Un incident sous la Restauration

Publié par Pierre Noël
Dans Divers

 

La création de la Grande Loge écossaise des Propagateurs de la Tolérance.

Le 24 octobre 1818, le Suprême Conseil « d’Amérique » du 33° degré du REAA [1] inaugurait son temple, rue Neuve-des-Petits-Champs, n°36, à Paris, et dans la foulée installait la Grande loge écossaise des Propagateurs de la Tolérance [2].

Antoine Baudouin Gisbert Van Dedem Van de Gelder, (1774-1825), général et diplomate d’origine hollandaise. Naturalisé Français, il participa notamment à la campagne de Russie

En l’absence du comte Elie Decazes [3], Souverain Grand Commandeur mais surtout ministre de l’Intérieur de Louis XVIII depuis 1816, la cérémonie était présidée par le vicomte van Dedem, lieutenant-général et président du consistoire des Princes du Royal Secret. Le baron César de Fernig (déjà présenté ici sur Hiram.be), lieutenant-Grand Commandeur, en devenait le vénérable maître et Jean-Bernard Judesretz (né en 1785, alors employé au Mont-de-Piété, vénérable de la Rose du Parfait Silence en 1815) le premier surveillant.

Ce Suprême Conseil, dit d’Amérique, avait été réveillé à Paris par J.B. Delahogue en 1812. Il avait été repris en main par Grasse-Tilly à son retour de captivité en 1814, mais après quelques péripéties sans importance pour ce qui suit, il avait été écarté et remplacé par Elie Decazes le 15 septembre 1818. Pour faire court, ce SC sera, avec les quelques survivants de la débâcle de 1814, le moteur de la renaissance en 1821 du Suprême Conseil de France. Fernig sera un acteur important de ces événements et deviendra Grand Secrétaire [4] du SCDF lors de son réveil, puis lieutenant-Grand Commandeur en 1838 lorsque Decazes en (re-) deviendra le Grand Commandeur, de 1838 à sa mort en 1860.

Cette Grande Loge écossaise était la première loge créée directement par un Suprême Conseil. Prestigieuse sur le papier (plus de 150 membres !), elle était en réalité bien pauvre en ressources financières comme en membres vraiment actifs (Fernig était une exception).  Elle se disait héritière de la Grande Loge générale de 1804 investie de tous les pouvoirs de l’Ecossisme à Paris (et en France) et se proposait de rassembler tous les Grands Inspecteurs Généraux 33° degré du Suprême Conseil. L’affirmation peut paraître audacieuse car ce Suprême Conseil ne contrôlait que trois loges [5], trois chapitres, un aréopage [6] et un consistoire [7]. L’autre SC, celui attaché au GODF [8] (présidé par G. Hacquet depuis 1814) tout aussi légitime (pour autant que ce terme soit d’application dans de telles choses) était autrement fourni ! A la fin de l’année 1815, il contrôlait 350 chapitres, 9 conseils de CKS, 1 tribunal du 31° et 8 consistoires du 32° (André Doré, Vérités et Légendes de l’histoire maçonnique, 1991, p.179).

La création de la Grande Loge écossaise, Les Propagateurs de la Tolérance, fut annoncée dans le premier numéro du périodique La Bibliothèque Maçonnique, édité par François-Jacques Joly, orateur-fondateur. Quelques pages plus loin, relatant la séance du 19 novembre de la chambre symbolique de ce Suprême Conseil, le Secrétaire-Général du Saint-Empire précisait son rôle décrit plus haut (décembre 1818, pp.42-43). Cette revue, La Bibliothèque Maçonnique ou Recueil de matériaux propres à l’histoire de la Maçonnerie, n’eut que cinq numéros. Son rédacteur, le F. Joly, atteint d’une maladie des yeux, dut en interrompre la publication en juillet 1819 [9].

Les travaux de la loge.

Du 19 novembre 1818 au 5 août 1819, la Grande Loge écossaise eut 16 tenues en son local du n° 39, rue neuve-des-petits-champs. Les comptes-rendus de ces tenues sont conservés dans le dossier Fernig de la Bibliothèque Royale Albert 1er à Bruxelles [10]. La commission des officiers était composée ainsi : Baron De Fernig vénérable, Juderetz 1er S, Dujardin de la Cour  2ème S, Joly François- Jacques orateur, Vuillaume secrétaire, Gaborria 1er diacre, Rascol 2ème diacre, De Quesada 1er expert, Desprez 2ème expert, Baron de Baccarat M de C.

