Armoiries des Freiherr Berthold von der Horst von Eichel-Streiber

Mort et résurrection du frère Van der Horst, « tué » à la bataille de Waterloo – 1

Publié par Jean van Win
Dans Divers

Jean van Win, auteur notamment du livre « Le sang des francs-maçons, de Valmy à Waterloo » nous a fait l’amitié de nous envoyer ce texte qui constitue un des chapitres du livre précité, et qui concerne les aventures mouvementées du Frère Erdwin Van de Horst lors de la bataille de Waterloo. Comme il est un peu long, je l’ai coupé en deux parties. Voici la première, la seconde demain.  🙂
Géplu

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Mort et résurrection du frère Van der Horst,
de la Respectable Loge « Les Amis Philanthropes » à l’Orient de Bruxelles,
« tué » à la bataille de Waterloo en 1815 [1]

 

En 1973, en tant que membre de la loge Les Amis Philanthropes, j’ai souscrit à l’édition anastatique numérotée hors commerce, tirée à 1000 exemplaires, de l’ouvrage composé par le TCF Louis Lartigue et consacré à l’histoire de la célèbre loge bruxelloise Les Amis Philanthropes, de 1797 à 1876. Je possède l’exemplaire n° 518, relié en basane lie de vin, et frappé en relief du sceau ancien de la loge. Un bel objet.

Ce mémorial constitue un monument d’érudition en ses diverses parties, dont une étude minutieuse sur les loges militaires belges et françaises d’avant et après la Révolution rehausse encore l’éclat. Elle est due au scrupuleux historien Roger Desmed, professeur à l’ULB, qui fut aussi Vénérable Maître de la loge. Il m’arrive souvent d’y avoir recours pour vérifier un point d’histoire.

Mais il est un passage particulier, occupant huit lignes en la page 26 du facsimile, qui m’a toujours touché et que j’ai relu cent fois avec une émotion particulière. Je me suis souvent promis d’y revenir un jour ou l’autre, lorsque le temps me serait donné d’élucider le malaise récurrent que sa lecture suscitait en moi. Voici ce texte tel que le frère Lartigue le recopie :

« Le 23e jour du 5e mois 5815 [2], la loge entendit l’annonce du décès de nombreux frères tombés au champ de bataille de Waterloo, tant dans les rangs des Alliés que dans ceux de l’armée française. Il en est un dont le nom est à conserver, car c’est probablement le nom de l’homme dont la vie maçonnique a été la plus courte ; il s’agit du Frère Van der Horst, né à Solingen, lieutenant au bataillon du major Verden : initié le 15 juin, le malheureux jeune homme n’avait été notre frère que pendant trois jours ».

Le sort tragique et éphémère de ce jeune frère m’incitait à en savoir davantage. J’ai donc décidé de mettre tout en œuvre pour découvrir qui il était, comment et où il avait perdu la vie, après avoir connu la vraie lumière pendant quatre jours seulement. Examinons le texte reproduit :

« Van der Horst » : c’est donc un Belge ou un Hollandais.
« Solingen » : il est donc né en Allemagne, ou y est domicilié.
« Bataillon du major Verden » : qui est donc ce major ? Et depuis quand un major commande-t-il un bataillon ?

Une première enquête menée à propos du patronyme Van der Horst conduit à une immense généalogie d’une noble et illustre famille hollandaise, ayant des ramifications dans le monde entier, mais aucun de ses membres mâles connus, apparaissant dans les généalogies publiées, n’est décédé entre le 16 et le 18 juin 1815.

