La mode aussi dans les Loges

Publié par Géplu

Nous avons publié ici et ici des articles présentant des masque de protection respiratoire « customisés maçonnique ». Dans le numéro de novembre du magazine Alpina de la Grande Loge Suisse Alpina, j’ai repéré ce fort joli billet d’humeur sur le sujet :

La mode aussi dans les Loges : Le monde profane, déjà trop présent dans les Loges, passe à la vitesse supérieure grâce…  au Coronavirus. Désormais, les Frères ont tout le loisir d’accentuer leur aspiration d’élégance en arborant des masques de protection customisés de façon maçonnique, c’est-à-dire ornés de symboles évocateurs (compas, équerre, etc.). Nos Tenues seraient-elles des défilés de mode pour certains ?
Sans remettre en question l’utilité et surtout la nécessité de porter un masque sanitaire dans nos Loges, cet objet sous sa forme customisée, engendre malgré tout un sentiment paradoxal chez le Franc-maçon. En effet, le masque, qui vient du terme latin persona, fut créé pour permettre aux acteurs de théâtre de la Grèce antique de se doter d’une apparence fictive en le portant. Or, la démarche du Franc-maçon n’est pas dans le paraître, mais dans l’être, dans son intériorité. Mais bon, gardons-le pour protéger la Vie.  

Dans le même numéro de cette revue trilingue (français, allemand et italien) de 52 pages, pour ce qui concerne les articles en français on peut lire : un article sur « Franc-maçonnerie universelle », présentant la maçonnerie régulière ET « les Francs-maçonneries adogmatique et féminine » ; « La méditation alchimique pour atteindre la libération totale », par un Frère de la loge l’Amitié, de la GLSA à l’Orient de La Chaux-de-Fonds ; dans une chronique La voix des sœurs, « La Franc-maçonnerie voie libératrice » par une Sœur de la loge Indulgence à l’Orient de Renens/Lausanne de la Grande Loge Mixte de Suisse ; « Esotérisme et occultisme transcendent les rituels », par le Frère Jean-Jacques Gabut, Grand Maître Honoris Causa de la Grande Loge de France ; « La symbolique des animaux » par un Frère de la loge René Guénon de la GLSA à l’Orient de Lausanne ; et « La symbolique ésotérique des animaux dans les Tarots », par le Frère D.P., responsable de la partie française de la revue.

Une revue éclectique et très ouverte sur les autres, présentée ici, avec un numéro à télécharger gratuitement pour la découverte.

vendredi 6 novembre 2020
  • 5
    Claude. Boutmédard
    9 novembre 2020 à 13:58 / Répondre