Les travaux ne différaient en rien de ceux que nous connaissons aujourd’hui : ouverture des travaux « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers », lecture du tracé de la dernière tenue et discussions diverses, réception des visiteurs, cérémonies éventuelles, circulation du sac des proposition et du tronc des pauvres (ou de bienfaisance), lecture du projet de tracé de la tenue et fermeture. Onze profanes furent initiés en neuf mois, tous d’état « honnête » mais sans grand relief. La relation de la cérémonie est succincte comme il se doit. Certes la loge travaillait, disait-elle, selon le rite écossais ancien et accepté dont elle était la « loge-mère » mais rien ne permet de décrire les cérémonies pratiquées au-delà de quelques généralités (la présence de deux diacres, des épreuves morales précédant les épreuves physiques). Rien ne permet en tout cas d’affirmer qu’elle travaillait conformément au Guide des Maçons Ecossais. Il n’est pas fait mention de réception aux grades de compagnon et maître, soit qu’il n’y en eut pas (mais plusieurs demandes d’augmentation de salaire sont mentionnées), soit qu’elles furent résumées dans un autre cahier. Rien ne permet donc de soutenir l’affirmation d’André Combes lorsqu’il parle d’une loge « fictive » [11]. L’événement le plus notable de sa courte histoire fut une tenue d’adoption qui mériterait un articulet séparé.

Néanmoins, les péripéties de cette loge durant sa première année d’existence méritent d’être contés car ils sont un exemple des problèmes qui peuvent apparaître, hier comme aujourd’hui, au sein d’une loge lorsqu’y surgit un frère ambitieux et dominateur.

Un orateur remuant.

Jean-Baptiste Chemin-Dupontès (1767-1850) fut d’abord libraire avant d’être enseignant. Républicain engagé. Sans-Culotte proche des hébertistes, il fut incarcéré sous la Terreur et libéré par Thermidor. En 1796, il créa la Théophilanthropie, religion adogmatique se contentant de discours de morale et d’hymnes à l’Etre Suprême. De 1797 à 1801, il publia divers ouvrages sur la théophilanthropie  et la religion naturelle. Cette religion fut interdite le 4 octobre 1801 par le Premier Consul et Chemin se tourna vers d’autres horizons. Il fut initié en franc-maçonnerie et il était, en 1818, membre de la loge Les Trinosophes [12] du Grand Orient, atelier qui se voulait l’école normale de la maçonnerie.

Bien qu’on parle habituellement de lui comme membre du Grand-Orient [13], il fut affilié le 19 janvier 1819 à la Grande Loge Ecossaise. Passant outre les règlements en vigueur devant ses connaissances maçonniques et ses talents, elle l’élut orateur dès la tenue suivante, en remplacement du F.  Joly.  Devenu membre de la Grande Loge Ecossaise (sans être 33°), Chemin s’y montra fervent partisan de l’indépendance du Rite, sans pour autant quitter le Grand-Orient. Cette conversion à l‘écossisme ne fut pas le fait du hasard mais une réponse à l’hostilité de l’appareil du GODF [14]. Il avait tenu devant les Trinosophes des propos qui n’avaient pas fait que des heureux. Ses écrits avaient été condamnés par l’administrateur général du GODF, le maréchal de Beurnonville, lors de la Saint-Jean d’hiver 1818, condamnation qui fut diffusée dans la circulaire du 1er février suivant.

Or Chemin avait déjà commencé la rédaction de ses Travaux maçonniques qui devaient avoir trois volumes (le premier parut en 1819, les deux suivants en 1821 et 1823). Le 1er février 1819, une circulaire du GODF condamnait la Bibliothèque maçonnique de Joly, l’Hermès de Méallet, Bailleul et Ragon, ainsi que les Travaux maçonniques de Chemin-Dupontès.

Il est du devoir du G∴ O∴  de France d’annoncer à tous les ateliers de sa correspondance que la publication de pareils ouvrages est interdite par nos réglemens. Nous vous invitons donc, TT∴  CC ∴  FF∴ , à n’y prendre aucune part directe ou indirecte, à ne pas les lire dans vos temples, surtout à ne pas les encourager par des abonnemens (sic) 

La circulaire était signée par Roettiers de Montaleau fils, représentant particulier du G M , et d’autres officiers de la G L   d’administration du GODF [15].

