WS couleur

Une commémoration oubliée de la Worshipful Society

Publié par Pierre Noël

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Une commémoration oubliée
de la Worshipful Society of Free Masons, Rough Masons.

Dans les temps anciens (once upon a time), la Worshipful Society (familièrement connue comme “les opératifs”) pratiquait en plus de de ses sept degrés des cérémonies commémoratives, parfois annuelles, parfois circonstancielles, basées sur la construction du temple. La mieux connue est le « drame annuel » qui voit le meurtre du 3° Grand Maître Hiram Abiff (traditionnellement le 2 octobre) remplacé par son successeur, drame qui serait la source du 3° degré de la franc-maçonnerie spéculative.

Les autres cérémonies étaient celles de la fondation du temple le 2 mai et la dédicace du même le 30 octobre, un mois après la mort d’Hiram. Ces deux commémorations pouvaient être amalgamées en une seule cérémonie en deux parties, la fondation et la consécration, habituellement célébrée le jour du solstice d’été.

Description succincte de la cérémonie.

Les travaux sont ouverts au 1° degré de la Société par les trois GMM situés à l’ouest de la loge, munis chacun d’une verge de longueur différente dans une proportion 3 : 4 : 5.

La cérémonie de fondation du temple commence par une perambulation des trois GMM qui se placent finalement aux trois côtés du gabarit (le tableau de loge en terme spéculatif), le 1er GMM à l’ouest, le 2ème à l’est et le 3ème au nord. Le 3ème GMM détermine l’axe nord-sud en observant le soleil à son méridien (se protégeant les yeux en étendant la mais sur le front) et matérialise l’axe nord-sud avec l’aide d’un assistant en étendant une corde de couleur bleue sur son tracé.

Le 1er GMM « marque le centre » en y plantant un piquet au moyen d’un maillet pendant que les assistants chantent les premiers vers de la Genèse (chap 1, v 1-3). Ceci fait il invite ses deux collèges à « fixer les angles ». C’est alors le moment le plus significatif de la l’événement. Les 3 GMM s’agenouillent et placent leur verge le long de l’axe nord-sud pour former un triangle rectangle et ainsi déterminer l’axe est-ouest avant de se relever en les laissant « en position » sur le sol. Le MdC apporte une corde au 1er GMM qui l’étend avec l’aide d’un un assistant selon l’axe est-ouest ainsi fixé.

C’est évidemment l’application d’une règle connue depuis l’antiquité et relatée par Vitruve, avant d’être citée par Anderson dans ses Constitutions de 1723. Le De Architectura de Vitruve pourrait être l’origine de ce secret des constructeurs médiévaux. Il est cité par Anderson dans les Constitutions de 1723 comme la 47ème proposition d’Euclide qu’il appelle « la fondation de la maçonnerie ».

Intermède

NEUFIEME LIVRE D’ARCHITECTURE DE MARCUS VITRUVE POLLIO. Chap. II.DE L’EQUIERRE INVENTÉ PAR PYTHAGORAS au moyen de la formation d’un Triangle orthogone, c’estadire d’angles ou coingz droictz.

« Pythagoras sans manifacture d’Artisans nous a monstré l’invention de l’Equierre, voire en tele sorte que lesdictz Artisans le voulans faire, encores qu’ilz y employent grand labeur, si n’en peuvent ilz bonnement venir a bout. Mais par les raisons et methodes que ce Philosophe en donna, il se faict justement ainsi.
Prenez Trois regles, dont la premiere ayt Trois piedz de long, la seconde Quatre, et la troysieme Cinq: puis les mettez de sorte que l’une touche l’autre d’un des coingz de ses extremitez, si bien que cela represente la figure d’un Triangle: ce faisant, vous trouverez un Equierre perfect.
Or si suyvant la longueur de chacune de ses regles, vous faictes des quarrez egaulx ou de pareilz costez: l’un qui aura Trois piedz de large, en contiendra Neuf de plant: l’autre de Quatre, en aura Seze: et celluy de Cinq, Vingt et cinq. Par ce moyen autant comme les deux quarrez faictz sur les lignes de Trois et de Quatre piedz de chacun costé, auront de grandeur en leurs aires: autant en aura celluy seul qui sera formé sur la ligne de Cinq piedz de mesure. chose qui se preuve par ce desseing present. »

Fin de l’intermède.