    Sauf erreur de ma part, de ce que l’on aperçoit de la photo de couverture publiée ici du n°6 de novembre 2020 de la revue Alpina, il me semble reconnaître la statue du Lion de Lucerne.
    Or, il n’est peut-être pas inutile de rappeler à quel événement renvoie cette statue car il s’agit d’un épisode qui, s’il est commun à l’histoire de France et à celle de la Suisse, est perçu de manière très différente, pour ne pas dire radicalement différente, par chacun des deux pays, et l’on comprendra assez vite pourquoi.
    Par ailleurs, et de manière incidente, cet épisode concerne également la Franc-Maçonnerie.
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    Avec le Lion de Lucerne, il s’agit d’un monument consacré à la journée du 10 août 1792 et au massacre des Gardes Suisses dans le Jardin des Tuileries.
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    1/ Pour les Suisses, (nous commencerons par eux, le monument érigé à Lucerne ainsi que la revue Alpina qui en fait sa couverture étant situés chez eux), il s’agit avec ce monument de faire honneur aux gardes-suisses placés après du Roi de France Louis XVI, et tombés lors de cette funeste journée.
    Pourquoi des soldats suisses auprès du Roi de France ?
    C’est une vieille tradition royale, il semblerait que les premiers cadres militaires enrôlés auprès de la couronne française datent de Louis XI, la réputation des troupes suisses étant définitivement acquise avec les batailles de Grandson et Morat, en territoire suisse, gagnées par les troupes confédérées sur celles bourguignonnes de Charles le Téméraire.
    Par la suite, et acté par des traités franco-suisses, de 1515 et 1521, les Cantons suisses mettent des troupes au service du Roi de France. On observera que ce ne sont pas les troupes elles-mêmes qui se livrent au plus offrant, il s’agit de contrats juridiques savamment élaborés.
    Sous l’appellation de Gardes-suisses, ils sont créés en 1616 et ont pour charge de veiller jour et nuit sur la personne du Roi, en son palais ou dans ses déplacements.
    Mis à part l’interruption due à la Révolution puis à l’Empire de 1792 à 1815, ce service suisse armé auprès des rois de France durera de 1616 à 1830. En d’autres termes, c’est une page militaire commune qui aura duré presque 2 siècles : ce n’est pas rien.
    Au XVIIIème siècle, le régiment des Gardes suisses compte jusqu’à 1 600 hommes. Ils sont hébergés dans trois casernes autour de Paris, Courbevoie, Saint-Denis et Rueil, la seule qui subsiste de nos jours et qui a été depuis institué en Musée des Gardes Suisses.
    Dans ce contexte, et rapporté à la seule journée du 10 août 1792, retenons que la maison militaire du roi de France est supprimée depuis 1791, le roi ne dispose donc plus en août 1792 que des gardes Suisses pour assurer sa sécurité.
    La situation est des plus confuses, les gardes suisses défendent un bâtiment où Louis XVI n’est plus présent au moment de l ‘assaut, déjà exfiltré et réfugié auprès de l’Assemblée législative.
    300 suisses environ seront tués sur place aux Tuileries, d’autres, faits prisonniers à l’Hôtel de ville sont abattus sur place. D’autres enfin ou prisonniers ou blessés disparaîtront lors des massacres de septembre, sans parler de ceux conduits à la guillotine. Cumulé aux 300 premiers morts dans les Tuileries même, on estime le total des morts dues à cette journée et aux suivantes qui en découlent directement à 5 à 600 morts.
    L’initiative du monument semble provenir d’un garde suisse survivant retiré à Lucerne qui lance une action en 1818 pour recueillir les fonds nécessaires à son érection. Le projet de sculpture est confié au sculpteur danois Bertel Thorvaldset puis sera réalisé et achevé en 1821 par Lukas Ahorn.
    Sous la sculpture sont visibles, en chiffres romains, des estimations des morts (DCCLX pour 760) et des blessés (CCCL pour 350).
    Le sacrifice est commémoré par une citation latine : « Helvetiorum Fidei ac Virtuti » qu’on pourrait traduire par : «  À la loyauté et à la bravoure des suisses ».
    Et, si l’on veut bien se souvenir du caractère juridique un peu spécial liant les troupes suisses au roi par traité bilatéral signé entre la royauté française et les cantons suisses, cette citation ne loue en aucune façon un attachement à la royauté française par des troupes suisses qui auraient des sentiments royalistes. Il s’agit ici d’honorer la loyauté et le respect dus par des troupes suisses à un contrat d’engagement auquel elles sont liées par la signatures des cantons pourvoyeurs en soldats.
