Une boutique antique

Les Collegia Fabrorum

Publié par Pierre Noël
Dans Divers

Pierre Émile Levasseur (18281911) est un historien, économiste, statisticien, administrateur du Collège de France de 1903 à sa mort. II écrivit de nombreux ouvrages d’économie politique, dont plusieurs études sur la condition ouvrière, notamment une Histoire des classes ouvrières en France depuis la conquête de Jules-César jusqu’à la Révolution (1859).

J’ai trouvé sous sa plume ces pages sur les Collegia Fabrorum antiques, institutions qui éveillent parfois la curiosité des francs-maçons (surtout des lecteurs de Guénon). Ces Collèges auraient été fondés par Numa Pompilius si on en croit Plutarque dans son histoire de ce roi (légendaire comme les trois premiers rois romains, exemples pour Georges Dumézil des trois fonctions, ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui produisent). Levasseur ne fait aucune allusion à une éventuelle filiation des Collegia aux Loges maçonniques, pas plus qu’à quelque coutume initiatique (il n’était pas franc-maçon à ma connaissance).

On parle peu de ces organismes (surtout connus par des inscriptions), sinon quelques allusions dans les ouvrages de Guénon notamment qui ne manque pas de souligner leur rôle « initiatique » : Janus présidait aux Collegia Fabrorum, ceux-ci étant les dépositaires des initiations qui, comme dans toutes les civilisations traditionnelles, étaient liées à l’exercice des métiers ; et ce qui est très remarquable, c’est qu’il y a là quelque chose qui, loin d’avoir disparu avec l’ancienne civilisation romaine, s’est continué sans interruption dans le christianisme même. (E.T. Le symbolisme solsticial de Janus. 1938).

Il m’a paru intéressant de proposer quelques extraits de Levasseur aux habitués d’hiram.be.

 Pierre Noël

 

Les collèges professionnels à Rome et en Gaule [1]

                                                                                Emile Levasseur

La place du collège dans la société romaine. 

Les gens de métier artisans, fabricants, marchands et même négociants, étaient, surtout à partir du IIIe siècle après Jésus-Christ, groupés en corporations, les collegia [2]. L’étaient-ils dans toutes les villes de la Gaule et, dans les villes où ils l’étaient, tous ceux qui pratiquaient étaient-ils astreints à faire partie de la corporation ? Il est certain qu’il n’existait de collège que dans les localités assez importantes pour comporter ce genre d’association et il est possible que, durant les premiers siècles tout au moins, tous n’y aient pas été nécessairement agrégés.

Légalement le collège était une société composée de trois personnes au moins. Institution communale, il dépendait de la cité et il était ordinairement placé sous l’autorité directe des édiles ; à la fin du IVe siècle, on le trouve dans certaines villes sous les ordres du defensor civitatis. Les collèges autorisés par le Sénat ou par l’empereur conformément à la loi Julia (an 7 av. J.-C.) étaient des personnes civiles, capables de posséder des meubles et des immeubles et de contracter. Les collèges non autorisés n’étaient pas nécessairement pour cela proscrits ; mais ils n’avaient pas la personnalité civile et la loi ne reconnaissait que les droits individuels de leurs membres.

Le collège procurait aux gens de métier certains avantages de l’association, et certaines satisfactions d’amour-propre, parce que, ne pouvant s’élever à la dignité curiale [3], certains d’entre eux pouvaient du moins aspirer aux magistratures du collège. Ses membres, placés au-dessous de la noblesse municipale des curiales, faisaient partie de la plèbe urbaine; on ne les voit que très rarement s’élever aux honneurs de la curie ; mais on en voit à Lyon qui deviennent sévir. Dans les cérémonies publiques, ils prennent rang après les chevaliers et les sévirs [4], avant le reste de la plèbe

Composition des collèges.

