se présenter comme croyants.

    Mais la FM créée par ces savants de la Royal Academy devait être un territoire de libre examen de tous les savoirs sans que ni l’Église, ni la Royauté ne ne puissent s’en mêler.

    Dans nos sociétés il y a plein de tels « territoires » délimités où on peut expérimenter des comportements interdits ailleurs, par exemple, un ring de boxe où l’on peut tuer impunément. L’art est un autre territoire de liberté qui a d’autres buts. Il y en a encore d’autres. On y expérimente puis, parfois, la société conclue que les résultats de ces recherches peuvent être transposés dans la vie de tous les jours parce qu’ils sont devenus acceptables et y seront utiles.

    Je ne crois pas que nos opinions, la votre et la mienne, soient contradictoires. Nous abordons la FM sous deux angles différents – et complémentaires.

  • 60
    Etienne Hermant
    13 décembre 2020 à 11:58 / Répondre

    -57,59- Très lassant ce besoin paroxystique de vouloir à tout prix trouver des erreurs dans mes écrits.
    Réponse rapide pour ne pas lasser d’avantage :
    .
    -57- FAUX
    Voici ce que j’écris :
    « Ce que je veux exprimer c’est que la maçonnerie est née dans une Europe unanimement chrétienne et qu’elle emprunte maints symboles à la Bible, sans parler de ses récits légendaires, et que les premières rituellies montrent que les serments des maçons se faisaient sur la Bible. »
    Je fais ici état de la maçonnerie en général et non spécifiquement de celle de 1723.

    -59- FAUX
    Je n’ai jamais exprimé les choses de cette manière.
    Voir l’ensemble de mes interventions pour s’en convaincre.
    .
    Je me permets une suggestion.
    Si mon contradicteur estime perdre son temps avec moi qu’il cesse de m’interpeller inutilement.
    Il pourrait se contenter d’un silence dédaigneux, je n’en prendrais pas ombrage.

  • 56
    Etienne Hermant
    12 décembre 2020 à 18:20 / Répondre

    -53- 1/ Pythagore
    Mon contradicteur n’a manifestement pas lu mes interventions sur ces sujets, interventions qui comportent plus qu’une phrase isolée…
    Je rappelle que mon contradicteur insistait pour prendre les éléments globalement et non isolément, c’est pourtant ce qu’il fait.
    Voici ma réponse (parcellaire, je ne vais pas tout reproduire à nouveau !) que je reprends d’une de mes interventions :
    « Par contre, il semble bien que mon contradicteur affectionne le jeu des inserts au point de tirer des conclusions plus que hâtives sur le seul Pythagore ou plus exactement, et ça a son importance, sur sa 47e proportion « base de toute maçonnerie, sacrée, Civile et Militaire » que par ailleurs Pythagore aurait ramenée, d’après les « Constitutions », de chez les « Mages Chaldéens et les savants JUIFS Babyloniens auxquels il emprunta le grand savoir qui le rendit très célèbre en Grèce et en Italie »…Il n’est aucunement question ici d’une pensée Grecque dominante comme envisagé, mais en l’occurence d’un développement géométrique recueillit auprès de peuples « barbares » et dont on connaît l’importance en Franc-maçonnerie originelle. »
    .
    2/ « Le « MESSIE de Dieu » est évoqué entre parenthèses et décrit comme « le grand Architecte de l’Église », et se termine par ceci : « le grand VITRUVE, le Père de tous les vrais Architectes jusqu’à ce Jour. » »
    Et ?….
    Voici extrait de mon intervention :
    « En évoquant le règne d’AUGUSTE, Anderson fait ce commentaire : « C’est sous son règne que naquit le Messie de Dieu, le Grand Architecte de l’Eglise ». »
    Que veut signifier mon interlocuteur ?
    Qu’une mise entre parenthèses montrerait en quelque sorte que cette naissance du Christ serait minimisée ?
    Ça n’a pas le moindre sens !
    Et que mon interlocuteur établirait un lien entre le « grand Architecte de l’Eglise » et « le Père de tous les vrais Architectes jusqu’à ce jour » dans une concurrence affichée !
    C’est bien évidemment absurde !
    .
    3/ Ahiman Rezon
    D’après mon contradicteur Laurence Dermott aurait fait du biblisme.
    Vraiment ?
    Epinglons quelques noms de personnage hors Bible que Dermott évoque avec déférence : Socrate, Euripide, Démosthène (« l’honneur de l’éloquence Grec »), Virgil (« le fameux poète latin »), Servius Tullius (un autre Roi des Romains), Agathoclese (« roi de Sicile), Arfaces (« roi des Parthians »), Ptolémée (« Roi d’Egypte »), Lamusius (« roi des Lombards »), Caius Marius « consul de Rome), Salomon (« Grand-Maître d’Israël » comme dans les « Constitutions » de 1723) etc.etc…
    Il fait état des Hébreux, des Arabes, des Chaldéens, du Temple de Salomon (comme dans les « Constitutions » de 1723), une généalogie biblique semblable aux généalogies que l’on retrouve dans les « Constitutions » d’Anderson depuis Adam…
    .
    4/Amalgames et contre-vérité entre « Constitutions » de 1723 et 1738 qui sentent son Maurice Paillard entre les lignes…
    1738 signe une continuité de 1723 et non une rupture d’ordre idéologique, voir laïque…

    • 58
      Désap.
      12 décembre 2020 à 21:11 / Répondre

      56 – Ah bon ?? Et pourquoi les Moderns éprouvent-ils le besoin de revenir au texte de 1723 l’année de parution de Ahiman Rezon ?
      La discussion est stérile, la carence culturelle du « contradicteur » Hermant patente.
      Bonne nuit.

      • 61
        Criton
        13 décembre 2020 à 18:47 / Répondre

        Entendre Désap dénoncer « la carence culturelle du « contradicteur » » est, sans conteste, l’une des choses les plus amusantes que l’on puisse entendre dans la bouche d’un spécialiste du pont aux ânes, qui répète en boucle quelques antiennes fondées sur quelques lectures superficielles et mal assimilées, les assénant comme des vérités d’Évangiles et manquant d’arguments pour les justifier.
        Autrement dit, Cher Frère Etienne, console toi en pensant à la phrase de Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ».

        • 62
          Désap.
          13 décembre 2020 à 19:10 / Répondre

          Frère Etienne, Frère Criton, c’était la lune qu’il fallait regarder.

          • 63
            William
            14 décembre 2020 à 09:34 / Répondre

            Venant de quelqu’un qui ne sait pas lire les notes bas de page, ça ne manque pas de piquant… Heureusement pour lui, il reste les profils d’une œuvre et le plagiat.

            Ces échanges ont au moins l’avantage de montrer ce qui oppose la démarche d’un cherchant comme E. Hermant à celle d’une passionaria obscurantiste comme Desap.

  • 55
    Etienne Hermant
    12 décembre 2020 à 16:18 / Répondre

    -54- Ce n’est absolument pas ce que j’ai écrit !
    .
    Au contraire, j’insiste sur le fait, en me rapportant aux « Constitutions » de 1723, qu’elles ne véhiculaient aucune doctrine.
    Par contre, ce que je montre, c’est que les premiers protagonistes, qui en outre étaient des pasteurs, avaient rédigé les « Constitutions » dans une Angleterre du début du 18e siècle où l’appartenance religieuse était partie intégrante de l’identité sociale, et que cela se ressent d’évidence dans les « Constitutions », comme je l’ai amplement montré par de nombreux exemples.
    .
    Ce que je veux exprimer c’est que la maçonnerie est née dans une Europe unanimement chrétienne et qu’elle emprunte maints symboles à la Bible, sans parler de ses récits légendaires, et que les premières rituellies montrent que les serments des maçons se faisaient sur la Bible.
    .
    Ce sont des constats.
    .
    Je n’ai pas abordé la spécificité de la maçonnerie qui est une autre histoire et qui demanderait des développements conséquents.
    .
    Je vous rejoins quand j’indique : « Sur des bases protestantes à large spectre, c’est aussi une Angleterre au commerce maritime florissant, aux apports scientifiques et architecturaux innovant, aux accents prophétiques des Lumières, à une sociabilité désirée, reflétée à travers les nombreux Clubs et autres Coffee-houses, à l’engouement pour le passé avec la « Société des Antiquarians » pour se refaire une identité après la rupture avec Rome. »
    .
    C’est à la lumière de l’ensemble de ces données qu’il faut chercher la spécificité de la Franc-maçonnerie originelle londonienne, qui a son identité propre et que moi-même j’ai développée dans mon dernier ouvrage « 1717 Nous tenons Loge ce soir Le Chapelain de la Loge St Paul » Ed.ECE-D, et il n’est pas impossible que nous pourrions nous rejoindre sur différents aspects.