Chemin-Dupontès y répondit par un article d’une rare virulence dans la Bibliothèque maçonnique. Sans ménagements, l’orateur de la Grande Loge écossaise répliquait : « C’est l’obscurantisme personnifié qui parle, c’est l’inquisition de Rome, d’Espagne et du Portugal qui déchaîne ses fureurs pour étouffer la pensée : ce sont enfin tous les éteignoirs de 1815 qui semblent se réunir pour détruire l’écossisme ». (B.M. n° de Juillet 1819, p.199-204)

L’affiliation de Chemin-Dupontès [16] à la Grande Loge écossaise, le 18 janvier 1819, fut sans doute la conséquence de ces événements. Deux semaines plus tard (le 3 février qui était tenue d’élection), il en devenait orateur en remplacement de Joly qui devenait second surveillant. Le 12 février, il donnait lecture d’un projet de règlement de l’atelier, qui fut approuvé après quelques changemens reconnus nécessaires. Leur lecture ne laisse aucun doute : Chemin voulait très simplement prendre la direction de la loge !

Son projet fut soumis à une commission qui tarda à se prononcer, ce qui eut le don d’irriter notre orateur. A la tenue du 21 avril 1819, en présence de Grasse-Tilly sorti de sa retraite, Chemin développa à nouveau son projet qui ne dut pas plaire à tous puisque la loge arrêta qu’une commission de neuf membres serait chargée d’entendre de nouveau le projet présenté par le f∴  orateur et de l’examiner sérieusement. Cette commission serait composée des ff  de Grasse et Fernig, membres d’office, et des ff  G(énér)al Joly [17], Vuillaume [18], Cruzel, Chemin-Dupontès, d’Orfeuille, Goujon, de Baccarat, Judesretz et Joly.

Le 5 mai, il revint à la charge, en présence des membres du Suprême Conseil venus en visiteur et il demanda que soit nommée une nouvelle commission, la première n’ayant que trop tardé. Cela ne dut plaire à l’assistance et la discussion fut vive, certains frères dont Vuillaume étant peu en faveur des propositions de Chemin-Dupontès. Le général Fernig, vénérable de l’atelier, désireux de temporiser, encommissionna le débat.

Le 19 mai, une circulaire du Suprême Conseil (dont Fernig, ne l’oublions pas, était aussi lieutenant-Grand Commandeur) mit un coup d’arrêt aux débats. Elle demandait que les morceaux d’architecture soient préalablement soumis au visa du vénérable, ce qui allait à l’encontre des souhaits de Chemin qui voulait au contraire les soumettre à la volonté de l’orateur.

Chemin-Dupontès, toujours aussi obstiné, revint sur son projet à la tenue suivante. Il annonça un cours de maçonnerie théorique [19] et déposa un projet de refonte complète du fonctionnement de la loge, laquelle donnait à l’orateur une fonction véritablement prédominante.

Art. 1er. Une tenue sera réservée, chaque mois, pour les détails administratifs et pour les réceptions.
Art. 2. L’autre tenue du mois sera consacrée à une instruction maçonnique, à laquelle ne seront admis que les ff:. possédant le grade qui devra être l’objet des trav:. de la tenue.
Art. 3. Cette instruction se fera au moyen, 1°, d’un discours prononcé par un orateur sur le sujet arrêté un mois d’avance par la Commission Administrative ; 2°, d’une discussion qui sera ouverte à la suite du discours, sur les développemens donnés par le f:. orateur ; 3°, d’instructions et d’exercices sur les signes, paroles, batteries, marches et attouchemens, propres au grade qui sera l’objet de l’explication.
Art. 4. L’orateur titulaire est chargé de cette instruction, mais chaque f:. qui désirera traiter le sujet arrêté par la Commission, s’entendra tant avec la Commission qu’avec l’orateur, soit pour parler à la place de celui-ci, soit pour ajouter de nouveaux développemens à ceux qui lui seront donnés par ledit orateur.
Art. 5. Indépendamment des pl:. de convocation qui doivent être exactement adressées pour chaque tenue à tous les membres de l’attelier, le secrétaire-substitut convoquera, pour les tenues où l’instruction aura lieu, le nombre de visiteurs qui lui sera indiqué par la Commission.
Art. 6. L’orateur titulaire est autorisé à faire convoquer les membres de la commission, deux jours avant celui qu’elle aura fixé pour les séances.