Les collèges faisaient eux-mêmes leurs règlements intérieurs ; la loi et l’administration semblent les avoir laissés entièrement libres à cet égard, pourvu qu’ils ne fissent rien de contraire au droit commun. Ils prenaient leurs résolutions en assemblée générale et ils en conservaient le texte dans leurs archives ; quelquefois même ils les gravaient sur le marbre ou sur l’airain afin d’honorer les personnes en faveur desquelles elles avaient été votées. Durant les premiers siècles de l’Empire, les collèges avaient le droit de prononcer leur propre dissolution comme celui de se gouverner. Il en existe un exemple, c’est l’édit de l’an 167 par lequel un des magistrats du collège de Jupiter, à Alburnus en Dacie [5], déclare dissous le collège, vu que de cinquante-quatre membres il était réduit à dix-sept et que ces membres ne venaient plus aux assemblées et ne payaient plus depuis longtemps leurs cotisations.

Un collège professionnel était ordinairement composé de personnes exerçant le même métier dans une même ville. Quelquefois plusieurs professions du même genre étaient réunies en un seul corps : les inscriptions en fournissent fréquemment des exemples. Tels sont les nacriers et les ébénistes à Rome, les fabri et les centonaires à Milan. On trouve des forgerons unis à d’autres ouvriers du bâtiment, charpentiers, bûcherons, centonaires [6] ; des maçons unis à des menuisiers [7] ou à des fabricants d’escalier. D’autres fois, on trouve des personnes exerçant une profession différente de celle du collège ; ainsi les fabri lignuarii (charpentiers) de Lyon avaient reçu dans leur collège un fabricant de poterie, un artisan en fer d’une « incomparable habileté », dit l’inscription.; ceux de Luna ont eu deux médecins pour décurions ; parmi les utriculaires de Lyon on trouve un marchand de toile, un peigneur de laine et un marchand de salaisons qui était en même temps naute [8] du Rhône. Ce dernier cas n’est pas le seul exemple de personnes affiliées en même temps à deux collèges. Le fait est d’autant plus à noter que Marcien [9] dit formellement qu’on ne peut pas appartenir à la fois à deux collèges. Le collège (collegium) formait un corps (corpus, ordo), dont les membres (corporati, collegiati, sodales) composaient le peuple (populus, plebs, numerus). Le nombre de ces membres variait considérablement ; on trouve à Rome un Collegium fabrum lignuariorum [10] qui en avait environ 1 500 ; il suffisait, d’autre part, d’un seul membre survivant pour qu’un collège subsistât ; Pline, proposant à Trajan la création d’un corps de pompiers, pensait que le nombre de 150 n’était pas considérable. Dans les collèges nombreux, les membres étaient ordinairement groupés en centuries et en décuries avec des centurions ou des décurions pour chefs; ainsi lés centonaires de Milan formaient douze centuries ; ceux de Ravenne, dix-sept décuries. Les fabri lignuarii de Rome comprenaient soixante décuries. Les centurions ou décurions étaient élus ordinairement pour un an. Ils jouissaient de certains honneurs et, à leur tour, ils faisaient souvent des libéralités à leurs administrés. Ils prenaient ensuit le titre de honorati. Les centuries ou les décuries avaient parfois une certaine autonomie, leur caisse particulière et même leurs cérémonies religieuses.

Les maîtres, les ouvriers et les apprentis faisaient-ils partie du collège et, s’ils y étaient admis les uns ou les autres, y figuraient-ils au même titre ? Ce sont deux questions intéressantes auxquelles les documents de l’antiquité ne fournissent aucune réponse. Mieux vaut s’abstenir que hasarder une conjecture sans fondement. Ce qui n’est pas douteux, c’est que certains collèges admettaient des étrangers, puisqu’on trouve des Lydiens dans des collèges gaulois et que des affranchis et même des esclaves figurent parmi les membres.
Il ne faut pas confondre les esclaves membres du collège avec les esclaves que le collège possédait. Car il pouvait être propriétaire d’esclaves, comme de meubles ou d’immeubles, puisqu’il avait la personnalité ; en conséquence il pouvait avoir des affranchis, puisqu’il pouvait donner la liberté à ses esclaves, et il pouvait hériter de ses affranchis. Il existe un tombeau élevé par un affranchi du collège des centonaires à sa femme et à sa fille : leurs noms rappellent même leur ancienne servitude. Les nouveaux membres payaient un droit d’entrée ; l’exemption était une marque d’honneur : rare sans doute, car on s’en glorifiait.