    • 57
      Désap.
      12 décembre 2020 à 21:00 / Répondre

      55 – Il va falloir réviser tes classiques mon cher Hermant.
      En 1723 il n’y a aucune légende maçonnique, le grade de maître n’existe pas.
      Et tout le reste est à l’avenant.
      Perte de temps, nous échangeons avec un amateur.

    • 59
      Désap.
      12 décembre 2020 à 21:18 / Répondre

      J’ajoute,
      incohérent, Hermant « insiste sur le fait, en (se) rapportant aux « Constitutions » de 1723, qu’elles ne véhiculaient aucune doctrine », lors même qu’il ne cesse de chercher à nous prouver que bible et christianisme sont son socle.
      Nous perdons notre temps avec ce locuteur.

  • 54
    Peter Bu
    12 décembre 2020 à 14:42 / Répondre

    Contrairement à l’opinion de Etienne Hermant (contribution 51), je ne crois pas que pour les fondateurs de la franc-maçonnerie moderne leur projet avait quelque chose de commun avec la religion, sauf la crainte de l’intervention de cette dernière.

    La franc-maçonnerie moderne a surgi à un moment de basculement de civilisation européenne.

    A la Renaissance, au XVe et XVIe siècles, l’Europe a redécouvert la puissante culture antique gréco-romaine.

    Le saut technologique des transports maritimes permet de relier les continents et de découvrir de nouveaux territoires.

    En même temps, les échanges entre les Européens se développent grâce aux relais postaux, créés au XVe siècle pour les courriers administratifs et militaires, puis ouverts aux privés.

    L’invention de l’imprimerie les a enrichis.

    Parallèlement, de nombreuses sciences connaissent un développement radical et de nouvelles disciplines naissent. Elles permettent d’étudier l’évolution de la vie sur terre, de découvrir l’histoire de l’humanité depuis sa naissance, de comparer différentes civilisations, etc. La recherche s’affranchit d’un bon nombre de préjugés,  ses méthodes deviennent plus fiables, ses résultats vérifiables.

    Toutes ces avancées approfondissent la connaissance de la plupart des civilisations du monde, passées et présentes, et posent les prémices d’une meilleure compréhension entre les individus et les sociétés éloignées.

    Cette richesse d’informations et d’expériences, à la fois personnelles et collectives, sans équivalent jusqu’alors, rendait possible un bond dans l’étude de l’homme, de sa place dans l’univers et de l’univers lui-même. Elle posait les fondements d’une nouvelle étape du développement de l’humanité qui n’est pas terminée.

    Pour les savants de l’Académie royale, il s’agissait d’examiner librement toute cette richesse et à en tirer des conclusions. La FM est toujours d’actualité.

    Pardon pour cette contribution trop longue. Faute de place, puis-je me permettre d’ajouter que je développe cette opinion dans mon livre qui vient de paraître, « Les francs-maçons arrêtés au milieu du gué » ?

  • 53
    Désap.
    12 décembre 2020 à 10:25 / Répondre

    Constitution 1723 :
    Après le premier chapitre sur les Grecs, qui se termine par : « le plus Grand PYTHAGORE, est l’Auteur de la 47ème Proposition du premier Livre d’Euclide, laquelle, dûment observée, est la Base de toute Maçonnerie, sacrée, civile, et militaire. », peu flatteur parait-il,
    suit, quelques chapitres plus loin, le premier concernant la Rome antique où le « MESSIE de Dieu » est évoqué entre parenthèses et décrit comme « le grand Architecte de l’Église », et se termine par ceci : « le grand VITRUVE, le Père de tous les vrais Architectes jusqu’à ce Jour. »
    On est en droit de s’interroger, qu’est-ce que E. Hermant ne comprend pas ?
    Ahiman Rezon 1756 devrait lui mettre la puce à l’oreille, où la bible n’est citée pas moins de quarante deux fois (x42), lors même qu’elle n’est pas citée une seule fois dans le texte de 1723, où il n’y a pas de mots assez durs contre les Moderns accusés d’athéisme et d’avoir dévoyé le maçonnerie de la religion ceci malgré les nouvelles Constitutions Moderns de 1738 , et 1756 marque, pour les Moderns, l’abandon de ce dernier texte au profit de la réédition des Constitutions de 1723.
    Mais que peut-il échapper à E. Hermant ? Pourquoi s’obstine-t-il à caviarder les textes Moderns de manière à leur faire dire la messe ?
    Jusqu’à plus ample informé, jusqu’à ce qu’il nous le dise, cela reste un Grand Mystère.
    🙂

  • 52
    Désap.
    11 décembre 2020 à 21:48 / Répondre

    En résumé, on évite la religion mais tout est biblique et le socle de la maçonnerie est le christianisme.
    Autant aller à l’église.
    Dormez braves frères, on s’occupe de vous dire quoi penser.
    Zzzzz…

  • 51
    Etienne Hermant
    11 décembre 2020 à 16:53 / Répondre

    -44- La FM originelle est-elle « clairement en dehors du champ chrétien, juif, musulman ou autre » faisant suite à une analyse des « Obligations » ?
    .
    Je ne me risquerai pas à donner une nième interprétation des « Obligations » sur un plan général pour avaliser ou non cette affirmation.
    Les différentes orientations qu’on peut en donner penchent vers des optiques quelquefois opposés et souvent sur fond de débats interminables ou chacun restera sur son pré carré.
    .
    Dans l’exemple illustré où « Aucune religion commune à tous les hommes n’existe, sauf, peut-être, la foi en règles morales « d’honnêtes gens » », on pourrait facilement rétorquer qu’il est question ici de la description d’une religion minimale, se bornant aux principes moraux énoncés, valables pour les religions dans leur ensemble.
    Et ça se tiendrait tout autant.
    Et nous pourrions observer qu’il n’y a pas d’exclusive.

    Je me permettrai, pour ma part, de dégager cette seule partie, afin d’en approfondir le sens, où il est fait état de « Centre d’Union » et du « moyen d’établir une étroite et solide amitié parmi des personnes qui auraient dû être à jamais maintenues à distance » qui apparaît comme étant l’essence de la Franc-maçonnerie londonienne dans sa transcription.
    .
    Qu’est-ce ce « Centre d’Union », par ailleurs appelé aussi « Centre d’Harmonie », qui permet à présent de réunir des personnes dans cette Angleterre de début de siècle, que tout pouvait opposer auparavant ?
    Quels sont les éléments nouveaux qui ont permis de concourir à ces aspirations ?
    .
    Les guerres incessantes où on réprimait ceux qui ne partageaient pas la même religion ce sont estompées dans ce Royaume qui est devenu uni en 1707.
    Dans l’Angleterre du protestant Georges I on ne persécute plus l’opposant, même si dans les faits c’est encore parfois un vœu pieux.
    Le protestantisme qu’on nommera latitudinaire, ouvert aux autres religions, c’est propagé.
    L’Angleterre c’est doté un régime parlementaire qui c’est affermis depuis ça création en 1688. Un des auteurs des « Constitutions », Anderson, commente les Constitutions anglaises de cette manière dans son sermon daté de 1715 (« Pas des tueurs de rois ») : « D’autres épousent chaudement la Constitution sans le Roi. Mais ce que Dieu dans sa grande providence a mis ensemble, ne le mettons pas en pièces. Craignez Dieu d’abord, et ensuite Honorez le Roi ».
    .
    Désaguliers pourra déclarer : « Notre maçonnerie n’a-t-elle pas pris conscience d’elle-même depuis que la Réforme a été introduite en Grande-Bretagne […]».
    .
    Dans les faits, ce contexte a aussi pour signification qu’Anderson, le presbytérien dissident et Désaguliers le Ministre de l’Eglise d’Angleterre, ont été choisis par la « Grande Loge de Londres et de Westminster » pour rédiger les « Constitutions » de 1723, ce qui aurait été une hérésie dans les siècles précédents, et que la désignation de ces deux pasteurs protestants n’est pas anodine sur le plan de la rédaction des « Constitutions ».
    .
    Et ça a pour signification que ce contexte nouveau permettra de réunir des loges en un « Centre d’Harmonie » rassemblant des personnes de métiers différents, artisans et « Maçons Acceptés », et de convictions différentes, et qu’en Bourse de Londres, on voit voisiner juifs, mahométans et chrétiens, sans que cela ne présente la moindre poussée de fièvre.
    .
    Et ça signifie qu’il paraît illusoire, voir schizophrénique, d’installer la maçonnerie hors d’un contexte de société.
    .
    Et c’est bien ce que les « Constitutions » de 1723 montrent en se présentant dans un champ chrétien avec ADAM en chef de fil, personnification du Christ, par ailleurs désigné comme « Messie de Dieu, le Grand Architecte de l’Eglise », et sa descendance, avec NOE qui se trouve désigné comme « Maçon authentique », « Grand-Maître », et Stukeley fera état, en rapport aux Mystères antiques, de « vestiges de l’ancienne religion de Noé » ce qui nous éloigne de l’exclusive philosophie grecque qu’on continue à véhiculer sans preuve aucune, mais ce qui ne peut empêcher de célébrer les Arts Libéraux dont ils sont issus (les clivages ont toujours la vie dure)…
    Mais comme amplement montré, ces « Constitutions » n’ont pas pour but d’assigner à la maçonnerie une doctrine particulière, ce serait à l’opposé de ses convictions premières, mais elle n’a pas non plus vocation de se défaire de l’environnement chrétien qui en est le socle.
    Et il ne sera nulle part question de dogmatisme !
    .
    Sur des bases protestantes à large spectre, c’est aussi une Angleterre au commerce maritime florissant, aux apports scientifiques et architecturaux innovant, aux accents prophétiques des Lumières, à une sociabilité désirée, reflétée à travers les nombreux Clubs et autres Coffee-houses, à l’engouement pour le passé avec la « Société des Antiquarians » pour se refaire une identité après la rupture avec Rome.
    .
    Cela étant on ne peut pas réduire la culture maçonnique aux « Constitutions », il faut intégrer sa rituellie originelle dont les sources sont principalement bibliques avec un point d’orgue avec Samuel Prichard avec une prise de serment sur la Bible.
    .
    Il ne s’agit pas ici d’une défense à tous crins du religieux dont je n’ai pas vocation, mais de replacer la maçonnerie dans son environnement londonien de l’époque avec ses protagonistes.
    .
    Et si nous nous lassons de ces considérations nous pourrons toujours entendre ce que nous
    disait Robert Samber, sous le pseudonyme d’Eugenius Philalethes, lorsqu’il invite les maçons
    à « éviter la politique et la religion »…