Chemin-Dupontès voulait ainsi imposer sa loi à son atelier d’adoption sans tenir compte des usages de l’époque et des susceptibilités de frères plus casaniers et attachés à leurs habitudes. Et quelle loi ! Elle remettait entre les mains de l’orateur tous les pouvoirs pour organiser les travaux à sa guise, lui confier l’instruction maçonnique des FF, le contrôle préalables des planches soumises à l’atelier et même la sélection des orateurs invités.

Le compte-rendu de cette tenue de mai 1819 est très clair. Notre trublion voulait imposer à la loge sa vision de la maçonnerie :

L’ordre du jour est le discours d’ouverture de l’Instruction maçonnique, que l’Ill:. f:. orateur a bien voulu se charger de rédiger pour la L:. . L’att:. prête une grande attention à cette pl:. , qui a pour sujet l’examen des différentes opinions sur l’origine de la maçonnerie. De profondes recherches ; une critique vraiment philosophique sur l’origine de la Maçonnerie, et surtout une grande libéralité de sentimens, recommandent ce morceau d’architect:.  d’un style fort relevé. Le vén:. demande l’impression de ce morceau intéressant. A cette proposition, l’Ill:. f:. orateur annonce qu’il a le projet de l’insérer dans le prochain cahier de son ouvrage, intitulé Travaux maçonniques. Le but de la proposition se trouvant ainsi rempli, elle n’a pas de suite.

La loge reparla de tout cela le 2 juin.

La commission nommée dans la tenue précédente pour présenter à l’att:. ses observations sur le décret rendu par le Sup:. Conseil le 22 avril précédent, lequel assujettit les orateurs des att:. du Rit Ecossais à faire viser leurs discours par les vénérables avant de les prononcer, a fait le rapport suivant.

Il est dans l’usage et dans les statuts gx de l’ordre, de n’obliger que les apprentis et les compagnons à soumettre préalablement leurs discours au Vén:. ou à l’orateur. Encore, cet usage ne s’observe-t-il plus en maçonnerie depuis que la liberté des opinions est consacrée par nos institutions.

Mais on n’a jamais astreint à un pareil visa un Maître, ou un maçon revêtu des hauts-grades ; encore moins un orateur titulaire qui a été choisi par suite de la confiance de l’attelier.

Il n’est aucun f:. qui ne sache qu’on doit éviter en L:. toute discussion politique ou religieuse ; et l’on n’a pas à craindre que cet abus s’introduise….

Après ces considérations, et attendu que le décret du 22 avril dernier est contraire à l’esprit et aux statuts de l’ordre, qu’il est subversif de ses principes, et même de son existence, la commission propose à la Gde L:. de faire une adresse respectueuse au Sup:. Conseil, pour l’inciter à réduire ledit décret à la disposition suivante :

Dans les réunions solennelles et loges d’adoption, les orateurs chargés des discours les soumettront    fraternellement, avant de les prononcer, à une L:. de famille…

La Gde L:. adopte le rapport et les conclusions ci-dessus et arrête que le tout sera remis, comme adresse respectueuse au Sup:. Conseil par les membres de l’att:. qui le sont en même temps du Conseil.

La loge fit preuve de sagesse, inhabituelle dans nos milieux !

Les projets de planches ne devaient être soumises ni au Suprême Conseil ni à l’orateur envahissant, mais à la loge tout entière, réunie en affaire de famille (donc sans visiteurs). C’était une fin de non-recevoir que la Grande Loge écossaise opposait au Suprême Conseil comme à Chemin-Dupontès. Le cas est classique de ces tentatives de coup d’état dans une loge. Elles se terminent habituellement dans la confusion, par le rejet du perturbateur ou par la scission de la loge. De nos jours, elles conduisent même à la création d’une nouvelle obédience comme on en voit tant de microscopiques. Tel ne fut pas le cas de la Grande Loge Ecossaise.

Cette anecdote sans trop d’importance est un exemple parmi d’autres de perturbations introduites dans une loge par un Frère remuant, entreprenant et dominateur qui finit par se heurter au conservatisme inné de nos petites sociétés. Elle montre aussi les limites des pouvoirs d’un Suprême Conseil dont l’autorité effective ne repose que sur le consensus des organismes de sa juridiction. Nihil nove sub Sole, pourrait-on conclure !