La région de Solingen, ou de Soolingen comme l’orthographie curieusement l’historien maçonnique belge Clément, ne comporte aucune connexion avec des Van der Horst. Reste le « major Verden », qui est totalement inconnu. Néanmoins, il existe en Hanovre une petite ville nommée Verden, qui a donné son nom à un bataillon célèbre au sein des troupes hanovriennes qui combattirent à Waterloo [3]. Il s’agit donc du bataillon Verden, et non d’un fantomatique major éponyme ! Cette ville est proche de Bremen, vers Hamburg en Basse Saxe. Le Frère Van der Horst serait donc un Allemand ? Un Hanovrien ? Un Prussien ? Avec un nom pareil, typiquement flamand ?! Ceci constitue une évidente anomalie. Le récit que donne de son côté l’historien F. Clément [4] n’apporte pas plus de clarté au débat. Pour lui, Verden reste un major…

Le Hanovre est, de 1814 à 1866, un état allemand fondé très récemment, en 1814, par le Congrès de Vienne. Jusqu’en 1837, le Hanovre sera gouverné par les souverains britanniques. C’est ce qui explique que les troupes hanovriennes combattent aussi sous l’Union Jack, et que les troupes portent des surplus de l’armée britannique. Sauf le pantalon qui, au lieu d’être blanc comme celui des Anglais, est de teinte gris/bleu. Le royaume de Hanovre était resté très « ancien régime », pour ne pas écrire médiéval ; on y dénombre alors sept principautés et donc autant de princes, cinq comtés, trois duchés dont le fameux duché de Verden. Son souverain est, en 1815 lors de la bataille de Waterloo, le roi Georges III de Grande-Bretagne, puis seront les fils et frères du précédent.

La Prusse, quant à elle, connaît un destin différent. Après la mort du grand Frédéric, en 1786, le pays est confronté aux guerres de la Révolution française et de l’Empire. La Russie la presse de déclarer la guerre à la France révolutionnaire, mais elle est bientôt contrainte de signer la paix humiliante de Tilsit. L’occupation française soulève un puissant sentiment national, tendu obsessionnellement vers la résistance à Napoléon et aux Français. L’armée prussienne harcèle les restes de la Grande Armée et, sous les ordres du maréchal prince Blücher, elle intervient plus qu’activement dans la campagne de 1814. C’est la Prusse qui, en association prémonitoire avec le duc de Wellington, porte à Waterloo le coup fatal dans le flanc droit des soldats de Napoléon ; le Congrès de Vienne refera l’Europe et réinventera la Belgique, qui possède déjà une longue histoire méconnue.

C’est dans cet uniforme de lieutenant de la Landwehr Hanovrienne que Erdwin von der Horst fut reçu maçon en la loge Les Amis Philanthropes, le 15 juin 1815.

Pour tenter d’identifier ce qu’il est advenu de ce malheureux lieutenant Van der Horst, il ne me reste plus qu’à aller à la source, pour autant que ce soit possible. La Loge Les Amis Philanthropes possède des archives d’un intérêt prodigieux, dans lesquelles le TCF professeur Roger Desmed a puisé tant de données au cours de ses longues heures de recherches fructueuses. Son étude sur les loges militaires du XVIIIe siècle et d’Empire, belges et françaises,  constitue une synthèse renommée et définitive, publiée en préambule au mémorial des Amis Philanthropes élevé par Louis Lartigue.

Mais le sort est parfois malicieux. Les précieuses archives ont été mises en caisses avant les grands travaux de rénovation des vastes locaux de la rue de Laeken à Bruxelles, destinés à abriter en 2012 les collections du nouveau Musée belge de la franc-maçonnerie, et l’on m’invite à réintroduire ma demande d’ici quatre à cinq ans, soit largement après le 200e anniversaire de la bataille de Waterloo, en 2015 !! Ce qui contrarie sérieusement tous mes plans. Mais un archiviste compréhensif, aimable et efficace finit néanmoins, à force d’insistance, par m’exhumer tous les procès-verbaux des tenues de la loge des Amis Philanthropes, antérieures et postérieures au 18 juin 1815.