    A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler que les soldats sont issus de cantons qui n’ont vraiment rien de royalistes. A cette époque, les cantons suisses sont peut-être même les seuls états en Europe à ne pas être des royautés transmissibles par dynasties, mais à être d’essence républicaine.
    Vrai paradoxe, au moment d’aborder les périodes révolutionnaires françaises et les premières républiques modernes à venir en Europe.
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    2/ Pour les Français,l’interprétation est toute autre.
    La journée est une, ou n’est qu’une, des nombreuses journées qui comptent dans l’épopée entière de la révolution, au même titre que celles du 14 juillet 1789 (prise de la Bastille), ou du 04 août de la même année (abolition des privilèges) ou du 20 septembre 1792 (bataille de Valmy).
    Indépendamment des faits eux-mêmes, ceux liés au monument de Lucerne, soit le massacre des Tuileries, et massacre principalement des gardes-suisses, cette journée est une sorte de borne dans la chronologie révolutionnaire.
    C’est une de ces journées où la foule d’insurgés est en pleine insurrection mais c’est également la première fois, depuis le début de la Révolution, que la foule se dirige et s’en prend à l’Assemblée et c’est une journée où s’accélère le processus de la chute de la monarchie.
    Et c’est en quelque sorte la première journée de la Terreur qui battra son plein avec les massacres de septembre.
    Tout ce basculement est du, ou se précipite, avec une autre journée, celle de la fuite à Varennes de la famille royale, le 20 juin 1791.
    Sans parler, sur le plan militaire, du fait que la Patrie est déclarée en danger depuis juillet, après les déclarations de guerre de l ‘Autriche et de la Prusse. Soit à peine un mois avant le massacre des Tuileries.
    C’est sur ce terreau propice alliant désordre intérieur et menaces d’invasion, puis invasion attestée, à l’extérieur que germe l’insurrection. Et que vont éclore des personnalités et des vocations comme celles de Georges Danton, de Maximilien Robespierre, de Jean-Paul Marat, de Lazare Carnot, et bien d’autres.
    La veille, le 9 août, la Commune révolutionnaire de Paris, mise en place sous l’impulsion des Jacobins, s’empare de l’Hôtel de Ville.
    Ensuite tout s’emballe ; le 10 c’est donc une foule en délire, armée et supérieure en nombre, parmi laquelle des renforts marseillais et bretons, qui pénètre dans les Tuileries. Et des gardes-suisses qui défendent un lieu d’où le roi et sa famille n’y sont plus, ayant été déplacés sur l’Assemblée.
    C’est la plus grande confusion. Les gardes suisses seront massacrés comme on le sait, la retraite du roi et de sa famille ne leur sera que d’un secours très provisoire, de quelques heures seulement.
    Ils seront vite emprisonnés à la Tour du Temple. Leur sort est désormais scellé. Et la Révolution change de visage, autant que de visages d’ailleurs.
    De ce point vue, et nous ne souhaitons pas choquer nos lecteurs, et amis, suisses, les victimes suisses des Tuileries, ne sont que des victimes parmi d’autres de cette période révolutionnaire qui n’en manque hélas pas.
    Victimes parmi d’autres, parce que ce n’est pas leur nationalité suisse qui en faisaient des proies désignées, mais le fait de protéger un roi, et vraisemblablement surtout, un système, la monarchie, devenus exécrés. Par cela même, ipso facto, les gardes-suisses étaient aussitôt placés du mauvais côté du vent de l’histoire qui s’écrivait en France à l’époque.
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    3/ Pour finir, quel lien avec la Franc-Maçonnerie ?
    Si la plupart des historiens ne mentionnent pas la Franc-Maçonnerie dans cette affaire du massacre des gardes suisses aux Tuileries, il existe cependant un auteur qui en a fait un sujet d’ouvrage.
    A cet égard, je renvoie à l’article de Géplu du 17 août 2015 où est évoquée la présence de nombreux maçons parmi les gardes-suisses présents et massacrés le 10 août 1792.
    Il cite même les pages du livre de Jean-Luc Quoy-Bodin intitulé : « L’Armée et la franc-maçonnerie : Au déclin de la monarchie sous la révolution et l’empire » qui mentionnent cette appartenance à la Franc-maçonnerie.
    Voir lien suivant :
    https://www.hiram.be/des-francs-macons-parmi-les-gardes-suisses-massacres-en-1792/