Suite et fin de la Grande Loge Ecossaise.

Les comptes-rendus s’arrêtent en août 1819 sur un bilan financier catastrophique. Or hier comme aujourd’hui, les ressources d’une loge reposent sur les cotisations et bénéfices du tronc de solidarité. La Grande Loge écossaise avait certes un nombre considérable de membres sur le papier (en réalité ils étaient bien rares sur les colonnes !) mais la tenue du 7 juillet nous apprend en plus que les membres du Suprême Conseil, membres-nés de l’atelier, étaient dispensés de cotisations ! La Grande Loge, timidement, proposa que cette dispense ne vise que les 33° qui accepteraient d’exercer une fonction. Cette question étant, semble-t-il, du ressort du seul Suprême Conseil, on se contenta de lui soumettre la proposition dont on imagine volontiers comment elle fut reçue.

Qu’est devenue la loge par la suite ? Je ne sais pas, n’ayant pas d’autre document. En tout cas, lors de la réorganisation du SCDF en 1821, elle fut inscrite comme la loge n°2 de la juridiction :

Le 31 août 1821 est pris un arrêté concernant l’établissement d’un contrôle où seront inscrits les Ateliers du Rite, le no 1 étant attribué à la Loge de la Grande Commanderie. Il est ensuite rendu des décrets accordant des Constitutions : sous le n° 2, à la Loge Les Propagateurs de la Tolérance, Or.°. de Paris ( Résumé historique du SGC J.M. Raymond).

Quant à Chemin-Dupontès, il dut quitter la loge Les Propagateurs de la Tolérance puisque son nom se retrouve en 1823 parmi les GIG 33° du GODF.

 

[1] Ce SC dit d’Amérique, officiellement Suprême Conseil des Iles Françaises du Vent et sous le Vent avait été créé en 1802 à Saint-Domingue.  Ce n’est pas le Suprême Conseil de France créé à Paris en 1804 (même si tous deux avaient le même Auguste de Grasse-Tilly pour fondateur).
[2] Le Suprême Conseil avait décidé la création de cette loge et approuvé son Règlement le 5 octobre 1818 (Kloss, Bibliographie der Freimaurerei, 1844, entrée 4588)
[3] Elie Decazes (1780-1860), comte puis duc, favori de Louis XVIII qui en fit brièvement son premier ministre de novembre 1819 à février 1820. Membre en 1808 de la loge Anacréon (GODF), il fut nommé, le 18 août 1818, président de l’aréopage des chevaliers Kadosch (du SC d’Amérique) puis, le 15 septembre, élevé à la fonction de Grand Commandeur de celui-ci, fonction qu’il exerça jusqu’en avril 1821. Le 24 juin 1838, succédant au duc de Choiseul, il devint Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, celui qui, réorganisé en 1821, existe toujours sous ce nom (Notice biographique par LTh. Juge dans la revue « Le Globe », 1840 : 161-168).  Le centre métallurgique de Decazeville est sa création.
[4] Avec son beau-père, le comte Honoré Muraire, premier président de la cour de cassation sous l’empire, membre de la loge Anacréon comme Decazes.
[5] En 1815, il comptait deux loges, la Rose Etoilée et la Rose du Parfait Silence, et tenait ses travaux dans le local de Pompéi, 39 rue neuve-des–petits-champs.
[6] Decazes en fut le Grand Maître jusqu’à son élection comme Souverain Grand Commandeur, le 15 septembre 1818 en remplacement de Grasse-Tilly définitivement écarté.
[7] Présidé par Van Dedem.
[8] L’actuel Grand Conseil des Rites Ecossais.
[9] Le 13 mars 1819, Judesretz, secrétaire du Saint-Empire, écrivait à la « Bibliothèque maçonnique » et l’assurait de son soutien (dans son budget, le Sup∴ Cons∴ vous a garanti les dépenses relatives à la promulgation de vos travaux).
[10] Une copie m’en a été fournie par mon défunt frère et ami, André Ballister.
[11] A.Combes, 1998, p.61.
[12] Les Trinosophes avait été créé par Jean-Marie Ragon le 15 octobre 1815 sous le nom Les Vrais Amis. Elle en changea en 1816.
[13] Il y fut un auteur prolifique On lui doit notamment un Cours pratique de Franc-maçonnerie et un Mémoire sur l’Ecossisme. Il a aussi dirigé les périodiques Travaux maçonniques et philosophiques (1818-19) et Encyclopédie maçonnique ou Mémoires sur les sociétés secrètes (1821-1831) et participé à l’Univers maçonnique (1835-36).
[14] En 1821, il sera admis au 33° degré du Conseil des Rites du GODF où il poursuivra sa carrière dans divers organismes. Il sera notamment vénérable des Sept Ecossais Réunis (1823), des Rigides Ecossais (1827), d’Isis-Montyon, de son chapitre et de son conseil philosophique (1835)
[15] Bibliothèque maçonnique, juillet 1819, 5° livraison, pp. 202-205
[16] Il est intéressant de constater que le passage éphémère de Chemin-Dupontès sous l’obédience d’un Suprême Conseil du REAA n’est pas, sauf erreur, cité par les auteurs classiques.
[17]  A ne pas confondre avec le journaliste.
[18] Claude-André Vuillaume (1766-1833), secrétaire puis trésorier de la loge. Payeur général des armées, il fut membre de nombreuses loges écossaises sous l’empire et la restauration. Il fut reçu au 33° degré par Grasse-Tilly le même jour que Jean Bernard Judesretz. Le livre d’or de GT ne donne pas la date de cette réception qui dut avoir lieu en 1804. A l’époque qui nous occupe, il était trésorier du Saint Empire. Il est surtout connu pour son « Manuel maçonnique ou Tuileur de tous les Rites maçonniques pratiqués en France, par un vétéran de la Maçonnerie », qui connaîtra deux éditions en 1820 et 1830
[19] Il sera publié plus tard (1840-143) par la loge Isis-Montyon

