Le système planétaire de la franc-maçonnerie française

PMF : la 4e voie de la GL-AMF

Publié par Géplu

Dans le dernier numéro des Cahiers de l’Alliance de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française titré Le Sens de l’Honneur que nous vous présentions hier, un article de Francis Bardot dessine la 4ème voie, initiatique, qu’affirme vouloir incarner la Gl-AMF au sein du PMF, ce Paysage Maçonnique Français que l’on accommode à toutes les sauces.
Titré Honneur, vertu et voie initiatique, Jean-Claude Tribout, le rédacteur en Chef des Cahiers de l’Alliance nous a autorisé à vous en offrir les « bonnes pages ». Chacun pourra ainsi mieux comprendre où se positionne aujourd’hui la GL-AMF.
Géplu

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L’offre plurielle d’une Maçonnerie universelle

La Franc-maçonnerie de spiritualité ne peut échapper à la nécessité de clarifier, pour ses membres, deux questions essentielles. Faute de le faire, la confusion que fait régner actuellement le flou généré par une réelle faiblesse de pensée, la mènera à sa perte. Et ce ne sont pas les méthodes managériales importées du profane qui la sauveront du désastre, quand par exemple on envisage une « formation » pour mettre en œuvre la « transmission d’une influence spirituelle » qui est la raison d’être de cette Maçonnerie !

Cette indéfinition, où le nouvel initié doit avoir quelque difficulté à démêler l’initiatique du philosophique, du religieux, du psychologique et parfois même de l’occultisme, du positivisme ou des voies orientales, permet sans doute de ratisser plus large dans le recrutement, mais transforme les nouveaux et enthousiastes cherchants en « petites marionnettes » qui, selon la comptine, se contentent souvent de « trois petits tours…. et puis s’en vont ! »

À une Maçonnerie dont le projet est, au XXIe siècle, de transmettre une influence spirituelle qui postule – comme nous l’avons montré pour les vertus – un « monde d’en haut », il s’impose d’affronter deux questions que tout le monde porte sans vouloir les formuler, pensant à tort que l’ambiguïté préserve l’harmonie fraternelle :

1 – celle de savoir si le « monde d’en haut » implique l’existence d’un « au-delà » au sens religieux.
2 – celle de savoir si une démarche spirituelle est conciliable avec l’idée que l’homme est la seule mesure de l’homme.

La première question est résolue par les obédiences qui ont ici éludé le problème, soit par un “I don’t care about God“, soit par une sorte de “Je pose Dieu…“ auquel il faudrait parfois ajouter “…et je ne retiens rien“.

« I don’t care about God » : ces bases sont claires, affichées, cohérentes, et permettent à nos Frères et Sœurs qui les adoptent d’accomplir un travail de qualité qui les satisfait et vise à contribuer au bonheur de l’humanité. Dans un univers mental ainsi cadré, la seconde question ne se pose plus, et les vertus sont d’abord civiques, au service de valeurs expérimentées au sein de l’obédience, qui souhaite en promouvoir les formes dans la société.

Je pose Dieu…“ : j’affirme que j’y crois, clé pour ouvrir la porte de l’obédience. Cette position tout à fait légitime a le mérite de se conformer aux exigences initiales du début du XVIIIe siècle où se déclarer athée constituait une atteinte aux lois monarchiques de la société. Dans le monde du XXIe, elle permet un “œcuménisme“ de vérité commune reconnue, dont l’ambiguïté évoquée plus haut n’est pas absente, n’étant pas précédée de la question d’Einstein : “Dis-moi ce que tu entends par Dieu, je te dirai si j’y crois“. À quels mystères induit une initiation dont le principal mystère est levé, d’autant que les études qui permettraient de l’approfondir seraient assimilées à des controverses religieuses… dûment et justement proscrites dans les Loges ? La réponse semble être que la Sagesse cherchée ici est celle de Salomon, décrite dans les Livres Sapientiaux de la Bible comme participation à la vision même du Grand Architecte sur sa création que les initiés à ce plan sont invités à mener à sa perfection par la mise en œuvre des vertus éternelles. La fréquentation de ces obédiences permet aux tenants d’une religion d’en approfondir la symbolique, d’en élargir notablement l’horizon et de la comparer aux rituels des autres dans un échange fraternel, d’autant que les spiritualités orientales, qui ne professent pas l’existence d’un créateur, y sont désormais présentes. Les vertus prennent ici une incontestable nuance religieuse, au prix d’un seul dogme : croire en Dieu.