  • 48
    Luciole
    9 décembre 2020 à 17:12 / Répondre

    Je dois reconnaître que, venu agnostique à la FM en tenant compte d’une image andersonienne syncretique et libérale de la religion et d’un Gadlu philosophique, je me trouve désormais un peu en contradiction avec la pratique du REAA telle que l’analyse François Cavaignac. Passons sur le contexte historique mais Dieu dans son acception par les HG de plus en plus marquée religion me gêne car devenant.quasi hypocrite surtout dans les degrés terminaux.

    • 50
      J.P.R.
      11 décembre 2020 à 14:30 / Répondre

      En en dévoilant le moins possible
      Dans le serment d »un T.H.G. R.E.A.A G.L.D.F., il est demandé de combattre inlassablement tout dogmatisme et de ne jamais nous soumettre, même pour avoir la vie sauve, à un despotisme, qu’il soit politique, militaire ou religieux.
      Je suis comme le disait notre Jean D’ormesson national un athée croyant……………c’est à dire que je crois……..que dieu n’existe pas !
      D’ailleurs dans les constitutions d’Anderson ne sont cités que les athées stupides et les libertins irreligieux.
      Cela laisse donc la place aux athées intelligents et aux libertins religieux.

  • 44
    Peter Bu
    9 décembre 2020 à 10:07 / Répondre

    Puis-je ajouter un P.S. à mon commentaire ?

    Au moment de la céation de la franc-maçonnerie moderne l’Angleterre sortait des guerres religieuses féroces. L’inquisition et autres pouvoirs religieux répressifs étaient encore forts.

    Cela explique peut-être pourquoi Newton cachait son intérêt pour l’alchimie et autres formes d’ésotérisme.

    Cela explique certainement la prudence, par rapport à la religion, de ses paires au moment de formuler les règles de la FM.

    Toutefois, leur invitation à réunir au nom « de la religion dont tous les honnêtes gens conviennent, en gardant leurs opinions particulières pour eux-mêmes: c’est à dire être des hommes vrais et bons, ou hommes d’honneur et d’honnêteté, peu importe par quel nom ou conviction ils peuvent être distingués; ainsi la maçonnerie devient-elle le Centre de l’Union et le moyen d’établir une étroite et solide amitié parmi des personnes qui auraient dû être à jamais maintenus à distance  » les situe clairement en dehors du champ chrétien, juif, musulman ou autre.

    Aucune religion commune à tous les hommes  n’existe, sauf, peut-être, la foi en règles morales « d’honnêtes gens».

    • 45
      pierre noel
      9 décembre 2020 à 10:45 / Répondre

      Je partage entièrement les conclusions de Peter Bu.
      Permettez-moi néanmoins un léger rectificatif.
      En 1717-1720, les « féroces » guerres de religion étaient terminée depuis près de 70 ans, remplacées par les guerres partisanes au Parlement, féroces certes mais en paroles uniquement (comme aujourd’hui encore à la chambre des communes). Il n’y avait pas d' »Inquisition » (institution romaine) dans l’Angleterre épiscopalienne et la liberté religieuse y attirait les huguenots Français fuyant les mesures anti-protestantes. Tout était loin d’y être parfait, mais néanmoins mieux quevsur le continent, sans parler des colonies)

      • 47
        Peter Bu
        9 décembre 2020 à 16:34 / Répondre

        Merci pour cette précision.

        J’ai lu quelque part que les fondateurs de la FM moderne craignaient encore les deux fléaux que j’ai cités. Comme ile ont commencé à formuler leur projet au XVIIe siècle, ils n’en ont pas été tellement séparés dans le temps.

        D’ailleurs, est-ce que nous pouvons oublier la férocité des deux « guerres mondiales » même si nous en sommes éloignés, respectivement, à 102 et à 75 ans?

        • 49
          pierre noel
          9 décembre 2020 à 21:38 / Répondre

          Ce que craignaient le plus les Anglais de 1770-1710, c’était l’absolutisme et la « férocité » de leurs puissants voisins. la France était de loin la première puissance européenne avec ses 20 M d’habitants, son intolérance, sa volonté de domination et son catholicisme exclusif (Louis XIV ne faisait pas de cadeau !). Les Anglais n’étaient que 6 M et n’avaient que leur marine pour assurer leur protection. La crainte d’une invasion fut une hantise jusqu’en 1750 (avec ou sans l’aide des jacobites).
          les Hollandais étaient encore moins bien lotis (2.5 m) et n’avaient été sauvés de la « furie française » que par leur alliée de toujours, la mer.

    • 46
      Désap.
      9 décembre 2020 à 11:30 / Répondre

      44 – Merci mon cher frère, je me sens un peu moins seul.
      Que la franc-maçonnerie régulière fasse de 1813 la quatrième religion du Livre c’est leur droit et ils ont raison.
      Bien que Sussex, fidèle aux principes Modern, chercha durant toute sa grande maitrise à freiner cette tendance, c’est un fait établi et une réalité incontestable depuis 1929.
      Mais de grâce, qu’ils cessent de défigurer la maçonnerie de Désaguliers, ceci empêche de saisir toute la richesse et ses fondements issus de la philosophie antique, notamment néoplatonicienne le rituel des Modern est bâti sur ses principes, des Constitutions de 1723.
      Qu’ils fassent des « hauts grades » l’alpha et l’oméga de leur maçonnerie, de l’exégèse biblique leur finalité parce que ceux-ci, quoiqu’ils s’en défendent, y aboutissent inexorablement, mais qu’ils ne détournent pas le sens et toute l’étendu initiatique du rituel bleu.
      C’est une réalité historique, de plus clairement revendiquée par les Evangiles, la religion d’Abraham s’est forgée contre l’initiation égyptienne et la philosophie gréco-romaine sa traduction occidentale.

