Décoration dans un temple de la Grande Loge Unie d'Angleterre à Londres

La franc-maçonnerie anglaise et la religion

Publié par Pierre Noël

Cet article est un extrait (actualisé) d’un autre que j’ai publié après un symposium académique. J’ai pensé qu’il pourrait venir à point après l’article « Catholiques et francs-maçons : changement ou pas ? » de Peter Bu publié dans Hiram.be le 5 janvier 2021.
Pierre Noël.

La franc-maçonnerie anglaise et la religion

Selon le jugement féroce de Marius Lepage, les francs-maçons britanniques se contentent de répéter un rituel abscons avant de passer à table. Ces rituels, dont certains croient encore qu’ils furent élaborés lors de construction du temple du Roi Salomon, le furent au XVIII° Siècle. Ils étaient à l’origine empreints de christianisme réformé et très librement inspirés de récits bibliques. Au XIX° Siècle, ils furent déchristianisés pour les rendre acceptables aux juifs, aux musulmans et aux hindous devenus sujets de l’empire britannique. Ils restèrent basés sur la croyance en Dieu, non autrement défini, et tout candidat, durant l’initiation doit affirmer placer en Lui sa confiance.

Cela dit, l’Ordre rappelle sans cesse que la franc-maçonnerie n’est ni une religion ni un substitut de religion, mais qu’elle attend de chaque membre qu’il « suive sa propre Foi et qu’il place par-dessus tout devoir ses devoirs envers son Dieu par quelque Nom qu’il soit connu » (GLUA ,1985). Cette affirmation, aussi ferme que pragmatique, permit la coexistence pacifique de l’Ordre et des Églises réformées, en Grande-Bretagne comme aux États-Unis, nations où l’Église Catholique fut longtemps négligeable et ses condamnations ignorées (il y aurait beaucoup à dire sur l’Irlande mais cela nous mènerait trop loin).

Les premiers accrocs à cette coexistence ne sont guère anciens. En 1925, le général William Booth, fondateur de l’Armée du Salut, écrivait : « Aucune expression ne pourrait être trop forte pour condamner l’affiliation d’un officier (de l’Armée du Salut) à une société qui ferme ses temples (à Jésus-Christ) et qui, dans ses cérémonies religieuses ne Lui donne, ni à Lui ni à son Nom la première place… Un lieu où Jésus-Christ n’est pas admis n’est pas la place d’un officier de l’Armée du Salut. » (in Dewar, 1966 : 179).

En 1927, la conférence des Églises Méthodistes de Bradford se pencha sur une résolution qui avançait l’incompatibilité de la franc-maçonnerie et du christianisme, conclusion fondée sur le caractère théiste de l’association et l’absence de toute référence à l’enseignement du Christ dans ses rituels. John Wesley (1703-1791), le fondateur de ce mouvement qui est l’une des composantes du fondamentalisme évangélique, n’avait-il pas déclaré : « Y a-t-il plus stupéfiante plaisanterie dans l’histoire de l’humanité que la franc-maçonnerie ? » (in Cryer, 1982 : 7). La conférence s’abstint cependant de conclure, recommandant sans plus à ses fidèles, s’ils adhéraient à la franc-maçonnerie, « de prêter un soin particulier au maintien de la Foi reçue des Saints. » (in Cryer, 1982, p.8). Trois ans plus tard, un auteur anonyme, signant « un Anglo-Catholique », publia des « Réflexions sur la franc-maçonnerie » où il affirmait que « la franc-maçonnerie se présente comme une religion catholique rivale », ce qui ne peut que soulever de très sérieuses difficultés pour les francs-maçons anglo-catholiques convaincus que la religion chrétienne et son Église détiennent « la seule vérité, révélée par Dieu lui-même » (in Cryer, 1982 : 9). « Catholique » est ici utilisé dans son sens étymologique d’universelle. L’anglo-catholicisme n’est pas le catholicisme anglais mais bien cette branche dite « High-Church » de l’Église d’Angleterre qui affiche, en matière de dogmes et de liturgie, des positions très proches de l’Église romaine.