Prenant le problème par la deuxième interrogation, d’autres obédiences, se revendiquant héritières des Lumières, assignent à leur démarche symbolique le principe-clé d’un Grand Architecte conçu par leur raison, dont ils n’ont ainsi aucunement à supporter une quelconque altérité paternelle ou tutélaire. Dans un univers philosophique ainsi fondé, la première question est laissée au seul choix spirituel de chacun, dont le partage éventuel a pour cadre une fraternité de sagesse, qui ressemble ici à celle de Socrate. Les vertus y sont destinées à la réalisation individuelle de chaque membre, s’exerçant à une exemplarité validée par les Frères, qui le qualifiera pour agir.

Y-a-t-il une quatrième voie ?

Si la réponse est non, les adeptes de ce que nous appelons la Franc-maçonnerie spirituelle n’ont qu’à se répartir dans les trois premières qui les accueilleront d’autant plus fraternellement qu’il n’est pas impossible qu’ils y soient attendus.

La voie singulière de la Franc-maçonnerie initiatique de Tradition

Une quatrième voie s’ouvre aux hommes et femmes désireux de s’exercer aux vertus par lesquelles l’intelligence contemplative, symbolique, rituelle et initiatique prend le relai des concepts, passant des sciences du « comment » aux mystères du « pourquoi ».

En répondant et définissant,

  • d’une part, que le « monde d’en haut », sans lequel il n’est pas de spiritualité, peut être tout autre chose que religieux, Marie-Madeleine Davy disait avec justesse qu’il est tout autant celui des poètes que celui des mystiques, tout autant celui des initiés que celui des prophètes, et précisait que tout homme de lumière doit « se garder de bavarder sur Dieu ! »
  • et d’autre part, qu’une démarche authentiquement spirituelle est radicalement incompatible avec l’idée que l’homme est la seule mesure de l’homme.

La première de ces deux réponses fut autrefois illustrée par l’Antigone de Sophocle, qui vint opposer à la loi de la cité (nomos) celle, plus impérative, qui est tout à la fois divinement transcendante et inscrite au plus intime du cœur humain. Cette confrontation des devoirs, fondement de la tragédie antique, met en lumière l’erreur communément commise d’enfermer la pensée grecque dans la rationalité. Muthos et logos y sont en effet unis par une dialectique permanente, mise en œuvre, au cours des fêtes quasi-hebdomadaires en chaque cité, par le jeu de rôles collectif du théâtre : les personnages de tragédie sont des héros dont les vertus éternelles affrontent les valeurs citoyennes. Entre le monde de la cité et le monde essentiel de l’invisible, il n’est à l’initié aucune solution de continuité.

Dans le n°44 de la revue Salix, mon ami agrégé de mathématiques Paul Sebah, brossant une brève histoire de la science, écrit ceci : « En 1932, Gödel démontre qu’à l’intérieur d’un système formel on ne peut pas prouver que ce système n’est pas contradictoire. Il faut se placer dans un système plus grand englobant le premier. Ainsi, on ne peut pas savoir si l’arithmétique est contradictoire ou non, sans prendre des axiomes en dehors de l’arithmétique ». Je crois qu’il en va de même pour l’homme en quête de connaissance de soi : la seule référence à lui-même, ou celle de ses semblables ne lui permettent pas d’y parvenir. La fraternité initiatique sans référence au « monde d’en haut » peut très bien n’être que le substitut identitaire collectif d’un moi que la perte de pouvoir de la raison face au mystère inquiète et panique.

L’initiation aux mystères de la Franc-maçonnerie s’impose au moment précis où le symbole et le rituel doivent permettre à l’intelligence contemplative de prendre le relai de la rationalité discursive frappée d’incomplétude. Car le très noble besoin de « comprendre » se transforme vite en hubris, quand on nie l’existence de ce qui ne peut être réduit aux  dimensions de sa propre intelligence conceptuelle, quand, pour paraphraser Montherlant, « étant petit, l’on veut absolument rapetisser tout à sa propre mesure ».

Décider que l’homme ne peut avoir que l’homme pour mesure, loin de le libérer, le ferme définitivement à la vertu-clé de toute quête spirituelle, connaissance de soi, écoute de l’autre et dialogue avec l’univers : l’humilité.