  • 43
    Etienne Hermant
    8 décembre 2020 à 18:28 / Répondre

    Contrairement à ce qu’affirme mon contradicteur à longueur d’interventions, nous avons pu voir clairement en parcourant les « Constitutions » maçonniques de 1723, que la culture Grecque n’est pas présentée par la « Grande Loge de Londres et de Westminster » comme étant prépondérante sur les autres cultures abordées.
    Elle n’est même pas présentée sous son meilleur jour, tant s’en faut…
    .
    Je fais bien entendu l’impasse sur le commentaire 40 qui est tout sauf docte, et dont le seul but est de jeter le doute dans les esprits, faute d’avoir un quelconque argumentaire à fournir.
    .
    A cet égard il est piquant de noter les propos de mon interlocuteur dans son commentaire 15 : « J’invite une fois de plus, sans ne plus trop me faire d’illusion, à la lecture de la partie historique qui introduit le texte et définit le positionnement spirituel et intellectuel de la première Grande Loge ».
    .
    Concernant la présence du religieux dans les « Constitutions », mon contradicteur la rejette sans ambages, arguant que « tous les arguments y sont, aucun ne manque pour permettre de démontrer qu’initialement la franc-maçonnerie se positionne en contradiction de la religion ».
    « Démontrer » sans la moindre démonstration, voilà qui est délicat…
    .
    Que nous apprennent les « Constitutions » d’Anderson de 1723 sur ce sujet du religieux ?
    .
    Il y a tout d’abord le Titre I des Obligations « Concernant Dieu et la Religion » et son contenu religieux explicatif.
    Il est difficile de ne pas le considérer, voir de le minimiser.
    .
    Comme très justement suggéré il faut lire l’ouvrage en entier et également inclure « ce qui précède l’Article I des Obligations », à savoir l’aspect historique, qui manifestement a très largement échappé à mon interlocuteur.
    .
    Ainsi nous y lisons en première ligne : « ADAM, notre premier parent, crée à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers ».
    .
    S’en suit une culture biblique explicite qui englobe la descendance d’ADAM : CAIN, ENOCH, SETH, TUBAL-CAIN, JUBAL, JABAL, NOE et ses fils JAPHET, SEM et CHAM, NEMROD dont il est dit que c’est « le nom qui fut donné par la Sainte Famille et par MOISE ».
    .
    En évoquant le règne d’AUGUSTE, Anderson fait ce commentaire : « C’est sous son règne que naquit le Messie de Dieu, le Grand Architecte de l’Eglise ».
    .
    Mais il y a plus.
    Il y a différentes invocations religieuses.
    – On y fait état, concernant les Israélites, de « l’intervention immédiate de Dieu en faveur de son Peuple élu », et concernant le TABERNACLE « ce que Dieu daigna enseigner à son Peuple élu ».
    – On fait référence « aux Saintes Ecritures » avec les « Rois d’Egypte » qui « entraînèrent les Hébreux à une autre sorte d’Architecture ».
    – Concernant le Temple de Salomon, on parle de « Modèle que Dieu avait montré à Moïse sur la Montagne », du « Temple du VRAI DIEU », ainsi que du « Temple du Dieu ETERNEL à Jérusalem » et concernant les « 3600 Princes » qui œuvrèrent au Temple de Salomon, on cite « Roi (I, v. 16) », « Roi (v. 14), « Chroniques (II, v. 18) », « Chroniques (II, v. 16) », Chronique (II, v. 14) ».
    – NABUCHODONOSOR « qui fut puni de Folie brutale pendant sept ans jusqu’à ce qu’il glorifiât le Dieu du Ciel, l’omnipotent Architecte de l’Univers ».
    – Le GRAND CYRUS « à qui Dieu avait inspiré l’exaltation du Décret ».
    – Où il est question du peuple d’ANGETERRE qui « en Païens ignorants n’encouragèrent la guerre jusqu’à ce qu’ils fussent devenus Chrétiens », de Rois SAXONS et ECOSSAIS « qui dès lors inspiraient la construction des magnifiques Temples Chrétiens et ignorèrent alors, et trop tard, l’Ignorance de leurs Pères ».
    – Où il est question des « plus hauts et somptueux Edifices » de l’époque Gothique qui « furent élevés par le Haut-Clergé ».
    – Le Roi ATHELSTAN « qui traduisit la Sainte Bible en langue saxonne ».
    – Où il est question d’un « Manuscrit plus ancien » qui se conclu par « Amen, qu’il en soit ainsi ! ».
    – Où il est question des Archives des rois D’ECOSSE et de leur devise « DIEU BENISSE LE ROI ET LE METIER ! ».
    – Où il est question de la fondation du Roi GEORGES et de son Eglise Paroissiale de St Martin avec cette inscription « Consacrée à Dieu », « Posée ce 19 mars année du Seigneur 1721 ».
    .
    Pour en terminer, un clin d’œil un peu moqueur qui nous vient des « STATUTS ET REGLEMENTS reçus et approuvés par toutes les Loges de GRANDE-BRETAGNE » daté du 17 mars 1731.
    « XXX Le Grand Maître peut lui-même faire la prière de la table, ou charger un Frère qui soit Ecclésiastique ou bien le Secrétaire de faire cette fonction avant et après le repas ».
    .
    Chacun appréciera, mais il est inutile d’indiquer à nouveau que je « milite » pour mon Eglise, je n’en ai pas…

  • 42
    Peter Bu
    8 décembre 2020 à 17:52 / Répondre

    Tout homme a besoin de croire en quelque chose qui le dépasse mais ce n’est pas nécessairement une divinité.

    La franc-maçonnerie moderne a été inventée par des savants de la Royal Academy, certains chrétiens, d’autres peut-être pas, mais qui cherchaient à créer un espace de libre réflexion sur TOUS les savoirs accumulés depuis des siècles, ainsi que ceux qu’ils découvraient eux-mêmes. Réflexion « libre », donc indépendante des pouvoirs royaux et religieux.

    Ils ont forgé un formidable outil qui permet de s’inspirer des savoirs anciens et de discuter des découvertes nouvelles sans préjugés ni agressivité. Le but étant de comprendre l’humanité et de l’accepter dans sa diversité – de « réunir ce qui est épars » dans une « fraternité universelle ». Cela devrait suffire à nous motiver, peu importe si, dans notre vie personnelle, nous soyons « croyants » ou pas.

    Malheureusement, les fondateurs de la FM moderne ont confié la présidence de leur organisation à un savant appartenant à la famille royale. Le pouvoir politique s’est introduit dans les lieux et s’y maintient depuis. UGLE est toujours dirigée par un membre de la royauté.

    Puis, quelques années plus tard, l’église, elle aussi, s’est glissée dans leur institution et, après quelques disputes, les deux puissances, royale et religieuse, ont trouvé un accord. A partir de là, toutes les dérives sont devenues possibles.

    Il ne faut pas trop s’étonner que certains penchent leur loge du côté de l’église tandis que d’autres confondent la FM avec un parti politique. Heureusement, la franc-maçonnerie résiste assez bien et poursuit sa quête. Ce projet est vraiment exceptionnel.

  • 41
    Augustin1813
    8 décembre 2020 à 13:00 / Répondre

    Pour alimenter le débat:
    « La foi religieuse est indispensable pour la FM; aucun homme ne peut être patient, se battre et conquérir, se perfectionner, être heureux autrement que sont les pourceaux sans conscience, sans espérance, sans dépendre d’un Dieu sage, juste et bienveillant. Nous devons mettre notre confiance en Dieu. Chaque loge maçonnique est un temple de la religion et ses instructions sont des enseignements sur la religion. » (A. Pike: Morals and Dogma).