Les axes équatoriaux étant fixés, il reste à fixer les angles pour une construction dans les proportions de 3 à 1 par la méthode des cinq points, en posant les points de repères aux quatre angles du terrain (landmarks). Cela est fait au moyen d’un rapporteur, des assistants tendant le long des axes ainsi déterminés une corde blanche au départ du centre, plantant un piquet à chaque extrémité. Le 3ème GMM constate que la disposition est correcte pour un bâtiment en forme ‘un carré long.

Quatre Frères prennent alors position aux quatre angles marqués par un piquet. Ils sont munis d’un fil à plomb qu’ils suspendent au piquet. Ils serviront à marquer les points de repère (les landmarks) de la construction. Un cinquième fil à plomb sera tenu au-dessus du centre.

Jachin, l’assistant Grand-Prêtre, bénit l’œuvre accomplie et appelle sur elle les bénédictions du Très-Haut avant que le 1er GMM prononce l’exhortation. Il ordonne que le lieu devienne terre sacrée et que les « pierres vivantes » (les ouvriers) soient dûment préparées et marquées pour la construction. Autrefois, ajoute-t-il, un sacrifice humain était requis lors de la fondation d’un édifice. Dans notre maçonnerie spirituelle, ce sacrifice n’est que symbolique. En souvenir de l’ancienne coutume, lui, le 1er GMM, va revivre symboliquement cette oblation spirituelle qui figure l’ancien sacrifice. Il se place devant le centre, lève les deux mains et dit : « O Thou Most High, accept our oblation so that this Order dedicated to Thy Glory may stand firm as a House of the Holy Spirit.’ Il s’agenouille et laisse tomber ses deux mains en trois mouvements distincts.

La cérémonie se termine par la formation autour du centre d’un Gammadion (image formée par quatre équerres unies en son centre, croix gammée en quelque sorte) formé par 28 FF. disposés en quatre équerre. Il représente la révolution de la Grand Ourse autour de l’Etoile Polaire, animée par ces FF qui déambulent sept fois autour du centre, symbolisant les sept jours de la création et les sept années de la construction du temple de Salomon.

Au terme de cette procession, les 3 GMM se réunissent à nouveau autour du centre. Jachin donne la bible au 1er GMM qui la place au milieu de l’autel, disant : « Here is the Centre of the Sacred Structure. O Brethren, work ye to it. The Foundations are truly laid. Here are the plans and model. Work and do it. So may we raise a Temple perfect in every part and honourable to experts in Tectonic Art”.

La cérémonie se termine par ces mots de fondation. Elle se poursuit immédiatement par la cérémonie de consécration qu’il n’est pas nécessaire de décrire mais qui contient des éléments utilisés lors de la consécration d’une loge symbolique.

Annexe : Traditionnellement (du moins on le raconte), le roi Salomon demandait des volontaires pour le « sacrifice » pour la protection du temple. Beaucoup se présentaient et cinq, purs et sans taches, étaient choisis (élus), marqués du Jesod (une croix en X) de craie bleue sur le front.  Le « sacrifice », tout symbolique, avait lieu au centre. Il donnait vie au temple. Dans le système opératif, le candidat au 1er grade représentait la victime « sacrifiée » au centre pour que renaisse le nouvel homme. 

Note importante : la cérémonie décrite ci-dessus est résumée d’un article de Seal-Coon, AQC, Vol 105, 1992). The Grand Clerk of the Worshipful Society of Free Masons, Rough Masons, Wallers, Slaters, Paviors, Plaisterers and Bricklayers n’y a fait aucune objection. Il a seulement demandé qu’il soit précisé qu’elle avait aucune connexion avec la « Vénérable Société » actuelle.

lundi 16 décembre 2019
  • 8
    pierre noel
    20 décembre 2019 à 20:59 / Répondre

    Les membres éminents et fondateurs de la Worshipful Society n’ont jamais oublié ce qu’ils devaient à A.Gosse et plus tard à son successeurr, miss Debenham. Lorsqu’ils disparurent, c’est elle qui conféra les derniers degrés du rite à leurs héritiers (qui les ignoraient).
    L’histoire de la WS dans la deuxième moitié du dernier siècle reste mystérieuse. Que devint cette branche mixte de la fm opérative anglaise après la disparition de ces deux soeurs/frères hors du commun? Subsiste-t-elle encore aujourd’hui ? René Guilly en parlait encore à la fin des années 1970 comme d’un organisme vivant.

  • 7
    Pierre Mollier
    20 décembre 2019 à 19:12 / Répondre

    Cette cérémonie a continué d’être pratiquée par la branche mixte de la Worshipful Society issue de Miss Debenham. J’ai connu des Frères et des Sœurs qui y ont encore participé dans les années 1970-1980… Ils en conservaient un vif souvenir !