Je ne dis aucunement ici que cette quatrième voie est la meilleure, et encore moins la vraie ! Je dis seulement que, distincte des trois précédentes, riches de qualités par la reconnaissance desquelles je donne sans réserve à leurs adeptes le beau nom de « Sœurs » et de « Frères », il en est une quatrième. Singulière, elle me semble, par son caractère ouvert, a-dogmatique, mais authentiquement initiatique, particulièrement adaptée au monde de notre temps. Elle fait appel tout ensemble aux philosophe, mystique, poète, artiste, sage, qui cohabitent en des proportions infiniment variables en chacun d’entre nous et dont nous découvrons en Loge chez nos Frères les fascinants absents de chez soi !

Si la Franc-maçonnerie est une fraternité de pèlerinage reposant sur la certitude que, pour accomplir la dignité humaine potentiellement déposée en moi à ma naissance, l’expérience des autres me manque, elle ne peut que s’épanouir dans une obédience s’offrant comme « plus grand dénominateur commun » à des profanes dont la seule identité partagée serait celle de leur réponse aux deux fameuses questions.

Une journaliste demanda récemment à la grande pianiste Anne Queffélec si la musique classique n’était pas élitiste. Sa réponse fut immédiate : « cette musique s’adresse plutôt à l’élite intérieure de chacun, à notre part sacrée ».

Il en va de même pour la Franc-maçonnerie initiatique de Tradition, lieu d’exercices spirituels où se cultivent des vertus, lieu où l’infini peut surgir dans le partage rituel entre deux finitudes humaines : liturgies de rites anglo-saxons à l’immémoriale suggestivité, alchimie spirituelle de rites latins, la diversité des voies de telles obédiences permet la perception d’un germe par lequel l’éternité anime le temps et que nous nommons Tradition.

Comme pour l’art d’Anne Queffélec, l’accès pour le Frère au monde d’ouverture à l’infini qui est en lui passe par l’entrainement spirituel de l’exercice des vertus :

La Force sera alors « force d’âme », mise en chemin, abandon de toute forme de « métaux », voyages symboliques, force envers le moi synonyme d’humilité. Son contraire est parfois nommé ambition, au sens réel de vanité, mère de tous les vices.

La Prudence est connaissance de soi, sagesse, mémoire du beau, sagesse des origines, culture humaniste, expérience spirituelle. Son contraire est l’ignorance, qui n’est pas un non-savoir, mais bien le vice de tout réduire à l’idée qu’on s’en fait : le moi, l’autre, le monde et Dieu.

La Tempérance est l’idée que l’on ne gagne en dignité humaine que par détachement de l’avoir ; elle est contemplation, sobriété, respect de soi, de l’autre et de la nature. Son contraire est avidité, concupiscence, et fanatisme.

La justice est la conséquence directe de la mise en pratique des autres vertus et l’assimile à la justesse et à la vérité. Son ennemi n’est pas l’erreur, mais bien le mensonge.

Ainsi désignées, je pense que chacun trouverait facilement en quoi ces vertus sont autant de réponses aux problèmes qui agitent nos contemporains…

Le secret commun du poète, du mystique et de l’initié

Pour conclure, je souhaite réaffirmer que le clivage essentiel qui sépare nos contemporains n’est aucun de ceux, identitaires, que l’on retient habituellement : croyant ou athée, de gauche ou de droite, etc. Ceux-là ne sont utilisés que pour occulter la grande division qui, traversant tous ces groupes, partage l’humanité en deux : les hommes et femmes dont la transcendance commune est la dignité humaine et ceux dont les croyances et valeurs ne sont que le masque de leur vanité identitaire.

L’union des premiers au-delà de leurs appartenances partisanes est sans doute le seul événement capable de fonder une nouvelle espérance.

Résumons alors, pour tous nos Frères Maçons : Alors que nos institutions d’appartenance sont traversées par toutes les attitudes – théistes, déistes, agnostiques, athées, cherchants, métaphysiciens ou, comme se définissait Lucien Jerphagnon, « agnostiques mystiques » -, le mot « Dieu » apparaît parfois comme une insulte à la raison des uns et celui d’« athée » comme une agression des confessions des autres !

Ce qui rassemble les Maçons, c’est l’appréhension poétique des choses, l’écoute de la musique des autres et la conversion du regard. Et le mystère de Dieu, s’il est plus vaste, n’est pas plus indéchiffrable que celui des êtres qui partagent nos vies, pas plus insondable que n’est le mien pour ma propre connaissance.