Je consulte donc le Livre d’Architecture de la célèbre loge ! Là seulement doivent se retrouver la procédure d’initiation, la cérémonie elle-même, et l’annonce probable du décès de mon romantique héros, dramatiquement mort au combat. Si tout va bien ! Et je connais alors ce frisson qu’éprouvent tous les chercheurs, dits « rats d’archives », lorsqu’ils ouvrent, pour la première fois, un volume poussiéreux et épais, dont l’encre a dangereusement pâli en virant à l’orange, et qu’ils espèrent y découvrir une vérité à peine entrevue consignée par la plume d’oie d’un secrétaire portant, voici deux cents ans, le frac et le jabot. Il ne reste aujourd’hui de son patient labeur qu’une orthographe hésitante, manifestant une constante et distante désinvolture pour l’exactitude des noms propres, ne vérifiant nullement l’identité des visiteurs et des candidats, et s’étalant en une succession de pages effacées, et parfois déjà disparues sous la patiente érosion du temps et la piètre qualité des encres du XIXe siècle.

Que s’est-il donc passé exactement le 15 juin 1815 aux Amis Philanthropes ? Nous savons par les travaux de Théo Fleischman [5] que le bataillon hanovrien de Verden était cantonné ce jour-là sur les hauteurs d’Anderlecht, à l’Ouest de Bruxelles. C’est de là qu’est descendu, en début de soirée, le lieutenant Van der Horst pour demander la Lumière à des frères belges, car on peut supposer qu’il connaissait le récent passé militaire de cette loge, fondée en 1797 à Bruxelles par des soldats français. Voyons la suite, et suivons le Secrétaire qui va nous parler du lieutenant et de son tragique destin, et conservons les abréviations de son manuscrit. On observera les consonances étrangères de bien des noms de candidats cités. En effet, en 1814 et 1815, Bruxelles était une ville de garnison grouillante d’une soldatesque faite de nationalités variées.

Loge de Compagnon.
Le 6e jour du 4e mois de l’an de la Vraie Lumière 5815
(le 6 juin 1815).

Un F demande que le grade de Compagnon soit accordé aux FF Herta, Colon et Calverhouse, les deux derniers devant quitter l’Orient. Les Col. [6] Consultées, les conclusions du F Orateur étant favorables, les FF ci-dessus ont été introduits et après les épreuves d’usage, ils ont été constitués compagnons.

Loge de Maître

Un maître demande qu’il soit accordé la faveur aux FF Herta, Brassine, Colon et Calverhouse de passer de l’équerre au compas [7], les deux derniers devant s’absenter de cet Orient. Les maîtres consultés, le F Orateur entendu, le préparateur est chargé d’aller préparer les candidats. Peu après, ils sont introduits et après les épreuves d’usage, ils sont admis au grade de maître.

Tenue du 10e jour du 4e mois 5815 ( le 10 juin 1815)

Le Vén. Annonce que l’ordre du jour est pour s’occuper (sic) des scrutins des prof. Witte et Wijncken. Il fait demander sur les Col. si quelques FF ont des observations à faire […]. On frappe à la porte du temple en profane. Le F Terr. Annonce le prof. Jean Nicolas Chrétien Witte, lieutenant dans la légion hanovrienne, né à Stade le 2 janvier 1794. L’entrée du temple lui est donnée et après les épreuves d’usage il a été constitué apprenti maçon.

On frappe à la porte du temple. Le F Terrible Annonce le prof Jean-Henri Frederic Conrad Wynekin, lieutenant dans le onzième bataillon, régiment de Verden [8], né à Bremerworde le 28 octobre 1793. Le Prof n’ayant pas l’âge requis, le Vén en fait l’observation. […] Le Vén passe néanmoins outre et proclame les FF Witte et Wyncken membres de la R. loge au grade d’apprenti. Il invite les FF à les reconnaître pour tels au triple vivat en leur faveur.

Commentaire : la simplicité des procédures d’admission est remarquable. L’orthographe des noms est variable, l’âge des candidats n’est pas connu avant le moment de l’initiation. Plusieurs candidats sont présentés dans l’urgence car ils doivent quitter l’Orient de Bruxelles. On ressent bien ici l’incroyable charivari militaire qui régnait ces jours-là dans Bruxelles. Et nous apprenons que Verden est aussi le nom d’un régiment.