  • 6
    pierre noel
    17 décembre 2019 à 20:47 / Répondre

    “The late Clement E. Stretton vas persistent in urging claims for so-called ‘ Operative Free Masons » to be working to present date, wrote not long before his recent death, that Anderson’s narrative of the formation of the English Grand 1.odge in l717 was “most true and correct” and there was no such thing as Speculative Freemasonry until Anderson took the Padgett operative ritual and system, and  » digested it into this new method” (écrit en 1915 as W.B. Hextall)

  • 5
    Désap.
    17 décembre 2019 à 19:40 / Répondre

    Je pense qu’avant la réforme Schaw il n’y avait pas de rituel au sens où nous l’entendons.
    La réception des App:. et Comp:. se résumait à la lecture de l’Ancien Devoir en cours, le Maitre de la loge était élu par les Compagnons ou bien était-ce le propriétaire de la loge entendu comme une entreprise artisanale ; ceci pour les Iles britanniques.
    En France au moyen âge, bien que le Métier y soit né (le gothique est également appelé « l’Art français »), je n’ai pas connaissance de rituels particuliers. Au 18è sc., le Compagnonnage se souciait plus de s’employer lui-même (lors même que ceci était formellement interdit par édit royal) que d’organiser le Métier ou d’établir des cérémonies de réception.
    Dès la réforme Shaw, Patrick Négrier nous informe de l’apparition du « Mot de Maçon » ; sa démonstration dans l’ouvrage « La Tulip » me semble assez convaincante.
    Ceci explique sans doute la prudence de la Worshipful Society quant à son héritage.
    Yarker, je pense, a inventé. Cependant que ce que décrit ses rituels n’est pas dénué de sens.

  • 4
    pierre noel
    17 décembre 2019 à 15:15 / Répondre

    Ne perdons jamais de vue que l’origine exacte des rituels pratiqués par la Worshipful Society reste inconnue. Proviennent-ils (en tout ou en partie) des « opératifs » de notre légende dorée ou sont-ils le produit de l’imagination de John Yarker, aiguillonnée par les questions d’Aimée Bothwell-Gosse ? Ou d’un peu des deux, peut-être ?
    N’oublions pas non plus que l’expulsion d’Anderson de la loge opérative St-Paul avant qu’il n’en connaisse tous les usages et sa « fabrication » ultérieure de la maçonnerie spéculative sur des bases nécessairement incomplètes ne reposent que sur les dires de Stretton au début du XIX° siècle. Or Stretton finit pas reconnaître dans une lettre de 1910 (écrite peu avant sa mort) à A.Bothwell que la relation par Anderson de la formation de la GL Anglaise de 1717 » était vraie et correcte en tout point (W.B.Hextall’s Freemasonry after 1700 AD in AQC 28, 1915).

  • 3
    DACIER
    16 décembre 2019 à 18:27 / Répondre

    S’agit-il d’un gammadion ou d’un swastika comme le laisse supposer les différentes positions de la Grande Ourse
    autour de l’étoile polaire ? Les deux figures sont distinctes et prêtent souvent à confusion.

  • 2
    Désap.
    16 décembre 2019 à 15:04 / Répondre

    Pythagore pour l’aspect spéculatif, Vitruve pour son application opérative, les Constitutions 1723 sont explicites et, définitivement, cessons de voir la partie « historique » telle que, il n’en est rien.
    Celle-ci décrit l’objet de la Franc-maçonnerie de 1717, la seconde partie est, en quelque sorte, son règlement intérieur. Un Ancien Devoir par excellence, première partie : spéculatif ; seconde partie : opératif.
    Nous serions bien mal inspirés de négliger la lecture du « de Architectura », notamment son Livre 1 et ses trois premiers chapitres respectivement intitulés :
    – De l’architecture ; qualités de l’architecte
    – En quoi consiste l’architecture
    – Des parties dont se compose l’architecture.
    De même, il me parait indispensable pour tout Maçon de lire, d’une part évidemment les Constitution de 1723, d’autre par « Aperçu sur l’initiation » de Guénon. De même, ne pas cesser de travailler les rituels bleus, même et surtout parce que cela mène tôt ou tard à constater toute la pâleur de degrés aux oripeaux flatteurs, et donc à la compréhension objective de la maçonnerie.
    .
    Merci mon TCF Pierre pour cet excellent article.

  • 1
    Michel Sastre
    16 décembre 2019 à 13:59 / Répondre

    Merci mon TCF Pierre.

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