  • 38
    Etienne Hermant
    6 décembre 2020 à 18:23 / Répondre

    -35- Pas de paris.
    Soit.
    Mais voilà une preuve de plus de l’incapacité notoire de mon contradicteur (et ce n’est pas un gros mot) de faire une quelconque démonstration de ses affirmations consistant à postuler qu’il n’y a aucun apport du religieux dans les « Constitutions » de 1723 en prétendant que « tous les arguments y sont, aucun ne manque ».
    Affirmations non-démontrées, qui deviennent de ce fait caduques.
    .
    Par contre, il semble bien que mon contradicteur affectionne le jeu des inserts au point de tirer des conclusions plus que hâtives sur le seul Pythagore ou plus exactement, et ça a son importance, sur sa 47e proportion « base de toute maçonnerie, sacrée, Civile et Militaire » que par ailleurs Pythagore aurait ramenée, d’après les « Constitutions », de chez les « Mages Chaldéens et les savants JUIFS Babyloniens auxquels il emprunta le grand savoir qui le rendit très célèbre en Grèce et en Italie »…
    .
    Il n’est aucunement question ici d’une pensée Grecque dominante comme envisagé, mais en l’occurence d’un développement géométrique recueillit auprès de peuples « barbares » et dont on connaît l’importance en Franc-maçonnerie originelle.
    .
    C’est cette même Géométrie qui fait dire d’entrée de jeu à Désaguliers et Anderson dans la partie historique, que c’est ADAM « qui dut avoir inscrit dans son cœur les Sciences Libérales, notamment la Géométrie » et qu’il « enseigna à ses fils la Géométrie » qui donna « aux érudits l’occasion de réduire en méthode les Eléments de la Géométrie, cette Noble Science ainsi réduite est le fondement de tous ces Arts (Maçonnerie et architecture en particulier) et la Règle selon laquelle ils sont dirigés et pratiqués ».
    .
    Et c’est NOE et ses trois fils qui transmirent (« largement à leur croissante prospérité ») aux CHALDEENS et MAGES « la bonne Science, Géométrie », qu’ils « conservèrent ».
    .
    ADAM et sa descendance, à ce que je sache, ne sont pas Grecs et ne participent pas de leur pensée, et il est difficile de ne pas admettre qu’ils les ont précédés de très loin.
    .
    Ensuite, toujours d’après les « Constitutions » de 1723, ce sont les Egyptiens qui recueillent l’ART ROYAL et les « descendants de SEM » apportèrent l’ART en Asie, puis le dépôt arriva au « GRAND-MAITRE MOISE ».
    Nous en arrivons ensuite à SALOMON et son Temple, ainsi décrit : « Mais pas une seule Nation, seule ou unie aux autres, ne pouvait rivaliser avec les Israélites, et encore bien moins les surpasser en Maçonnerie ; et leur Temple restera le constant modèle ».
    .
    Après NABUCHODONOSOR » et le « GRAND CYRUS » c’est au tour des Grecs avec la présentation d’Anderson du monde Grec que j’ai illustré et qui nous montre une culture grecque qui avait puisé sa science dans les autres cultures, Assyriennes, Asiatiques et Egyptienne.
    .
    Et de préciser : « Mais après PYTHAGORE, la Géométrie devint l’étude chérie de la Grèce où naquirent de nombreux savants philosophes. Certains inventèrent diverses Propositions ou Eléments de Géométrie et les réduisirent à l’usage des Arts mécaniques *. Rassemblant les éléments épars de la Géométrie, il les condensa en une méthode qui n’a jamais été démentie jusqu’ici ».
    Mais d’ajouter en intercalé : « * ou empruntèrent aux autres Nations leurs prétendues Inventions : tels Anaxagore, Oenopide, Démocrite, Hippocrate, et Théodore de Cyrène qui développa la Géométrie, et publia l’Art Analytique ».
    .
    Viennent ensuite les Romains qui sont présentés comme étant les héritiers de ces diverses mouvances et dont l’architecture Augustinienne deviendra un modèle notamment lors de la reconstruction de Londres après le grand incendie de 1666.
    .
    On assiste enfin aux apports de la maçonnerie Anglaise et Ecossaise.
    .
    On remarquera que ce qui prédomine ce n’est pas une culture particulière, fut-elle riche comme l’était la pensée grecque (ici assez fortement remise en question), mais c’est une suite de cultures qui se superposent, et ce depuis la culture biblique avec ADAM jusqu’à la réception de l’ART ROYAL dans les cénacles maçonniques londoniens de 1723.
    .
    Ces « Constitutions » donnent l’état d’esprit de la Grande Loge de Londres et de Westminster à travers ce parcours historique.
    Et si souvent l’histoire est mise à mal, c’est ici le « Centre d’Union », le « Centre d’Harmonie » qui prévaut, dans un esprit de partage (latitudarisme protestant) et non d’exclusives, vecteurs d’antagonismes.

    • 40
      Désap.
      7 décembre 2020 à 17:29 / Répondre

      38 – Prudence, les Constitutions de 1723 est un document juridique, c’est la loi qui régit la Grande Loge, au même titre que l’étaient les Anciens Devoirs de la maçonnerie opérative.
      Sa rédaction est en conséquence extrêmement précise.
      Il faut être attentif et distinguer ce qui est supposé de ce qui est affirmé.

  • 35
    Désap.
    5 décembre 2020 à 21:02 / Répondre

    Mon cher Frère Hermant, je ne suis pas là pour tenir des paris, mais bien pour comprendre.
    Toi qui me vouvoie et est incapable de me nommer autrement que ton « contradicteur », je t’invite à faire de même et moins militer pour ton église.
    Quand aux grecs, n’hésite pas à prendre toute la mesure de ce qui suit, chapitre historique du même paragraphe que tu as caviardé :
    – le plus Grand PYTHAGORE, est l’Auteur de la 47ème Proposition du premier Livre d’Euclide, laquelle, dûment observée, est la Base de toute Maçonnerie, sacrée, civile, et militaire.
    LA BASE DE TOUTE MAÇONNERIE, SACRÉE, CIVILE ET MILITAIRE.
    Repris en majuscule, j’espère ainsi que rien ne t’échappera.

  • 34
    Etienne Hermant
    5 décembre 2020 à 18:57 / Répondre

    -32- Non, il ne s’agit pas du tout d’un extrait caviardé qui laisserait supposer une censure.
    .
    Il s’agit, comme je l’ai indiqué, du texte de présentation du monde Grecque dans les « Constitutions » de 1723.
    Et j’indique bien par la suite : « Ce n’est pas très glorieux, même s’il faudra bien entendu tenir compte dans la suite historique des figures emblématiques de la riche pensée grecque qui seront détaillées, tels Pythagore, Euclide, Platon et bien d’autres… ».
    .
    Nous attendons votre rigueur intellectuelle, et je suis tout prêt à m’incliner devant les faits.
    .
    La demande est simple.
    .
    Montrez-nous la prédominance de la pensée grecque dans les « Constitutions » de 1723.
    Jusqu’à présent nous n’avons que l’enveloppe.
    Mettez-y le contenu.
    .
    D’après vous il n’y aurait aucun apport religieux dans ces « Constitutions ».
    Vous en êtes vraiment sûr ?
    A titre personnel j’en vois plusieurs.
    On fait le pari ?

  • 33
    Lionel
    5 décembre 2020 à 14:09 / Répondre

    A la lecture de ce texte, et si je l’ai bien compris, l’inquiétude exposée pourrait être résumée de la manière suivante : L’homme, l’humanisme a tendance à disparaitre devant une pratique maçonnique de plus en plus spirituelle..

    Etant frère à la GLDF, j’avoue que ce sujet occupe souvent ma réflexion sur ma pratique, celle de ma loge et celle de mon obédience. Il m’arrive de plus en plus souvent d’ailleurs de rappeler dans mes travaux à mes frères que quelque soit le sujet, c’est de l’Homme dont il s’agit, et que ce dernier est et doit rester le « centre » de la réflexion. C’est, à mon idée, ce que tout FM, quelque soit son obédience, son rite, partage. Après avons nous la même conception de l’Homme ? Que chacun se fasse sa réponse. Au REAA tel que nous le pratiquons, l’homme complet aborde toutes les dimensions quelles soient matérielles, spirituelles.. C’est cette conception qui justifie notre humanisme..

    Après, l’art est dans l’équilibre. Si l’auteur souligne justement un déséquilibre à l’aune de son obédience, le GODF, on peut partager son inquiétude et il faut être vigilant pour maintenir une harmonie. Et c’est bien cette recherche de l’harmonie qui anime d’ailleurs l’engagement de beaucoup.

    Conclusion : on peut avoir une conception différente de la maçonnerie, et je ne suis pas prêt d’abandonner la mienne, mais quoi qu’on en pense : C’est de l’Homme dont il s’agit. Ni de Dieu, Ni du GADLU, ni de l’Etre suprême, ni de la Raison pure… Ce sont des annexes, utiles, mais des annexes…

  • 32
    Désap.
    5 décembre 2020 à 13:44 / Répondre

    31 – Conclusions hâtives tirées à partir d’un extrait caviardé.
    Bravo ! Belle rigueur intellectuelle.