Le coup suivant fut porté par un prêtre anglican, le Révérend Walton Hannah, dans un article publié en 1951 dans la revue Theology, puis dans deux ouvrages qui connurent un exceptionnel succès : Darkness Visible (1952) et Christian by degrees (1954). Étudiant très attentivement les rituels des grades « symboliques » (c’est à dire les trois grades fondamentaux de la franc-maçonnerie) et des « hauts-grades », notamment ceux, tels le « Chevalier du Temple » ou le « Rose-Croix », qui s’affirment ouvertement chrétiens, il y relevait de nombreux passages incompatibles selon lui avec le christianisme. Les grades « symboliques » seraient en fait un culte parallèle, syncrétique et entaché de gnosticisme larvé, éloignant le franc-maçon de la conception orthodoxe de ses relations avec Dieu. Quant aux grades « chrétiens », ils ne seraient autres qu’une parodie inacceptable des sacrements de l’Église. Ces accusations furent rejetées par des dignitaires de l’Église, membres de la franc-maçonnerie. La Grande Loge, quant à elle, ne daigna pas réagir. Hannah, peut-être déçu par ces réactions, se convertit très logiquement au catholicisme en 1954 et devint prêtre catholique romain.

En 1965, une commission de l’Église d’Ecosse (presbytérienne) se pencha sur la légitimité même d’une « société secrète » et conclut que le secret, dans certaines conditions, pouvait être admis. Elle affirma cependant son inquiétude devant le risque potentiel d’une concurrence entre l’Église et la Loge, celle-ci pouvant paraître aux yeux de certains comme une super-Eglise, détachée des dogmes de la foi chrétienne. (in Dewar, 1966 : 189).

En 1985, la Conférence annuelle des Églises Méthodistes reprit l’offensive ébauchée en 1927. Elle adopta un rapport, publié quelques mois plus tôt, intitulé Instructions aux méthodistes sur la franc-maçonnerie. Très critique, ce rapport soulignait les points suivants : la franc-maçonnerie, société secrète, affirme détenir des connaissances réservées à ses adeptes, dont le Nom caché de Dieu, révélé dans le rituel du « Royal Arch », complément du grade de Maître-Maçon ; ses rituels s’apparentent à un culte religieux, promettant la Vie Éternelle au Juste (allusion au rituel du troisième grade) ; son enseignement relève du syncrétisme, par ses emprunts à diverses traditions religieuses, et méconnaît le caractère unique de la Révélation Chrétienne. La Conférence, constatant le caractère nocif à la Foi de ces pratiques, conseillait à ses fidèles de ne pas devenir franc-maçon.

Le pire était encore à venir. En 1985, le Synode Général de l’Église d’Angleterre décida la nomination d’un groupe de travail chargé d’établir un rapport étudiant la compatibilité de la franc-maçonnerie et du christianisme. La composition de ce groupe de travail fut annoncée le 4 février 1986. Il comportait sept membres, cinq ecclésiastiques, dont deux francs-maçons, et deux laïques. La présidence en fut confiée au Dr Margaret Hewitt. Le rapport fut publié en mai 1987. Intitulé Freemasonry and Christianity – Are they compatible? – A contribution to discussion, il comporte quarante pages, dont quinze d’annexes, et une bibliographie de vingt et un titres dont onze publications officielles de la Grande Loge. Sa lecture révèle une ambiguïté certaine, due sans doute à la composition du groupe de travail. Il pose autant de questions qu’il n’avance de réponses, mais leur énoncé seul montre clairement le malaise, sinon l’hostilité, de ses rédacteurs. En bref, après avoir rappelé que « historiquement, la franc-maçonnerie symbolique est un exemple du déisme typique du XVIII° siècle » (p.37), il suggère qu’elle est bel et bien, malgré ses démentis « emphatiques » (p.20), une religion avec ses lieux de culte, ses autels et ses prêtres, représentés dans les loges par le chapelain. Cette religion n’est pas chrétienne : elle se veut au-dessus du christianisme et ouverte à toutes les religions monothéistes, sans en privilégier aucune. Plus grave peut-être, elle utilise des prières empruntées à la liturgie anglicane mais dont toute référence chrétienne est soigneusement expurgée (p.24). Le grade de Royal Arch enseigne un nom présenté comme « le Nom Sacré et Mystérieux du Très-Haut » (p.28), or ce nom, enseigné aux seuls maçons, est un mot composite fait d’emprunts à plusieurs religions, notamment païennes (Osiris et Baal) (p.29). Comment ne pas voir là un blasphème d’une part, une dérive vers le gnosticisme et le paganisme d’autre part ? Enfin les rituels maçonniques, à plusieurs reprises, suggèrent que le Salut peut être obtenu par les œuvres seules. Le rapport ne manque pas de le rappeler : Le Maître-Maçon est-il assuré que, s’il mène une vie honnête et morale, il accédera inévitablement à la vie auprès de son Créateur ? …(une telle assertion) porte la marque d’une hérésie anglaise qui nous est familière, le Pélagianisme, car la grâce et le pardon de Dieu en Jésus-Christ ainsi que la puissance de l’Esprit-Saint sont ignorés » (1987, p.34).