    Enfin, en étant à citer des livres de référence sur cet épisode de la révolution française qui est une véritable blessure suisse, on pourra se reporter utilement, outre ce premier livre cité, aux livres suivants :
    – Alain-Jacques CZOUZ-TORNARE, « La prise des Tuileries et le sacrifice de la Garde suisse ; dix août 1792, (préface Jean Tulard), Editions SPM, KRONOS, ISBN : 978-2-917232-57-6,
    – Alain-Jacques CZOUZ-TORNARE, « 10 août 1792, les Tuileries, l’été tragique des relations franco-suisses », Lausanne, Presses Polytechniques et Universitaires romandes, 2012, ISBN : 9-782880-749552,
    – Paul de Vallière, « Le 10 août 1792 », Poche suisse n°117, Édition l’Age d’Homme, 1992, ISBN : 9-78285-103456.

    Et question finale et d’actualité immédiate: pour quelle raison le n°6 de novembre 2020 de la revue Alpina illustre-t-il sa page de couverture avec le Lion de Lucerne ?
    Je ne crois pas avoir vu dans le sommaire de ce numéro, en tout cas tel qu’annoncé ici sur Hiram.be, une allusion ni au monument de Lucerne ni à l’épisode révolutionnaire du 10 août 1792.

    • 6
      J. P. Bouyer
      14 novembre 2020 à 17:21 / Répondre

      Le lien entre la Franc-Maçonnerie et le massacre des gardes suisses aux Tuileries est plus précisément décrit dans le n° spécial de la revue Epistolae Opera de la GLTSO paru en avril 1989 et portant le n° 10.

      On y apprend qu’il existait une Loge militaire « Guillaume Tell » à l’Orient des Gardes Suisses, dont la patente constitutive (datant en fait du 24 juillet 1778) avait été confirmée par le Grand Orient de France le 15 avril 1789.

      Selon cette revue, les survivants de cette Loge après le massacre des Tuileries s’unirent à d’autres maçons – dont Roëttiers de Montaleau qui allait être élu Vénérable – pour la continuer en constituant, le 2 février 1793, la Loge du Centre des Amis, active jusque 1840 environ et dont la résurrection en 1911 est indirectement à l’origine … de la GLNF.

      Voir à ce sujet la page

      http://mvmm.org/c/docs/loges/centramis.html

  • 4
    Peter Bu
    7 novembre 2020 à 11:49 / Répondre

    Détail amusant? Ou bien une étrange bourde de cette revue intelligente?

    Je cite: « Franc-maçonnerie universelle », présentant la maçonnerie régulière ET « les Francs-maçonneries adogmatique et féminine ».

    Seule la « maçonnerie régulière » serait-elle universelle – alors que depuis 1929 elle creuse un fossé entre les deux grands courants de notre mouvement universaliste ?

    Quant à la mode, vous pouvez lire un excellent dossier « Pourquoi la mode fait partie des pires pollueurs au monde » d’Alexandra d’Imperio
    https://troisiemebaobab.com/1-6-pourquoi-la-mode-451f70bd38b3

  • 2
    Brumaire
    6 novembre 2020 à 13:01 / Répondre

    1°-Si on pouvait nous lâcher un peu avec « St René Guénon » …
    2°- La mode, invention moderne? dommage qu’on ne peut plus demander leur avis aux Grecs et aux Romains, aux Gaulois…

    • 3
      Lazare-lag
      6 novembre 2020 à 14:35 / Répondre

      1°/ Effectivement, à trop parler de Guénon, n’y-a-t-il pas le risque qu’on le singe?
      2°/ Aux Gaulois? Ne sont-ils d’ailleurs pas à l’origine de la création de l’ancêtre du pantalon, les braies?
      Ce mot gaulois en engendrant consécutivement un autre, toujours actuel, et toujours lié au pantalon, à savoir la braguette.
      Peut-on pour autant dire que – étymologiquement s’entend – la braguette est issu d’une gauloiserie?
      C’est une question à laquelle aucun Franc-Maçon ne saurait répondre, puisqu’elle n’est pas reprise dans nos rituels.

  • 1
    Anwen
    6 novembre 2020 à 03:24 / Répondre

    La « mode », invention essentiellement moderne, n’est d’ailleurs pas, dans sa vraie signification, une chose entièrement dénuée d’importance, disait René Guénon. Elle représente le changement incessant et sans but, en contraste avec la stabilité et l’ordre qui règnent dans les civilisations traditionnelles.

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