mercredi 21 octobre 2020
  • 11
    pierre noel
    21 octobre 2020 à 19:11 / Répondre

    Pour qui s’intéresse aux rituels des trois premiers degrés du REAA (s’il y en a encore ?), ceux du « Progrès de l’Océanie 1843» (the first Masonic Lodge in Hawaii, Sandwich Islands) ont fait l’objet d’une superbe édition en deux langues par l’ Institute for Masonic Studies of the Grand Lodge of California en 2001. Le texte français est en fac=similé, la traduction anglaise en imprimé.

    • 13
      pierre noel
      22 octobre 2020 à 17:40 / Répondre

      Une autre raison de penser que la loge ne travaille pas au « rite français ». Il est fait mention de l’autel devant lequel le récipiendaire prête serment !
      Ce sont là des détails d’exécution auxquels les pointilleux et les oncles Sosthène prêtent beaucoup d’attention.
      Malheureusement le grade de maître, le seul qui soit significatif (le seul qui soit réellement « maçonnique », au sens de la fm spéculative), n’est pas évoqué.

    • 14
      pierre noel
      22 octobre 2020 à 20:47 / Répondre

      J’ai fait erreur !

      Chemin- Dupontès était 33° du SC « Pompéi » comme en témoigne ce PV du 27° jour du 6° mois ( 27 août 1819).

      « A la gloire du Grand Architecte de l’Univers et le 27° jour du 6° mois de l’an de la V L 5819 (ère vulgaire 27 août 1819)
      Les Souv GG Insp GG du 33° degré, du rit Ecossais, Ancien et accepté, ont ouvert les travaux du Sup Conseil, dans sa Chambre Symbolique, sous la présidence du Lieut Gr Commandeur-titulaire, Général de Fernig.
      Le Gr:. Secrétaire lit le tracé des travaux de la dernière tenue du 30° jour du 5° mois de cette année.
      Il est approuvé sans réclamation.
      Le F Chemin-Dupontès lit un tracé où l’éloquence et l’érudition se font distinguer. Il est applaudi par la Chambre qui en demande le dépôt aux archives du Sup Conseil.
      Le F Joly, Secrétaire-Général, lit un autre tracé relatif à l’excellence du rit Ecossais, Ancien et Accepté et à l’universalité de son régime connu et établi chez les divers peuples de l’Europe. Ce tracé est applaudi, il sera déposé aux archives.
      Entre deux discours, l’Ill F Robert Thomas Wilson, général anglais, Souv Grand Insp Gén  du 33° degré a été introduit avec tous les honneurs.
      Le lieutenant Grand Commandeur titulaire a ordonné une batterie en sa faveur et lui a adressé au nom de la Chambre, les paroles les plus flatteuses et les plus fraternelles.
      Le F:. Wilson a répondu, en remerciant la Chambre de l’accueil hospitalier et amical qu’elle lui accordait. Il a protesté de son zèle pour le rit Ecossais, depuis surtout que le Sup:. Conseil lui a donné une si grande marque de sa confiance en le nommant son représentant auprès de la Grande Loge de Londres…. »