Si la Maçonnerie a pour base que, dans ma finitude, l’expérience de l’autre me manque, au nom de quoi sa croyance – car croyance en Dieu ou athéisme sont bien deux croyances – risque-t-elle de me contrarier. Il faut seulement rappeler que la condition d’un partage est qu’il y ait quelque chose à partager, ce qui n’est le cas ni pour les convictions molles, ni pour les syncrétismes ignorants, ni pour les spiritualités mondaines, ni pour les appartenances identitaires.

Il est donc légitime, et même impérieux, que chaque Frère puisse suivre sa voie initiatique dans le milieu spirituel où il respire, mais il est tout aussi urgent de multiplier des lieux d’intersubjectivité plus large pour une connaissance plus riche de soi et de l’autre : il n’est plus temps que les initiés se chamaillent dans des petites querelles identitaires ou quantitatives où les ego communautaires prennent vite le relai hypocrites des ego individuels.

Plus largement encore, la spiritualité n’est-elle pas la faculté, commune aux initiés, mystiques, poètes, artistes et métaphysiciens, d’imaginer, désirer, pressentir ou éprouver l’existence d’un univers qui dépasse les limites de ce que peuvent percevoir nos sens ou appréhender notre raison. Il y faut mettre en œuvre l’intelligence contemplative, celle que la sagesse populaire appelle l’intelligence du cœur, celle qui lie indéfectiblement le Vrai, le Beau et le Bon. 

L’expérience qu’en font hommes et femmes, – par la rencontre du cœur d’une “belle personne“ qui rayonne et accueille, par la communion silencieuse d’une fin de concert, par l’infinie questionnement d’un ciel étoilé, par le sourire d’un petit d’homme ou l’expérience vécue d’un muet partage d’amour au sein d’une fraternité initiatique, –  tout cela les conduit à pressentir que le monde et eux-mêmes sont plus que ce qu’ils sont, plus que ce qu’ils paraissent.

Au delà même de la communauté maçonnique, l’absolu qui peut seul unifier autour de nous les femmes et les hommes qui partagent notre désir d’œuvrer à la réanimation d’un tel monde dynamique, ne peut naturellement être que la commune et irréductible dignité humaine par quoi la cathédrale est le mystère qui repose en chaque pierre.

Voilà un absolu unifiant véritable, en outre susceptible d’être fondé pour chacun de ceux qui s’y reconnaîtraient sur ses propres croyances et convictions, dans l’infinie multiplicité des nuances de l’âme humaine.

Ainsi universellement entonnée, « Cette chanson d’amour qui toujours recommence », chère à Gérard de Nerval, fera-t-elle, peut-être, « tressaillir la terre d’un souffle prophétique ».

BIBLIOGRAPHIE
Jacqueline KELEN, Le jardin des vertus, Salvator
Simonne JACQUEMARD, Trois mystiques grecs, Albin Michel
Joël SCHMIDT, Cicéron, Pygmalion
Paul SEBAH, De Gödel à la mécanique quantique : retour à l’incomplétude – Salix n°44
Francis BARDOT,  Synthèse, Salix n° 48 – Foi, raison, vérité et fraternité, Cahiers de L’alliance n°5

Francis BARDOT est membre de la Conférence des auteurs des « Cahiers de L’Alliance ». Il a publié L’homme de lumière dans l’hermétisme (Cahiers n° 1), Humanisme et crise de l’identité de l’humain (cahiers n° 2), Foi, raison, vérité et fraternité (Cahiers n° 5) et de nombreux articles sur le néoplatonisme comme source d’un nécessaire renouveau de la spiritualité et de la philosophie occidentales ainsi que sur la parenté des démarches initiatique et artistique.
Francis Bardot est Rédacteur en chef de la revue Salix et animateur des « Rencontres Écossaises » du Suprême Conseil pour la France. 

mercredi 8 juillet 2020
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  • 17
    jean francois Verjat
    13 juillet 2020 à 21:21 / Répondre

    A un moment de leur histoire ,plutôt près de leur naissance, les dissidences aspirent à dorer leur blason , non pas tant pour faire oublier qu’elles sont nées d’une lutte de pouvoir , mais à l’inverse pour attester qu’elles sont le produit d’un combat d’idées, et que leur accès au statut d’institution incarne la victoire d’une doctrine davantage qu’une guerre d’indépendance réussie .
    Il échoit à la plume talentueuse de Monsieur Bardot , (qu’on devine en service commandé ,les anciens conjurés ayant forcément mandaté un orfèvre ) , d’écrire les lettres de créance de la nouvelle obédience , pour la mettre au niveau de ses pairs ..Pour convaincre , cet exercice de funambule se heurte à deux obstacles .