  • 31
    Etienne Hermant
    4 décembre 2020 à 17:54 / Répondre

    D’aucun (en -15-), obsessionnellement réfractaire au religieux, se forge sa propre opinion qui consiste à voir dans les « Constitutions » de 1723, et pendant dans le chef de la Grande Loge de Londres et de Westminster, l’empreinte prédominante de la pensée grecque antique en niant un quelconque fondement religieux aux textes fondateurs.
    .
    Il s’agit bien ici d’une opinion puisque nous sommes en présence d’une manière de penser qui dénote une orientation particulière, exprimée ex cathedra sans le début d’un argumentaire, sans preuves et citations aucunes émanant des « Constitutions ».
    Il ne suffit pas, en effet, d’indiquer, pour prouver la réalité d’une position, que « tous les arguments sont dans les Constitutions, rien n’y manque », il faut le démontrer, et ici, force est de constater que la démonstration fait cruellement défaut…
    .
    Prenons la pensée grecque antique, qui, d’après notre contradicteur, serait le vecteur d’une maçonnerie originelle, ce qu’il clame à longueur d’interventions.
    Qu’en disent les « Constitutions » de 1723 ?
    On devrait y trouver une affirmation appuyée, qui affermirait d’entrée de jeu cette opinion, en la transformant en réalité tangible.
    .
    La partie historique nous éclaire.
    .
    Et elle ne fait pas particulièrement la part belle à la Grèce antique !
    .
    Jugeons-en par cette présentation :
    « L’ART ROYAL fut enfin ramené en Grèce dont les habitants ne nous ont laissé aucune trace de tels Progrès en Maçonnerie avant le Temple de Salomon ».
    « On ne trouve pas non plus que les grecs aient atteint une connaissance considérable en Géométrie avant le Grand Thalès Milésius ».
    « Les Grecs, longtemps dégénérés dans la Barbarie oublièrent leur habileté première en maçonnerie, celles que leurs Ancêtres avaient apportées d’Assyrie par leur fréquent mélange avec d’autres Nations barbares, leurs mutuelles invasions et leurs guerres sanglantes. Mais à la longue grâce aux Voyages et à leur relation avec les Asiatiques et les Egyptiens, ils revivifièrent leur savoir en Géométrie de Maçonnerie tout ensemble : mais très peu de Grecs eurent l’Honneur de posséder ce Savoir. »
    .
    Ce n’est pas très glorieux, même s’il faudra bien entendu tenir compte dans la suite historique des figures emblématiques de la riche pensée grecque qui seront détaillées, tels Pythagore, Euclide, Platon et bien d’autres…
    .
    Mais entendons-nous bien, ce qui apparaît dans cette partie historique, et en partie dans ces citations, c’est que nous ne sommes pas dans une doctrine particulière.
    Plusieurs cultures, dont la culture chrétienne qui en est le socle, cohabitent et s’entremêlent, sans dogmatisme affiché.
    C’est cette cohabitation qui apparaît dans les « Constitutions » et qui en fait son essence : monothéisme, cultures chaldéennes, Egyptiennes, Mésopotamiennes, Israéliennes (avec la prédominance du Temple de Salomon), Romaines (voir les Cinq Ordres d’Architecture), Grecs (avec les nuances apportées) et sans devoir déconsidérer cette grande culture par les apports que nous connaissons, tels les Arts Libéraux, mais sans non plus la mettre en exergue par rapport aux autres cultures.
    .
    Par ailleurs rejeter les éléments bibliques omniprésents dès l’entame de la Maçonnerie spéculative est une contrevérité historique, qui a déjà été amplement démontrée sur Hiram.be.
    .
    Préférons les faits aux spéculations hasardeuses…

  • 27
    Luciole
    3 décembre 2020 à 16:17 / Répondre

    Répondre à la question en disant « Pour certains » suffirait il à dépassionner le débat ?

    • 28
      pierre noel
      3 décembre 2020 à 17:26 / Répondre

      Il n’y a ici aucune « passion », mais découragement devant la répétition incessante des mêmes arguments, éculés depuis presque cent ans.

      • 29
        ERGIEF
        4 décembre 2020 à 09:45 / Répondre

        28@ Pierre Noel. Il est vrai que ces débats qui tournent en rond sont lassants. Pire, ces antiennes révèlent des dérives obsessionnelles incompatibles avec l’idée maconnique. C’est très inquiétant.

  • 26
    pierre noel
    3 décembre 2020 à 13:59 / Répondre

    On peut raconter n’importe quoi quand on répète toujours la même chose (« 1929 », l’épouvantail par exemple !).
    Le digne commentateur d’hiram.be a-t-il discuté récemment avec un maçon Anglais ? L’a-t-il entendu dire qu’il ne parlait qu’à des « croyants » ? Lui a-t-il posé de but en blanc la question dont il nous bassine les oreilles ? Pour le Brit maçon « normal », accueillir à sa table des gens comme lui, sentant l’intolérance, est une autre affaire.

  • 17
    MarcosTestos
    2 décembre 2020 à 15:56 / Répondre

    La Franc Maçonnerie est elle une une religion de substitution ?
    Mais de quelle FM parle-t-il ?
    De la FM au niveau mondial ? NON
    De la FM franco-française ? NON
    De la FM régulière française ? NON
    De la FM dite libérale ? NON
    Du GO ? à la lecture de ses nombreux exemples, on peut dire OUI sans se tromper.
    Alors pourquoi ne pas le préciser dans le titre ? Pourquoi n’a-t-il pas le courage de ses écrits ? Peur de froisser certains ayatollahs de son obédience et /ou de la laïcité ?
    Les FM du GO seraient-ils en manque de religion à ce point ?
    En conclusion, et quelques soient les qualités de François Cavaignac, je m’interroge donc sur l’objectif de ce titre prêtant à confusion.
    Cet « oubli » est-il volontaire ou pas ? Et si oui, pourquoi ?

    • 18
      Firmin du GO
      2 décembre 2020 à 17:34 / Répondre

      Commentaire assez délirant de la part d’un intégriste de la GLNF, cette obédience où il faut croire « en un Dieu révélé » pour être admis, même si la plupart s’en foutent.
      Notons aussi l’amusante appréciation de la franc-maçonnerie « dite » libérale, alors que la sienne est présentée d’office et sans mesure comme « la franc-maçonnerie régulière ». La seule, bien sûr. Alors qu’il convient plutôt de préciser la franc-maçonnerie « dite » régulière, puisqu’en fait toutes les francs-maçonneries ont leurs règles et sont donc régulières, les plus anciennes règles étant celles du GODF (1773). La référence à une règle à la GLNF est celle de l’inféodation à la Grande Loge Unie d’Angleterre créée en 1813 et dont les derniers « landmarks » ces critères d’exclusion de tout ce qui ne fait pas complète allégeance à la GLUA, et qui n’ont plus grand chose à voir avec les principes des Constitutions d’Anderson de 1723, datent de 1929.

      • 19
        pierre noel
        2 décembre 2020 à 18:35 / Répondre

        Un autre beau délire ! les plus anciennes règles ne sont pas de 1773, mais de 1720. On n’y parle pas de « dieu révélé » (qui en parle d’ailleurs en-dehors de ceux qui … ne parlent que de ça ?). La GLUA se tait dans toutes les langues et ne demande rien à personne.
        Ce sont les autres qui demandent, pestèlent (dans le texte) et rouspètent (idem).

        • 23
          Désap.
          3 décembre 2020 à 09:20 / Répondre

          19 – Ah bon ?
          Et que sont les Basic principes 1929, une coquetterie ?
          Point n°2 : Que la croyance en le Grand Architecte de l’Univers et en sa volonté révélée soient une condition essentielle de l’admission des membres.

      • 25
        MarcosTestos
        3 décembre 2020 à 11:55 / Répondre

        18-
        Commentaire absolument délirant de la part d’un ayatollah du GO. Ai je touché un point sensible de ses nombreuses certitudes ? La remarque que je fais à François Cavaignac est elle injustifiée ? Est ce le fait de montrer au grand jour les contradictions du GO qui le perturbe ? Il se contente de caricaturer la GLNF en parlant d’inféodation. Aussi ridicule que si moi je disais que le GO est inféodé au PS ou au parti de Mélenchon.
        Cette intervention a en tout cas le mérite de valider une de mes hypothèses / à la peur de François Cavaignac à préciser le nom de l’obédience concernée dans son titre.