Loge de Compagnon du 12 juin 1815.

Le Vén annonce que la loge a résolu de faire passer au grade de Compagnon les FF Graindorge, Witte, Wyncken et Mac Carthy. Il fait demander sur les colonnes si quelques FF ont des observations à faire. Personne n’ayant demandé la parole, le F Orat entendu dans ses conclusions, le F Wyncken a été introduit en loge et après les épreuves d’usage, il a été reçu au grade de Compagnon.

Loge de Maître du 12 juin 1815.

Sont reçus maîtres les Compagnons Conrad Wyncken, Mac Carthy, Graindorge et Witte.

Commentaire : les noms Herta, Calverhouse, Wyncken, Mac Carthy, Wynekin indiquent que la loge recrute beaucoup parmi les troupes alliées en garnison à Bruxelles. Sans doute le récent passé militaire des Amis Philanthropes (fondée en 1797) est-il encore bien connu parmi les régiments de passage, sans que son origine française soit prise en considération. On ne peut que rapprocher cette attitude de celle du prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld, le futur roi des Belges, mais à cette époque officier allemand combattant dans l’armée russe et sabrant les Français en déroute, lorsqu’il demande son affiliation, en 1813, dans une loge suisse relevant du Grand Orient de France… Il deviendra sujet britannique avant d’acquérir, enfin, la nationalité belge. Un parcours très européen…

Tenue du 15e jour du 4e mois de l’an 5815 ( 15 juin 1815) [9]

Le Vén dit que la convocation extraordinaire a pour objet de s’occuper du scrutin du profane Van der Horst, lieutenant dans le bataillon de Verden. Il fait demander sur les colonnes si quelques FF ont des observations à faire.

On frappe à la porte du temple en prof. Le F Terr annonce le Prof Erduin [10] Van der Horst, lieutenant dans le bataillon de Verden, né à Solingen le 12 mars 1793. L’entrée du temple lui est accordée et après les épreuves d’usage il a été admis apprenti maçon. Il a 22 ans, comme les candidats précédents qui en ont 22 ou 21, ce qui semble bien ne pas être l’âge requis… Le Vén proclame le F Van der Horst membre de la loge au grade d’apprenti. Il invite les FF à se joindre à lui pour se féliciter de l’acquisition de ces F.

Loge de Compagnon le même soir.

Le Vén dit que le F Van der Horst devant partir incessamment, le temps est trop court pour remettre cette réception à une autre tenue ; il propose à la loge de lui communiquer le grade le 16. Tous les FF ont consenti à ce que le grade de Compagnon soit communiqué.

Loge de Maître.

Pour la même raison que ci-dessus, le grade de Maître a été communiqué le 16 (?!) au F Van der Horst.

Commentaire : on ne comprend pas bien le tracé du F Secrétaire qui semble être un frère assez confus. Pourquoi les grades de compagnon et de maître sont-ils proposés pour une date différente ? La loge a l’habitude de les conférer tous trois le même soir. D’autre part, la suite des événements nous apprend que le 16 juin, le F Van der Horst participe à la bataille des Quatre-Bras. Le F Secrétaire semble bien être fâché aussi avec les dates, en sus des noms propres. Nous ne saurons jamais si le Frère Van der Horst fut reçu maître. Mais le 16, il faisait à pied la longue route vers les Quatre-Bras, où il arrivera vers 17h30, ceci est une certitude consignée plus tard par lui-même. Il est vraisemblable, par le contexte, que le Secrétaire a voulu dire le 15, et non le 16, date probable de la rédaction de son tracé. Et l’on sait, par ailleurs, que les troupes hanovriennes ont fait mouvement le 15 juin, dès 2 heures du matin, depuis la place Royale vers Waterloo puis les Quatre-Bras (de Nivelles à Namur).