    -Le sentiment diffus que les fondements doctrinaux de cette quatrième voie ont eclos « post partum » et que la petite dernière s’invente une théologie après avoir monté les murs de sa chapelle , à l’opposé des schismes classiques , où la lente maturation d’un programme précède l’occupation d’un territoire. Les béotiens voyaient la GLAMF comme le résultat d’une crise interne à la GLNF et la énième manifestation du fractionnisme, maladie infantile de la maçonnerie, et ruse de l’histoire pour condamner à l’humilité les artisans de l’universel . Ils avaient tort , là où ils lisaient des enjeux de pouvoir , une sourde lutte idéologique se déployait.La vérité ,tardive , se fait enfin jour .La bonne intelligence de ce débat souterrain , enfin mis en lumière, exige un niveau de finesse et de subtilité tel qu’on comprend le choix de l’occulter pendant la bataille , pour ne pas altérer le moral des combattants .

    – La maçonnerie souffre d’une profusion d’offres et , à en créer une nouvelle ,il faut se démarquer des anciennes , faire la démonstration que le «  marché » était, sans le savoir, orphelin de ce regard inédit . Les titres de légitimité sont préemptés par les acteurs en place et la tache est ardue pour qui veut faire entendre sa différence en demeurant régulier .Heureusement , l’inventivité théorique des maçons est , comme l’imagination fiscale française ,sans limite, et , là où l’on croit le champ intégralement couvert , surgit par la grâce d’une dialectique ciselée, une niche, un besoin mal assouvi qui attendait son église et ses prophètes ,pour accéder à la plénitude de l’expression. Quoiqu’on en fasse ici un usage qu’il faut déplorer , cette aptitude à la réinvention témoigne aussi d’un infini de l’exégèse d’où la maçonnerie tire sa profondeur et son attrait : le détournement de vertus a valeur d’hommage .
    On m’objectera ,avec raison, le choix de la polémique, le refus d’aller au fond , le cantonnement à une analyse sur le mode des « maitres du soupçon » , j’y ajoute l’aveu d’une compréhension limitée de cette prose étincelante, à lire sans doute comme un poème en oubliant qu’elle s’affiche comme un programme .
    L’époque est aux murs et aux frontières ,Monsieur Bardot se fait le scribe éblouissant d’un air du temps , ou prime le « chacun chez soi ».
    Il faut le regretter, mais puisque nous sommes entraînés à déplorer en espérant ,il faut souhaiter qu’il retrouve un jour le charme désuet des passerelles , mette son aiguille de dentellière au service du raccommodage ,et retrouve le gout de l’essentiel.

    .

  • 14
    Désap.
    11 juillet 2020 à 18:31 / Répondre

    Négrier nous prend pour des demeurés incultes.
    Il énonce des têtes de chapitres qui nécessitent chacune dix pages de réponses.
    A mon sens il ne convaincra que les croyants et ceux qui n’ont pas besoin de voir pour croire, les heureux des évangiles.
    Il faut également l’informer du naufrage de la Scolastique dont il nous rabâche les thèses.
    Et puis, le coup des Ecritures incomprises est éventé.
    On lira avec profit les philosophes néoplatoniciens dont une part du travail est consacré à la critique de la religion d’Abraham et du christianisme.
    Gageons que pour Négrier ceux-là également n’ont su saisir l’immense œcuménisme de la bible et sa haute portée philosophique.

    • 15
      MarcosTestos
      11 juillet 2020 à 22:07 / Répondre

      14-Désap
      Pourquoi ce besoin de globaliser ? Ne prend pas ton cas pour la généralité. Le « nous » que tu utilises sciemment ne te permettra pas d’avoir plus d’adeptes. Encore une manipulation grossière qui ne sert pas ton personnage ! !!