  • 15
    Désap.
    1 décembre 2020 à 13:00 / Répondre

    Les Grecs distinguaient la philosophie du fait de philosopher.
    Ils considéraient la philosophie comme vérité transcendante et le fait de philosopher l’exploitation de l’intellect comme étant le moyen propre à la condition humaine de comprendre la vérité.
    La philosophie est ainsi un absolu, la vérité intelligible.
    Philosopher consiste avant tout à purifier l’intellect de toutes les contingences inhérentes à la condition humaine et ses nécessités sociales et matérielles de manière à ce que l’intellect, lorsqu’il travaille à la compréhension de la vérité, ne soit pas influencé par des considérations propres aux conditions particulières d’un état qui ne pourraient que fausser la réflexion.
    « {Le philosophe} ayant commerce avec ce qui est divin et soumis à l’ordre, devient lui-même ordonné et divin, dans la mesure où cela est possible à l’Homme » Platon – République.
    « S’il faut philosopher il faut philosopher. S’il ne faut pas philosopher, il faut (pour le nier) philosopher. Dans tous les cas il faut philosopher » Aristote – Métaphysique.
    .
    Nous devrions faire preuve des mêmes rigueur et humilité s’agissant de la Franc-maçonnerie et de la maçonnerie son principe.
    Les franc-maçons ont trop tendance à chercher dans la maçonnerie ce qu’ils souhaitent trouver.
    Au même titre que la philosophie, la maçonnerie est un absolu intelligible. Il faut respecter cette réalité ou bien nous nous égarons dans les méandres de nos certitudes et l’on ne progresse pas, on tourne autour de nous-même.
    Le texte du frère Cavaignac est intéressant, cependant il commet, à mon sens, une erreur d’interprétation des Constitutions de 1723.
    Voir dans l’article 1 des Obligations un fondement religieux ne me semble pas correspondre à la réalité du texte.
    La méthode consistant à extraire un chapitre et faire une analyse exclusive me semble erronée, d’autant plus sur la foi d’un seul mot, fût-il celui de « religion ».
    Les Constitutions de 1723 est un texte unique construit selon une cohérence d’ensemble.
    L’article 1 des Obligations est la suite et la conséquence immédiates de ce qui le précède, et ce qui le précède ne peut être considéré comme louant les vertus du monothéisme, de la religion.
    C’est assez exactement le contraire. J’invite une fois de plus, sans ne plus trop me faire d’illusion, à la lecture de la partie historique qui introduit le texte et définit le positionnement spirituel et intellectuel de la première Grande Loge.
    Il est un fait également dont on ne semble pas vouloir tenir compte, en quelque sorte la Grande Loge constitue l’aboutissement d’une période de très forte contestation de la religion initié au début du 15è sc., à la fois philosophique, scientifique et intellectuelle.
    Le seul moyen qui nous soit donné de contrer l’entrisme religieux à l’oeuvre dans la franc-maçonnerie se trouve dans la juste compréhension du texte de 1723. Tous les arguments y sont, aucun ne manque pour permettre de démontrer qu’initialement la franc-maçonnerie se positionne en contradiction de la religion, dans ses principes, son mode opératoire (la liberté) et ses exigences (il n’est pas demandé de croire, mais de comprendre), ce qu’en 1738 le Vatican avait parfaitement compris, il est d’ailleurs également utile de lire le texte de sa condamnation.
    Depuis longtemps une majorité de franc-maçons est affectée par l’excommunication.
    Ils cherchent à contrer cela par la démonstration que la franc-maçonnerie serait un approfondissement et une juste compréhension du christianisme.
    Cependant, est-ce la réalité de la maçonnerie ?

    • 20
      ERGIEF
      2 décembre 2020 à 21:48 / Répondre

      15 @ Desap. Mon TCF ce message t’es destiné mais bien des FF et SS qui interviennent sur ce site sont également concernés.
      Il serait bon pour la santé de la Franc maconnerie qu’elle arrête de se déchirer à grands coups d’idées préconçues et de condamnations sans appel.
      Je vous propose donc de retrouver un peu de sérénité et d’objectivité en lisant (ou relisant) l’excellent « Initiation médiévale » de M.M Davy.
      Ce n’est pas un ouvrage maconnique. Il n’est pas récent mais c’est un océan de paix.
      Et puis tu y liras que, contrairement à tes interventions toujours très péremptoires et souvent violentes, les pensées grecques et chrétiennes se sont unies de façon nettement plus harmonieuses que tu l’affirme. A moins bien sûr que tu ne mette en cause également la légitimité de cette grande dame.

      • 21
        Désap.
        3 décembre 2020 à 00:00 / Répondre

        20 – Mon Frère Ergief, s’agissant des Grecs je lis les Grecs.
        Je lis également Augustin, Eusèbe, etc.
        De ~ 150 à 529, Chrétiens et Grecs se sont très fermement opposés, les Chrétiens sont allés jusqu’à la violence et l’autodafé.
        Certains arguments (nombreux, très nombreux) ne trompent pas, ils ne peuvent constituer un consensus a posteriori.
        Je pense que tu fais l’erreur de penser que je fais état d’une subjectivité partisane sur ce sujet précisément.
        En revanche, il est bien entendu que la bible ne m’a jamais procuré la moindre émotion ni apportée quoique ce soit et que je suis sensible à la rigueur grecque.
        Madame Davy a tout mon respect.

      • 22
        Désap.
        3 décembre 2020 à 00:24 / Répondre

        J’ajoute que je n’ai aucunement envie de faire preuve de modération sur le fond face à des personnes qui nient ma qualité de maçon parce que je ne crois pas au dieu du monothéisme, et ceci bien qu’ils aient parfaitement compris que je ne suis pas athée.
        Un jour peut-être, ou peut-être pas et ce sera pertes et profits, tiendras-tu compte de mes arguments et les vérifieras-tu par la lecture des auteurs originaux et non de leurs interprètes tardifs.
        Bien fraternellement mon TCF Ergief.

        • 24
          ERGIEF
          3 décembre 2020 à 09:36 / Répondre

          22 @ Desap. D’où tiens tu MTCF que je n’ai pas lu les auteurs concernés.dans le texte? Je sors justement d’une relecture du dialogue entre Phèdre et Socrate, parceque je souhaitais rafraichir ma mémoire à propos de la dialectique selon Platon. Surprising is’nt it ?

          • 30
            Désap.
            4 décembre 2020 à 10:04 / Répondre

            24 – Je parle des Grecs tardifs, c’est bien eux qu’il faut lire, Plotin, Porphyre, Damascius, Proclus, Jamblique entre autres.
            Quant à Platon et Aristote qui préfigureraient le christianisme, c’est la thèse scolastique qu’elle n’a jamais réussi à établir, thèse qui est également prise en défaut par des auteurs majeurs tel que Emile Bréhier, Sébastien Morlet et le très éminent Lucien Jerphagnon, entre autres également.
            https://www.lesbelleslettres.com

  • 14
    joab's
    1 décembre 2020 à 12:54 / Répondre

    VAste sujet, traité en détail. Et qui constate des faits indiscutables et préjudiciables.
    Mais je crois que, malgré le côté fouillé, l’article passe un peu à côté du problème qui est en fait un emabarras, non traité et dont les tactiques de contournement ne leurrent evidemment personne.
    Que ce soit les tentatives d’evitement au travers de paraphrases, semantique d’evitement (GODF &co) ou l’asservissemnt absolu à une soumission religieuse (« Les saintes ecritures gèrent entierement nos actions » GLNF, GLAMF) on reste sur une position insatisfaisante et irritante.
    Ainsi nous voyons de GLNF-GLAMF tenter d’extrapoler des propos papaux pour y voir que le SaintSiège ne les excommunierait plus .. et au GODF des rituels vidés de leur lien GADLU, devenant ainsi completement décousus. (en particulier au dela du 3e).
    Est-ce vraiment si compliqué ? Là aussi, il suffit pourtant de considérer la phrase commune à tous rituels et repondant à la question « que venons-nous faire en loge ? » Cette réponse exclut de fait toute raison de devotion religieuse.
    Mais çà ne suffit pas ! Beaucoup de maçons voient dans nos rituels une musique de fond et sont attachés par exemple à une deviation obedentielle (n’y revenons pas) ou à d’autres recherches, actions que simplement le rituel. (socialisation, commerce, politique).
    Il faut aussi, en temps que maçons, affronter clairement la question :
    Qu’entend-on par « Dieu » (son origine, ses attributions, son pouvoir, ses exigences, ses manifestations, sa localistion) ? Et manifestement la réponse est très embrouillée chez les déclarés « croyants », ce qui est pour le moins ennuyeux de croire à quelque chose que l’on est incapable de définir.
    Il y a pourtant des points communs dans l’idée que l’on se fait de Dieu, y compris pour les atthées.
    Ainsi (les FM croyants le disent ), Dieu est ce qui est decrit dans le livre Bible, donc creation humaine, c’est un concept très humain, donc, mêmes si des humains le presentent « transcendant ». Mais aussi le concept de « Dieu » s’applique à ce qui nous echappe, à nous, humains.
    Ce 2e point fait que la description de « Dieu » varie dans le temps et l’espace. Depuis que nous comprenons le fonctionnement du climat, du tonerre, du vent (attributions divines autrefois) le domaine décrété « divin » (par les humains) se déplace. Le « dans les cieux » ou habiterait « Le Père » est maintenant exploré, et « les cieux » deviennent symboliques (d’innacessible).
    Ensuite Dieu devient pur « esprit » mais là aussi les progrès en neurologie et psychologie le font reculer.
    Reste en effet une constante pour designer l’inconnu, une organisation de la nature et ce qui depasse le temps d’une génération humaine.
    Celà suffit-il pour retrouver sérénité maçonnique ?
    – A mon avis, le GODF pourrait retrouver cohérence des rituels en considerant que la notion de GADLU n’est qu’un liant et nos cérémonies une mise en scène pour travailler sur nous et pour les progrès maçonniques.
    – Pour la maconerie « religieuse » il faut accepter la réalité, l’evidence que le concept Dieu est une création humaine variable selon le temps et le lieu mais particulieremlent interessante. Ce qui n’a evidemment pas de place en FM ce sont des devotions, prières et dogmatismes sectaires. (Une part de la FM aura difficulté à l’abandonner proablement).
    Mais au prix de ces efforts minimes, nous retrovons notre sérénité maçonnique.