Après la bataille….

Dix-neuf effroyables jours plus tard, en la Respectable Loge Les Amis Philanthropes à Bruxelles et selon son Livre d’architecture original, dont je reproduis toujours les abréviations :

Tenue du 3e jour du 5e mois 5815 (le 3 juillet 1815)

Le Vén rend compte à la loge des mesures qu’il a prises par rapport à plusieurs FF qui sont au nombre des prisonniers et blessés, savoir : il a fait délivrer par la caisse de la loge la somme de cent francs et a chargé le F Louis de faire une collecte parmi les membres de la loge. Elle a produit la somme de 262 francs. Ces sommes ont été distribuées par le F Louis et sa femme, les FF blessés ont partagé ce qu’ils ont reçu avec d’autres prisonniers non Maçons. Le Vén donne des éloges au zèle avec lequel le F Louis et sa femme se sont conduits. Il reste dans les hôpitaux quelques-uns de ces FF qui sont traités convenablement mais qui auront encore besoin de secours quand on les fera partir.

« Un F qui était membre de la loge des Amis Philanthropes lorsqu’elle était rattachée à un régiment à l’époque de sa fondation dans les O :. a été fait prisonnier dans la bataille du 18 juin ; l’Officier prussien qui commandait, l’ayant reconnu à ses signes pour un F qui l’a employé pour son secrétaire afin de prendre le dénombrement des autres prisonniers, l’a emmené avec lui chez un curé où il était logé, lui a fait donner un pantalon, des bas et des souliers en remplacement de ce qu’on lui avait enlevé, et enfin lui a délivré un permis de passer.

Ce F en a profité pour se rendre à Bruxelles où il a réclamé les secours de la loge ; il en a reçu en argent et a été hébergé et nourri pendant quelques jours ; on ignore dans ce moment où il est.

Le maire de Bruxelles écrit à la loge pour réclamer des secours en faveur des habitans (sic) des campagnes voisines dont les habitations sont détruites et qui manquent de tout, en attendant que le gouvernement puisse venir à leur secours.

Le F Orateur […] demande aussi qu’on fasse mention de l’officier prussien qui a rempli si dignement les devoirs de F, et que la loge, si on peut le découvrir, lui trace une planche de reconnaissance ; qu’il soit aussi fait perquisition du F membre de la loge à qui le Prussien a rendu cet important service, et qu’il lui soit donné ce dont il peut avoir besoin.

Le Vénérable dit que l’atelier a pleurer la perte de plusieurs FF, particulièrement du F Van der Horst, le dernier reçu qui a péri dans le combat.

La loge n’ayant ni apprenti ni compagnon, le F Me des Cér. et le F Expert sont allés prendre à sa place le dernier maître reçu,  l’ont conduit au bas du Tableau tracé, l’ont fait avancer par trois pas d’apprenti jusqu’au trône où le Vén l’a pris par la main, l’a fait placer dans son siège, l’a couvert de son chapeau, lui a remis son maillet et lui a fait frapper l’ordre auquel la loge a obéi, après quoi il a été reconduit à sa place avec les mêmes honneurs ».

*

Resquiescat le jeune Frère Van der Horst in pace. La vie continue. La loge s’occupe désormais de sa grande priorité : la Fête de l’Ordre !

A propos du F Van der Horst, tout ce que nous savons, c’est qu’il est mort au combat. Comment le Vénérable en eut-il connaissance ? Dans quelles circonstances le Frère est-il décédé ? Quel jour ? Est-il mort aux Quatre-Bras, à Ligny, à Mont-Saint-Jean ? Qui fut témoin de son décès, puisque le monument aux officiers hanovriens décédés au cours de la campagne de Waterloo, qui s’élève aujourd’hui en bordure du chemin d’Ohain, à Mont-Saint-Jean, ne porte pas son nom ? Il n’est donc pas officiellement identifié comme tué, inventaire funèbre qui fut néanmoins dressé juste après les combats. [11] Mais son nom apparaît, avec celui de trois autres officiers, comme « missing », c’est-à-dire manquant, disparu…