  • 12
    NEGRIER
    11 juillet 2020 à 15:32 / Répondre

    Réponse au post 11 :
    1. Vouloir différencier la philosophie (en général ou occidentale en particulier) d’une part et d’autre part la Bible est d’une ineptie totale car la tradition biblique véhiculait une philosophie non seulement en raison de son épistémologie (I Sam. 9,9 ; Deut. 6,5 ; Mt. 22,37 ; Mc 12,30), mais aussi eu égard à la diversité des secteurs du savoir qu’elle explora (anthropologie ; psychologie ; pneumatologie ; ontologie ; épistémologie ; éthique ; philosophie politique ; pédagogie ; sociologie ; eschatologie).
    2. Je rappelle que dans l’Ecriture juive il n’y a pas de « dieu » (theos) mais seulement des « vertus » (‘elohîm) et « l’Etre » si cher à Heidegger (YHVH : forme lexicale résultant de la superposition des trois formes du verbe « être », hayah, conjuguées au passé, au présent et au futur en allusion au fait que « l’Etre » ou YHVH désigne le phénomène historique et permanent de l’actualisation des potentialités tant au plan sensible comme manifestation, qu’au plan intelligible comme révélation). Or ni les vertus ni l’Etre ne sont transcendants au monde.
    3. Rappelons que l’épistémologie biblique n’est pas une épistémologie de la « croyance » mais une épistémologie du « voir » prophétique qu’est l’opération de l’intuition intellectuelle (c’est-à-dire rationnelle), ce qui exclut d’emblée comme hors sujet toute croyance, superstition et autre conjecture imaginaire qui ne sera jamais qu’une projection subjective et non l’humble réception d’une donnée objective. Intuition intellectuelle (qui n’est pas l’intuition sensible) réhabilitée en philosophie au XX° siècle par Husserl sous la forme de la phénoménologie.
    4. Un maçon peut cultiver la philosophie occidentale sans cultiver la philosophie biblique ; de même qu’il peut cultiver la philosophie biblique sans cultiver la philosophie antique (grecque ou romaine) ou moderne (européenne).
    5. A cause de mon âge qui me contraint à intensifier mon positionnement en matière de politique culturelle, je m’attache aujourd’hui à conserver et à transmettre les grandes cultures européennes : la Bible juive et chrétienne et ses sources proche-orientales (Egypte ; Mésopotamie ; Perse), ainsi que la Grèce et la Rome antique (avec leurs héritiers : les philosophes modernes du XVI° siècle à aujourd’hui).
    6. S’il est vrai que l’évêque Cyrille d’Alexandrie a fait assassiner la philosophe grecque Hypatie en 415, et que l’empereur Justinien a fait fermer l’Académie d’Athènes en 529, il est cependant inadmissible de dire que le christianisme a détruit les cultures antiques car ce sont les grands penseurs chrétiens de l’Europe qui ne cessèrent de recueillir (haut Moyen-âge), d’étudier (Moyen-âge thomiste) et de transmettre (sous la Renaissance) les héritages grecs et romains qui nous sont parvenus grâce à eux.
    7. Il est inadmissible de dire que le « christianisme fut violent » : lorsque des violences furent commises dans l’histoire, ce n’est pas une culture en soi qui attaqua, mais c’est une certaine interprétation (faussée) de la culture chrétienne par des incompétents (le plus souvent ecclésiastiques) qui perpétra ces violences. Même chose en Grèce : lorsque Socrate fut mis à mort, ce fut par des Grecs (un poète, un politique et un orateur) qui n’étaient pas des philosophes et se faisaient des valeurs de la Grèce une idée personnelle extérieure (exotérique) et fausse, fort distincte de l’idée incomparable que s’en fera quelques années plus tard un philosophe éclairé et universel comme Platon notamment dans le Philèbe.
    8. D’autre part il convient de rappeler que la culture biblique ne véhicule pas une pensée unique (la Bible n’est pas un livre mais une bibliothèque) car elle fut et elle est le lieu d’affrontements doctrinaux qu’on retrouve encore dans les sociétés occidentales d’aujourd’hui : non seulement dans le judaïsme la plupart des auteurs bibliques attaquèrent les positions doctrinales inadmissibles du Lévitique, mais encore les apôtres Jean et Simon-Pierre attaquèrent les positions doctrinales anti-christiques et contre-traditionnelles de Paul de Tarse. On ne peut donc jamais parler du judaïsme ni du christianisme au singulier, et lorsqu’on parle du christianisme, il faut toujours préciser si l’on entend parler du christianisme apostolique ou du christianisme paulinien (Paul n’était pas membre du collège des douze apôtres). La différence est immense.
    9. Aucun être humain n’est aujourd’hui capable de comparer la culture biblique aux cultures grecque et romaine de l’Antiquité pour savoir laquelle serait la plus exacte ou la plus complète car il faudrait d’abord avoir fait le tour de chacune d’elles et cela n’est pas possible au cours d’une existence humaine individuelle car cela demande des qualifications (linguistiques) et une érudition (lectures) qu’aucun être humain ne pourra assumer tant il est difficile au cours d’une vie de faire le tour d’une seule culture.
    10. Je me permettrai de conclure cette réponse au post 11 en citant l’Ecriture : « le bâton pour l’échine des sots » (Prov. 23,6).