Ce constat prend toute son importance quand on sait que la « justification par la Foi seule » reste un des fondements théologiques des Églises réformées, dont bien sûr l’Église d’Angleterre. La conclusion du rapport mérite d’être citée en entier : Ce rapport a identifié plusieurs questions importantes sur lesquelles, selon le groupe de travail, le Synode général devra se pencher lorsqu’il considérera la compatibilité ou non de la franc-maçonnerie et du Christianisme. Les réflexions du groupe de travail lui-même révèlent des différences compréhensibles d’opinion entre ceux de ses membres qui sont francs-maçons et les autres. Alors que les premiers reconnaissent pleinement que le rapport démontre l’existence de difficultés évidentes que rencontrent les chrétiens qui sont francs-maçons, les autres sont d’avis que le rapport souligne plusieurs questions fondamentales qui mettent en cause la compatibilité de la franc-maçonnerie et du Christianisme » (1987, p.40).

Ces critiques, notons-le, ne parlent ni d’athéisme ni d’agnosticisme, ce qui n’aurait manqué d’être le cas sur le continent. Il s’agit au contraire de l’examen d’une attitude religieuse que la commission soupçonne d’être incompatible avec la position de l’Église anglicane. Le groupe de travail de 1987 laisse entendre, sans jamais l’affirmer explicitement, que la franc-maçonnerie est bel et bien hérétique. Dans le compte-rendu qu’elle fit de ce rapport (1987), la Grande Loge Unie d’Angleterre résuma les griefs retenus en ces termes : Le rapport conclut qu’une partie du rituel de l’Arche Royal est blasphématoire. Il reproche à la franc-maçonnerie en général d’être syncrétique (voulant unir ou réconcilier différentes religions), gnostique (détenant sa propre connaissance spirituelle), pélagienne (assurant le salut par les œuvres), déiste (soutenant la religion naturelle, religion sans autorité divine) et indifférente aux affirmations du christianisme. Curieusement, ce document, s’il réfutait l’intention blasphématoire, ne discutait pas les autres accusations.

Le débat qui suivit le dépôt de ce rapport au Synode fut animé, sans cependant déboucher sur une décision finale. Très significative fut l’intervention de l’évêque d’York (qui n’est ni maçon ni favorable à la pratique maçonnique) : il qualifia la franc-maçonnerie d’excentricité inoffensive en ajoutant qu’il redoutait le jour où il n’y aurait plus d’excentricité dans la société anglaise en général et l’Église d’Angleterre en particulier (cette déclaration fut reprise intégralement dans Freemasonry and Christianity, cité plus haut). Finalement, le Synode se résolut à en appeler à la plus grande prudence des fidèles sans pour autant conclure à l’incompatibilité de l’appartenance à l’Ordre d’un chrétien.