Nous savons qu’aucun membre masculin de l’aristocratique famille néerlandaise van der Horst, très répandue en Hollande, n’est décédé entre le 16 et le 18 juin 1815. Les faits qui nous sont désormais connus sont que Verden est un bataillon hanovrien et non un major ; et que son colonel portait le nom de Best. Ce colonel est connu des historiens militaires pour avoir rédigé un rapport à son supérieur militaire hiérarchique, le général Picton. Ce dernier, combattant à l’aile droite des Alliés à Mont-Saint-Jean, dépendait du généralissime Wellington. Ce rapport a pu être retrouvé, et fait l’objet d’une citation dans deux sources écrites différentes, mais qui se confirment l’une l’autre.

La première source est celle que publie le Volume II des Waterloo Archives, German Sources. [12] Il constitue une mine d’or regorgeant de matériel récent pour ceux qui se livrent à des recherches sur les combats de Waterloo. Il dissipe bien des mythes et des erreurs d’interprétation quant au rôle joué par les contingents dits « allemands », c’est-à-dire prussiens et hanovriens, qui prirent part à la campagne de Belgique, dite de Waterloo.

Le colonel Best, commandant de la quatrième brigade, écrit ceci au Major général von der Decken du bataillon Verden :

« ses officiers et ses hommes firent preuve du plus grand courage et du plus grand sang-froid et je me sens obligé de les recommander à votre attention particulière. Les tirailleurs ont aussi fait leur devoir et ont rapidement perdu leur chef, le lieutenant Jenish du bataillon Ostenrode, qui fut grièvement blessé et mourut le lendemain. Le bataillon Verden, combattant en ordre déployé, a perdu le lieutenant Wegenere qui fut tué ; le lieutenant von der Horst, les enseignes Plate et Kotsebue et plusieurs hommes furent faits prisonniers parce qu’ils avaient confondu des tirailleurs français avec des soldats brunswickois. »

Le nom du lieutenant von der Horst, et non Vander Horst, présente une consonance bien germanique, tandis que le second sonne comme un nom hollandais ou belgo-flamand.

La phrase que nous écrivons en gras ci-dessus, est fort peu élogieuse pour la sagacité des Hanovriens ; elle a du reste été pudiquement « oubliée » dans d’autres relations de ce même rapport. Les Anglais mentionnent pour leur part la funeste méprise de von der Horst. Napoléon lui-même, au Mont-Saint-Jean, n’a-t-il pas confondu, un bref instant, les uniformes sombres des Prussiens avec ceux des troupes de Grouchy, tous deux bleu foncé ? Les friendlyfires furent nombreux, entre troupes amies, habillées de même. De nombreux cas de fusillades meurtrières entre membres appartenant à un même camp, sont rapportés tout au long des guerres napoléoniennes. Il suffisait que les uniformes de régiments amis, qui ne se connaissaient pas du tout, ressemblent à ceux de l’ennemi. Rappelons que, de plus, ils ne parlaient pas la même langue.

Une deuxième source, composée des récits de l’enseigne Oppermann du bataillon Münden ainsi qu’une troisième source, celle du lieutenant von der Horst lui-même, dans une publication de 1816, établissent clairement que c’est la 2e compagnie dont il faisait partie, avec 3 autres militaires, qui fut impliquée dans cette affaire.

Von der Horst, prisonnier, fut conduit à l’arrière dans une ferme, d’où il fut évacué sur Beaumont le 17 juin, et sur Charleroi le 18, jour de la bataille de Mont-Saint-Jean. Ce qui lui a probablement sauvé la vie, si l’on considère l’engagement périlleux des Hanovriens, le 18 juin, sur le champ de bataille !

