La Respectable Loge des Francs-Souillardes

Publié par François Morel
Dans Humour

Le dernier « reportage » de François Morel, dans les arrière-cuisines de nos loges…   

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La Respectable Loge des Francs-Souillardes
Où on veut, comme on veut 

Cérémonie d’Élévation d’une Sœur émissive en période de prohibition de déplacement dans un Temple clandestin.

– Ma Sœur vous êtes soupçonnée du crime affreux d’un pangolin retrouvé mort mi-cuit, farci à l’acacia dans un four à micro-ondes Whirlpool dans un état avancé.
– Tournez-vous compagnonne et voyez le sujet de notre deuil !

 Sur une table de 900 x 1 200 en Formica bleu azur et dressée au centre de la cuisine, les quatre pieds légèrement coniques en acier chromé électrophorétique du type métalo-ceramique engoncés dans des patins en polypropylène noir ébène anti-usure, se trouvent sept pangolins dont la mort remonte à une date incertaine.

– Vénérable Maitresse la compagnonne ne semble pas haineuse.
– Tuerait-elle son Maitre ?
– Oui ! Mais pas par amour !
– À défaut d’enjamber sa dépouille, symbole de la domination de l’émissif sur le réceptif, vous passerez sous cette table entre les quatre piliers terrestres commémorant votre séjour dans les chambres de réflexions d’une jeunesse agitée …enfin pour certaines.
– Sœurs Première et Deuxième Surveillantes accompagnez, je vous prie, la compagnonne dans son fast track travel et vous toutes mes Sœurs faites votre devoir !

Les Sœurs font semblant d’essuyer les verres au fond du café … (musique ou à cappella)

– Vénérable Maitresse, nous sommes sous la table, mon aube s’est prise dans un pied et je suis immobilisée par la jambe droite de la première surveillante.
– Vénérable Maitresse, je suis bloquée par la poitrine abondante de l’impétrante et sa jambe gauche sur mon bras s’oppose à tout mouvement libérateur.
– Vénérable Maitresse, je suis l’impétrante : C’est encore loin ?
– Je viens vous chercher ! Souvenons-nous mes Sœurs que sans le secours des autres nous pouvons rien.
– La Cérémonie se complique vous êtes coincée aussi Vénérable Maitresse !
– Suivez votre Rituel Claudine, page 37 !
– il y a du jus qui coule !
– C’est les pangolins !
– Je crois qu’ils se vident.
– C’est poisseux et en même temps ça glisse.
– Sœur Deuxième Surveillante, il y a quelqu’un dans la souillarde !
– Sœur Couveuse voyez qui frappe ainsi !
– Il s’agit de René, le dépanneur-réceptif Dartiram  !
– Donnez-lui l’accès à la cuisine, il entrera sans glisser.
– Vénérable Maitresse Je vous présente les salutations de… mais qu’est-ce que vous foutez toutes sous la table ?!
– Nous sommes entre les quatre pieds, soutien du cosmos au centre de l’univers et Gisèle a coincé sa vareuse dans le tiroir à couteaux.
– Vous n’allez pas resté là comme ça !
– Non arrête ne déplace pas cette table symbole de l’équilibre cosmique et du nombre d’or.
– Il y a toujours du jus qui coule !
– Regarde René si c’est pas les pangolins ?
– Elles puent ces bêtes, je crois que la chair quitte les os !
– Il est venu ici pour nous aider ou quoi ?
– À relever le corps d’Hiram page 28 !
– C’est qui Hiram ?
– Taisez-vous, vous n’êtes pas encore sensé savoir qui c’est !
– Bon c’est bientôt fini la dessous ! Il faut dégager pour passer la serpillière.
– Je propose que les premiers mots prononcés quand nous aurons retrouvé le corps du Maitre soit les mots substitués !
– Mais qu’est que vous foutez aussi sous la table Marie-Annick ?
– Je fais Hiram, je suis chryophore.
– Dieu soit loué ! Le Maitre est retrouvé et il reparait aussi radieux que jamais !
– Bon maintenant il faut les sortir de là : À moi les enfants de la veuve !

Les Sœurs quittent leurs occupations ménagères et se mettent plus ou moins en cercle autour de Marie-Annick qui agite une branche d’acacia en guise de sémaphore.