L’assemblée générale, conventus (convention, disent aujourd’hui les Américains) se réunissait à époque fixe ou sur la convocation du président. Elle se tenait d’ordinaire dans la schola [11]. Elle faisait et modifiait les règlements du corps, délibérait sur les affaires, fêtes, banquets, admission de membres, droits d’entrée, cotisations, amendes, acceptation de dons, recettes, dépenses, prenait des décisions sur les questions d’administration, élisait les magistrats du collège.

Les magistrats du collège.

Les magistrats [12] du collège, duumviri, quatuorviri, quinquennales, étaient élus pour un an, pour cinq ans ou quelquefois à vie, quinquennales perpetui. Dans quelques collèges, ces magistrats prenaient le titre ambitieux de préfets ou de consuls. Il était rare qu’il n’y eût qu’un magistrat ; leur nombre est en général de deux et va jusqu’à dix. Revêtus de la toge blanche, ils présidaient aux cérémonies religieuses et organisaient les banquets [13] et les distributions de vivres, les sportules en nature ou en argent. Magistrats du collège, ils exerçaient le pouvoir exécutif, faisaient exécuter les règlements, convoquaient et présidaient les assemblées générales, surveillaient les constructions, veillaient aux funérailles [14], administraient les finances ; quelquefois ils avaient le droit de prononcer les amendes, sauf appel à l’assemblée.

C’était un honneur d’être magistrat. On devait le respect aux magistrats et dans certaines distributions de vivres ou d’argent, on leur attribuait une part supérieure à celle des autres membres ; on les exemptait quelquefois de la cotisation. Mais c’était aussi une charge, parce qu’ils devaient faire des distributions de vivres ou d’argent non seulement à leur entrée en fonction, mais dans diverses circonstances et que leurs libéralités étaient la mesure de leur considération. Aussi les gens riches pouvaient-ils seuls aspirer à un tel honneur ; des membres pauvres s’en faisaient expressément dispenser. C’est sans doute pourquoi on voit des collèges prendre pour magistrats des personnes qui exerçaient une profession autre que celle du collège. Les curateurs, procurateurs ou questeurs, élus aussi le plus souvent pour un an, assistaient les magistrats dans l’administration et avaient probablement la charge spéciale de la caisse commune et du matériel. Dans certains collèges ils exerçaient eux-mêmes les fonctions de la magistrature sans avoir de dignitaires au-dessus d’eux  La loi enjoignait à tout collège d’avoir un représentant remplissant le rôle de syndic et chargé de paraître en son nom devant les tribunaux, mesure nécessaire puisque les collèges avaient une certaine personnalité civile. Le magistrat faisait quelquefois fonction de trésorier; souvent aussi le collège avait un trésorier (arcarius, guæstor). Le secrétaire (scriba, tabularius) était chargé de la rédaction des actes et de la garde des archives. Dans certains collèges on trouve encore les titulaires d’autres charges subalternes, par exemple des avertisseurs (viatores), des maîtres des banquets (magistri cænarum), des greffiers, des centurions, des décurions.

Les patrons.

Les collèges aimaient à se placer sous le patronage d’un homme assez riche pour être libéral et assez puissant pour servir de protecteur. De tout temps il y avait eu des grands qui patronnaient les faibles. Il semble qu’Alexandre Sévère, en instituant de nouveaux collèges, ait en même temps donné plus d’autorité aux patrons, que son historien désigne sous le nom de défenseurs. C’était par un vote de l’assemblée générale que le collège décernait le titre de patron. Il en nommait un ou plusieurs ; on trouve jusqu’à quinze patrons dans le corps des fabri lignuarii de Luna et autant pour les forgerons de Sarzane [15]. D’ordinaire de grands honneurs étaient rendus à ces patrons par les gens de métier qui se disaient respectueusement leurs clients.  Leurs noms figuraient en tête de l’album du collège avant les noms des magistrats. Ils étaient conservés sur les registres dans les archives ; on a trouvé, dans des maisons de patrons, des inscriptions sur plaque de marbre ou sur tablette de poterie, qui consacraient le souvenir de leur nomination. Quelquefois on leur dressait des statues : à côté d’un monument élevé par des forgerons à l’empereur Septime Sévère, on voyait un grand nombre de statues érigées à des patron.