  • 10
    Jacques Huyghebaert
    21 octobre 2020 à 18:17 / Répondre

    Concernant le duc Decazes Souverain Grand Commandeur du Suprême de France, on le connait aussi en tant qu’industriel et fondateur de Decazeville (Aveyron) et propriétaire de son usine sidérurgique construite sur place en raison de la proximité d’un gisement houillier. On ignore cependant souvent qu’il fut le promoteur principal de l’établissement d’une colonie française à Akaora, établie vers 1840 en Nouvelle Zélande. De cette époque date la fondation à Akaroa de la la Loge « La France Primitive Antipodienne » n° 86 sous l’obédience du Suprême Conseil de France. C’est dans cette loge que fut vraisemblablement initié le capitaine baleinier Le Tellier, fondateur en 1843 à Honolulu, Hawaii de la Loge « Le Progrès de l’Océanie No. 124 » également sous le Suprême Conseil de France

  • 9
    Michel HERMAND
    21 octobre 2020 à 18:01 / Répondre

    Signalons au passage (cocorico!) que Gaborria a été un membre très actif de la Loge et du Chapitre des Amis Philanthropes à Bruxelles de 1798 à 1802. Quant à Fernig, comme cela a déjà été rappelé sur ce blog, il y a été initié (1804) et reçu jusqu’au 3e Ordre (le REAA n’étant arrivé en « Belgique » qu’en 1813). Dans les « refondateurs » du SCDF en 1821 qui ont été membres des AP (Loge et Chapitre), on compte également Chameau et Rostollant.

  • 8
    Michel HERMAND
    21 octobre 2020 à 17:54 / Répondre

    Pour Michel (1): à signaler, les (très) récentes publications par Latomia des rituels « Quesada » et « Vuillaume » qui donnent l’état des rituels vers 1820.

  • 6
    Jacques Huyghebaert
    21 octobre 2020 à 17:39 / Répondre

    La gravure renseignée dans l’article comme étant le portrait d’Antoine Baudouin Gisbert Van Dedem Van de Gelder est en réalité celui d’Élie Decazes créé duc par Louis XVIII le 20 février 1820 https://www.decazes.com/.

    • 7
      GépluAdministrateur
      21 octobre 2020 à 17:49 / Répondre

      Merci de cette précision Jacques, et mes excuses pour la confusion même si cela est anecdotique… 🙂

  • 5
    pierre noel
    21 octobre 2020 à 17:01 / Répondre

    Michel (1) parle très justement des relations plus que tendues entre GODF et SC.
    Le dossier Fernig contient la lettre suivante du maréchal de Beurnonville, datée du 11 mai 1817

    « Monsieur le Général, j’ai reçu au moment de monter en voiture pour me rendre à ma terre, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 7 décembre …
    Le Grand Orient de France que j’ai la faveur de présider conjointement avec M. le M(aréch)al Macdonald duc de Tarente, ne reconnaît d’autres rites en France que ceux qui sont approuvés, constitués entièrement sous son autorité, il considérera tous les autres comme étant des sociétés secrètes prohibées par les lois du Royaume.
    La franche maçonnerie …. permise par les lois de l’état est une en France comme elle doit être, elle a en France pour direction légitime le grand orient composé de tous les députés des loges du royaume …. présidé par des gouvernants respectueux de la confiance du gouvernement.

    Le Grand Orient et le gouvernement savent que partout des imaginations exaltées se sont livrées à un commerce de grades mais il est impossible que de pareils errements. soient tolérés plus longtemps par une police bien faite …

    Le Grand Orient ne désire que la réunion de tous les maçons mais des vrais maçons réguliers …  »

    Remarquons l’emploi du mot « régulier »

    • 12
      Pierre Mollier
      21 octobre 2020 à 19:16 / Répondre

      Voilà de sages propos et il est dommage que l’on ne s’en soit pas tenu à cette position raisonnable 🙂