– Nous allons les relever par les cinq points plus que parfaits de la maitrise en prenant garde à ne pas glisser dans le jus de pangolin.
– Je rappelle que les cinq points parfaits de la maitrise sont : un point à l’endroit, un point à l’envers et ceci jusqu’à cinq.
– Mais vous avez trouvé ça où Sœur Oratrice ?
– Dans le rituel d’une Loge d’adoption !
– Vous allez maintenant prêter serment dans l’hôtel des sacrifices, chambre 37, vous passerez par la réception sans toucher 20 000 francs
– Il est où l’hôtel ?
– Page 34 !
– René tu déboucheras l’évier plus tard !
– Sœur Couveuse voyez qui frappe !
– C’est la Clio de Gisèle qui gêne !
– Ne prêtez pas attention ma sœur et écoutez-moi !
– Je suis un peu déstabilisée…
– Dans ce grade comme dans les précédents nous avons un signe, une parole et quelques attouchements. Le signe de demande est exécuté par le dégagement de la chasuble du tiroir de la table de la Loi, en signe de réponse on montre avec l’index la tartine tombée à terre coté confiture. Ce qui signifie : « Rien ne se fait sans la volonté du Grand Architecte De L’Univers ».
– La parole est les premiers mots prononcés à la découverte du corps d’Hiram. Ce sont les mot substitués de reconnaissance des maitres : « Mais-qu’est-que-vous-foutez-sous-la-table-Marie-Annick ».
– Les lettres M.B. sur votre tablier sont l’acronyme de « Mon Bénard » Ce qui signifie en langue sémitique « la femme porte la culotte mais pas partout ».
– La marche est celle d’un skieur de fond glissant sur du jus de pangolin.
– Allez maintenant vous faire reconnaitre chez les grecs Athéna et Arachné !
– Ma Sœur que signifie la poule ?
– Que les Frères réceptifs et vigilants sont symbolisés par le coq et les Sœurs émissives sont symbolisées par la poule matrice de l’affectif et que les Travaux sont couvés extérieurement et intérieurement.
– La légende raconte que le roi des Francs-saliens Clovid, 19 ème du nom …
– Vénérable Maitresse la Sœur Gisèle de retour !
– C’était pas la Clio qui gênait !
– Bon arrêtez mes Sœurs ! Je mets la Loge en récréation, nous avons un contrôle sanitaire.
– Ça y est l’évier est débouché.
– Tais-toi René !
– Vous êtes la bienvenue Très Vénérable Maitresse mais il est curieux votre masque !
– Je n’ai pas de masque !… Bonsoir mes Sœurs, mais ça glisse ici … Je suis la Grande Inspectrice de la Salubrité de l’Esprit accompagnée de mon Collège d’Officières Hygiénistes … Le voisinage se plaint d’odeurs nauséabondes venant de cette cuisine !

Nono. Chien de pure race, mais on ne sait pas bien laquelle…

– Tout va bien Très Vénérable Maitresse c’est fini ! Nous allons nettoyer tout ça, le corps de Maitre Hiram est enfin retrouvé !
– Vous avez la main heureuse Vénérable Maitresse, nous on le cherche encore. Nous sommes en pleine Boulomie !
– Mais qu’y a-t-il Martine, ma Très Vénérable Maitresse Assistante Inspectrice ?
– C’est au sujet du chien.
– Quel chien ?
– Ça c’est Nono le chien de Gisèle.
– Parce que je crois qu’il a bouffé tous les pangolins !

François Morel 

lundi 16 novembre 2020
  • 6
    JLP
    22 novembre 2020 à 09:19 / Répondre

    Et comme disait l’autre “ il y a plusieurs cuisines dans la maison de mon père!”
    Par contre il n’a pas allusion à du jus de pangolin, me semble-t-il?

  • 4
    François Morel
    16 novembre 2020 à 17:29 / Répondre

    Le coté ésotérique de mes dessins. Je vous mets sur une piste !
    Qu’est ce que la boulomie ?

  • 2
    yonnel ghernaouti, YG
    16 novembre 2020 à 11:33 / Répondre

    Merci mon cher Jean-Pierre pour ces utiles précisions.
    Et moi qui en était resté dans mon lexique de bordeluche à : souillarde, arrière-cuisine (il y a deux cuisines dans les maisons traditionnelles).

    • 3
      Cassagne-Latute Jean-Pierre
      16 novembre 2020 à 15:51 / Répondre

      Tu as raison, la souillarde est une arrière cuisine qui se situe sur l’arrière de la maison, côté jardin, le plus souvent elle fait saillie par rapport au corps de l’échoppe. Echoppe : nom donné à la maison traditionnelle. Sans étage avec un couloir sur le côté, ou, pour les plus riches un couloir central avec les pièces qui se distribuent de part et d’autre.

  • 1
    Cassagne-Latute Jean-Pierre
    16 novembre 2020 à 10:25 / Répondre

    En parler Bordelais le terme de souillarde désigne la petite pièce, souvent dans le prolongement de la cuisine, où se faisaient autrefois les travaux les plus sales. Je vois dans le corps du texte que l’on utilise une serpillére. Nous parlons plutôt de « since » ou de « since à gringonner »? Un gringon, ou Marie gringon, est une fille peu propre sur elle.
    Tout ceci pour faire avancer l’Art Royal… 😉

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