    • 13
      MarcosTestos
      11 juillet 2020 à 17:24 / Répondre

      12-Negrier
      Mon TCF un seul mot me vient à l’esprit : MERCI pour cette magnifique réponse à l’ineffable Désap.

    • 16
      ERGIEF
      11 juillet 2020 à 22:47 / Répondre

      12 – Negrier @ Merci beaucoup pour cette réaction très argumentée et pleine de sagesse. Quant à Desap, il est décidément incorrigible.

  • 9
    ERGIEF
    9 juillet 2020 à 21:39 / Répondre

    8 – Mon frère Desap, je revendique haut et fort mes racines occitanes et ma culture judeo-greco-latino-chretienne. Elle me vient par mes gènes et ma tradition familiale. Plus je creuse dans le terreau d’où je suis issu, plus je ressens cette quadruple appartenance et plus je vis bien cet amalgame métaphysique, cette fusion spirituelle entre Jerusalem, Athènes et Rome. Si comme moi tu étais né dans la plus gallo romaine des villes de France, et si tu avais été éduqué dans dans la pensée greco latine, entre catholiques, juifs, protestants et souvenirs cathares, en aucune manière tu cultiverais cette opposition viscérale au christianisme qui revient systématiquement dans ton propos et obscurcit ton jugement.

    • 10
      marcos testos
      10 juillet 2020 à 11:46 / Répondre

      9- Mon cher F. Ergief, je ne pense pas, malheureusement, que Désap soit capable de te comprendre.
      Son coté laïcard obtus le rend acerbe dans tous ses échanges dès qu’il s’agit de religion ou d’obédience maintenant l’obligation de la croyance en Dieu. Conséquence, ses fantasmes et ses exagérations continuelles décrédibilisent ses propos sans qu’il s’en rende compte.
      La remarque de C.S.Lewis : « Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, surtout quand ce qui est à voir ne peut être vu qu’avec le cœur » correspond tout à fait au personnage.

      • 11
        Désap.
        11 juillet 2020 à 12:20 / Répondre

        9 / 10 – Je vous en prie mes frères, cessez vos simagrées.
        Jamais je n’ai lu de référence à la Philosophie dans vos commentaires, vos seules sources sont bibliques.
        Si vous passez par pertes et profits la destruction quasi intégrale par le christianisme des cultures antiques, constituant bien concrètement et réellement nos racines, en ce qui me concerne je m’y refuse naturellement.
        En outre, il me parait tout à fait indispensable, en ces temps de résurgence de l’obscurantisme religieux, de rechercher, sauver et cultiver tout ce qui nous reste des cette période, d’une part au regard de l’immense richesse intellectuelle que cela représente, d’autre part parce qu’une civilisation ne saurait exister, s’épanouir et se perpétuer coupée de ses racines.
        Mon frère Ergief, je suis né en Provence, d’une vieille famille provençale. Et l’Histoire non montre à quel point le christianisme fût violent à l’égard de la population de la région française peut-être la plus attachée à ses racines gréco-latines, elle qui ne fût jamais Celte, mais Ligure.
        Enfin, après un certain nombre d’années de lecture des deux « camps » (car il est bien entendu que ma réflexion ne saurait être systématique), exception faite de la superstition et d’une dévotion pour des hommes qui confine au fanatisme, j’aimerais que l’on me montre ce qu’il y a de plus dans le monothéisme qui ne serait pas dans la philosophie antique. En sens inverse, l’interrogation même est incongrue, passer à côté est incompréhensible.