Cet événement n’eut que peu de conséquences immédiates. Les ecclésiastiques en activité sont devenus peu nombreux dans les loges, les rares prélats ou chanoines qui s’y trouvent encore sont le plus souvent retraités. Plus inattendue fut la réaction de la Grande Loge qui décida d’expurger ses rituels du mot litigieux à relent païen évoqué plus haut et, dans la foulée, de supprimer les châtiments physiques prévus dans les serments demandés aux candidats à chaque grade. Ces décisions furent diversement appréciées. Les uns y virent un aveu de culpabilité qui ne faisait que renforcer leurs soupçons, les autres une entorse à la tradition et une soumission inacceptable aux oukases de l’Église d’Angleterre. Autant dire qu’elles ne servirent à rien sinon à jeter le doute dans les deux camps.

Controverse récente

Le Guardian, journal de qualité d’orientation travailliste (peu favorable à la franc-maçonnerie), a rappelé ce synode de 1985 (et le rapport de 1987) dans un article du 8 février 2018.  « L’Église d’Angleterre a réitéré des «inquiétudes importantes» concernant les chrétiens devenant francs-maçons au milieu d’une controverse renouvelée sur la présence de l’organisation secrète au cœur de l’establishment britannique. Christopher Cocksworth, l’évêque de Coventry, a signalé un rapport de 1987 publié par l’église qui a mis en évidence un «certain nombre de raisons très fondamentales de remettre en question la compatibilité de la franc-maçonnerie et du christianisme».

L’évêque répondait à une question posée au Synode général de l’Église, réuni en 2018 à Londres, qui cherchait des informations sur les services religieux célébrant le 300e anniversaire de la Grande Loge unie d’Angleterre (GLUA) l’année précédente dans «un certain nombre» de cathédrales anglicanes. Il a déclaré que les services religieux étaient tenus en vertu du droit canon de ne pas contrevenir à la doctrine de l’Église.

Michael Baker, directeur des communications de l’UGLE, a rétorqué quant à lui que « Les services tenus dans diverses cathédrales étaient des services normaux selon le livre de prières (Book of Common Prayer, « missel » de l’Eglise anglicane depuis 1662) et ne s’écartaient pas de la pratique anglicane normale. «Le synode anglican (de 1985) n’est jamais arrivé à une conclusion sur la compatibilité de la franc-maçonnerie et du christianisme. Le rapport de 1987 a soulevé ce qu’il a appelé des «questions sérieuses» et le synode a recommandé qu’elles soient discutées dans toute l’Église. À notre connaissance, ces discussions n’ont jamais eu lieu. » (Canterbury faisait partie des cathédrales qui ont tenu des services du tricentenaire de la GLUA en 2017).

Bref, l’affaire n’est pas close, dans un pays devenu imprévisible ! Mais n’oublions pas que, comme l’a écrit George Orwell, « les (Anglais) ordinaires n’ont pas de croyance religieuse définie, et ce depuis des siècles. L’Église anglicane n’a jamais eu de réelle emprise sur eux. Elle était simplement l’apanage de la noblesse terrienne tandis que les sectes non-conformistes n’influençaient que les minorités. Néanmoins ils ont gardé une teinture profonde de christianisme, tout en oubliant le nom du Christ. »

Bibliographie :
« ANGLO-CATHOLIC ». Some Considered Reflections on Freemasonry. Breaston, Derby (Freedom) 1930
CRYER , N.B., The Churches’ concern with Freemasonry. Ars Quatuor Coronatorum, 95: 1-18 (1982)
DEWAR, J. ,The unlocked secret. Freemasonry examined. William Kimber and Co. Ltd, London, 1966
Freemasonry and Religion. Londres, (Grande Loge Unie d’Angleterre) 1985
Freemasonry and Christianity. Londres (Grande Loge Unie d’Angleterre) 1987
HAFFNER, C. Workman unashamed. The testimony of a Christian Freemason. Lewis masonic,Terminal house, Shepperton, 1989
HANNAH W. Darkness Visible: a Christian appraisal of Freemasonry.(1952). Réed. Devon Britons. 1975
HANNAH , W. Christian by degrees-Masonic religion revealed in the light of Faith.(1954). Réed. London (Britons) 1984
ORWELL , G. « The Lion and the Unicorn: Socialism and the English Genius« . (1941). Penguin Books, England, 1982
Working group established by the standing committee of the General Synod of the Church of England. Freemasonry and Christianity. Are they compatible? A contribution to discussion. Church House Publishing, London, 1987.