C’était, en effet, un honneur pour le patron d’être à la tête d’un collège important, comme pour le collège d’avoir un patron influent. C’était en même temps un profit pour les membres ; car presque toujours le patron donnait des festins, faisait des distributions de vivres ou d’argent, souvent des donations ou des legs : nombre d’inscriptions nous ont conservé le souvenir de leurs libéralités, et les monuments que les collèges leur ont élevés disent fréquemment : Ob merita ejus, Ob insignem ejus erga se largitionem [16]. Ces dons ou legs devaient être employés très souvent à célébrer, sur le tombeau du patron, l’anniversaire de sa naissance par des cérémonies religieuses, suivies d’un banquet et de distribution de vivres ou d’argent. Le patron assurait ainsi la perpétuité de sa mémoire et l’entretien de son monument funéraire. De son vivant, il intervenait au besoin pour défendre leurs intérêts, voire même pour servir d’arbitre dans leurs différends. Le patron faisait partie du collège; il se mêlait à ses fêtes et même acceptait sa part dans certaines distributions; mais il ne paraît pas s’être ingéré dans l’administration ultérieure qui appartenait aux magistrats.

Des sénateurs ne dédaignaient pas ce titre de patron. Il s’en trouvait parmi les patrons des bateliers du Tibre. En Gaule, les mariniers d’Arles ont eu pour patron un procureur de l’annone [17] ; les nautes du Rhône et de la Saône ont eu, d’après une inscription, un chevalier romain successivement honoré de toutes les fonctions municipales et receveur des trois provinces de la Gaule ; d’après une autre inscription, un duumvir de Vienne ; les forgerons et centonaires ont eu un chevalier romain, prêtre, fils et petit-fils de sénateur.
Les petits collèges se contentaient à moins ; ils prenaient des marchands riches, des affranchis parvenus, d’anciens magistrats du collège.

[1] Les notes sont de moi.
[2] Il y avait bien d’autres Collèges que ceux liés à une profession, les Collèges religieux, funéraires ou simplement conviviaux. Il y en avait aussi d’illégaux, à visée criminelle, ancêtres de la maffia.
[3] Dans la Rome archaïque, trois tribus primitives furent créées par Romulus, les Tities, les Ramnes et les Luceres. Leur réunion formait les comices curiates. Chaque curie était présidée par un patricien, le curio, et disposait d’un flamine qui honorait une divinité propre à la curie, et d’un licteur. Au début de la monarchie, elle devait fournir cent fantassins à l’armée. Sous la République, leur nombre passa à trente curies qui devinrent des subdivisions électorales. Dans les cités de l’empire, le terme de curie désignait le lieu où se réunissent les décurions, c’est-à-dire le conseil municipal, équivalent local du sénat romain.
[4] Seviri augustales : groupe de six (sex viri) affranchis, désignés pour l’année par la curie de leur cité, Ils participent à la célébration du culte impérial dans les provinces à partir d’Auguste, et assument les frais des sacrifices et des fêtes pluriannuels liés à ce culte.
[5] Dacie : actuelle Roumanie.
[6] Raccomodeurs  (?)
[7] Remarquons l’union des différents ouvriers du bâtiment (charpentiers, menuisiers, maçons), comme dans les Incorporations écossaises  du XVII° siècle.
[8] Batelier.
[9] Juriste du III° siècle.
[10] Lignuarius ; relatif au bois. Sans  doute les charpentiers et menuisiers.
[11] Schola (ou Curia) était le nom de leur lieu de réunion.
[12] Nous dirions « les officiers de la loge » ! Le président était le plus souvent appelé magister ou curator, les Decuriones étaient quelque sorte les surveillants.
[13] Les agapes étaient déjà une activité populaire !
[14] Les rites funéraires aux défunts du collège était une de ses fonction essentielles.
[15] Luna est le nom d’une ancienne ville de Ligurie, au sud-est de la moderne Sarzana,
[16] Traduction approximative : A bons services,  remarquable prodigalité..
[17] Annone : récolte de l’année.