Voici un extrait du deuxième texte, celui de l’enseigne Oppermann :

« Le major général Best conduisit sa brigade vers la route de Namur. Il devait être environ 17 heures. Ils occupèrent une position en ligne immédiatement à l’arrière de cette route. La seule unité qui traversa cette route dans le but de soutenir le 42esur la droite de la division, était le bataillon Verden. Le major général Best avait donné cet ordre à la demande de Sir Thomas Picton. Le bataillon Verden a pris position près du 42e régiment afin de soutenir la ligne des tirailleurs, mais on ne sait pas exactement à quel endroit.

Au cours de cette action, la 1ère compagnie s’avança et chassa l’infanterie française qui se réfugia derrière une haie ; un tir de combat s’en suivit, dans lequel la 3e compagnie fut aussi impliquée ; mais comme les troupes n’avaient aucune habitude de ce type de combat, une partie de la 2e compagnie s’avança trop loin et fut faite prisonnière. Ce groupe était constitué du lieutenant von der Horst, des enseignes Plate, Kotzebue, de divers officiers subalternes, et de 63 hommes.

Ils furent tous instantanément remplacés et maintinrent leur position (sic !). Mais le feu français provenait de derrière une haie, tandis que les Hanovriens étaient à découvert ; le lieutenant Hurtzig chargea les Français et les chassa de deux positions ; mais il dut finalement rejoindre son bataillon afin de ne pas en être coupé ».  

…La suite demain
.

[1] Chapitre extrait du livre de Jean van Win : « Le Sang des francs-maçons dans les guerres de Napoléon », Racine, 2014.
[2] Soit le 23 juillet 1815 de l’ère chrétienne.
[3] Sous le drapeau du Royaume Uni, dont le roi était hanovrien.
[4] Histoire de la franc-maçonnerie belge au XIXe siècle, par F. Clément, page 40.
[5] « Bruxelles pendant la bataille de Waterloo », Théo Fleischman et Winand Aerts, La Renaissance du LIvre, Bruxelles, 1956.
[6] Les Colonnes, ou travées.
[7] C’est-à-dire d’être élevés à la maîtrise.
[8] On peut se demander pourquoi les officiers hanovriens, en garnison à Bruxelles, se rendent en nombre vers la loge Les Amis Philanthropes.
[9] Cette tenue d’initiation du lieutenant Van der Horst a lieu au même moment que le célèbre bal de la duchesse de Richmond, organisé le soir du 15 juin 1815 en l’honneur du duc de Wellington en la rue de la Blanchisserie à Bruxelles, tandis que des troupes commençaient déjà à marcher vers Ligny, Quatre-Bras puis Wavre et Mont-Saint-Jean.
[10] Erduin selon le Secrétaire, pour Erwin,Edwin ou Erdwin, prénoms usités en Allemagne à l’époque.
[11] Il fut enregistré comme « missing » ou disparu, selon la page 823 de The Waterloo Campaign 1815, par William Siborne, 2012, Bremen, Deutschland, qui donne aussi les noms de plusieurs tués.
[12] Ed. Glover Gareth, The Waterloo Archives Vol. II, Barnsley, UK : Frontline Books, 2010

mardi 1 septembre 2020
  • 4
    Augustin1813
    2 septembre 2020 à 10:26 / Répondre

    Merci jean pour cet intéressant récit.

  • 3
    L'AUTEUR
    1 septembre 2020 à 17:20 / Répondre

    Ah bon !? Heureux de l’apprendre. On ne se connaît jamais très bien soi-même. Que fiche donc ce Bonaparte au mur de mon bureau ?

  • 1
    Billyshears
    1 septembre 2020 à 12:48 / Répondre

    L’auteur est un anti-napoléonien notoire !!!

    • 2
      pierre noel
      1 septembre 2020 à 16:19 / Répondre

      > Quel rapport avec le sujet de l’article ? Que JVW soit anti-napoléonien ne change rien au sort du lieutenant Van der Horst.

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