jeudi 14 janvier 2021
  • 12
    KAgaoua
    18 janvier 2021 à 07:14 / Répondre

    10- Non l’attitude n’a changé que dans votre analyse et vos déductions personnelles, mais pas dans la réalité. La parole est à KTO https://www.facebook.com/watch/?v=917436948658894. Les choses sont claires et la doxa de l’Église catholique inchangée.

    Merci Pierre Noël pour cet éclairage précis et de qualité sur la FM anglaise en particulier, je rejoins Christophe Dioux, une précision sur les références utilisées pour cet article permettrait à quelques contributeurs désireux de travailler en respectant les conventions et la rigueur historique d’utiliser ces travaux comme les vôtres éventuellement dans un article sur Wikipédia. Cordialement.

    • 13
      pierre noel
      18 janvier 2021 à 09:20 / Répondre

      # 12 Suffit de lire l’article jusqu’au bout pour trouver les références.

  • 10
    Peter Bu
    17 janvier 2021 à 18:53 / Répondre

    Pour clore, au moins provisoirement, nos échanges sur l’attitude de l’église catholique vis-à-vis des francs-maçons, puis-je attirer votre attention sur l’interview de Jean-Jacques Zambrowski avec Jean-Charles Thomas, ancien évêque de Versailles, dans Points de Vue Initiatiques, revue de la GLDF, n° 190, décembre 2018, p.40.

    Mgr Jean-Charles Thomas a bataillé depuis 1992, et des années durant, pour « rétablir un dialogue entre l’Église et la franc-maçonnerie ». Il a échangé plusieurs lettres avec le Cardinal Ratzinger, inflexible.

    En janvier 1983 paraît le nouveau Code de droit canon qui n’avait pas été révisé depuis 1917. Ce n’est que le 3e Code de l’histoire catholique et il a la force de Loi. Son article 1374, qui condamne les sociétés conspiratrices, ne mentionne plus la franc-maçonnerie. L’excommunication est levée de fait.

    Mais, en novembre de la même année, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Joseph Ratzinger, qui deviendra le Pape Benoît XVI, maintient, dans une mise au point officielle, que les francs-maçons demeurent en état de péché grave parce que “leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église”.

    Cependant, le lendemain, le Pape promulgue le Code de droit canon !

    Mieux: Ratzinger, devenu en 2005 pape, n’annule pas le Code, ni ne le fait remplacer par un autre document ayant la force de Loi.

    Anecdote significative: Quatre ans plus tard, en 1997, Mgr Jean-Charles Thomas rencontre à Rome le Cardinal Ratzinger et lui redemande la réponse à ses courriers relatifs aux francs-maçons. Ratzinger lui répond quatre fois par la même phrase: “On n’en parle plus.”

    En 2013, Ratzinger a démissionné de sa fonction papale, en approuvant l’élection de son successeur, le Pape François dont “il n’a cessé de soutenir les positions: ceci montre que beaucoup de jugements, d’idées, de recherches ont évolué dans son esprit” (Jean-Charles Thomas, p.42).

    Mgr Jean-Charles Thomas estime que la situation est favorable et conseille à ses amis de se tourner vers Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen, et Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry-Corbeil, pour qu’ils reprennent le flambeau, ce qu’ils acceptent de faire.

    Cela me semble éclairer d’une nouvelle lumière l’agacement du Pape François, exprimé en juillet 2013 lors de sa conférence de presse improvisée pendant le vol au retour des Journées mondiales de la jeunesse à Rio de Janeiro.