vendredi 12 juin 2020
  • 13
    pierre noel
    13 juin 2020 à 16:19 / Répondre

    Je souligne que je n’ai rien écrit de cet articulet.! Tout vient de Levasseur.
    Inutile de l’inonder d’Anderson. Il ne connaissait pas.

  • 9
    michel
    12 juin 2020 à 22:53 / Répondre

    Nous avons la chance à Lyon d’avoir conservé de nombreuses « inscriptions romaines » sur la pierre…attention à ne pas sur-interpréter comme on put le faire les premiers archéologues des siècles précédents. (Allmer, Disart…)
    Pour Lyon, Amable Audin parle de corporations, parfois seul le métier avec le nom apparait sur la pierre. Cela concerne autant les artisans que les négociants.
    Je vais en citer quelques unes pour Lyon, négociant en vins, naute différent selon le fleuve, charpentier-stucateur, utriculaire,centonaire, sayonnier,…je garde les dendrophores pour la fin car ils avaient aussi la fonction religieuse de la coupe et de la procession sacrée du pin durant les cérémonies du culte de Cybèle…quand ce culte arrive sur Lugdunum , le sacrifice du taureau est déjà présent mais réalisé par des prêtres.

    • 10
      pierre noel
      12 juin 2020 à 23:28 / Répondre

      Les inscriptions seraient particulièrement nombreuses dans la vallée du Rhône et de la Saône. Beaucoup aussi dans le SE de l’Angleterre. Egalement le long de la voie Bavais-Cologne, riche en vilas-relais, Viller-Perwin, Villers-le Rampon; Villers-la Ville; Villers-Temple- …. Partout des vestiges d’activités industrielles ou artisanales

  • 4
    Jean_de_Mazargues
    12 juin 2020 à 16:04 / Répondre

    Excellent article ! Merci. La société romaine, qui se construit durant la République mais dont beaucoup de traits vont demeurer sous le Principat, ne fait jamais assez l’objet d’études accessibles pour le grand public. Les collèges professionnels sont un aspect essentiel de la vie romaine. Pierre Noël nous apprend énormément de choses. Il serait intéressant de creuser également la relation de clientèle, qui est souvent trop peu traitée (par exemple Pierre Nicolet y consacre peu de pages dans son classique « Le métier de citoyen dans la Rome républicaine »). Enfin, existerait-il une synthèse sur la société romaine et les cultes à mystères? Ceci d’un intérêt majeur pour l’histoire de ma maçonnerie, puisque nos Pères fondateurs semblent avoir eu cela également à l’esprit lors de leur construction syncrétique.

    • 5
      pierre noel
      12 juin 2020 à 17:08 / Répondre

      Excellente question ! J’imagine que les cultes officiels des Collèges devaient, comme la religion romaine, primitive, relever d’accords contractuels entre les divinités innombrables et les hommes « les plus religieux du monde », comme l’a dit Cicéron (honorer les divinité par des offrande appropriées et des sacrifices strictement codifiés afin de recevoir en échange sa protection).
      Les cultes à mystère (Mithra notamment) sont venus s’y ajouter sans créer d’antagonisme entre ces différents pratiques.
      Il fallut le christianisme pour refuser cette coexistence pacifique.
      Je dis cela , je ne dis rien ! N’étant pas un spécialiste de ces choses, comme d’autres sur ce forum.