  • 6
    Lassey
    9 juillet 2020 à 10:10 / Répondre

    Ce texte trouve des échos en moi, pèlerin sur le chemin, voyageur de partage, et mystique rationnel (non, ce n’est pas incompatible), je ferai en sorte de lire ce que Bardot écrit, accepter ce que je peux comprendre et intégrer à mon chemin.
    J’ai écrit il y a longtemps : « l’être humain est un être infini,…. cela signifie surtout qu’il n’est pas achevé et que beaucoup reste à faire!.. »
    Merci à GEPLU de tous ces textes, polémiques ou profonds. merci aux FF qui partagent leurs remarques, même dérangeantes parfois. Merci à vous tous de m’enrichir…
    🙂

  • 3
    Désap.
    8 juillet 2020 à 14:51 / Répondre

    🙂 je n’avais pas lu la présentation de F. Bardot en fin d’article, je comprends mieux nos convergences de vue

    • 4
      ERGIEF
      8 juillet 2020 à 22:37 / Répondre

      Neoplatonisme…. et tout s’éclaire pour notre cher frère Desap. 😊

      • 5
        Désap.
        9 juillet 2020 à 09:36 / Répondre

        4 – C’est notre culture, mon frère Ergief, la spiritualité de nos pères.
        Jésus, c’est l’Histoire des juifs.

        • 7
          Bedikian
          9 juillet 2020 à 11:46 / Répondre

          Jésus :c’est l’histoire des Juifs !!! Ah bon, c’est un raccourci ou bien une interprétation personnelle d’une vérité

          • 8
            Désap.
            9 juillet 2020 à 12:40 / Répondre

            7 – c’est l’Histoire d’un point de vue objectif, mais je veux bien que l’on me démontre le contraire.
            « Je ne suis pas venu abolir la Loi, je suis venu l’accomplir ». De quelle loi s’agissait-il ?
            Pas celle d’Athènes ni de Rome dans tous les cas.
            Lorsque nous ne sommes pas juifs, en Europe méditerranéenne ne sommes-nous pas de civilisation gréco-romaine ?
            Le choix de Constantin n’était-il pas exclusivement politique, lui qui ne se convertit au christianisme que son lit de mort, et encore en était-il conscient ?
            Je peux continuer ; il me semble nécessaire de faire la part des sensibilités religieuses et de la réalité historique, ou bien ce qui est proposé est une croyance, par définition sans intérêt au regard de son caractère subjectif aucunement qualifié pour établir une ou la vérité.

  • 2
    Désap.
    8 juillet 2020 à 12:40 / Répondre

    Ce texte est remarquable, il est en tout point conforme à l’idée que je me fais de la maçonnerie.
    Je retiens entre autre :
    – l’éternité anime le temps
    – La justice est la conséquence directe de la mise en pratique des autres vertus et l’assimile à la justesse et à la vérité (ndlr : c’est l’éthique)
    – Et le mystère de Dieu, s’il est plus vaste, n’est pas plus indéchiffrable que celui des êtres qui partagent nos vies, pas plus insondable que n’est le mien pour ma propre connaissance. (ndlr : ceci est à mon sens une vérité)
    Dans l’immédiat post-Appel de Bâle, je reprochait à la GL-AMF de ne pas avoir d’identité et d’être à la remorque de la GLDF.
    La correction est radicale, la GL-AMF commence à apporter à la franc-maçonnerie ce que je souhaitais ardemment.
    Mes sentiments très fraternels au frère Francis Bardot.

  • 1
    Cassandra Verde
    8 juillet 2020 à 01:41 / Répondre

    La ritualité des rencontres ressert les liens, certes, mais l’immuabiliser ne risque pas de figer la relation au sein du groupe ? Le rite est une sorte de code comportemental pour accéder au sas de sécurité avant l’ouverture de la porte qui elle vous donne accès à la liberté spirituelle recherchée. Or, cette liberté ne peut pas exister pleinement en dehors de ce que vous appelez le grand Architecte. Ce que suppose d’avoir la conscience de sa présence et, dans ce cas, étant donné qu’il possède la science absolue, il a certainement des moyens plus efficaces pour nous identifier que nos rites. D’où le problème que pose l’immuabilisation du rite puisqu’il ne concerne pas le grand Architecte qui, lui, être tout puissant, ne recherche guère à nous imposer le culte de sa personnalité car il existe avec ses innombrables qualités absolues en tout mais surtout en dehors de tout.

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