    Vous pouvez voir la citation exacte, relatée par le service de presse du Vatican: http://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2013/july/documents/papa-francesco_20130728_gmg-conferenza-stampa.html )

    Le Pape nie l’existence d’un “lobby gay” et ajoute “lobby des avares, lobby des politiciens, lobby des maçons, beaucoup de lobby. Voilà le problème le plus grave pour moi.”

    Évidemment, François n’aime pas les avares. Les raisons de considérer des politiciens comme “le problème le plus grave” peuvent se concevoir. Mais à quoi pourrait correspondre le “loby des maçons” et que pourrait-il vouloir d’immoral ou d’illégal ?

    Il n’y pas de loge maçonnique au Vatican. Les francs-maçons venant de l’extérieur auraient du mal à pénétrer jusqu’au Pape, sauf s’il les invitait. Mais oui, il en a marre des pressions venant des cardinaux, des évêques , des prêtres, des croyants qu’ils soient pour ou contre les francs-maçons. Les “cadres” de l’Église seraient plutôt pour des relations pacifiées. Comment alors nier que l’attitude de l’Église catholique a-t-elle changé?

    Le Pape François aurait envie de dire comme Benoit XVI, redevenu Ratzinger: “On n’en parle plus”. Mais cela ne lui tirera l’épine du pied.

    • 11
      pierre noel
      17 janvier 2021 à 19:19 / Répondre

      Cette intervention de P Bu a plutôt sa place sur un autre fil, traitant de l’église romaine et de la maçonnerie, pas sur celui-ci qui parle de l’église d’Angleterre et de ses relations avec la maçonnerie.
      Depuis Henry VIII, les décisions du pape (évêque de Rome) sont sans effet dans cette église séparée.

  • 8
    Christophe Dioux
    15 janvier 2021 à 10:25 / Répondre

    PS: Et du coup, Pierre Noël, si on pouvait avoir, dans la page de discussion de l’article de Wikipédia en cours de rédaction, les références de l’article original qui a servi de base à la rédaction de celui-ci et peut-être, si ça existe, un lien vers l’article lui-même, ça pourrait aider sérieusement aussi. Tu pourrais peut-être publier ces références ici, je me charge de les recopier sur WP. Merci.

  • 6
    Désap.
    14 janvier 2021 à 22:42 / Répondre

    Une fois n’est pas coutume, je partage tous les avis des religieux exprimés dans cet excellent article.
    Parce que je ne voyais aucun rapport entre le rituel et la bible, parce qu’il me paraissait même assez contraire aux principes religieux, notamment celui de Révélation, je me suis interrogé sur sa source.
    L’Egypte antique ? Je l’ai pensé longtemps. Mais il s’avère que nous ne connaissons réellement pratiquement rien de la pensée égyptienne, au sens où nous sommes plus susceptibles d’erreurs que de justesse.
    La Philosophie grecque ? Oui très clairement, Pythagore notamment. Mais ceci valable au sens d’une transposition de principes de géométrie comme fondation de l’éthique de l’esprit maçonnique.
    Mais il faut ensuite élever l’édifice.
    La Philosophie romaine ? Très politique, plutôt matérialiste, le perfectionnement de l’homme certes, mais peu de choses sur les questions spéculatives.
    Le néoplatonisme ? Une spéculation forte appuyée sur la rigueur des maîtres précédents. Rien n’est laissé au hasard, aucun arrangement avec l’à peu près, ce qui manque de cohérence est systématiquement écarté, chaque postulat permettant la progression est établi après l’étude de toutes les possibilités, et puis ce qui caractérise l’Hellénisme : la démonstration ; le sujet est la transcendance, les conditions de sa compréhension et celles de son accès.
    C’est le rituel de Maître, ce à quoi il nous engage, se débarrasser des illusions.