  • 13
    réboussié
    1 décembre 2020 à 10:28 / Répondre

    la différence entre spiritualité et religion ? un a tiré le store métallique de la porte , l’autre reste la porte ouverte à l’autre , au prochain , au suivant puis le coté christique ? y a t il une association , un groupe humain qui fonctionne sans mythe d’origine ? les boules ? et encore ? prenez un sujet sérieux , la psychanalyse Freud ….il lui a fallu pour assoir ses élucubrations ou théories inventer le mythe de la horde primitive , , le meurtre du père …avec la tuade du cochon , c’eut moins bien marché …le mouton ?peut être ??? mais non , notre décapitation à nous n’est que symbolique , d’ailleurs contestée , mais Hiram viré du chantier pour compression de personnel ou rachat du chantier par les …autres ? pour ce qui est des ordres ou des grades ? n’importe quel instit vous dira que les note doivent augmenter régulièrement , pour motiver les gosses , désarmer les parents , et pour les examens , notes entre 10 et 25 , seuls les fachos notent entre 0 et 20 .. RF ? public ? REAA ? privé ? pour la revue Joaben ? que du bonheur , bien sur ..la religion France ? vu les développements ? la table est servie , qui ne désirerait pas participer au festin ? on avait supprimé le service en 1905 , faudra une nouvelle loi pour limiter les appétits …pour limiter l’obésité ….

  • 11
    ERGIEF
    30 novembre 2020 à 23:57 / Répondre

    « Nous vivons en un temps et dans un milieu saturé d’idées chrétiennes qui ne se souviennent plus de leur origine » Etienne Gilson.

  • 10
    pierre noel
    30 novembre 2020 à 17:08 / Répondre

    Qu’il y ait deux formes de franc-maçonnerie en France (et les pays apparentés) est connu depuis longtemps.
    Je n’avais jamais pensé qu’on pouvait déjà les distinguer à quelques éléments simples mais très justes : le vouvoiement en loge, l’habitude des applaudissements, le port du tablier, les trois colonnes Sagesse, Force et Beauté (j’ajouterais le tableau de loge), la présence de la Bible, le port d’une tenue sombre (et d’une cravate!) et l’observation du rituel.
    Permettez-moi de ne pas (plus !) mentionner l’usage du tabac.

    • 39
      joab's
      7 décembre 2020 à 14:24 / Répondre

      @10 2 formes de franc-maconnerie ? pourquoi pas 3, 4, 5, 10 ? NB : contrairement aux legendes habituelles en France, la GLUA n’est pas la seule obedience en GB. Pour n’en citer que quelques unes : GLFMW, DH, GLMMM, GLEFU.
      Il faut aussi sortir d’un simplisme binaire. Tout n’est pas structuré autour de cette « croyance » ou pas en Dieu. Il y a aussi le sexisme ou pas, des planches societales ou pas, etc.
      Et y compris dans le cadre de l’aspect religieux, les nuances sont multiples entre une référence au GADLU (GLEFU, GLMMM, GLDF), le rejet de toute référence (GO, GLMU, DH) la condition essentielle (GLUA), l’obligation (GLNF-GLAMF).
      Ce qui est triste est que cette controverse envahissante et sterile disperse l’attention des buts de la FM

  • 8
    Nato973
    30 novembre 2020 à 12:46 / Répondre

    Excellente réflexion sur notre démarche. Si le rituel prends trop de place, il faut hisser le spi pour amener du spirituel. Je pense qu’il s’agit en fait d’un triangle dont chacun des côtés est Rituel, Spirituel et Fraternel. Pour obtenir un triangle harmonieux, aucun des côtés ne doit être trop grand…..

  • 6
    uneSoeur
    30 novembre 2020 à 11:59 / Répondre

    Bonjour,
    Pudiquement, hypocritement ou ….timidement, les déviances obédientielles sont qualifiées de « sectaires » depuis plusieurs années… Le qualificatif « religieuses » est plus approprié. Certes tous les FM n’y adhèrent pas, mais constatons que la tendance s’étend de plus en plus.
    Merci pour ce texte très important, qui me conforte dans ma décision d’éloignement . (de la GLMF)

    • 9
      jean sauvey
      30 novembre 2020 à 14:46 / Répondre

      peut-être faut-il rappeler à cette occasion les nombreux écrits de notre F Bruno Etienne, grand maçon, mais aussi en tant qu’universitaire, spécialiste des religions et créateur entre autre de l’observatoire du religieux. Il aimait répéter dans nombre de ces écrits : « la FM est la quatrième religion du livre »

      • 36
        Miche Pellegrin
        6 décembre 2020 à 12:06 / Répondre

        C’est tout à fait ce que je m’apprêtais à écrire. merci.

      • 37
        Lazare-lag
        6 décembre 2020 à 16:08 / Répondre

        En gardant à l’esprit cependant que, même en disant cela, Bruno Etienne était un frère du G.O.D.F.
        Et que, sauf erreur, il y a fréquenté deux loges, « Les Arts et l’Amitié » et « Règle et Liberté », à Aix-en-Provence.

    • 16
      joab's
      1 décembre 2020 à 13:01 / Répondre

      @6. Dans la mesure où ces obediences procedent à des rejets de FM selon des critères obedentiels, on ne peut qu’y voir une forme de sectarisme. N’ayons pas peur des mots. Oui, il y a une FM religio-sectaire, oui il y a une FM sexiste et c’est notre devoir de dénoncer ces dérives.
      Pour reprendre ton idée, le problème n’est pas tant que le contenu soit « religieux » dans certaines obediences, mais le fait d’exiger une croyance en « Dieu ».
      Procédé particulierement stupide d’ailleurs car une croyance peut évoluer, l’insincérité possible de la réponse et l’absurditéde la question. Car de quoi parle-t-on en matière de « dieu » auquel il faudait « croire » ?

  • 5
    hctor
    30 novembre 2020 à 11:56 / Répondre

    La place de plus en plus importante prise par les religions dans la vie sociale en France
    NON !
    Pas ans la vie sociale, mais dans la vie médiatique ! ! !

  • 3
    Jean-Pierre Cordier
    30 novembre 2020 à 10:45 / Répondre

    Tous ceux qui comme moi apprécient de longue date les exposés et les ouvrages de François Cavaignac retrouveront avec plaisir dans cette contribution éclairante la rigueur mesurée de ses analyses.
    Jean-Pierre Cordier

  • 2
    Nestor MAKHNO
    30 novembre 2020 à 10:42 / Répondre

    Et moi je réponds non et trois fois non ! Il ne faut pas confondre spiritualité et religion. Une spiritualité, une ouverture vers le questionnement et la recherche oui, certainement, la spiritualité est un besoin naturel, comme l’air qu’on respire, l’eau, la nature la liberté. La religion elle, a dénaturé ce besoin naturel pour en faire un instrument de pouvoir. Et ceci depuis toujours, le roi celte et son druide, le pharaon et ses prêtres, les rois de France qui se faisait couronner à Reims, Constantin qui adopte une religion pour des raisons politiques. etc etc……La spiritualité pose les bonnes questions là où les religions apportent des mauvaises réponses !

  • 1
    DURRUTI
    30 novembre 2020 à 08:24 / Répondre

    Voilà un texte important et d’actualité avec lequel je suis en total accord.
    Il conviendrait également de travailler sur une interprétation laïque du rituel des Hauts grades. Je pense en particulier au 18ème et à certaines vertus.

    • 4
      yonnel ghernaouti, YG
      30 novembre 2020 à 10:57 / Répondre

      Mon cher DURRUTI,
      Il me semble que concernant les Ordres de Sagesse dans le « JOABEN » N° 14 de janvier 2020 titrant « Recherche de la Vérité et Adogmatisme », revue maçonnique – semestrielle – des hauts grades du Rite Français – accessible à tous les Francs-Maçons y compris des loges Bleues -, notre Fère Philippe Guglielmi, ancien Grand Maître, Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général Rite Français du Grand Orient de France, s’exprimait clairement à ce sujet dans son éditorial : « Au programme de cette nouvelle livraison de Joaben, dont j’aime à lire les contributions variées, intelligentes et profondes, nous avons posé la question de la recherche de la vérité au regard de l’adogmatisme dont nous nous prévalons… »

      • 7
        Adrien C
        30 novembre 2020 à 12:35 / Répondre

        Yonnel,
        Durriti parles du 18e, qui est du REAA, rite effectivement souvent vu comme chrétien si ce n’est « christique », surtout dans ses degrés supérieurs, alors que Guglielmi est le patron des Ordres de Sagesse, ou hauts-grades, du Rite Français, éminemment laïques par essence au GODF.

        • 12
          DURRUTI
          1 décembre 2020 à 07:35 / Répondre

          Tu as raison ADRIEN, je parlais du REAA;

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