  • 4
    pierre noel
    21 octobre 2020 à 15:18 / Répondre

    #1 ; Quelques détails supplémentaires sur le rituel l
    Lors de la tenue du 3 février 1819, il y avait deux candidats. Après l’ouverture et les affaires administratives, « les réponses faites par les deux récipiendaires aux questions écrites qui leur ont été présentées, sont déposées sur l’autel, et lues par le T:. Ill:. Vén:. L’att:. est satisfait des sentimens qui ont dicté ces réponses.
    Les profanes sont introduits et, après les épreuves physiques d’usage, ils répondent avec esprit, et surtout avec fermeté, aux différentes interrogations qui leur sont faite. Ils font les trois voyages, puis sont admis à prêter leurs obligations en qualité d’apprentifs. Les nouveaux initiés, conduits par le M:. des cérém:., font les remerciemens d’usage. L’att:. les couvre par un triple Houzé, et ils sont conduits au bas de la colonne du midi »
    Le schéma, assez classique, pourrait être celui du Guide des Maçons Ecossais : questions écrites dans la salle des réflexions, épreuves physiques , interrogatoire, trois voyages, obligation, discours de l’orateur.
    L’acclamation, Houzé (sic), et la place au midi du nouvel initié parlent d’elles-mêmes. Nous ne sommes pas au Rite Français et la présence de deux diacres confirme qu’il s’agit bien du rite Ancien, bien que leur rôle ne soit jamais évoqué.
    Le banquet, lorsqu’il y en a, suit la procédure habituelle et se termine par la chaîne d’union et le baiser de paix.

  • 3
    pierre noel
    21 octobre 2020 à 12:58 / Répondre

    Pour avoir une idée de la situation politique de l’époque !
    En 1818, la Terreur Blanche était terminée et le gouvernement du duc de Richelieu tentait d’appliquer la Charte Constitutionnelle, approuvée par Louis XVIII, sage compromis entre l’autorité royale reconstituée et les intérêts de la France nouvelle. Deux Chambres, élues au suffrage censitaire, assistaient le monarque, la Chambre des Pairs, nommés par le Roi à titre héréditaire, et la Chambre des Députés. Deux partis s’opposaient, le parti ultra-royaliste, appuyé sur la Congrégation, association de piété fondée sous l’Empire, et le parti constitutionnel dont le personnage le plus influent était le comte (puis duc) Élie Louis Decazes (1780 -1860), proche du souverain. L’application loyale de la charte, le redressement des finances, la réforme de l’armée et le départ des troupes étrangères d’occupation étaient leurs priorités. (Paris et la France avaient été occupées pendant trois ans par les troupes étrangères russes, prussiennes et anglaises, occupation dont on parle peu !)
    En décembre 1818, Decazes prit la tête du gouvernement. Il poursuivit une politique libérale, quoique sans excès, réintégrant les vétérans de l’Empire dans l’armée de réserve et permettant le retour de certains émigrés (dont Cambacérès).
    L’assassinat du duc de Berry (fils du futur Charles X et neveu du roi Louis XVIII) le 13 février 1820, amena la chute du ministère Decazes, chute qui marqua la fin de la période libérale de la Restauration.

  • 2
    pierre noel
    21 octobre 2020 à 12:01 / Répondre

    Les CR de cette loge donnent la composition des officiers sans plus (la liste des membres est en annexe). Chaque poste prévoit un adjoint (il y a ainsi 3 experts et trois experts-adjoints, deux MdC et deux adjoints …). J’ai omis de donner leur nom pour ne pas allonger inutilement le texte.
    Les cérémonies ne sont pas plus décrites. Il est possible/probable que les cérémonies du « Guide des maçons » étaient utilisées, mais ce n’est pas certain. Le Catéchisme (les Instructions) ne sont pas mentionnés et Chemin n’en parle pas dans ses écrits.

  • 1
    Michel
    21 octobre 2020 à 11:22 / Répondre

    Comme d’habitude, les écrits de notre cher Pierre Noël sont passionnants.
    Je relève que déjà à l’époque les relations entre le GODF et certains Ecossais sont tendues…
    Ce qui m’intéresse le plus, c’est la composition du collège d’officiers.
    Avons-nous d’autres documents indiquant la présence d’un 1° et 2° diacre, la présence d’un 1° et 2° expert aux débuts de ce rite écossais, je dirais « en loge bleue », « des origines » ou « des premiers temps » dans une loge d’apprenti au REAA ?
    En tout cas, c’est la première fois, que je note cette information.
    Merci aux historiens de nous répondre.

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