  • 5
    pierre noel
    14 janvier 2021 à 16:08 / Répondre

    En réponse à Peter Bu, je ferai remarquer que les « gens de qualité » (dont Désaguliers, le duc de Richmond et d’autres) se sont agrégés non à 4 loges de petites gens et d’artisans mais à une loge au recrutement élitiste, située à deux pas du palais royal (Whitehall).
    Quant à la Royal Society, elle ne comptait à l‘époque que bien peu de savants ou de philosophes, mais beaucoup de gens du monde attirés par ce qui était une nouvelle mode.
    A part Désaguliers, qui étaient les véritables « homme de science » attirés par la franc-maçonnerie ? Stukeley, médecin et homme d’église, était un antiquarian, c’est à dire un amoureux de vieilles choses. Pour tout cela, voyez l’article, de préférence en anglais, « Royal Society » sur wikipedia ou le site de la Royal Society of London, lui-même, qui résume son histoire et comprend la liste de tous ses membres depuis le début (1660) de la Société

  • 3
    Jean Claude Dorion
    14 janvier 2021 à 13:05 / Répondre

    Trois devoirs « étayaient » l’Angleterre durant plusieurs siècles, le Roi, l’Anglicanisme et la Franc-Maçonnerie. A ce jour, pour des raisons historiques assez évidentes, il ne reste plus que la Reine qui maintient le sentiment britannique d’appartenance à l’Unité du Royaume Uni. Le Prince de Galles n’a pas désiré devenir Grand Maitre et a laissé le poste honorifique au Duc de Sussex.
    La Franc-maçonnerie en est arrivée à faire paraitre des annonces dans les journaux pour recruter dans la toute petite bourgeoisie ! C’est devenu un « petit club », et à Dublin, les maçons majoritaires viennent du Droit Humain », Quel changement!
    Voila le tableau d’une Maçonnerie qui n’a pas su évoluer.

    Jean Claude Dorion

    • 9
      pierre noel
      15 janvier 2021 à 19:33 / Répondre

      #3:Je n’ai pas trouvé mention de loges en Irlande sur le site officiel du DH. J’ai trouvé une mention (hiram.be du 18 juin 2012) du Grand Orient maçonnique d’Irlande se présentant comme libéral et adogmatique (mais l’adresse web indiquée ne donne pas de résultat).
      En revanche il est beaucoup fait mention d’une loge France d’Irlande créée à Dublin le 26 octobre 2013, portant le n° 884 sur le registre de la GL d’Irlande. Les membres fondateurs étaient des Français. Le premier VM n’est pas un nom inconnu (hiram.be 2 11 2013). Des dignitaires Irlandais en visite à Bruxelles en 2018 ont confirmé que certes loge existait encore

  • 2
    de Flup
    14 janvier 2021 à 12:43 / Répondre

    On ne peut pas ne pas être d’accord avec les conclusions de ce remarquable article du fin connaisseur qu’est Pierre Noël: l’Eglise anglicane ne s’est jamais fait remarquer par un manque d’ ambiguïté concernant la FM! Néanmoins un prêtre FM anglican belge, qui devait donc bien savoir d’où venait le vent, a démissionné comme FM apparemment afin de sécuriser sa carrière…
    Contrairement à Orwell je ne dirais pas que l’Eglise anglicane en tant que telle est l’apanage de la « landed gentry »:il s’agit plutôt de la tendance « High Church »…

    • 4
      pierre noel
      14 janvier 2021 à 15:43 / Répondre

      Il y a une vingtaine d’années, l’Archdeacon de l’Holy Trinity Pro-Cathedral à Bruxelles (diocèse d’Europe de l’Eglise d’Angleterre, dont la cathédrale est à Gibraltar), a refusé toute allusion maçonnique (insignes, décors, discours) lors du service funèbre de deux de ses paroissiens, par ailleurs francs-maçons. En revanche, plus récemment, un service funèbre a été célébré dans la All Saints Church (à proximité de Waterloo), église épiscopalienne (nom désignant les églises de profession « anglicane » en dehors de l’Angleterre proprement dite). Le prêtre en charge (une dame américaine, originaire de Philadelphie) a accepté bien volontiers que les décors maçonniques du défunt soient exposés et qu’un membre de sa loge fasse son éloge funèbre