      • 6
        Désap.
        12 juin 2020 à 18:48 / Répondre

        4/5 -Ce que vous dites mes frères JdMazargues et P. Noël est, à mon sens, très juste.
        Ce n’est pas le christianisme qui est honoré en Maçonnerie, la partie historique des Constitutions 1723 est particulièrement explicite de ce point de vue.
        Ce sont les civilisations antiques qui sont exemplaires dans l’Art, les Sciences et la Maçonnerie.
        Le collectif Anderson considère « le grand VITRUVE, le Père de tous les vrais Architectes jusqu’à ce Jour. » et l’Empereur romain Auguste « outre qu’il patronnait Vitruve, il contribua beaucoup au Bien-être des Compagnons, ainsi qu’en témoignent les nombreux Monuments magnifiques élevés sous son Règne, dont les Restes demeurent le Patron et le Modèle de la Vraie Maçonnerie dans tous les Temps futurs, car ils sont vraiment l’Épitomé de l’Architecture Asiatique, Égyptienne, Grecque, et Sicilienne, que nous désignons souvent sous le Nom de STYLE d’AUGUSTE, et que nous ne faisons maintenant qu’essayer d’imiter, sans que nous soyons encore parvenus à sa Perfection. »
        Je ne suis un anti-chrétien viscérale, je pense simplement que si nous voulons comprendre la Maçonnerie il faut en respecter les principes.
        Ils ont été exposés par les rédacteurs de ses premières Constitutions et, par ailleurs, l’analyse objective des Anciens Devoirs montre que les références bibliques dont ils font état sont de pure forme.
        En revanche, ces mêmes Anciens Devoirs exposent les principes du Métier, leur seule raison d’être, ceux-ci sont puisés aux même sources antiques.

        • 7
          Jean_de_Mazargues
          12 juin 2020 à 20:34 / Répondre

          Mon cher Desap, je ne séparerais pas les choses. Toutes les spiritualités m’intéressent et pourquoi écarter les christianisme a priori? Il nourrit également l’histoire maçonnique, pourquoi le refuser ? Quant à nous, au plus j’avance, au plus je mesure la rôle essentiel du néoplatonisme … mais c’est une autre histoire.

          • 12
            Désap.
            13 juin 2020 à 13:54 / Répondre

            7 – Ce n’est pas une autre histoire, c’est tout à fait central.
            Ce qui caractérise le néoplatonisme est la lutte contre le christianisme, c’est la raison de sa fondation par Philon d’Alexandrie en 40, il avait compris et prédit que cette religion mènerait à la destruction de la Grèce et de la Philosophie.
            C’est de ce bien réel crime contre l’intellect, si ce n’est même contre l’humanité, dont parle la partie « historique » des Constitutions et de manière extrêmement explicite et claire.
            La maçonnerie d’Anderson c’est : principes pythagoriciens, philosophie platonicienne et métaphysique aristotélicienne, c’est à dire le néoplatonisme appliqué.

            • 14
              ERGIEF
              14 juin 2020 à 00:25 /

              « ADAM, notre premier Père, créé à l’Image de Dieu — le Grand Architecte de l’Univers — Année du Monde I. 4003. avant J.-C., dut avoir, inscrites en son cœur, les Sciences Libérales, notamment la Géométrie. En effet, même depuis la Chute… ». Mon TCF Desap, ceci est le début du second paragraphe de la partie dite « historique » qu’il était recommandée lire lors de l’admission d’un nouveau frère en loge. Je partage ton affirmation concernant la relation directe entre la maconnerie andersonnienne et les philosophes grecs mais il me paraît difficile de nier la source judeo-chrétienne à laquelle elle s’alimente avant toute autre. Nous n’avons pas ici la place pour entamer un tel débat mais je me fais fort de démontrer que ce rejet que tu fais du christianisme relève d’une méconnaissance de ses textes fondateurs et de ses sources à la fois hébraïques et grecques. Jusqu’au 1er concile de Nicée lequel, en introduisant l’anathémisation des disciples d’Arius dans le magnifique Credo proposé par Eusèbe de Cesarée, à ouvert la porte au dogme et à l’intolérance, le christianisme a été une école de morale et de bienfaisance. Il était initiatique, transcendantal et ésotérique. C’est à ce christianisme primitif qui dura 4 siècles qu’il convient de se référer, pas à celui de la scolastique, des ecclésiastiques et des dogmes.

        • 8
          pierre noel
          12 juin 2020 à 21:39 / Répondre

          SVP, n’utilisez pas des traductions toujours tendancieuses, qu »on le veuille ou non.

          Therefore it is rationally believ’d, that the glorious AUGUSTUS became the Grand-Master of the Lodge at Rome, having, besides his patronizing Vitruvius, much promoted the Welfare of the Fellow-Craftsmen, as appears by the many magnificent Buildings of his Reign, the Remains of which are the Pattern and Standard of true Masonry in all future Times, as they are indeed an Epitome of the Asiatic, Egyptian, Grecian, and Sicilian Architecture, which we often express by the Name of the AUGUSTAN STILE, and which we are now only endeavouring to imitate, and have not yet arriv’d to its Perfection.

          le mot fellow-crafstman n’a pas le sens quasi religieux que l’on donne si souvent à « compagnon », de ce côté du Channel. Il sert à désigner l’ouvrier en pleine possession de ses moyens techniques mais qui, manque de moyens financiers, de talent ou de relations sociales (le plus important), n’arrive pas à la (relative) indépendance du « maître » du métier.

          • 11
            Désap.
            13 juin 2020 à 13:06 / Répondre

            8 – Je ne vois pas ce que vient faire la condition des compagnons dans ce que j’expose.
            D’autre part, ne s’agissant pas de grec ancien mais d’anglais, tout XVIIIè qu’il puisse être une traduction parfaite est heureusement possible, c’est le cas de l’édition française d’où sont extraits ce que je rapporte des Constitutions.

          • 15
            pierre noel
            14 juin 2020 à 10:44 / Répondre

            J’ai connu pendant une dizaine d’années un maçon très intéressant, Jean Mallinger, mort en 1982.
            Fils d’un professeur de grec, élevé chez les Jésuites, il fit le droit à l’université catholique catholique de Louvain. Il en avait gardé une haine féroce du christianisme qu’il ne pouvait s’empêcher à la moindre occasion.
            Il était passionné d’hermétisme, d’occultisme, d’ésotérisme. Dès les années 20, il se lança dans le rosicrucianisme, le pythagorisme. Il participa à des congrès rosicruciens, dont la FUDOSI. Il créa les Disciples de Pythagore, loge selon le rite de MM, dans les années 30.
            Il rejoignit plus tard la GLB avec sa loge (qui existe encore)? Il en fut l’orateur à vie !Les tenues d’initiation se terminaient invariablement dans la salle des banquets où trônait (alors) un portrait imaginaire de Pyhagore, ce qui lui donnait l’occasion de discours enflammés sur son « maître » (non sans toujours une attaque virulente du christianisme, de ses crimes, de ses erreurs.
            Il a écrit plusieuurs ouvrages sur Pythagore et ses mystères, ouvrages bienfaits qu’on trouve encore facilement, même en France.

  • 3
    pierre noel
    12 juin 2020 à 15:40 / Répondre

    A quoi bon répéter cette banalité ? Pourquoi plutôt ne pas détailler les passages de cette « histoire » qui concernent ce phénomène social méconnu de notre passé?

  • 2
    Désap.
    12 juin 2020 à 13:27 / Répondre

    On ferait bien de lire attentivement et avec toute l’objectivité requise le chapitre consacré à la Rome antique de la partie dite improprement « historique » des Constitutions d’Anderson.

  • 1
    HRMS
    12 juin 2020 à 12:36 / Répondre

    Paul Naudon évoque aussi la thèse des Collégias dans son ouvrage « les origines religieuses et corporatives de la Franc-maçonnerie »

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, de calomnie, d’insulte, d’incitation à la haine ou de discrimination sont applicables. Les formules de salutation maçonnique et les abréviations ne sont pas autorisées.

Code vérification
Signaler un contenu abusif