  • 1
    Peter Bu
    14 janvier 2021 à 12:35 / Répondre

    Puise-je me permettre d’avouer que je suis « suffoqué » à la fois par les discussions de spécialistes en tetrapilochtomie (l’art de couper les cheveux en quatre) chrétienne et par l’érudition de Pierre Noël en la matière qui, pourtant, ne semble pas de l’attirer particulièrement. Quelle passion, quelle patience ! Et, aussi, quelle capacité de faire des recherches !
    Nos échanges récents sur les relations entre l’église catholique et la franc-maçonnerie ont incité un groupe de contributeurs à Wikipédia d’élaborer un article sur cette question. Curieusement, la WP française ne le contient pas encore. Vous pouvez essayer d’y participer mais les règles de WP ne sont pas simples et ses auteurs habituels ne sont pas toujours tendres avec les nouveaux venus https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Franc-ma%C3%A7onnerie_et_religions
    Quant à moi, il y a deux questions qui m’intéressent.
    D’une part, pourquoi les savants et philosophes de Royal Academy, épaulés par la cour, se sont agrégés aux quatre petites loges de « petites gens » de Londres, préoccupés surtout par l’entraide ? Que cela pouvait-il leur apporter qu’ils ne possédaient déjà ? Quel était leur objectif ?
    Les historiens examinent les faits, pas leur sens, mais c’est ce dernier qui m’intéresse (au point de m’avoir fait écrire tout un livre).
    D’autre part, comme je trouve TOUTES les recherches intéressantes, philosophiques, savantes, artistiques, techniques, aussi bien que celles des modes de vie, comment construire un pont par-dessus le fossé qui sépare les deux grands courants de la franc-maçonnerie, à la fois pour la féconder et, peut-être plus encore, pour donner à notre « époque de globalisation » un exemple indispensable d’entente, malgré les différences et dans leur respect ?

    P.S. : Je m’aperçois que Perre Noël a publié sur hiram.be en 2020 plusieurs réflexions sur ces questions qui m’ont échappées et pourraient être utiles aux rédacteurs de l’article de WP.
    https://www.hiram.be/retour-sur-1723/
    https://www.hiram.be/la-philosophie-des-rites-patrick-negrier-repond-a-pierre-noel/
    https://www.hiram.be/pour-sortir-dune-polemique-futile/
    https://www.hiram.be/les-landmarks-en-temps-de-deconfinement/

    • 7
      Christophe Dioux
      15 janvier 2021 à 10:20 / Répondre

      [1] En ce qui concerne l’article sur Wikipedia, le problème n’est pas seulement que les processus éditoriaux sont très complexes et souvent implicites, ce dont nous avons déjà parlé (et qui est d’ailleurs relaté en ce moment dans de nombreux articles de presse à l’occasion des 20 ans de WP aujourd’hui), c’est aussi que les articles de blogs ne sont pas acceptés comme « sources fiables » normalement.

      Moi aussi, je trouve plein d’informations utiles sur le blog Hiram. Et le blog Hiram est très sérieux, c’est pas le problème. Le problème c’est que les blogs (y compris le mien et même ceux des universitaires) ne sont pas considérés comme suffisamment fiables pour Wikipédia. Il y a de bonnes raisons à cette « jurisprudence wikipédienne » (absence de « peer review » notamment).

      Du coup, si vous avec l’occasion d’ajouter des entrées dans la bibliographie ou d’ajouter des informations *avec leur source: publication et numéro de page* dans la page de discussion de l’article, ça aiderait.

      C’est ici:
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Franc-ma%C3%A7onnerie_et_religions

      Intervenir dans les pages de discussion, c’est en général mieux que directement dans l’article. Même si ça va beaucoup moins vite, c’est souvent beaucoup plus utile et pérenne, parce que la modification directe d’un article important ou labellisé de Wikipédia, dès que ça va au-delà de la correction d’une faute d’orthographe, ça demande pas mal d’expertise et de patience.

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